Je m'étais encore mise dans une galère insoupçonnée. Elisabeth avait un défilé d'organisé ce samedi-là. C'était l'un des plus importants de l'année puisqu'elle travaillait pour un grand couturier de notre monde. Un show de plusieurs heures – dont elle était l'une des célébrités phare – suivi d'une réception privée. J'étais invitée, et bien entendu ma mémoire m'avait fait défaut. Ainsi, je n'avais ni tenue, ni cavalier. Après avoir retourné le problème durant un quart d'heure dans ma tête, lamentablement allongée à même le sol de ma chambre, je me décidai à envoyer rapidement deux messages. Un premier à James pour le prévenir de mon retard, puis un autre à Viktor pour lui proposer de m'accompagner. Ça faisait un peu bouche-trou et j'éprouvais des remords à me servir de lui aussi lâchement, mais c'était une situation de crise !
Sans même attendre de réponse, je filai sous la douche. Contrairement à d'habitude, elle fut particulièrement courte et je me séchai les cheveux d'un sort expéditif – chose que je n'aimais absolument pas faire. J'étalai ma crème de jour d'un geste, et écrasait une couche de fond de teint sous mes yeux pour cacher mes vilains cernes. Un peu de couleurs sur les paupières, un trait de crayon noir, du mascara… J'enfilai rapidement des sous-vêtements et appelai Kara à la rescousse. Elle était elle-même en train de mettre un slim blanc et avait visiblement du mal à rentrer dedans. Elle sautilla dans l'appartement dans le but de venir me voir et manqua de tomber lamentablement. Elle me demanda si je pouvais lui prêter l'un de mes hauts : un petit débardeur noir orné de dentelles qu'elle adorait. Je lui jetai de bonne grâce et sollicitai des conseils pour ma tenue. Un quart d'heure après, nous n'avions toujours pas résolu mon problème et nous fûmes coupées par Viktor qui arrivait.
Ceci n'arrangea pas mon retard. Kara finit par me trouver un truc, lassée de devoir m'attendre. Ainsi j'enfilai rapidement la courte robe noire qu'elle me tendait et une paire de ballerines. Hors de question de me tuer les pieds à la tâche ce soir. Je les transplanai tous deux jusqu'au lieu du gala et nous retrouvâmes au troisième rang James et Albus – pour le plus grand bonheur de Kara. Harry et Ginny Potter étaient également là, juste devant nous, en compagnie de mes parents. Scorpius et les siens étaient au cinquième rang, et l'air boudeur qu'affichait Drago indiquait clairement qu'il était mécontent de ce plan de salle. Je retins un sourire et me concentrai sur le défilé qui commençait. C'était splendide, comme d'habitude.
Elisabeth effectuait son second passage quand Viktor me saisit la main. Il avait fait cela avec une rapidité improbable et sur l'instant, je ne sus comment réagir. Aussi, je laissai mes doigts entre les siens sans oser bouger. Je déglutis difficilement. Je sentais ses prunelles pressantes sur moi, mais m'efforçai de ne pas y faire attention. Je ne voulais pas qu'il s'imagine quoi que ce soit. Même si je crois qu'il était déjà trop tard pour m'inquiéter de ça. Il ne me lâcha pas de tout le spectacle et lorsqu'enfin nous pûmes nous relever afin de rejoindre le buffet, il ne semblait toujours pas enclin à me rendre ma liberté de mouvement. J'abandonnai la lutte – qui n'avait d'ailleurs pas réellement commencé – ne souhaitant pas nous humilier devant les personnes présentes. Albus me lança un regard étrange.
Merlin, vous êtes épuisant.
Mon cousin ne fit aucun commentaire. Il savait que dans le cas contraire ma vengeance serait terrible. Quelque part, je le remerciais d'avoir la décence de ne rien dire : cela m'aurait ennuyée de mettre Kara dans une situation embarrassante par sa faute. Les deux tourtereaux se tenaient à bonne distance l'un de l'autre, faisant mine de ne pas avoir l'envie de se coller. C'était assez amusant, en fait. Je réussis enfin à lâcher la main de Viktor lorsque mon amie m'entraina un peu plus loin vers des chaises isolées. Nous nous assîmes pour y attendre Elisabeth. Les minutes défilant, je cherchais James des yeux afin de lui demander s'il avait vu la belle. Ce fut lui qui nous trouva, l'air excédé. Il s'installa à côté de moi et me fusilla du regard. Je fronçai les sourcils :
— Qu'est-ce qui se passe ? m'enquis-je un peu durement.
— Il se passe que ta copine, et accessoirement ma fiancée, se laisse honteusement charmer pas un quadragénaire milliardaire. À croire que notre coffre à Gringotts n'est pas encore assez rempli selon elle !
Il me la désigna du doigt. Je me retins de pouffer. Avec eux, on en revenait toujours au même problème. Et bien que je ne porte pas spécifiquement mon cousin dans mon cœur, je ne pouvais qu'admettre qu'Elisabeth abusait souvent de sa patience. James possédait un caractère de chien, et même si avec mon amie il avait tendance à être carrément laxiste, quand un mâle l'approchait d'un peu trop Potter retrouvait ses instincts de prédateur. Cela n'était pas très beau à voir et leurs disputes m'exaspéraient régulièrement. Ils étaient, jusqu'à présent, restés un couple fort et relativement uni. Mais alors que je considérais ma mannequin favorite laisser courir les lèvres de son prétendant sur sa mandibule sans protester, je me demandais combien de temps ils tiendraient à ce rythme. James sauta littéralement de sa chaise et bondit dans la foule. Il mettait de méchants coups de coude à quiconque demeurait entre lui et sa dulcinée. Dulcinée qu'il attrapa par le bras afin de la mener à l'écart et sûrement lui faire une scène dans les règles de l'art.
J'entendis Kara soupirer à côté de moi et je la rejoignis dans cet élan de flémingite aigüe. Je n'avais pas envie de calmer le jeu. De toute façon, j'avais plus urgent à penser. En effet, depuis que nous nous étions assises, j'avais remarqué les regards inquisiteurs et surpris que me jetait Drago Malefoy. Je m'étais jusqu'à lors efforcée de ne pas y porter d'attention afin de ne pas me laisser perturber par ses prunelles grises. Aussi, lorsque je le vis prendre mon parrain par l'épaule et lui chuchoter quelques mots, toujours en me fixant, je commençai à sincèrement me poser des questions. Que se passait-il enfin ? Même si les deux ennemis avaient finalement réussi à se mettre d'accord sur bien des points et arrivaient à se supporter sans trop de mal à présent, ils étaient loin de faire les quatre cents coups ensemble. Alors que mijotaient-ils ? J'aperçus Potter froncer les sourcils et tirer Drago par le bras, en ma direction. Je n'aimais pas ça. Je prévins Kara que j'allais aux toilettes et sortis, rapidement rejointe par Drago et Harry.
Nous étions dans une petite ruelle, juste à côté du lieu de réception. Les bruits de la fête parvenaient jusqu'à nous et me donnaient l'impression d'être dans un monde parallèle. En l'espace d'un instant, toute ma concentration s'était figée. Il émanait d'eux une aura imposante mais terriblement différente. Physiquement, ils n'avaient rien en commun. Mais tous deux étaient intimidants à leur manière. Chacun s'était construit avec le temps une identité forte qui lui convenait et actuellement je n'aurais pas su dire duquel il fallait le plus se méfier. Pour ma part, mon principal danger venait de monsieur Malefoy, qui avait sur moi une emprise telle qu'il ne l'imaginait sûrement pas.
— Rose, tu n'aurais pas des choses à nous avouer, par hasard ? s'enquit doucement mon oncle.
Ses yeux verts inquisiteurs ne m'impressionnant plus depuis longtemps, je le regardais surprise. J'haussai les épaules, pour lui signifier mon incompréhension et attendit de plus amples explications.
— Vous empestez tant la magie noire que je me demande comment votre parrain a put passer à côté, m'éclaira le second.
— Pardon ?
Ce mot était sorti spontanément, sans que je parvienne à le contrôler. Mes neurones étaient bien trop affairés à tenter de saisir le sens de tout ceci. Il était rare que je manque tant de politesse face à Drago Malefoy. Il eut un sourire paternel – le seul que je détestais réellement – et s'autorisa à déposer sa main sur mon avant-bras. Harry nous regarda légèrement surpris mais s'abstient de tout commentaire. Cela devait être une des premières fois qu'il se laissait aller à un contact physique en présence d'un membre de ma famille (et en étant sobre accessoirement).
— Ce duel que vous avez fait… commença-t-il.
— Contre Anneliese ? le coupai-je.
— C'est cela même…
Il se tourna vers Harry qui restait de marbre. J'avais l'impression qu'ils communiquaient silencieusement et c'était particulièrement étrange venant d'eux. On ne pouvait pas dire qu'ils étaient souvent sur la même longueur d'onde en temps normal, alors le sujet devait être important pour qu'ils tombent d'accord. J'examinai le comportement de mon oncle. Je faisais face à l'Auror, au Survivant. Mon parrain avait laissé place au professionnel et c'était d'autant plus troublant que je ne voyais pas ce qu'il y avait de si dramatique. Mon cerveau me donnait à nouveau la sensation de marcher au ralenti – au moins il fonctionnait – et de manquer la clé de la situation.
— Malefoy, tu saurais la désenvouter ?
Il le regarda, presque outré que l'on puisse douter de lui.
— Vu le niveau de la Adler, t'en serais sûrement capable, Potter, répliqua-t-il, narquois.
— Ne tire pas de conclusion hâtive, je te prie.
Harry avait une voix ferme. Il était exceptionnel de l'entendre s'adresser ainsi à quelqu'un — et davantage encore de ne pas répondre à une pique de Drago. Je le sentais tendu, c'était inhabituel. Drago haussa les épaules, sortit sa baguette de sa poche et marmonna quelque chose en latin que je ne compris pas. Harry fronça les sourcils mais ne fit aucun commentaire. Moi, je le laissai faire. J'avais incroyablement foi en monsieur Malefoy. Je pense qu'il était l'une des rares personnes à qui j'aurais accepté de confier ma vie. Mais je n'étais pas objective, puisque j'avais envie de me perdre dans ses prunelles. Quand le rayon de couleur pourpre toucha ma poitrine, un voile noir s'afficha devant mes yeux.
Néant.
Je repris connaissance dans les bras de mon sauveur qui ne semblait pas plus inquiet que cela. On m'informa que j'avais été inconsciente une fraction de seconde.
— J'ai mal au crâne, indiquai-je d'une voix pâteuse, me redressant.
— C'est normal. Les effets secondaires devraient se dissiper d'ici quelques minutes.
— Merci Malefoy, le congédia Harry.
Il me lâcha délicatement et je lui fis un signe de tête pour le remercier avant qu'il s'en aille. J'aurais aimé profiter de l'odeur de son cou un peu plus longuement mais cela n'aurait pas été convenable. Il sentait bon. Un mélange improbable et particulier de savon et de musc. C'était fort et enivrant. Harry continua de me regarder bizarrement durant quelques secondes, au point que je me demandai s'il soupçonnait quelque chose. En fait, il attendit simplement d'être sûr que nous soyons seuls pour ouvrir enfin la bouche.
— Rose, cet incident doit rester entre nous. Je ne souhaite pas que cela s'ébruite. C'est du ressort du cabinet des Aurors à présent. Tu dois te tenir à notre disposition si nous avons des questions à te poser.
Je déglutis. Mon parrain dut percevoir ma gêne car il ajouta plus doucement :
— Ne t'inquiète pas Rose, ce n'est rien de grave, je pense. Il n'y aura pas de suites. Maintenant, si tu le veux bien, rejoignions les autres avant qu'ils ne s'affolent pour rien.
J'acquiesçai. Je crois que j'avais un peu de mal à assimiler les évènements. Tout venait de se passer si vite… Ainsi, von Adler m'avait lancée un maléfice lors de notre duel. Maintenant que j'en avais conscience, je voyais parfaitement à quel moment elle l'avait fait : c'était ce fameux sort qui ne n'avait eu – en apparence – aucun effet. Je la maudis et la traitai mentalement de tous les noms, tout en retournant m'installer auprès de Kara. James et Elisabeth étaient toujours portés disparus mais je ne m'en inquiétai pas outre mesure. Je savais qu'ils referaient surface lorsqu'ils auraient achevé de laver leur linge sale.
On a pour habitude de dire que lorsque l'on attend quelque chose avec impatience, le temps semble passer plus doucement. La fin du mois d'octobre arriva rapidement et pourtant je l'attendais avec impatience. Allez chercher à comprendre…
L'heure de mes représailles avait sonné. J'avais un duel d'arithmancie contre l'une des amies de Von Adler. Bon, cela n'était qu'une maigre vengeance car ce n'était pas Blondie Chérie qui devrait essuyer l'humiliation écrasante que je réservais à ses acolytes, mais c'était déjà un demi-contentement. S'il y avait bien une chose que j'avais en commun avec ma mère, c'était sa passion pour l'arithmancie. Passion un peu étrange chez elle, puisqu'elle avait en horreur les autres arts divinatoires, mais s'adonnait à celui-ci avec ferveur, l'utilisant même dans son travail… Toujours était-il que j'étais incollable dans cette matière.
Nous avions eu une semaine afin de préparer notre projet. Mon côté taquin avait choisi d'impliquer des personnes proches et présentes lors de l'épreuve. Ainsi, Scorpius et Parfait allaient devoir subir mes frasques. Je pense qu'après cet instant formidable, Scorpius aurait du mal à me pardonner. En effet, j'avais remarqué depuis quelque temps qu'il tournait autour de Gaëlle, une amie de mon adversaire. Une grande blonde que je ne supportais pas. L'astuce était de prouver publiquement et par les chiffres que Scorpius était fait pour être avec le Black. Celui-ci allait m'adorer. J'en jubilais d'avance.
Ce jour-là donc, je montai sur l'estrade comme pour mon duel avec baguette. Sauf qu'à la différence, de petites tables avaient été installées, avec plumes et parchemins. Elles étaient ensorcelées afin que chaque mot écrit soit reporté automatiquement en taille géante sur les murs de la salle, de manière à ce que les spectateurs profitent de nos démonstrations. Je m'assis avec un léger sourire aux lèvres. Je fis un clin d'œil à Parfait et un rictus à Scorpius et Gaëlle qui s'étaient callés côte à côté. Kara allait me maudire, elle qui prônait la paix des ménages…
Au final, je crois que celle qui vit le plus rouge fut Gaëlle, que Scorpius largua lamentablement au milieu de mon argumentation. Je n'étais pas encore arrivée à la conclusion, mais il avait parfaitement saisi jusqu'où je souhaitais me complaire – Scorpius était un crétin intelligent, parfois – et n'avait ainsi pas perdu de temps. Il avait par contre moins vu venir le coup que je voulais lui faire avec Parfait et m'avait donc jeté un regard noir lorsque j'avais achevé le tout, particulièrement fière de mon petit effet. Le rire tonitruant de ce dernier avait résonné en premier dans le gymnase, rapidement suivi par la plupart des élèves présents. Ho oui, Malefoy allait me haïr !
…
Et il me détesta ! Plus qu'à la normale. Je n'aurais jamais cru que cela puisse être possible. Il ne manquait plus une occasion de me railler et tenter de m'humilier. Il avait été jusqu'à se rabibocher avec Gaëlle simplement pour me faire enrager – et le pire c'est que ça avait marché. Nous avions passé un mois de novembre absolument terrible, tragique et un peu comique également – pas pour moi, pour Kara. La jeune femme s'était beaucoup amusée des insultes toujours plus recherchées les unes que les autres que nous nous envoyions. C'était du grand art, il fallait bien l'admettre. Cela aurait pu devenir lassant, mais les examens vinrent couper la monotonie qui commençait à s'installer dans notre quotidien. Ils tombaient une semaine avant les vacances de Noël. Celles que je redoutais tout particulièrement, car j'allais devoir passer tout ce temps en famille.
Je n'avais pas spécialement révisé. Je devais avouer que je n'en avais pas eu réellement envie. Ces études de Médicomagie m'ennuyaient. Nous rigolions bien, c'était certain, mais je ne me voyais pas en faire mon métier. A la limite, rester à Mangouste's School toute ma vie pouvait être envisageable, mais je ne me visualisais pas travailler à l'hôpital. La théorie, c'était barbant. La pratique, c'était écœurant. C'était ma mère qui avait souhaité m'inscrire à cette école, et elle avait été très fière de me voir y entrer. Mais personnellement, je ne savais pas quels étaient mes désirs. J'étais bien trop perturbée par mes amours.
Oui, je dis « mes » car ma position vis-à-vis de Viktor devenait de plus en plus… floue. David n'avait heureusement rien remarqué. Je ne pense pas qu'il aurait apprécié. Je faisais des rêves embarrassants, pleins de cheveux blonds et de prunelles grises. C'était déroutant. Et particulièrement indisposant en fait. Je n'avais pas réellement eu l'occasion de recroiser monsieur Malefoy et pour une fois j'en étais satisfaite. Autant notre petit jeu m'amusait lorsqu'il n'était que platonique autant depuis que je faisais ces rêves d'un érotisme cru, la situation était très gênante pour moi. Mon inconscient était parfois ingérable.
Malgré tout, je sortis assez sereine de ma semaine d'examen. Plus que Kara du moins. Peut-être parce que tout ça n'avait plus que peu d'importance pour moi. Ou peut-être parce qu'elle souhaitait arriver majeure de la promo afin d'obtenir la bourse de récompense – dont moi je n'avais pas besoin. Toujours est-il que notre fête improvisée le samedi soir chez Elisabeth fit un bien fou à tout le monde. Sauf peut être à Scorpius puisque Parfait été là – à ma plus grande joie. Pansy avait eu la gentillesse de nous laisser son appartement et était partie se réfugier au manoir Malefoy. J'évitais de penser trop longtemps aux parents de Scorpius, c'était trop déstabilisant. Je me contentai donc d'observer leur fils se débattre comme il pouvait avec Parfait qui était aussi lourd avec lui qu'il l'avait été avec moi.
Elisabeth proposa de prendre un bain de minuit dans la piscine, ce que personne n'eut le cœur à refuser. Les garçons se mirent en caleçon, et elle prêta plusieurs de ses bikinis à Kara, Chloé et moi. Je ne sais pourquoi, j'héritai du plus minuscule. Enfin si, je savais pourquoi : cela faisait partie de leur gigantesque complot pour me faire finir avec Viktor. Je considérais qu'elles en faisaient un peu trop et que le pauvre n'avait pas vraiment besoin de ça, mais m'abstins du moindre commentaire. Elles me faisaient assez de remarques presque trop explicites comme ça, je n'allais pas en plus leur tendre la perche. Je me glissai délicatement dans l'eau à la suite d'Eli quand Chloé se sentit obligée de me pousser allègrement sur son ami, qui bien sûr s'empressa de me rattraper et de me serrer dans ses bras. Il avait la peau douce. Je mis quelques secondes à m'habituer à ce contact. J'étais à deux baguettes de me laisser aller à savourer cette étreinte quand Scorpius arriva derrière nous pour me couler avec entrain. Je bus la tasse en voulant l'insulter au passage. Je ressortis difficilement de la piscine. J'aperçus Viktor lancer un regard de reproche à Scorpius qui semblait assez satisfait de lui.
— De vrais coqs, me souffla Parfait qui avait tout observé.
Haussement d'épaules.
— Tu sais, tu plais beaucoup à Viktor, continua-t-il.
Silence.
— Mais je comprendrais que tu penches pour ton blondinet.
Soupir.
Je voulus rétorquer que je ne préférais personne, cependant mon portable sonna depuis le salon. Je voulus me ruer pour l'attraper, mais Chloé – qui était restée hors de l'eau jusqu'à maintenant – fut plus rapide. Fatalement, elle eut le temps de remarquer l'écran illuminé et le merveilleux « David Swan » qui clignotait. Je lui arrachai le mobile des mains et appuyai sur le bouton rouge. Elle me fixait, effarée. Et j'étais heureuse de ne pas voir ma tête car j'aurais sûrement fait peur à un loup-garou. Dans un élan de lucidité, je l'attirai dans la cuisine, sans me soucier de ce que les autres pourraient penser de notre disparition. Je devais gérer les urgences.
— Swan… Comme…
— Le prof de potion, oui ! lâchai-je abruptement, à contrecœur.
— Mais…
Elle avait les yeux globuleux, la bouche entrouverte, les bras ballants. Mes neurones hurlaient au désastre sans trouver quoi lui dire.
— Tu couches avec le prof de potion, résuma-t-elle.
J'acquiesçai silencieusement, paniquée. Elle fut prise d'un fou rire. Mais contrairement à son habitude, c'était un petit ricanement discret, presque tranquille. Je l'en remerciai intérieurement. Je patientais, le temps qu'elle se ressaisisse, puis nous restâmes quelques minutes muettes, en nous regardant.
— Ok… Je comprends...
— Quoi ? m'étonnai-je.
— Tu veux un conseil d'amie ?
J'eus envie de lui faire remarquer qu'elle ne l'était pas vraiment, mais me retint. Elle avait pris un ton grave que je ne lui connaissais pas et qui ne présageait rien de bon.
— Quoi ?
— Sors avec Viktor.
— Pardon ?
— Tu t'appelles Weasley ! Tout le monde est à l'affut du moindre de tes faits et gestes. Si tu couches avec un mec de l'école, ils parleront tous que de ça. Vois ça comme une couverture solide.
J'étais atterrée.
— Mais enfin… Viktor… est comme ton frère ! Tu me proposes de jouer… avec lui ! protestai-je, très sérieusement.
Elle eut un maigre sourire.
— Justement, il n'attend que ça : que tu cèdes. Il serait le plus épanoui des hommes. Je ne veux que son bonheur…
— Mais…
— Ecoute, embrasse Viktor, assume en les conséquences et je tiens ma langue. Ton David l'apprendra, il te larguera et trouvera une autre minette. Et mon ami sera heureux. Dans le cas contraire… Je ruine ta réputation !
— Tu me fais du chantage ?
— En quelque sorte.
J'allais répliquer, mais elle quitta la pièce. Avant de claquer la porte, elle ajouta :
— Je te laisse jusqu'aux vacances. Bonne soirée.
Là, je crois que je touchais le fond.
Parce que oui, la Rose fallait la booster un peu sinon on ne s'en serait jamais sorti…
:D
