Lorsque je m'éveillais le lendemain matin, j'eus un peu de mal à rassembler mes idées. Je savais que j'étais dans ma chambre, c'était déjà ça. Je n'avais pas bu excessivement, mais la nuit avait été courte et agitée. Je sentais la chaleur de mon amant dans mon dos et me retournai pour lui faire face. Il dormait encore. Je m'approchai délicatement pour déposer un léger baiser sur sa joue, au moment où ses yeux s'ouvrirent soudainement. Il m'attrapa par les cheveux et me tira en arrière, d'un coup, tandis que je hurlais de douleur. Il me lâcha aussi vite qu'il m'avait saisie et marmonna :
- Désolé, vieux réflexe.
Je déglutis difficilement et me demandai quels autres types d'automatismes il pouvait avoir. Et surtout quelle vie menait-il pour avoir ce genre de réaction ? Je ne m'attardais cependant pas sur le sujet, car mon compagnon s'était mis en tête de me faire passer l'éponge sur ce moment peu agréable. Il me mordillait l'oreille tout en susurrant des paroles qui ne pouvaient que m'exciter. Je commençai à me frotter langoureusement contre lui lorsque son portable sonna.
- Merde, jura-t-il.
Il se leva brusquement, oubliant qu'il était nu et en érection, oubliant que j'étais encore dans le lit et un peu trop humide à mon gout. Il se réfugia dans ma salle de bain et j'entendis vaguement qu'il s'excusait auprès de quelqu'un. Cela dura quelques minutes à peine et lorsqu'il revint dans la chambre je l'attendais dans une pose qui se voulait aguichante. Cependant, je me refroidis bien vite à l'instant où je constatai qu'il s'habillait. Je le regardai, surprise.
- Je dois partir. Je… Ecoute, il faut qu'on parle, je passe ce soir.
- Heu… Tu ne souhaites pas plutôt qu'on s'appelle ?
Ce n'était pas – mais alors vraiment pas – dans mes habitudes de revoir mes coups d'une nuit. Il soupira, saisit un papier qui trainait là et agita sa baguette. Son numéro de téléphone s'afficha.
- Tu me contactes ? Promis ?
Je fis oui de la tête – en croisant mes doigts dans mon dos – et il transplana. Je pestai. J'allais prendre une douche quand j'entendis des bruits suspects provenant de la chambre voisine : celle de Kara. Les jouissances de cette dernière ne firent qu'amplifier ma frustration, et je ne pus m'empêcher de crier :
- Les sorts d'insonorisation ne sont pas faits pour les cracmols !
Le silence se fit. Je me massai les tempes et commençai presque à regretter ce fichu bal d'intégration. Je m'étais pourtant fait le serment d'arrêter ces conneries après mes Aspics. Mais c'était comme une drogue pour moi. Chaque peau était une nouvelle découverte, chaque soupir une euphorie. L'ivresse des plaisirs charnels était irremplaçable. C'était malheureusement un fait que mes parents, et surtout ma mère, ne pouvaient pas comprendre. Ça, et le reste, d'ailleurs. C'était sûrement pour ça que nos relations étaient si tendues.
Mais Merlin de quoi voulait-il parler ? Il n'y avait pas à parler dans des situations comme celle-là, si ? Je sortis de la douche et éteignis mon réveil qui sonnait pour rien. Je ne savais pas pourquoi, mais je m'éveillais toujours à l'avance, les lendemains de soirée où je n'avais pas dormi seule. Alors que normalement le matin j'étais d'une paresse infinie. J'attrapai à la hâte un jean et un pull fin, enfilai ma paire de Louboutin. Du bruit dans la cuisine me parvint et j'en conclus que Kara et son inconnu avaient fini leurs cabrioles. Je pris néanmoins le temps de me maquiller afin de camoufler mes cernes avant de les rejoindre.
- Bonjour cousine, me lança Albus Potter d'un ton joyeux.
Ha. Pas si inconnu que ça, en fait.
Je lui répondis distraitement et analysai le comportement de Kara. Elle n'avait visiblement pas compris qu'elle n'était qu'un jouet pour lui et que dans quelques jours il l'aurait oublié. Après le petit déjeuner je l'informai rapidement de la situation. Le voile qui tamisa instantanément ses yeux me fit presque de la peine. Elle devait être une chic fille, pourtant. Je lui proposai de manger avec elle le midi et gagnai mon cours de potion.
Les regards se retournaient sur mon passage et je soupirai. Je savais que les gens ne me dévisageaient pas du seul fait que j'avais fait sensation la veille. Non. Ils m'observaient, non seulement car j'avais fait sensation la veille, mais aussi et surtout parce que je m'appelais Weasley. Et ça me foutait en rogne. Je sus que je m'approchai de ma salle de classe lorsque je perçus une voix féminine vociférer des insultes et identifiai un ricanement qui m'était familier – trop familier. Oui, Scorpius Malefoy était un Don Juan, un goujat, un porc même. Tout comme mon cousin. Et ils adoraient ça. J'entendis une main claquer sur de la peau et quelques secondes plus tard je tombai sur une grande brune dont les larmes n'en finissaient pas de couler sur ses joues. Je me demandai ce que ce crétin avait encore bien pu inventer, mais la réponse me fut donnée sur un plateau d'argent au moment où je vis le Poster qui était affiché sur la porte.
La jeune femme que je venais de croiser, que j'avais vaguement reconnue comme étant l'unique héritière d'un entrepreneur américain, y était représentée, nue. Bien que son moi de la photo tentait par tous les moyens de se cacher sur les bords, on pouvait apercevoir assez facilement sa paire de petits seins et son sexe mal épilé. Grandiose. Et Scorpius ricanait. Je levai les yeux au ciel et arrachai l'image d'un geste brusque. Je la roulai en boule et la lançai sur un abruti non loin, qui gloussai aussi.
- Le premier que je surprends à se moquer de cette fille, je l'égorge, fis-je d'une voix sèche.
Les rires se turent. Sauf celui de Scorpius, bien évidemment.
- Weasley, si on peut même plus s'amuser ! protesta-t-il.
- Tu t'amuseras beaucoup moins lorsque son paternel aura porté plainte, l'informai-je.
- Je ne vois pas ce que je crains.
Je me mordis la langue. Il affichait son petit air supérieur. Celui que je ne pouvais pas supporter. Je l'attrapai par le col de sa chemise et le forçait à se pencher sur moi.
- Tu questionneras ton père. Mais je ne pense pas qu'il apprécierait d'apprendre que tu froisses la progéniture chérie de Monsieur Bellegarde, soufflai-je.
Il blanchit. Il avait connecté deux neurones. Enfin ! Il s'élança à la poursuite de la jeune femme et je lui jetai un « bon courage », au passage. Souvent, je me demandais pourquoi je passais mon existence à sauver la mise à ces bouffons. Puis je me rappelais que des fois ils me surprenaient à être là pour moi lorsque j'en avais réellement besoin et cela me consolait. Et quand je vis arriver mon professeur de potion, je ne regrettai pas d'avoir préservé Malefoy.
Les portables étaient interdits dans l'enceinte de l'établissement. Ça, c'était la théorie. Tout comme en théorie il y avait un couvre-feu à Poudlard. Aussi, mes cousins m'ayant appris l'art de passer outre les règles à la perfection, il ne me fut pas difficile d'envoyer un message à Elisabeth, en plein cours de Potions. Je vis Scorpius vérifier l'heure sur le sien et soupirer de lassitude. Je ne pouvais que comprendre, il était doué, comme moi, dans cette matière et déjà à Poudlard nous étions en avance sur nos camarades.
09h23 – Message envoyé : # Help ! #
09h41 – Message reçu : # On peut plus cuver tranquille !? Qu'est-ce qui se passe ? #
09h43 – Message envoyé : # Tu te souviens le type hier ? #
10h13 – Message reçu : # Pas trop mon style. Raconte. #
10h14 – Message envoyé : # C'est mon professeur de potion ! =0 #
10h16 – Message reçu : # C'est une blague ? =0 #
10h17 – Message envoyé : # Non ! =( #
10h23 – Message reçu : # Ok. T'es dans la bouse d'hippogriffe jusqu'au cou. On se voit ce soir, 19h00 au Karl's. 3 #
10h25 – Message envoyé : # Merci. 3 #
Donc, comme l'avait parfaitement bien formulé ma meilleure amie : j'étais dans la [censure]. J'avais passé une nuit torride, comme pouvait en témoigner ma mine radieuse de ce matin – malgré les cernes qui elles témoignaient du manque de sommeil. Ce jeune homme, qui ne m'avait laissé que son numéro, avait quitté ma mémoire assez rapidement après que je sois sortie de l'appartement avec Kara. Du moins jusqu'à ce que je le croise dans ma salle de cours. Au bureau. Sur l'estrade. En train de se présenter à nous d'une voix joyeuse. Au moins maintenant, je connaissais son prénom – la prochaine fois je pourrais le crier. Je déglutis difficilement en réalisant ce à quoi je pensais, tandis que Monsieur Swan nous conseillait de ne pas couper nos racines trop fines pour ne pas en perdre la puissance.
Il était hors de question qu'il y ait une prochaine fois.
Comme s'il m'avait entendue, David me lança un rapide coup d'œil. Je le vis retenir un sourire et pestai. Il s'avérait que ses prunelles étaient bleues comme l'azur. Je savais que je ne résisterais pas à ça. Enfin, à ça et au souvenir de l'orgasme sensationnel qui m'avait fait tant frissonner la nuit passée. Je déchiquetais plus que je ne découpais mes racines tant j'étais nerveuse. Sur la centaine de garçons qui avaient été présents hier, il avait fallu que je jette mon dévolu sur mon jeune professeur de potions. Merlin était un vieux pervers (en plus d'être vil, sournois et sadique). Et moi je tremblais de terreur.
Lorsqu'à 11h30, le cours se termina, je quittai presque en courant de la salle et me ruais jusqu'aux toilettes. L'après-midi était théorique et ne se déroulait qu'en amphithéâtre, pour mon plus grand bonheur. J'aurais tout le loisir de me terrer au fond et de ruminer sur mon malheur. En attendant, je vomissais mes tripes dans la cuvette des w.c. qui n'en avait pas tant demandé. J'étais seule. Je sortis de mon petit sac à main ma trousse à maquillage et tentai de me refaire une tête. Je camouflai les cernes – encore – mis un peu de rouge à lèvres et de crayon noir, ajustai mes cheveux et replaçai mon pull comme je le pus avant de ressortir dans le couloir. Où patientait Scorpius Malefoy.
Enfer et damnation.
- Tu n'as pas été très gentille hier soir, fit-il, abordant son éternel sourire ravageur.
Je fis mine de l'ignorer et de continuer ma route jusqu'à la cafétéria. Je devais y manger avec Kara qui m'avait avoué avoir plein de détails croustillants à me raconter sur sa folle nuit passée avec Albus. Et qui surtout avait énormément de questions à me poser sur cet homme si mystérieux qu'était mon cousin. Bon, à présent je n'étais plus totalement certaine d'avoir le besoin de savoir, ni de lui dire quoi que ce soit, mais une promesse était une promesse. Seulement, mon moustique crétin favori ne semblait pas avoir le désir de me lâcher la grappe tout de suite. Il m'attrapa par le bras et le serra si fort que je fus contrainte de m'arrêter. Je lui jetai un regard tueur.
- J'aime quand tu me fixes comme ça, me murmura-t-il en s'approchant dangereusement. Ça me donnerait presque envie de t'embrasser sauvagement.
Je ne répliquai pas. À quoi bon ? Il colla ses lèvres à mon oreille, et ajouta :
- Tu comprends Rose, que tu me laisses pour un autre chaque soirée n'est pas un problème – quoi que je regrette de ne jamais avoir le droit de participer. Mais le prof de potion, es-tu bien certaine que c'était une merveilleuse idée ?
Je le contemplai, effarée.
- Co-comment… Qui t'as dit ? bafouillai-je en sentant le rouge me monter aux joues.
Il fallait que je me reprenne. Ce n'était pas mon genre, de m'empourprer de manière compulsive. Mh, je devais avouer également que Scorpius Malefoy faisait souvent naître chez moi des réactions et des pulsions inhabituelles, mais ce n'était pas le sujet.
- Je te connais mieux que toi-même, Rose.
Il me fit un clin d'œil et s'éloigna en ricanant. Je restai là, pantoise, quelques minutes. Jusqu'à ce que mes pieds me fassent suffisamment mal pour me ramener à l'instant présent. Je pestai. Comment ce crétin invétéré avait-il pu être au courant de mes bourdes nocturnes ? M'avait-il vue ? Etait-il le seul au courant ? Ou bientôt toute l'école allait me dévisagerait comme une pestiférée ? D'un pas vif, je me rendis jusqu'à la cafétéria où m'attendait déjà Kara. Du peu que je pouvais en juger, les gens ne me regardaient pas plus que d'habitude, ni différemment. Légèrement rassurée, je me concentrais sur ce qu'elle était en train de me raconter – tentant d'y trouver un quelconque intérêt.
- Ecoute, finis-je par lui dire, au bout d'une demi-heure. Albus est un sale petit abruti qui fait souffrir tout ce qu'il touche. Alors oui, il est bon au pieu, il paraît merveilleux et gentil garçon. Mais Albus est comme son frère, tant qu'il ne sera pas tombé sur quelqu'un près à lui botter les fesses, il restera un sale petit abruti. D'autant plus que son meilleur ami est un crétin.
Kara eut un sourire.
- Je sais tout ça. Même si je te semble sûrement ingénue, c'est loin d'être le cas. À BeauxBatons, c'est moi qui faisais la loi. Donc, ne t'inquiète pas trop pour moi. Albus Potter finira à mes pieds – et seulement si je veux encore de lui d'ici là.
Elle me fit un clin d'œil et je ne pus m'empêcher de penser que nous allions former un trio infernal, elle, Elisabeth, et moi. C'est drôle comme peu de choses peuvent vous faire changer d'avis sur quelqu'un. Je lui narrais la matinée terrible que j'avais passée et elle ne put s'abstenir de s'esclaffer. Un fou rire qui était visiblement communicatif puisqu'au bout de quelques secondes à la regarder d'un œil noir, je finis par éclater de rire moi aussi. D'un point de vue totalement neutre et objectif – autant que je pouvais l'être – ma situation était tellement caricaturale qu'elle en était comique. Le tintement discret qui annonçait la reprise des cours nous coupa net et nous nous levâmes pour nous rendre en amphithéâtre. En chemin, nous croisâmes mademoiselle Bellegarde qui me fit un sourire amical. Je ne pus m'empêcher de me demander ce que Scorpius avait pu lui raconter.
C'était la première fois de ma vie que je mettais les pieds dans un amphithéâtre. C'était grand. Trop grand. Avec Kara, nous nous installâmes au fond afin de pouvoir papoter furtivement. Le prof arriva vite et ne se formalisa pas du bruit qui régnait dans la salle. Peu de gens prêtaient réellement attention à lui, puisque nous étions nombreux à avoir ensorcelé nos crayons de manière à ce qu'ils prennent des notes d'eux même. Le jour où James nous avait dégoté ce petit sortilège, j'avais eu envie de lui voué un culte – jusqu'à ce qui lui et les jumeaux Scamander s'éclatent à glisser du poil à gratter version sorcier dans mes sous-vêtements. Être la cousine des Potter avait de nombreux d'inconvénients, dont celui d'être la cible de beaucoup de leurs blagues.
La première heure passa rapidement. Nous papotions beaucoup avec Kara. Je devais avouer que son aide me faisait du bien. Je n'avais pas encore totalement confiance en elle, mais au-delà de notre premier contact elle paraissait indifférente de savoir qui j'étais et pourquoi j'étais là. Et c'était agréable d'avoir quelqu'un avec qui parler lorsqu'Elisabeth n'était pas présente. La seconde heure, je m'amusai à lancer des boulettes de papier sur Scorpius. Celui-ci ne réagissait pas, car trop occupé à mater les jambes d'une grande rousse au premier rang. Je ne comprenais pas ce qu'il avait avec les grandes, mais cette obsession me faisait tourner au vinaigre chaque fois que je le constatai. Oui, j'étais complexée par ma (si petite) taille, et alors ? Au bout de deux heures trente d'amphithéâtre, je remarquai trois personnes en train de dormir, deux en train de faire des choses suspectes par-dessous la table et cinq qui ballaient à s'en décrocher la mâchoire. Je baillai aussi, et sortis mon portable afin d'envoyer un texto à Eli.
16h32 – Message envoyé : # Kara peut venir ce soir ? #
16h35 – Message reçu : # Si tu veux. #
Bon. Bah voilà. J'étais à nouveau sans occupation. Je m'étais attendue à ce que mon amie proteste, mais elle semblait bien admettre la chose. Je fis tourner mon mobile quelques minutes entre mes doigts et soupirai. J'observai cinq minutes mes stylos écrire d'eux-mêmes et me fis la remarque que si j'avais pris des notes manuellement, peut-être que le temps m'aurait paru moins long. En voyant mon voisin du dessous se redresser, faire craquer ses articulations en grognant, puis resaisir son crayon, j'en déduisis que non, avec ou sans notes ce cours était chiant. Ça me rappela les heures d'Histoire de la Magie où Albus et Scorpius faisaient des batailles explosives. La seule personne apte à se concentrer dans cette matière, hormis ma mère, devait être ma cousine Molly, deuxième du nom. Une petite grosse complètement tarée qui avait entrepris des études en Histoire de la Magie. Personne ne saisissait à quoi cela pourrait bien lui servir, mais ça lui faisait plaisir – et à mon oncle Percy aussi. Je fis part de mes remarques à Kara qui pouffa.
- Il faut absolument que l'on trouve un moyen de s'occuper pour la semaine prochaine, décréta-t-elle.
En effet. J'ajoutai ça sur la liste des choses dont il fallait que je parle à Elisabeth le soir même et soupirai. Oui. Encore. On voit que vous ne savez pas ce que c'est, vous, que de vous ennuyez profondément. Si ? Hé bien compatissez donc à notre lassitude. Kara et moi fûmes heureuses de voir 17h arriver car cela signifiait la fin du cours. Nous sortîmes rapidement afin de passer les barrières anti-transplanages (qui évitaient que les petits malins dans notre genre ne fassent « pop » directement dans les salles de classe), et rentrèrent à l'appartement. Je filai sous la douche, bien que j'en aie déjà pris une le matin. Non, je n'étais pas maniaque de la propreté, j'avais simplement besoin de réconfort. Et une douche brulante était la consolation ultime – à défaut des bras d'un beau garçon.
