C'est fou ce que l'on peut souffrir le lendemain. Je consultai rapidement l'heure sur mon portable et soupirai. Midi passé. Ma mère allait m'étriper. Je me levai tant bien que mal – plus mal que bien – et attrapai mon vieux jogging. Celui que personne n'avait jamais vu tant il était anti-glamour. Mais il était si confortable que je ne pouvais pas me résigner à le jeter. Je me préparais à descendre au salon lorsque mon père ouvrit la porte de ma chambre. Sans frapper bien sûr. Par réflexe, je pris ma tête de petit cocker abandonné. Celle qui la faisait toujours craquer. Mauvaise pioche, sa femme était derrière. Et elle n'aimait pas les chiens.

- Assied-toi, Rose, m'ordonna-t-elle d'un ton sec.

C'était sa voix des jours funestes. Je lançai un regard de détresse à mon père qui se contenta de hausser les épaules. Ouais, dans leur couple, on savait qui portait la culotte. Je ne pouvais absolument pas compter sur lui pour me tirer de ce pétrin. Des fois je me demandais si ma mère n'était pas une fille cachée de mon ancienne directrice tant la ressemblance se manifestait lorsqu'elles se mettaient en rogne. D'ailleurs, je crois que mon père aussi se posait la question. Je m'exécutai et déconnectai mon cerveau. J'en avais pour un bon quart d'heure de hurlements et ma pauvre tête endolorie n'était pas préparée à ça dès le réveil.

- Ta tante m'a appris tes agissements d'hier.

Aïe. De quoi précisément ? Du fait que j'avais fini dans la piscine contre mon gré, que je m'étais retrouvée enfermée dans la salle de bain avec Drago Malefoy ou du fait que j'avais tellement bu après que je ne me souvenais pas exactement comment s'était achevée la soirée, ni de quelle manière j'avais gagné ma chambre ?

- Tu nous avais promis qu'à partir de la rentrée ton attitude désinvolte et totalement immature changerait ! C'est ton cousin qui t'as ramenée ici cette nuit à trois heures du matin parce que tu ne tenais même plus debout !

Ha. Bah, au moins maintenant je savais comme j'avais atterri dans mon lit. Je baissai les yeux et fixai le sol. C'était cruel de sa part de crier ainsi. J'avais l'impression que ma tête allait exploser chaque fois que sa voix montait dans les aigus.

- As-tu conscience de la somme que nous coûte cette école tous les mois ?

Oui. Mais elle ne me ferait pas croire que c'était hors de leur moyen. Jamais elle ne pourrait me culpabiliser à ce sujet. Ma mère avait un réel problème face à l'argent. Soit elle avait peur de se retrouver sur la paille un jour, soit elle l'aimait tellement qu'elle ne pouvait s'empêcher de l'accumuler, l'accumuler, et l'accumuler encore sans jamais le dépenser. Mon père affirmait qu'elle ne savait juste pas comment s'amuser – et que moi je savais un peu trop. Cette attitude m'exaspérait. Et puis c'est elle qui avait voulu que je m'inscrive à Mangouste's School…

- Tu pourrais me répondre au moins, Rose !

Oui, je pourrais. Mais pour dire quoi ?

J'étais heureuse que mon petit frère ne soit pas là. Il aurait pris plaisir à en rajouter une couche. Ah ça ! Hugo était parfait aux yeux de mes parents. Intelligent, drôle, sage… Sage. Je manquai de rire toute seule tant cette idée était comique selon moi. Hugo était simplement meilleur comédien que moi. Particulièrement fourbe, pour un Gryffondor. Et quand il pouvait me faire prendre à sa place, il le faisait. Hugo était le roi de la famille. Il advenait que les cadets se sentent délaissés. C'était d'ailleurs un peu le cas de ma cousine Lily qui était étouffée par ses deux ainés. Ce qui était sûr, c'est que ce n'était pas à Hugo que cela risquait d'arriver. Il avait une complicité avec mon père que je n'avais jamais réussi à obtenir malgré mes nombreux efforts – notamment en matière de Quidditch. Et comme ma mère le considérait comme un saint, leur relation était toujours moins conflictuelle que la nôtre.

Cela dit, je ne savais pas pourquoi je pensais à Hugo à cet instant.

- Ecoute maman, finis-je par lâcher. Tu avais peur pour mes résultats d'Aspic, ils ont été plus que satisfaisants, non ? Alors je ne vois pas où est le problème ! J'ai bien le droit de décompresser un peu le week-end !

Elle me regarda, l'air pincé. Nous avions déjà eu cette discussion, maintes et maintes fois. Tellement que ça en était devenu presque lassant et qu'à présent ni elle ni moi ne tenions réellement à recommencer. Il en avait découlé que nous n'avions pas la même définition du mot « détente » et que Hermione Granger était incapable de comprendre que pour une personne normale s'enfermer dans une bibliothèque toute une journée était loin d'être un loisir.

- Va mettre la table.

Ça, c'était du dialogue ! Je claquai la porte et les laissai tous les deux dans ma chambre. Je me fis la remarque que s'il leur venait soudainement des idées crapuleuses en voyant mon lit, ça ne pourrait qu'être une bonne chose. Une fois, Elisabeth m'avait dit que si mes parents pratiquaient un peu plus souvent certaines activités physiques, ma mère serait peut-être un peu plus détendue. J'eus un haut-le-cœur en les imaginant en plein acte et me forçai de penser à autre chose. J'arrivai en bas de l'escalier qui menait au salon lorsqu'ils sortirent à leur tour. J'entendis ma mère se plaindre auprès de mon père qu'il ne la soutenait jamais contre moi. Vive notre ambiance familiale. J'avais grandi dans les cris et les reproches. Une atmosphère tout ce qu'il y a de plus saine, bien entendu. C'était peut-être aussi un peu pour ça que je ne voulais pas tomber amoureuse. L'exemple de mes géniteurs ne donnait franchement pas envie.

Le repas se déroula dans un silence mortuaire. Je réalisai que c'était la première fois que je mangeai seule avec eux et me dit qu'il valait mieux pour ma santé mentale que ce genre de scène ne se reproduise pas, quitte à rester à l'appartement du campus. Lorsque j'en eus enfin l'autorisation, je remontai rapidement dans ma chambre en espérant que je pourrais lutter contre ma fichue migraine tranquille. J'aurais bien quémandé une potion à maman, mais je savais que c'était peine perdue et que ce serait le meilleur moyen pour qu'elle me hurle à nouveau dessus. Ce qui était une très mauvaise idée pour mes pauvres neurones fatigués.

Le week-end allait être long. Très long.

Petite, je m'étais déjà demandée si je n'avais pas été adoptée. J'avais fait part de cette remarque à Albus qui s'était moqué en me répliquant que vu la couleur de mes cheveux, c'était fort peu probable. Mais je me sentais tellement différente de mes parents. La vérité, c'était que j'étais mieux chez les Parkinson qu'à la maison. Pire encore, plus proche de Pansy Parkinson que de ma mère. J'aimais rire, m'amuser, faire de bêtises. Comme tous les jeunes de ma génération. Et ça, elle ne semblait pas apte à le comprendre. Elle répétait sans cesse un invivable laïus destiné à me rappeler qu'eux, à mon âge, avaient dû se battre. Je ne saisissais pas bien le rapport, mais c'était ainsi.

Lassée de me morfondre, je remuai ma baguette et attirai mon ordinateur sur mes genoux. Un petit tapotement, et il s'alluma immédiatement. Je me connectai à MagicBook, le réseau social des sorciers – une idée de James – et manquait de m'évanouir en voyant les nouvelles sur mon mur.

15h06 – Message envoyé : # Dis-moi que j'ai pas fait ça ! #

Je regardai les minutes s'égrainer sur mon portable, mais Elisabeth ne semblait pas encline à me répondre. Moitié morte, j'agitai ma baguette de gauche à droite pour faire défiler les photos de la soirée de la veille, que Pansy avait eu la sotte idée de publier. Après en avoir fait le tour, je soupirai de soulagement. Hormis celle où l'on me voyait rire à gorge déployée sur les genoux de Drago Malefoy, aucune ne pouvait réellement me porter préjudice. Je fis un rapide récapitulatif de la situation dans ma tête et me dit que ce n'était peut être pas si grave. J'étais visiblement très soule et le père de mon pire ennemi paraissait être dans un sale état aussi. Ça excuserait peut-être cet écart ? En espérant qu'il n'y ait eu que ça.

18h46 – Message reçu : # Si tu l'as fait. : D ! #

Les vibrations de mon portable – sur lequel je m'étais endormie – me réveillèrent. J'ouvris rapidement le message de ma meilleure amie et me vexai :

18h47 – Message envoyé : # Et ça te fais rire ?! #

18h50 – Message reçu : # Oui, parce que tu attendais que ça et que y'a pas mort d'homme non plus. #

18h50 – Message envoyé : # « Que ça » quoi !? #

Elisabeth et moi parlions nous bien de la même chose, ou ma mémoire me faisait-elle également défaut sur d'autres évènements essentiels de ma soirée ? Avais-je embrassé Drago Malefoy lorsque j'étais fièrement assise sur ses genoux ? Ou pire ! Son fils ? (Comment ça, il fallait que je revoie l'ordre de mes priorités ? Que Nenni !) J'attendis patiemment – ou pas, en fait – sa réponse, une boule d'angoisse se formant peu à peu dans mon ventre.

19h04 – Message reçu : # T'as embrassé… #

19h05 – Message envoyé : # QUI ? #

Je devinai qu'Eli s'amusait comme une petite folle à me faire tourner bourrique. Mais j'espérai sincèrement qu'elle cracherait le morceau rapidement ou mon cœur n'encaisserait pas le choc. Je me fichai de savoir qui j'avais embrassé en étant soule. Ça n'avait que très peu d'importance au final puisque j'avais déjà prouvé que j'étais capable de partager mes microbes salivaires avec plus de deux personnes dans une même nuit. Ce qui me retournait l'estomac c'était qu'à cette soirée se trouvait un trop grand nombre de connaissances. Dont ma tante qui ne pouvait pas tenir sa langue lorsqu'elle parlait avec ma mère.

19h07 – Message reçu : # Panique pas, c'était seulement Stephen. #

Je soupirai de soulagement. Stephen Zabini. J'avais toujours fantasmé dessus, comme à peu près la moitié des filles de l'école. Il était en septième année lorsque j'étais rentrée à Poudlard et j'étais tombée folle d'admiration dès le premier regard. Des yeux verts magnifiques, des cheveux châtain clair coupés courts – mais pas trop non plus – et un corps sculpté par le Quidditch. A ma connaissance, il avait eu une liaison avec ma cousine, mais ça n'avait pas duré car Stephen avait un sale caractère. Victoire aussi, cela dit. Ainsi, j'avais embrassé le fils de Daphné Greengrass. Belle initiative de ma part. Comme quoi, même soule j'étais machiavélique. Scorpius ne supportait pas son cousin. Il ne me supportait pas non plus. Alors il n'avait sûrement pas résisté à l'idée de nous voir tous les deux.

19h13 – Message reçu : # D'ailleurs Scorp' lui a mis son poing dans la figure sans trop qu'on sache pourquoi, et James t'a ramenée juste après. C'était marrant. #

Comme vous pouvez le constater, Elisabeth a parfois un humour étrange. Certes, de son point de vue je pouvais comprendre que la scène fut comique. L'aspect moins marrant était que mon cousin avait été tellement discret que mes parents l'avaient entendu. Mais je ne pouvais pas le blâmer. Je repris mon pc – qui était tombé du lit lorsque je m'étais endormie trois heures plus tôt – et refis défiler les photos de la soirée. Je tentai ainsi de retrouver des souvenirs égarés dans les méandres de mon esprit trop alcoolisé. Ce fut un échec. J'allais devoir attendre de pouvoir parler de tout ça de vive voix avec Elisabeth et Kara pour en savoir plus. Je regrettai amèrement de ne pas me rappeler quelle sensation ça procurait de sentir les lèvres de Stephen sur les miennes, car je me doutais que ça ne m'arriverait pas de nouveau avant un moment – selon Albus, Scorpius avait une bonne droite.

Mon professeur de potion m'était, pour ainsi dire, totalement sorti de la tête après cette soirée pleine de rebondissements. Enfin, jusqu'à ce qu'il apparaisse dans l'angle du couloir le lundi matin. C'est cet instant que mon cerveau choisit pour se souvenir d'une chose que je n'aurais jamais dû faire : je l'avais appelé. Ça n'avait pas duré infiniment et je n'avais rien dit de compromettant, mais je l'avais appelé. Et au sourire qu'il m'adressa en passant, je pus m'empêcher de me sentir terriblement honteuse. J'eus envie de me gifler ouvertement mais – en plus de ne pas être très glamour – ça comportait le risque de me faire passer pour une folle. Je me retins.

Je jetai un regard à Scorpius pour chercher un peu de soutien, mais il m'ignora superbement. J'étais donc seule devant mon chaudron. Triste sort. Je réalisai mécaniquement ma potion pendant une heure. Aussi, Merlin dans sa plus grande perversité avait exigé que la recette du jour nécessite un temps de pause de trente minutes. Interlude durant laquelle un débat s'installa entre notre bien-aimé professeur et une des filles de la classe, à propos de l'élevage de Mandragore. Sujet ô combien passionnant ! Je ne savais pas s'il y avait un fan-club dédié à David Swan, mais si c'était le cas elle devait en être. Elle avait les jambes légèrement entrouvertes, dans une pose qui se voulait naturelle mais ne l'était pas du tout, et laissait ainsi apercevoir une infime partie de la lingerie noire en dentelle qu'elle portait sous sa robe bien trop courte. Elle tortillait une de ses mèches de cheveux paille dans une main et affichait un air ingénu qui ne lui seyait guère. J'étais écœurée qu'une telle abomination ait pu obtenir sa place dans cette école.

Aussi, lorsque je pris la parole je fus particulièrement véhémente – allez comprendre pourquoi ! :

- Je suis d'accord qu'il pourrait être utile d'élever des mandragores dans les maremmes car elles adorent l'humidité et la boue. Mais ça, c'est la théorie. Et si tu avais prêté un minimum d'attention à tes cours de Créatures Magiques plutôt que de vérifier que ton rouge à lèvres tenait toujours – ce que tu n'aurais pas à faire si tu avais un iota de connaissance en Sortilèges – tu te serais sûrement souvenu que c'est impossible à mettre en pratique puisque les marécages sont très souvent envahis par les Fangieux qui se délectent des racines de mandragore. On raconte même que les cris de ces dernières déchainent en eux une certaine forme de plaisir malsain. Un peu comme les piaillements mielleux qui sortent de ta petite bouche ont pu provoquer de l'envie chez certains mecs frustrés de cette école…

Je ne repris mon souffle qu'à la fin de ma tirade. Je ne pensais pas que mes minuscules poumons pouvaient être capables d'un tel exploit, mais j'étais particulièrement fière d'eux. Un silence de mort s'était installé dans la classe. Scorpius me scrutait, amusé et totalement désintéressé tandis que certaines filles riaient sous cape du lot de leur consœur. Quant à ma victime, elle me foudroyait des yeux. Si elle avait pu me décocher un Avada Kedavra sur le champ, je crois qu'elle l'aurait fait. Quoique c'était plutôt le genre de nana à se délecter d'un bon Doloris bien placé. Elle lança un regard à David, exigeant de ses jolies prunelles bleues qu'il intervienne. Ce qu'il fit. Malheureusement pas comme elle l'aurait souhaité.

- Merci Miss Weasley de votre participation. Malgré le ton légèrement agressif, vous avez parfaitement expliqué les problèmes que rencontrent actuellement les botanistes et…

Je décrochai à nouveau du cours. Sa voix était mélodieuse mais le contenu de ce qu'il avait à raconter ne m'intéressait nullement. J'étais douée en potions, c'était indéniable. Mais cette matière ne m'avait jamais particulièrement attirée. J'attendis donc la fin de l'heure avec impatience et rangea mes affaires en moins de temps qu'il n'en faut pour articuler « Expelliarmus ». Je sentis le regard de Monsieur Swan dans mon dos mais me forçai à ne pas y prêter attention. Je me fis bousculée dans l'encadrement de la porte et remarquai une tignasse de cheveux blonds me doubler. J'eus un sourire satisfait. Je prenais la direction du réfectoire quand Scorpius me retint au milieu du couloir. Ça allait bientôt devenir une habitude, pensai-je.

- Tu cherches à te faire des ennemis ? murmura-t-il.

Je levai un sourcil interrogateur.

- Anneliese von Adler, ça ne te dit rien ?

J'haussai les épaules. Ça signifiait non.

- Ta mère travaille en collaboration avec le père de ta victime.

J'écarquillais les yeux. Oui. Maintenant qu'il le précisait, « von Adler » ne m'était pas un nom inconnu, puisque j'avais déjà eu l'occasion de rencontré August von Adler lors de l'une des commémorations de la Grande Guerre. Mais jamais je n'aurais fait le rapprochement entre la blondasse que je venais d'humilier et ce charmant homme. Je soupirai. Ça n'avait aucune importance, je devinai qu'Anneliese était du genre meneuse et indépendante. Un peu comme Elisabeth. Elle n'aurait jamais l'idée de se plaindre à son patriarche et ma mère n'aurait sûrement jamais vent de mes nouveaux exploits.

J'abandonnai Malefoy seul au milieu de son couloir et rejoins Kara qui m'attendait à notre place habituelle depuis une semaine. J'étais à peine assise qu'elle me posa la question fatidique :

- T'as démoli une des filles de ta classe ce matin ?

Je me tapais le front du plat de la main. Ainsi donc, mes prouesses avaient déjà fait le tour de l'école. Et miss blonde, qui avait retrouvé son groupe d'amies, me jetait des regards noirs depuis l'autre bout du réfectoire. J'avais visiblement déclaré une guerre sans le faire exprès. Bon, d'accord, je l'avais peut-être un peu cherché… Décidant que ça n'avait pas d'importance, je plantai ma fourchette dans mon assiette et laissait Kara s'amuser de la situation. Tout allait pour le mieux, jusqu'à ce qu'une agitation inhabituelle se fasse sentir dans la cafétéria. Un deuxième année, à qui j'avais eu l'occasion de parler auparavant, m'attrapa par le bras et m'entraina avec lui dans sa course. Je chopais Kara au passage et le suivi.

- Qu'est-ce qui se passe ? haletai-je.

- La directrice a affiché les noms pour le premier tournoi de l'année.

- Ha.

Les élèves de l'école étaient agglutinés devant les panneaux d'affichage. Je lâchai la main de Victor – le deuxième année – préférant m'éloigner de la foule et revenir plus tard, lorsque le plus gros serait parti. Kara tenta vainement quelques minutes de lire par-dessus les épaules des troisièmes années qui monopolisaient la place, avant de me rejoindre, blasée. Nous restâmes assises sur le banc où nous nous étions installées quelques longues minutes, silencieuses. La tête appuyée sur mon poing gauche, je m'amusais avec ma baguette de l'autre. Les petits papillons que je créais montaient doucement dans le ciel, leurs ailes reflétant les quelques rayons de soleil qui dardaient ce jour-là. Du coin de l'œil je vis ma colocataire froncer les sourcils et ouvrir la bouche, mais elle n'eut pas le temps de me prévenir. Du côté opposé approchaient miss blonde et sa clique. Je n'avais pas réellement fait attention à elle depuis la rentrée, elle s'était manifestement déjà trouvé deux acolytes à l'air mauvais. Elle se planta devant moi, les mains sur les hanches.

- Tu m'as humiliée en public une fois. J'aurais ma vengeance dans peu de temps, fit-elle.

Devant ma tête sûrement particulièrement étonnée, elle ajouta :

- Du haut de ta mesquinerie, tu n'es visiblement pas bien au courant des évènements. A ta place je me renseignerais rapidement si tu ne veux pas être ridicule dans un mois.

Et elle nous laissa là. Aussitôt nous nous précipitâmes vers le tableau d'affichage. Il s'avéra que la compétition était plus forte et poussée ici qu'à Poudlard. Des affrontements étaient ainsi organisés tout au long de l'année dans différentes matières mettant à l'épreuve les élèves des classes différentes, mais également entre des personnes d'une même classe. C'est ce qui me choqua le plus. Jamais il ne serait venu à l'esprit de me battre contre un Gryffondor, même s'il m'était souvent arrivé de m'accrocher avec certains d'entre eux – enfin plutôt certaines d'entre eux, me corrigea ma conscience.

Ainsi donc, j'avais une rencontre programmée avec Blondie à la fin du mois. Un duel. Un de ceux avec une baguette à la main. Je pestai. On ne pouvait pas franchement dire que j'étais très douée en défense contre les forces du mal. Si je ne voulais pas être grotesque comme l'avait prévu ma blonde préférée, j'allais devoir me trouver quelqu'un pour me donner un coup de pouce. J'avais bien une idée, mais je n'étais pas certaine que ce soit réellement un bon projet à mettre en place. Peut-être qu'Elisabeth pourrait m'éclairer et je me promis de l'appeler le soir même. Kara repéra son nom dans la liste et m'annonça qu'elle devait passer quinze jours plus tard, en potion, contre un garçon un peu rondouillard de notre classe. Si j'avais appris une chose au contact des cousins, c'est qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences. Aussi je proposai immédiatement de l'aide à Kara afin d'être sûre qu'elle le batte haut la main, ce que bien sûr elle accepta.