Je m'étalai sur mon lit de tout mon long. Je saisis mon portable et l'allumai. Il fallait que je partage cette terrible journée avec quelqu'un. Et l'unique personne qui serait apte à comprendre l'horreur que je venais de vivre et capable de compatir se nommait Élisabeth Parkinson. Fille de Pansy Parkinson et d'un inconnu, Élisabeth avait mon âge et avait été répartie à Serdaigle. Elle était devenue mon amie dès notre première année. La seule. Celle en qui je pouvais avoir entièrement confiance sans qu'elle ne cherche à profiter de ma célébrité, de la richesse de mes parents ou ne veuille m'enterrer par jalousie. Je composai le numéro que je connaissais par cœur à présent et la voix claire d'Eli me répondit à la seconde sonnerie.

- Je suis au courant, annonça-t-elle, alarmée.

- Donc tout le monde savait, sauf moi ? m'indignai-je. Ça coutait trop cher de me prévenir !

J'avais coincé mon mobile entre mon épaule et ma joue et retirai mes escarpins tant bien que mal. Je massai doucement mes pieds endoloris par la journée de marche qu'ils avaient subis. Oui, l'université reliée à Sainte Mangouste était grande et la visiter n'avait pas été qu'une partie de plaisir. J'écoutai vaguement Élisabeth m'expliquer qu'elle n'avait été mise au courant que le midi. lElle avait partagé son déjeuner avec son fiancé et le petit frère de celui-ci, qui avait narré avec un amusement peu dissimulé la tête que Rose, c'était à dire moi, avait faite le matin même en découvrant l'horrible vérité.

- J'ai essayé de t'appeler tout l'après-midi, mais ton portable était coupé.

- Ouais, ils sont interdits dans l'enceinte de l'école. Ringard.

- Bon alors, raconte-moi tout ! C'est comment ?

- Immense, soupirai-je. Ma voute plantaire peut en témoigner.

- Y'a des mecs mignons ?

Je ne pus m'empêcher de rire. C'était une remarque typiquement Parkinson. Élisabeth avait de longs cheveux bruns, hérités de sa mère et des yeux verts, hérités d'on ne savait qui. Grande, mince, avec un sens de la mode particulièrement affiné, elle correspondait parfaitement à l'image que l'on pouvait se faire d'une beauté. Elle en avait fait tourner, des têtes, à Poudlard. Dont celle de James Potter, qui avait fini par la demander en mariage. Eli assumait divinement la célébrité. Elle adorait ça en fait et ne comprenait pas pourquoi je râlais tout le temps à ce sujet. Au fond, moi aussi j'appréciais que l'on se retourne sur mon passage. Mais j'aurais tellement souhaité que ce soit simplement pour admirer mes jolies fesses et non pas parce que mes parents avaient sauvé le monde. Partout où elle allait, Élisabeth n'arrivait pas à passer inaperçue. Et c'est pour ça que je l'aimais autant.

- Oui.

- Et les filles ?

- Blondes, ricanai-je en repensant à celle que Scorpius avait draguée toute la matinée.

Ce fut au tour d'Élisabeth de rire. Cela me fit du bien, et je me détendis peu à peu en racontant à mon amie les évènements marquants de ma journée.

- Au fait, ce soir c'est le bal d'intégration. Tu viens ? me rappelai-je soudainement.

- Ah ! Je me demandais quand tu m'inviterais. Albus et James sont déjà partis se préparer chez Scorpius, et moi j'attends comme une idiote depuis une heure.

- Navrée ma chérie, alors ?

- À ton avis ?

- À tout de suite alors, conclus-je donc en raccrochant

Au même moment, la sonnette magique de l'appartement qui m'avait été attribué retentit. Je fronçais les sourcils. Bien qu'Eli ait une capacité innée à transplaner rapidement, elle ne pouvait pas déjà être là. Curieuse, j'ouvris doucement la porte pour permettre à une inconnue d'entrer dans le salon. À mon plus grand désespoir, les logements sur le campus étaient en colocation. Aussi, je m'étais résignée à devoir partager le mien avec une autre élève de première année.

- Kara de La Croix, se présenta-t-elle. Enchantée de te rencontrer, Rose.

J'ouvris la bouche afin de lui demander de quelle manière elle connaissait mon prénom, mais elle ne m'en laissa pas le temps.

- Je t'ai vu ce matin avec tes parents. Alors forcément je t'ai reconnu. Comme tout le monde. Ça a déjà fait le tour de l'école tu saisis ?

Oui, malheureusement, je ne pouvais que constater. Je dévisageais la jeune femme qui se tenait devant moi, des étoiles dans les yeux. Elle était un peu plus grande que moi – elle ne peinait pas, cela dit. Pourquoi n'avais-je pas hérité des hormones de croissance de mon père en plus de sa tignasse rousse ? C'était un mystère que je n'avais pas encore élucidé, mais surtout un calvaire. Cette fille semblait basique. Des cheveux châtains noués en queue de cheval, des prunelles marron, vêtue d'un simple jean et d'un tee-shirt blanc. Au premier abord, je pouvais qu'admettre qu'elle me regarde avec admiration.

- Ta mère est un réel modèle pour moi, depuis que nous avons étudié son histoire en cours elle me fascine. Enfin je suppose que tu comprends, elle est tellement formidable. Tu as sincèrement de la chance d'être sa fille. Quoique ça ne doit pas être tous les jours marrant de devoir faire ses preuves, quand on a des parents aussi respectés. Bien que, de ce qu'on m'en a dit, toi et tes cousins vous avez laissés des traces, à Poudlard…

Oh Merlin ! Faites qu'elle se taise. Surtout si c'était pour aduler ma mère. Et surtout, dites-moi qu'elle ne parlait pas de ce que je pensais… Je déglutis.

- Il parait que vos petites soirées improvisées étaient fantastiques. Comme j'aurais voulu connaitre ça. J'en aurais peut-être l'occasion dès ce soir. Vous avez prévu un truc pour l'intégration ?

Hé bien si, elle parlait de ce que je pensais. Je ne pus retenir un soupir de lassitude. Cette fille était un authentique moulin à paroles. Et comment avait-elle appris l'existence des soirées que les garçons organisaient régulièrement en cachette – pas si cachées que ça – à Poudlard ? Parce que c'était eux, les véritables précurseurs des orgies qui s'étaient déroulées dans la Salle sur Demande de ce pauvre château. Alors j'étais bien incapable de répondre à sa question concernant ce soir.

- Je suppose que c'est une surprise, tu ne vas pas m'en parler, bien sûr, et puis…

- Stop ! coupai-je soudainement. Tu viens d'où toi ? Comment sais-tu tout ça ?

Elle écarquilla les yeux sous le ton que j'avais pris. Ou peut-être simplement parce qu'elle était choquée des questions que j'avais posées.

- Mais attend, vous avez été les initiateurs d'une nouvelle façon de vivre des jeunes sorciers. À BeauxBatons beaucoup ont essayé de vous copier, mais je ne pense pas qu'ils aient réussi à vous égaler. L'utilisation des portables, des ordinateurs, des stylos… Ah, les stylos ! Quelle douce avancée dans le monde sorcier. Plus besoin de s'embêter avec nos encriers et nos plumes ! Tu ne te rends pas compte…

Non. Visiblement, je ne me rendais pas compte. En tant que fille d'une sang-de-bourbe, tout cela m'avait toujours été naturel. Mêlé magie et technologie moldue avait été normal. De même pour mes cousins que Harry Potter avait élevés de manière moldue. Mais je ne pensais pas que ce que nous considérions comme de petits changements avait tant bouleversé toute une génération… Je me promis de leur en parler. Après tout, savoir que l'on avait réussi un truc sans être aidés par nos noms de famille ne pourrait que leur faire plaisir.

La sonnette retentit à nouveau et je me précipitais pour ouvrir la porte à Élisabeth. Mon amie dévisagea ma colocataire d'un œil sceptique puis se tourna vers moi en l'ignorant totalement. Snober les gens qu'elle estimait comme n'étant pas à sa hauteur était une seconde nature chez elle. Il fallait toujours qu'elle mette tout le monde à l'épreuve. Et ça me plaisait, car moi j'étais bien incapable d'en faire autant. J'avais trop de pitié, disait souvent Eli, et ça m'attirerait des ennuis.

- Tu as déjà choisi ta tenue ? me demanda-t-elle en me trainant vers ma chambre.

Kara devait être une jeune femme intelligente – ou du moins pas trop bête – car elle comprit de suite qu'elle était de trop. Aussi, elle se réfugia dans la sienne. Élisabeth n'y fit même pas attention et commença à fouiller mon armoire en quête des vêtements qu'elle allait me faire porter. Elle était ma styliste personnelle, et j'étais son cobaye préféré. Après avoir jeté une courte robe bleue – pour mettre en valeur mes cheveux – sur le lit, elle m'envoya sous la douche.

Alors que les fines gouttes d'eau brulante me tombaient sur le visage, je m'interrogeais sur ce qu'avait dit Kara. Ses tirades avaient eu le mérite de soulever des questions sur ce que j'étais réellement. Me mentais-je constamment à moi-même ? La célébrité me plaisait, c'était indéniable. Tout comme Eli, ou les garçons. Car oui, nous adorions que la foule se retourne sur notre passage, qu'elle nous applaudisse même parfois. C'était ce qui nous donnait notre identité. Mais si on nous l'enlevait du jour au lendemain, sans prévenir, que resterait-il de nous ? Si j'avais enfin cet anonymat dont je rêvais depuis toujours, serais-je capable de vivre avec ? Pourtant, j'aurais réellement souhaité que les gens m'aiment pour ce que j'étais, tout simplement. Tandis que je me séchais les cheveux, je décidais que je me posais trop de questions. Élisabeth me rejoignit dans la salle de bain, se préoccupant peu de savoir si j'étais nue ou non, et commença à chercher ma trousse de maquillage.

- Dans la valise, lui indiquai-je.

Elle roula les yeux et se précipita dans le salon où siégeait encore le petit bagage que j'avais laissé là le matin même. Je n'étais pas quelqu'un d'ordonné – pas comme ma mère. Au contraire, j'avais plutôt tendance à abandonner les choses où elles étaient, espérant qu'elles se rangeraient toutes seules. Ce qui arrivait à l'instant. Enfin, mes affaires n'étaient, certes, pas en train de prendre place de leur propre chef dans mes armoires, mais la tornade brune qu'était Eli faisait le ménage. Comme toujours. Cela m'amusa beaucoup, et elle me lança un regard noir.

- Il faut bien que quelqu'un s'en occupe, pesta-t-elle.

J'étais totalement d'accord avec elle, sauf que chez moi, c'était Fraya qui s'en chargeait. Notre elfe de maison. Grand sujet de discorde entre mon père et ma mère. Pour une fois, j'étais heureuse que ce soit mon père qui ait eu gain de cause. Les elfes de maisons étaient la solution absolue à toutes les personnes aussi paresseuses que moi – même lorsqu'ils étaient payés et avaient droit à trois jours de congé dans la semaine. Ma mère avait parfois des lubies qui dépassaient ce que j'étais apte à comprendre.

Je venais tout juste de finir de démêler mes cheveux lorsque mon amie termina son remue-ménage dans ma chambre. Elle me fit enfiler ma tenue de soirée, et s'empressa de commencer à me maquiller, me coiffer, me manucurer, en bref : jouer à la poupée. Ce n'était pas une chose désagréable. Élisabeth était de ces filles qui ne supportent pas de se rompre un ongle. Personnellement, cela m'importait peu mais en tant que sa meilleure amie, il fallait que mon enveloppe charnelle soit irréprochable. Elle mettait par conséquent tout en place pour que ce soit le cas.

Après avoir passé une heure à me bichonner, elle me mit hors de ma propre chambre afin de s'occuper d'elle-même. Je patientais donc devant l'écran plat que j'avais fait installer au mur par mon père. Une heure après Kara, en tenue de soirée, vint s'asseoir tout naturellement à côté de moi, et je me demandais si elle était de sang pur ou non. Bien sûr, cela n'avait aucune importance à mes yeux – quoi que – mais sa visible connaissance du monde moldu piquait ma curiosité. Au bout de dix minutes de silence, n'y tenant plus, je l'interrogeais.

- Je fais partie de l'aristocratie sorcière, en France, répondit-elle avec un sourire. Pardonne-moi pour tout à l'heure, j'étais sous le choc de l'émotion. Je ne pensais pas t'avoir comme colocataire, tu vois ?

Non. Mais ça n'avait pas d'importance. Elle était de l'aristocratie, avait-elle dit, et pourtant rien dans sa façon d'être, de marcher, de s'asseoir et surtout de s'habiller, ne pouvait le laisser paraître. Etait-ce volontaire ? Et si oui, pourquoi ? Élisabeth m'empêcha de divaguer, elle sortit en trombe de ma chambre en faisant quelques pirouettes. Elle était admirable. Elle avait laissé ses longs cheveux libres de retomber sur ses épaules et portait une robe rouge écru, un petit gilet blanc et des chaussures tout aussi éclatantes. Paire d'escarpins qu'elle me montra de plus prêt en s'exclamant :

- Un cadeau de James, Azzaro. Elles sont splendides, non ?

- C'est toi qui es splendide, répliquai-je avec un sourire.

Élisabeth me fit son plus beau sourire. Elle consulta sa montre et me fit remarquer que l'on était en retard.

- Les grandes dames se font toujours attendre, contra Kara.

Mon amie la dévisagea, avant de découvrir ses dents de plus belle. La française venait de marquer un point. Élisabeth décrocha son téléphone portable et appela son fiancé – hors de question pour elle de se rendre seule à une soirée. Trois secondes plus tard, il transplanait devant la porte de mon appartement. Accompagné bien sûr de son petit frère et de mon pire cauchemar. James Potter déposa un rapide baiser sur la joue d'Eli, et me fit la bise avant de se tourner vers Kara et de se présenter poliment. Je manquai de soupirer. James était l'homme parfait. Beau, intelligent, fidèle – depuis qu'il était avec sa tigresse du moins – et surtout gentleman. Mot qu'Albus et Scorpius n'avaient pas dans leur vocabulaire puisqu'ils étaient déjà en train de piller le frigo.

- Ho, les mômes, râla James, on part dans trois minutes.

Puis, il s'adressa à Kara, avant de sortir :

- Mademoiselle de la Croix, feriez-vous l'honneur d'accompagner mon impertinent de frère à cette soirée ?

Celle-ci rougit jusqu'aux oreilles. Potter n'était pas un nom inconnu, ça c'était certain. Et surtout, quand James prenait sa voix la plus sensuelle, il était dur de lui résister. J'entendis Scorpius se foutre de la tête d'Albus à quelques mètres de moi. Et pour une fois, je lui donnais raison. Il était vrai que ne pas être capable de demander soit même à une jeune femme d'être sa cavalière était parfaitement ridicule. Mais Kara ne sembla pas s'en formaliser puisqu'elle s'approchait déjà d'Albus. Celui-ci eut au moins la classe de lui faire un baisemain avant de la tirer dehors pour rejoindre son frère et Élisabeth.

Ce n'est que lorsque je me retrouvais seule avec Scorpius que je réalisais toute l'horreur de la situation. Si James était avec ma meilleure amie, si Albus était avec ma colocataire, Scorpius était – fatalement – avec moi. Et ces crétins l'avaient forcément fait exprès pour me mettre hors de moi. J'attrapai la main de mon pire ennemi avec rage et le trainai à l'extérieur farouchement. Élisabeth me lança un regard compatissant, tandis que les deux Potter contrôlaient leur rire. Je fermai les yeux pour me retenir d'en gifler au moins un – ce qui aurait été du pire goût – et agitai ma baguette pour verrouiller magiquement notre domicile.

Nous atterrîmes directement devant la salle de bal du campus. Vu le bruit qu'il régnait à l'intérieur, l'ambiance était de mise. Pour une fois, nous venions en invités et non en organisateurs. Ce n'était pas désagréable. Nous signâmes le registre qui permettait aux responsables de la soirée de se décharger de tout ennui en cas d'accident sur les lieux – ça arrivait plus souvent qu'on ne pourrait le penser – et entrâmes dans le bâtiment. Je jetai un rapide coup d'œil à Élisabeth qui avait promptement repéré l'un des caissons de basses qui trônait dans le centre de la pièce, formant une sorte d'estrade. Elle se hissa dessus à l'aide de James et m'aida à monter également.

Voilà. L'instant était parfait. Elle, moi, dominant la foule qui ne pouvait que nous observer. Notre beauté et notre classe à la vue de tous. Je remarquais quelques types près du bar qui faisaient mine de ne pas être intéressés et en conclue qu'ils étaient déjà pris. Grand bien leur en face. En fait, je crois que j'adorais ces moments de magies où j'avais une vingtaine de prunelles rivées sur moi, parce que c'était moi qu'ils regardaient. Il n'y avait pas de mots, pas de peurs. Ils me dévisageaient, des étoiles dans les yeux, parce que j'étais belle, désirable et attrayante. Pas parce que je m'appelais Rose Weasley. Et ça, cette sensation, ça n'avait pas de prix – à part celui d'une petite dizaine de bouteilles de whisky-pur-feu, une centaine de bières-au-beurre et quelques alcools tropicaux lorsque c'était nous qui organisions, bien entendu.

Cela faisait maintenant quelques heures sûrement que nous dansions quand ma bulle de perfection, d'orgueil et de dédain éclata soudainement. Au fond de la pièce, quelqu'un me fixait, avec dans les yeux une lueur que je n'avais encore jamais vue. C'était un mélange d'envie, de désir et de colère. Aussi, je repris contenance rapidement, tout en continuant de l'observer. Je ne relevai pas la couleur de ses yeux de là où j'étais, mais une chose était sûre : il était aussi grand que large. Et chauve. Je n'avais jamais aimé les chauves. Passer la main dans les cheveux de mon amant était un plaisir dont je ne savais me priver. Et pourtant, il émanait quelque chose de lui qui ne me laissait pas indifférente.

- Go ! me glissa Élisabeth à l'oreille, qui n'avait rien perdu de mon petit manège.

C'était un peu comme un mot de passe. Si elle me disait ça, c'est que j'avais une chance – et que Scorpius n'était pas dans les environs pour me foutre une honte magistrale comme il savait si bien le faire. Si je lui disais ça, c'est que James regardait dans une autre direction. Ha, parce que oui, Élisabeth n'était pas fidèle, elle. Elle partait du principe qu'à dix-huit ans, elle avait autre chose à vivre. Et puis elle lui avait déjà juré de n'être qu'à lui dans quelques années, elle n'allait quand même pas lui promettre que d'ici là, elle le serait ?

Je descendis discrètement – autant que je le pouvais avec des dizaines de mecs me matant le décolleté – de l'estrade, et filait dans la direction de l'inconnu. Chose qu'il remarqua, puisqu'il prit la poudre d'escampette vers la sortie, non sans un regard malicieux à mon intention. Œillade que j'interprétai comme « attrape-moi si tu le veux. ». Je courus presque jusqu'aux grandes portes noires qui me séparaient du froid extérieur. Je poussai violemment celle de droite et manquai de tomber sur le torse de mon prince charmant. Il eut un sourire.

- Bonsoir, murmura-t-il.

Il me tendit la main, et je me fis un plaisir de l'attraper. Nous nous éloignâmes de la fête. Je ne sais exactement combien de temps nous marchâmes dans le froid, mais les bruits du bal se firent de plus en plus lointains. Bientôt, le silence de la nuit ne fut rompu que par son souffle rauque et le cliquetis de mes talons hauts piquant le sol. Il n'y avait rien de plus beau à mes oreilles que cette mélodie. Nous ne parlions pas. Je ne l'avais pas suivi pour cela, de toute manière. Peu m'importait de savoir s'il était étudiant à Mangouste's School, peu m'importait en quelle année et s'il avait de bons résultats. La seule chose à laquelle je pensais, objectif unique de notre course dans la glaciale obscurité qui me mordait la peau, était que bientôt je sentirais son membre marteler mon intimité et que j'en jouirais.

Nous étions la jeunesse décadente de ce début de siècle, et nous aimions ça.