Un chapitre pas franchement utile, ni franchement intéressant. C'est d'ailleurs sûrement pour cela qu'il est plus court que les autres. J'espère néanmoins qu'il saura vous séduire comme les précédents et vous souhaite une bonne lecture
J'étais un tantinet stressée. Viktor m'avait invitée à boire un verre avec lui et quelques amis. J'avais hésité à donner mon accord. Pas que j'étais asociale, mais j'avais tellement l'habitude d'être prise en embuscade par des boulets souhaitant simplement des autographes de mon père que c'était lassant. Aussi, Kara m'avait poussée à dire oui, m'assurant qu'il ne fallait pas que je m'arrête à ça. Dans le fond, c'est un peu ce qu'elle avait fait elle, la première fois que nous nous étions rencontrées et au final je l'appréciais beaucoup. J'avais donc accepté, bon gré mal gré, et j'étais maintenant debout devant mon armoire, les mains sur les hanches, me demandant ce que j'allais bien pouvoir me mettre. Ça n'avait rien d'un rendez-vous galant, mais je tenais à faire bonne impression. Quitte à me déplacer, autant que ce ne soit pas pour rien.
Je finis par opter pour un jean gris, une paire d'escarpins noirs, une chemise rouge et un pull noir. Sobre, mais pas totalement discret non plus. J'espérais qu'il n'y aurait pas trop de filles. Pas que je n'aimais pas les nanas, mais je savais d'expérience qu'elles sont beaucoup plus mauvaises que les mâles. Une bande de mecs était plus simple à gérer que quelques nénettes. Une femelle accompagnée de ses copines se sentira toujours forte pour vous descendre. Tandis qu'un homme, au contraire, tentera d'épater ses copains en faisant le fier pour vous. C'était d'ailleurs pour ces raisons qu'à mon avis les poulaillers devraient être essentiellement constitués de coqs et non pas de poules. Certes, cela serait non productif, mais plus vivable ! Bref.
J'arrivai légèrement en retard – comme toujours. Viktor m'ouvrit la porte, souriant de toutes ses dents, et s'empressa de me présenter à ses amis. Je fus assez satisfaite de constater qu'il y avait une majorité de garçons, dont je ne retins pas vraiment les prénoms. Je m'installai donc à côté de la seule autre fille présente : Chloé. Je ne l'avais jamais remarqué auparavant, mais je trouvai qu'elle me ressemblait un peu. Elle était un peu plus grande que moi – pas de beaucoup – et ses cheveux orangés étaient bien plus longs que les miens. Elle avait également plus de taches de rousseur que moi. Mais globalement, nous avions les mêmes traits fins et durs, la même façon de regarder les gens avec dédain. Allais-je pouvoir m'entendre avec mon clone ou finirais-je par avoir envie de lui taper dessus à la fin de la soirée ?
Un immense black que j'avais déjà repéré – il faut dire qu'avec sa voix tonnante il n'était pas très discret – arriva peu de temps après moi. Il nous prit toutes les deux dans ses bras en nous faisant tournoyer, s'amusant de notre légèreté. Il s'appelait « Parfait ». Je me demandai à quoi ses parents avaient pensé le jour de sa naissance, avant d'apprendre qu'il était orphelin. Il avait été adopté par une riche famille de notables québécois. Ils avaient décidé de le surnommer ainsi lorsqu'il s'était aperçu que c'était le garçonnet le plus sage qu'ils n'avaient jamais rencontré. Je me fis la remarque qu'il devait avoir changé depuis, car à présent il était premier quand il s'agissait d'inventer de nouvelles bêtises.
— Il n'est pas là, ton copain ? m'interrogea-t-il, quelques minutes après son arrivée.
Il venait tout juste de me reposer à terre. Je me sentais légèrement vaseuse, le cerveau engourdit. J'avais beau chercher, je ne voyais absolument pas de qui il pouvait bien parler. Les seuls mecs que je pouvais considérer comme « mes copains » étaient également mes cousins. Dans l'université, à part Viktor, je ne fréquentais pas de garçons. En fait, je ne côtoyais pas beaucoup de monde mis à part Kara. Je ne comprenais donc vraiment pas la question. J'attrapai le verre qu'on me tendait avant de m'étonner :
— Qui ça ?
— Le grand blond !
— Scorpius ?
— Ouais, lui.
Je manquai de m'étrangler avec la gorgée de bière-au-beurre que j'avalais.
— Ce n'est pas mon copain !
— Ha bon ?
— Vous êtes très proches, pourtant, ajouta Chloé, s'incrustant dans la conversation.
Proches ? Avec Malefoy ? Je vérifiai l'heure et le contenu du gobelet de la demoiselle. Rien de bien fort et elle ne pouvait pas avoir eu le loisir de consommer autre chose avant. Elle n'était pas soule. Etait-elle stupide naturellement ou bien une quelconque information m'échappait ? Je détournai le fil de la discussion subtilement, ce qui m'évita de répondre à de telles inepties – ce qui aurait été une perte de temps considérable puisqu'ils ne semblaient pas vouloir réellement m'écouter. Je remarquai ainsi rapidement que beaucoup de ces deuxièmes années étaient plus intéressés par d'éventuels autographes de mon père que par ce que j'avais à dire ou à taire. Je soupirai. Certaines fois, je n'aimais pas avoir raison.
Je croisai le regard de Viktor qui me fit signe de le rejoindre dans sa chambre. J'avais, bizarrement, une certaine confiance en lui qui fit que je le suivis. Il y régnait un bazar tel que je me sentis presque maniaque en comparaison, l'espace d'un instant. Il jeta hâtivement un sort de ménage qui rendit à la pièce un aspect potable avant de s'asseoir sur le lit.
— Je suis désolé, m'avoua-t-il.
Alors que je le scrutais légèrement étonnée, il ajouta :
— Je ne pensais pas qu'ils réagiraient comme ça à ta présence. Ils sont moins superficiels, d'habitude…
Je lui pris la main et lui souris, l'apaisant. Cela n'avait aucune importance, j'en avais trop l'habitude pour me heurter de ces quelques maladresses – même si c'était agaçant. Je lui assurai même que ses amis auraient l'agréable surprise de recevoir un hibou de Ron Weasley en personne dans quelques jours : mon père s'en ferait un plaisir. Il se délectait de sa popularité auprès des jeunes. Je demandai néanmoins à mon ami de ne pas trop m'en vouloir si je ne m'éternisais pas trop à sa petite fête, ce qu'il comprit facilement. Il était gentil, Viktor.
Nous retournâmes dans la pièce principale avant que notre absence ne devienne suspecte, et Parfait me mit le grappin dessus. Il n'était pas franchement beau. Il était hypnotisant. Lorsqu'il riait, il dévoilait une série de dents d'un blanc écarlate qui contrastaient avec sa peau si sombre. Ses yeux étaient marron, bien sûr, mais avec une lueur très particulière à l'intérieur. Quelque chose de fascinant. On avait la sensation qu'il parvenait à sonder l'âme des gens par un simple regard. Mais, contrairement à Viktor, les prunelles inquisitrices de ce grand black n'étaient pas déstabilisantes, juste amusantes. En fait, Parfait en lui-même était très drôle. Il ne cessait de raconter des blagues et de faire le pitre, créant l'animation de la soirée à lui tout seul. Et je ne sais pourquoi, j'avais la terrible impression qu'il me collait. Voir, me draguait.
C'était, certes, agréable, mais très fâcheux également. Tout d'abord parce que je constatai que le sourire de David ne quittait pas mon esprit et ensuite parce que Viktor ne s'en formalisait pas. C'était vexant. Je devais avouer que le jeune homme me plaisait bien. Que la réciproque ne soit pas vraie était particulièrement contrariant à mes yeux. Surtout que jusqu'à présent, tout m'avait crié le contraire. Il me jetait presque des regards amusés tandis que je tentai de repousser poliment Parfait. Je n'avais pas envie de m'embêter avec un prétendant supplémentaire – et de toute façon, Parfait était lourd, au sens propre comme au figuré.
— Bon, et ton copain alors, il est comment ?
Cela faisait déjà trois fois que je lui répétais que Scorpius n'était pas mon copain – d'aucune manière que ce soit – mais il ne semblait pas assimiler cette information, pourtant si cruciale selon moi.
— Il est blond.
— Ça j'avais remarqué, mais encore ?
— Ce que je voulais dire par là c'est que c'est un crétin fini.
Chloé, qui avait à présent trop bu, éclata d'un rire aigu absolument insupportable pour mes oreilles. Je la dévisageai de mes prunelles noircies d'agacement, ce qui la stoppa net. Elle me rendit un regard meurtri dont je ne me formalisai pas du tout. Je n'étais pas gentille, ne l'avais jamais été, et ne comptais pas le devenir. Ce n'était pas mon genre et de toute manière, je me trouvai divine dans le rôle de la méchante. Après Hermione Granger l'Intelligente, Ronald Weasley le Fidèle, nous avions Rose Weasley le Poison et c'était très bien comme ça.
— Alors pourquoi tu restes avec ? insista Parfait.
— Je ne suis pas avec, répondis-je à nouveau.
Une fois, deux fois, trois fois… ça commençait limite à être lassant.
— Dommage, vous seriez un beau couple.
Je haussai les épaules. Que rétorquer à des inepties pareilles ? Il y avait tout un tas de raisons valables qui faisait que jamais je ne pourrais former un couple avec Scorpius. Tout d'abord parce que je ne le supportais pas. Egalement car mon père me ferait certainement un infarctus. Il était capable d'endurer toutes mes bêtises, mais l'union de son sang avec un Malefoy, je ne pensais pas. Et quant bien même que nous aurions était fous amoureux l'un de l'autre, jamais nous ne pourrions être un « beau » couple. Je faisais la moitié de sa taille. Il était blond j'étais rousse. Jaune et orange s'alliaient peut-être parfaitement lors des couchés de soleil, mais ça ne marchait pas avec les couleurs de cheveux.
— T'es amoureuse de lui ?
Merlin non ! Je ne voulais pas être amoureuse. Et encore moins de Scorpius. Aussi, à présent j'en étais sûre : il me draguait presque ouvertement et d'une manière peu galante et discrète. Je soupirai. Je n'étais pas intéressée et le lui fit savoir d'un ton sec. Il éclata d'un grand rire tonitruant, comme il en avait le secret, et je restai interdite. Quelle boulette avais-je encore faite ?
— Mais ma jolie, clama-t-il, si je te pose tant de questions sur ton p'tit copain, c'est parce que c'est lui, qui m'a tapé dans l'œil.
Parfait était… gay. Et ça me crevait tant les yeux à présent que je me demandai comment j'avais pu passer à côté d'une telle évidence. Je poussai un gémissement de protestation en camouflant mon visage rougissant entre mes mains… avant de glousser à mon tour. Que pouvais-je faire de plus, de toute manière ? J'avais été stupide, oubliant tout à fait ce que mon parrain me répétait souvent : ne pas se fier aux apparences. Bien sûr, tout le monde se moqua gentiment de moi. « Gentiment » car je m'appelais Weasley et que tous espéraient rentrer dans les bonnes grâces de mon père. C'était d'un ridicule !
— Mais Scorpius est…
— Un homosexuel qui se nie, c'est moi qui te le dis ! Les coureurs de jupons dans son genre, ça cache toujours quelque chose.
Je ris de plus belle. C'était la chose la plus absurde que je n'avais jamais entendue. Je finis mon verre d'une traite et annonçai que j'allais partir. Malgré les protestations de beaucoup, je repris ma cape et fit une bise à la plupart d'entre eux. Chloé accepta de me lâcher quand je lui promis de venir la saluer le lendemain à la cafétéria, et Viktor me serra un peu plus longtemps dans ses bras qu'à l'habitude. Je comprenais mieux son indifférence face à Parfait. Je fixai ses prunelles quelques secondes. Comme j'aurais voulu m'y perdre, oublier le monde, mon existence, pour l'observer à travers les siens. Tout paraissait si beau vu de ses iris, de sa légèreté. Mais il n'en était rien. Mon cœur ne ratait pas un battement lorsque je le croisai, bien qu'un sourire illumine souvent mon visage. Il était touchant, mais je savais que je serais incapable de lui rendre les étoiles qu'il avait dans les yeux. Je fis mine de ne pas avoir remarqué ses lèvres s'approchant doucement des miennes et claquai la porte.
Il faisait froid. Je n'aimais pas le froid. Mon âme était bien assez gelée comme ça, je n'avais pas besoin que la température ambiante vienne mordre ma peau de la sorte. Je parcourais la centaine de mètres qui séparaient mon appartement de celui de Viktor le plus rapidement possible. L'eau présente dans mon souffle chaud se condensait dans l'air, créant un petit nuage blanchâtre. Gamine, après avoir observé des fumeurs moldus dans les rues de Londres, je m'amusais à reproduire leurs gestes avec des feuilles d'arbres roulées sur elles-mêmes. Je n'avais pas conscience alors, qu'un jour moi aussi je m'encrasserais les poumons. J'avais arrêté de fumer depuis quelques mois. Le sevrage n'était pas évident, mais je savais à présent que lorsque le désir se faisait sentir, il me fallait simplement tenir bon une à deux minutes pour que cette pression irrésistible passe. Parfois, je gagnais. Parfois, je craquais. En l'occurrence, j'aurais bien voulu succomber. Cependant, je ne le pouvais pas puisque je n'avais pas de clopes sur moi. J'inhalai une grande bouffée d'air et toussai.
Mon logement n'était plus qu'à quelques mètres et je n'avais qu'une envie : me coucher. J'étais sur le palier quand le son de la télé – monté trop haut – me parvint. Je me demandai pourquoi Kara l'avait mis si fort et compris lorsque j'ouvris la porte. Elle n'était pas seule, et son rire cristallin résonnait encore plus puissamment que les mitraillettes dans le film moldu qu'elle avait laissé tourner sans vraiment le regarder. Autant cela m'aurait paru normal qu'elle sollicite mon cousin, autant je ne m'expliquai pas la présence de Scorpius – qui m'adressait un œil narquois.
— Tiens, lui indiquai-je, cynique, tu sais qui c'est Parfait, le grand black ?
— Ouais…
Il sembla surpris de mon entrée en matière peu commune. Je m'amusais déjà de mon petit effet.
— T'as une touche avec. Il est convaincu que tu es un homo refoulé.
Je vis Scorpius blanchir, tousser, ouvrir la bouche. Et la refermer. Je lui dévoilais toutes mes dents en un rictus mauvais et, sur ces belles paroles, m'enfermai dans ma chambre. Pourquoi Merlin s'obstinait-il à me faire croiser la route de ce crétin ? Et surtout, pourquoi Kara l'avait-elle invité ? Alors que je me savonnai le visage afin d'en faire disparaitre toute trace de maquillage, j'entendis la porte de l'appartement claquer. Sûrement le blondinet qui partait. Si seulement il pouvait se perdre en chemin et finir loin, très loin, de moi…
Kara ne mit pas trop de temps à venir me rejoindre, ayant parfaitement conscience que j'allais réclamer des explications. J'avais une petite boule dans l'estomac. C'était une sensation étrange que je n'avais encore jamais appréhendée, mais j'étais bien incapable de dire à quoi cela correspondait. Kara s'installa sur mon lit tandis que je fouillais mon dressing à la recherche du vieux tee-shirt que j'enfilais pour dormir. Il avait appartenu à Lysander et je l'avais conservé. Pas par passion, simplement parce que le tissu était doux.
Après avoir bataillé cinq minutes avec les nœuds de fringues qui inondaient les étagères de mon armoire, je me tournais vers la jeune femme, toujours immobile sur mon matelas. Voyant que mon amie ne parlait pas et ne semblait pas décidée à le faire, je lui lançai – plus sèchement que je ne l'aurais souhaité :
— Il faisait quoi, ici ?
Elle haussa les épaules, me regardant bizarrement. Bon… Cette conversation promettait d'être digne d'un dialogue avec ma mère. Comme je n'aimais pas franchement perdre mon temps avec des choses aussi peu productives, je pressais Kara de me répondre, malgré son air pincé et meurtri.
— Tu vas t'énerver, me fit-elle.
— Si tu ne m'expliques pas, effectivement cela risque d'arriver, répliquai-je avec un visage qui se voulait encouragent.
Très honnêtement, elle pouvait se taper Malefoy si le cœur lui en disait, je ne viendrais pas lui faire la morale. Elle était grande et puis surtout j'étais très mal placée pour me permettre ce genre de reproches. Mais j'avais besoin de saisir. Elle semblait bien avec mon cousin, alors pourquoi s'embêter avec un balourd comme Scorpius ? Je me postai devant elle, les mains sur les hanches, ressemblant sûrement plus que jamais à ma tante Ginny face à ses deux imbéciles de fils.
— Je n'avais pas envie d'être toute seule, et sur le campus je ne connais pas beaucoup de monde… attaqua Kara.
— Donc tu as invité Malefoy ?
J'étais atterrée et mon incompréhension devait être largement visible, car un fin sourire commença à se dessiner sur le visage de Kara. Mes sautes d'humeur et mes débordements avaient tendances à l'amuser, allez savoir pourquoi ! Enfin, elle avait conscience qu'elle aurait beau chercher à m'expliquer par tous les moyens la présence du jeune blond ici, je ne la comprendrais pas. Je préférais mille fois mourir d'ennui que convier Scorpius à me tenir compagnie.
— Il est gentil… tenta-t-elle.
J'éclatai de rire. Kara me paraissait si ingénue parfois, c'était mignon, mais burlesque. Elle ria à son tours, et le malaise s'envola aussi vite qu'il était arrivé. Je la pris dans mes bras, lui promettant de ne plus la laisser seule à nouveau, si cela devait l'obligée à supporter Scorpius toute une soirée. Elle ne répondit pas, mais je lus dans son regard qu'elle me reprochait – une fois encore – mon animosité envers le blondinet.
Ce n'était quand même pas de ma faute si Scorpius était un crétin.
