Avant cette soirée, j'avais de très bonnes raisons d'appréhender les vacances de Noël. À présent, je les voyais comme la fin du monde. L'épilogue de mon existence. Si David avait voulu m'appeler, c'était pour me prévenir qu'il préparait une sortie à la course de balai régionale qui avait lieu le samedi de nos congés. Il connaissait l'un des organisateurs et avait obtenu des places gratuites. Lorsque je vis le nom de Viktor au milieu de la liste, entre ceux de Parfait et Chloé, j'y ajoutai le mien – comme si j'avais le choix, franchement. Je serais seule avec eux, d'ailleurs, puisque Scorpius avait horreur de ça et que Kara avait d'avance programmé de regagner la France. La semaine défila à la fois cruellement vite et affreusement lentement. Un vilain paradoxe, certainement mis au point par Merlin afin de me faire craquer !
J'avais informé mes parents que je ne rentrerais que le lendemain. Je m'étais habillée en moldue – David avait spécifié que nous passerions par le centre ville de Londres pour gagner du temps. Je ne voyais pas trop en quoi cela nous permettrait de gagner du temps, mais je n'avais rien relevé pour éviter de me faire remarquer. Nous nous étions déjà pris la tête car je n'avais pas voulu lui dire pourquoi je n'avais pas répondu… Comment lui expliquer que j'étais dans les bras de Viktor, que j'avais fini noyée dans une piscine et surtout, surtout que je m'étais grillée à cause de mon manque de prudence ? Lui qui prenait toutes les précautions du monde pour que personne ne se doute de quoi que ce soit... Je soupirai, resserrant mon blouson autours de moi, et réalisai que je faisais parti des dernières à arriver sur la place de notre rassemblement.
David m'adressa un grand sourire. Mais pas aussi radieux que celui de Viktor. J'eu un léger pincement au cœur en constatant le cynisme de la situation. J'ignorai mon amant et m'approchait de mon second prétendant. Il m'informa que nous devions prendre le bus et je remarquai alors qu'en effet, un mastodonte nous attendait un peu plus loin. Il m'expliqua que c'était pour gagner en discrétion vis-à-vis des moldus. Un si gros attroupement de jeunes gens passait difficilement inaperçu. Je haussai les épaules et lui demandait s'il voulait bien se mettre à côté de moi ce qu'il accepta avec plaisir. J'avais l'impression d'avoir dix ans et mes premiers amours. Merlin quelle honte ! Il glissa sa main sur mes hanches pour m'aider à monter les premières marches – sous le regard réprobateur de David. Je maudissais Chloé – qui elle, semblait satisfaite.
Je m'installai au fond du bus, là où mon amant pourrait plus difficilement nous observer, et m'affalai contre la vitre. Elle était froide et cela calma un peu la chaleur de mes joues. Chloé avait pris place en face, aux côtés de Parfait – qui me paraissait de plus en plus imparfait. J'avais l'habitude des transports en commun moldu, cela faisait parti de l'éducation perfectionniste que ma mère avait souhaité nous inculquer. Durant ces voyages, je permettais à mes pensées de divaguer et le temps passait à une allure folle. Comme dans un rêve. Je m'inventais souvent des histoires, en fermant les paupières. Ou bien je me contentais de laisser défiler le paysage qui dessinait des images floues devant mes yeux. Ce jour ci ne fit pas exception. Et je m'assoupis. Je ne me réveillai qu'à l'arrêt complet du car. Je sentais une douce chaleur réconfortante autours de moi et je me demandai un instant où j'étais. Le sourire charmeur de Viktor me ramena à la dure réalité.
- Alors la Belle au Bois Dormant, il vous faut un baiser ?
- Tu connais ce conte ? éludai-je
- Bien sûr. Alors, ce bisou ?
Je fis non de la tête, un sourire amusé plaqué sur les lèvres. David paraissait exaspéré et c'était peut-être le seul point de la situation que je jugeai tolérable. Chloé jouait avec nous, avec les sentiments de son ami, notre dangereuse proximité. Je regrettai cruellement qu'elle ait trouvé une emprise sur moi. Nous descendîmes du bus et pûmes contempler l'hippodrome d'Ascot. Un truc pas bien beau, sans grande envergure, selon moi. De toute manière, les moldus n'égaleraient jamais les sorciers en matière d'architecture, c'était une évidence. David nous dirigea vers une porte en bois toute défraichie que les moldu ne devaient certainement pas remarquer. Après nous être assurés que personne ne nous observait, nous nous faufilâmes dans l'ouverture.
Les courses de balais attiraient beaucoup moins de monde que le Quidditch, c'est pourquoi les terrains étaient de plus petites tailles. Ils n'en restaient pas moins impressionnant. La pelouse formait un immense ovale dans lequel étaient plantés des anneaux. Parfait nous expliqua succinctement que les joueurs devaient passer à travers tous, sinon ils étaient disqualifiés, ce qui était assez dangereux. Je ne voyais pas trop en quoi mais me dit que je comprendrais sûrement plus tard. Notre professeur nous indiqua les places qui nous étaient réservées et nous pressa de nous installer : ça allait bientôt commencer. Chloé fit en sorte que je me retrouve coincée entre Parfait et Viktor. Elle-même s'assit sur le gradin du dessus, de manière à me surveiller. Si j'avais pu éprouver de la sympathie à son égard, toute trace en avait totalement disparue à présent.
La course démarra. On annonça le nom des coureurs. Je n'en connaissais aucun, puisque dans ma famille on parlait plutôt Quidditch, mais certains des garçons présents semblaient avoir leurs favoris. Certains prirent rapidement la tête et je remarquai que les derniers étaient loin d'avoir de bons balais. Je fis pars de cette observation à Parfait qui m'expliqua que ce n'était pas forcément le plus important dans ce sport. Perplexe, je me concentrai à nouveau sur le stade, et je compris alors ce qu'il avait voulu dire. Les cerceaux étaient si petits qu'une seule personne à la fois pouvait les traverser. S'ensuivait donc des batailles acharnées entres les joueurs. La moitié des compétiteurs fut disqualifiée avant la fin du premier tour pour avoir manqué des anneaux. Malgré l'effervescence qui régnait dans le stade, je ne parvins pas à me sentir passionnée. J'étais bien trop perdue dans mes pensées pour ça.
Ce que David me faisait ressentir était puissant, enivrant. Pour l'une des premières fois de ma vie – hormis avec ma famille – j'avais l'impression d'avoir de l'envergure dans les prunelles d'un homme, simplement pour ce que j'étais. Il me prenait entière, avec mon sale caractère, mes manies, mes remarques débiles et ne se préoccupait pas de mes parents. A vrai dire, je crois même que nous n'en avions jamais parlé. Il ne me réclamait pas de nouvelles de mon petit frère par politesse, car il se fichait de l'existence d'Hugo. J'étais la jeune Weasley mais ce nom n'avait pas d'influence sur lui. Et c'était… indescriptible comme sensation, bien sûr. Mais, à présent que je voyais ses yeux jaloux dévisager Viktor – qui n'en avait pas demandé tant – je réalisai que j'étais dans le faux. Je n'aurais jamais du m'abandonner de la sorte. Au fond, je savais que je ne l'aimais pas, et je me devais d'être franche avec lui – tout comme j'aurais dû être claire avec Viktor dès le départ...
De plus, nous n'évoluions pas dans le même monde. Il était professeur, gagnait sa vie je n'étais qu'une simple étudiante un peu perdue, encore nourrie par ses parents. Il y avait un fossé entre nous. C'est pourquoi je me laissai aller dans les bras du deuxième année. Ils étaient chauds, eux-aussi. Il déposa un baiser sur le coin de mon visage, près de mon oreille Chloé pivota dans notre direction – elle était pire qu'un radar cette fille. Il fut interrompu dans son élan par la première chute de la course. Les infirmiers se précipitèrent auprès du blessé et rassurèrent immédiatement la foule. J'entendis plusieurs personnes installées vers nous juger qu'il avait prit trop de risques, comme toujours – visiblement, c'était un habitué des grosses cascades une chance qu'il soit encore vivant. J'étais totalement indifférente à toute cette ébullition. David se tourna vers moi et me fit un maigre sourire. Je m'efforçai de ne pas le lui rendre malgré mon envie.
J'avais froid, et me lovai davantage contre Viktor, comptant les minutes qui me séparaient de mon lit chaud. J'étais épuisée par ma semaine de cours et les frasques des garçons. Je ne sais pas trop pourquoi, ni quand, ni comment, mais je m'assoupis à nouveau. Je fus réveillée par le bruit de la foule dans le stade qui acclamait le gagnant. Non, décidément, je ne voyais vraiment aucun intérêt aux courses de balais. Viktor senti mon agitation soudaine et me serra plus encore contre lui. Il fit rouler ses lèvres sur ma joue je devinai le sourire de Chloé dans mon dos. Il captura le coin de mes lèvres j'eu à peine le temps de voir le regard triomphant de cette peste. La langue de Viktor vint forcer l'entrée de ma bouche avec douceur. Merlin…
- Bon, on y va !
Viktor interrompit de suite notre baiser et descendit les estrades. Je ressentais la colère de David dans les trémolos de sa voix, qu'il tentait de retenir sans grande réussite. Il devait être enragé d'assister à une telle scène, ce que je pouvais comprendre. Et en même temps, je ne savais pas trop à quoi m'attendre puisque nous n'avions jamais rien officialiser. Je ne lui appartenais pas, il ne m'appartenait pas. Nous n'avions pas fait promesse de fidélité. Mais tout de même, comment allait-il réagir ? Nous avions rendez-vous dans la loge du gagnant. Tous les garçons du groupe étaient enthousiastes. Moi, j'aurais bien demandé l'autorisation de regagner le bus mais ce n'était pas forcément le bon moment pour déranger David… Je le vis s'éloigner un peu des autres, cherchant sûrement un numéro dans son portable et finir par appuyer sur le bouton vert. La discussion – que je ne parvenais pas à percevoir de là où je me tenais – sembla agiter. Cependant, lorsqu'il raccrocha il était apaisé du moins en apparance. Je rejoins Chloé, Parfait et Viktor – qui me saisit la main – et nous suivîmes le groupe. Le couloir des loges était envahi par des fans souhaitant apercevoir leur héros. Je me fis toute petite, appréhendant le pire.
- Weasley !
Pas assez petite visiblement. Un gros à lunette – le cliché du mec qui regarde le sport plus qu'il ne le pratique – s'était presque jeté sur moi.
- Rose Weasley ?
- Oui ? marmonnai-je, sachant parfaitement que mentir ne me sauverait pas.
- Ho bien ça alors, si j'avais pensé te croiser ici ! s'exclama l'autre. Hé ! Ethan, vient par là, y'a la fille de Ron !
Je senti le bras de Viktor m'attraper par la taille, comme pour me protéger. Je soupirai. Il n'y avait rien à faire dans des moments comme celui-ci, à part prendre son mal en patience. De plus, ma proximité avec Viktor était gênante je me retins néanmoins de le montrer, il ne l'aurait pas compris. Ce garçon à lunette était typiquement de ceux que je n'aimais pas croiser, de ceux qui s'imaginaient mon père comme le héros qu'il n'était pas. Rapidement une foule de jeunes barra le couloir à tout notre groupe, réclamant une signature. Je jetai un regard en direction de David qui semblait plus amusé qu'autre chose. Bande de cons, pesta-je intérieurement.
- Je n'ai absolument aucun autographe de mon père sur moi, annonçai-je. Mais envoyez un hibou à son attention au club, il se fera un plaisir de vous répondre.
- Mais c'est un autographe de toi, que je veux, pépia une voix sur ma droite.
- De moi ?
Ha bah celle là, on ne me l'avait pas encore faite. Je plantai mes yeux dans ceux de mon admirateur.
- Ouais, t'es trop belle Rose ! Je…
- Effectivement, coupa Parfait qui s'interposa entre moi et ces fou-furieux, elle est magnifique, mais elle est déjà prise.
Pitié… C'était exactement ce qu'il ne fallait pas dire. Les médias allaient se faire une joie de reprendre la nouvelle. Cette phrase eut à minima le mérite de faire réagir David qui annonça que nous étions pressés. Il fit en sorte de nous sortir des loges au plus vite – pour la plus grande déception de tous puisque, de ce fait, nous n'avions pas atteins notre objectif. Chloé me donna un coup de coude et me fit un clin d'œil. Visiblement, elle était satisfaite de la tournure des évènements. Aussi, alors que nous avions rejoins le bus et que je m'étais à nouveau laissée aller dans les bras de Viktor, je pris la décision de mettre un terme à ma relation avec monsieur Swan. Peut être qu'après ça au moins, Chloé me foutrait la paix.
Viktor me proposa de me raccompagner à mon appartement. J'hésitai longuement mais fini par décliner son offre, lui assurant que nous nous reverrions durant les vacances. Je me trainais donc jusqu'à mon logement. Je me sentais vide. Ce n'était pas tant rompre avec David qui me peinait. Ce qui m'agaçait au plus au point c'était qu'une peste en soit responsable. Je m'étalais dans mon lit, attendant son appel qui, je le pressentais, ne tarderait pas. Je pris le temps de réunir tout mon courage et de préparer un joli petit discours, et espérai qu'il ne me poserait pas trop de question. Malheureusement, lorsque mon téléphone afficha son nom sur l'écran, je perdis toutes mes bonnes résolutions. Qu'est ce que cela pouvait faire, après tout, que je ne l'aime pas ? Il ne m'avait jamais avoué de sentiments, lui. Et s'il souffrait, ce serait son problème d'autres ne m'avait pas épargnée. J'étais bien dans ses bras, et je décidai que mon bien-être passerait avant ma morale. Notre conversation fut de courte durée. Il ne fit, à ma grande surprise, aucun commentaire sur mon soudain rapprochement avec Viktor – que j'avais légèrement oublié entre temps.
- Alors cette journée ?
- Bof, admis-je.
- Les courses, ce n'est pas ton truc ?
- Pas vraiment.
- Pourquoi être venue ?
- Pour être avec toi, mentis-je.
- Ha.
Il aurait eu beaucoup à redire sur ce mensonge, mais seul le silence me répondit. Quelques secondes défilèrent : je ne faisais pas nécessairement la fière. David finit par m'avouer qu'il n'aurait pas énormément de temps à me consacrer durant les vacances – ce qui m'arrangeait - et raccrocha. Il ne semblait pas vraiment fâché, mais pour la première fois depuis longtemps, je ne m'endormis pas sereine. Ce fut la sonnerie de mon portable – que je n'avais pas pris le temps d'éteindre – qui me réveilla le lendemain matin, aux aurores. Je maudis Elisabeth, qui était responsable de ce tapage, avant de décrocher.
- Oui ?
- Je te réveille ?
- À ton avis ?
- Vu ton humeur, je dirais que oui.
- Qu'est ce que tu veux ?
- Tu es chez tes parents ?
- Non, pourquoi ?
- Hé bien reste chez toi le plus longuement possible.
- Pourquoi ?
- Tu as reçu Sorcière Hebdo ce matin ?
- Je ne suis pas abonnée à ce ramassis de connerie.
- J'arrive.
Et elle raccrocha. « Elle arrivait ». Comment ça, elle arrivait ? Je le sus rapidement lorsque j'entendis la sonnette magique de l'appartement retentir. Je crois que jamais Elisabeth n'avait été aussi vive pour transplaner. Elle devait déjà être sur le qui vive avant de m'appeler. Je pestai, enfilai un vieux caleçon en coton et un tee-shirt trop large, et lui ouvrit la porte – peu souriante.
- Tu as l'air fatiguée, indiqua-t-elle en entrant.
Elisabeth était une véritable tornade lorsqu'elle le décidait. En temps normal, je parvenais à peu près à la canaliser et à la supporter, mais vu mon état je n'étais pas certaine d'y gagner ce matin-ci.
- En même temps, quelqu'un m'a empêchée de finir ma grasse matinée, lui reprochai-je.
- T'exagère, il est neuf heure et demi, protesta-t-elle.
- Justement !
- Désolée ma chérie, mais c'était urgent.
- Qu'est ce qui se passe ?
Elle commençait à m'agacer avec ce ton mystérieux et alarmé.
- Regarde, me fit-elle en me tendant son exemplaire de Sorcière Hebdo.
Une photo de moi et Viktor, tendrement enlacés sur les gradins du stade de course, s'étalait sur la une qui annonçait : La fille de Ronald Weasley aurait-elle trouvé l'Amour ?
Cela se passait de commentaires. Je soupirai.
- Comme tu dis, approuva mon amie. Qu'est ce que tu vas dire à tes parents ?
- Tu crois que j'en sais quelque chose ?
Lorsque j'arrivai chez mes parents, je m'attendais au pire. Je ne savais toujours pas comment je me justifierais pour mon laisser aller. S'il y avait bien une chose pour laquelle mes géniteurs étaient d'accord, c'était les médias. Il exigeait de mon frère et moi la plus grande discrétion concernant nos affinités. À Poudlard, ça n'avait pas été très compliqué puisque nous étions protégés du monde extérieur par les rigueurs instaurées après guerre. Mais à la sortie du château il m'avait fallut m'adapter – comme l'avait fait Teddy, Victoire, et d'autres avant moi. Jusqu'à maintenant, cela ne m'avait pas posé réels problèmes car je n'avais eu aucune relation officielle après Poudlard. Mais ce qui s'était passé dans les loges était exactement le genre de scènes que mon père aurait préféré que nous évitions. Ce fut lui qui m'ouvrit, l'air sombre. Ma mère m'attendais, juste derrière lui, mains sur les hanches. Hugo avait dut être envoyé dans sa chambre. Pour une fois, j'en remerciai Merlin, il n'aurait pas l'opportunité de charger davantage l'hypogriffe.
- Tu as une explication ? commença ma marâtre.
Je ne fins même pas d'ignorer de quoi elle parlait.
- Non, avouai-je. On m'a eu par surprise, je…
- Tu étais à une course de balai… me coupa mon père.
Il semblait plus atterré par cet évènement que par la photo que ma mère secouait devant moi. Si les circonstances n'avait pas été si tragique, j'aurais presque ri des priorités étranges de mon père. Ma mère, elle, ne semblait pas avoir envie de rire et lui lança un œil torve. J'allais prendre la parole, mais elle trancha :
- Cela t'amuse, peut être ?
- De quoi ?
- Me contrarier.
« Me ». Pas « nous ». Comme quoi mon père ne se sentait franchement pas impliqué dans ce coup.
- Est-ce que j'ai l'air de rire, maman ?
- Tu n'avais pas l'air trop mal, à ce moment là, rétorqua-t-elle en pointant du doigt mon visage paisible sur le journal.
Si j'avais entretenu des relations normales avec ma mère, peut être que je lui aurais expliqué ma situation. Peut être que je lui aurais parlé du maléfice d'Anneliese, de mon aventure avec un professeur, du chantage de Rose, ou encore de ce crétin de Malefoy. J'aurais pleuré dans ses bras et elle m'aurait réconforté. Elle m'aurait dit que tout allait bien se passer, qu'elle était là. Mais ma mère n'était pas là. Elle n'avait jamais été là et n'avait jamais compris que j'avais besoin de son amour et de son aide. Elle avait créé un tel fossé entre elles et ses parents durant la guerre qu'elle s'était imaginée que ses propres enfants n'auraient pas besoin de son soutien, tout comme elle s'était débrouillée sans eux. Mais je n'étais pas elle – heureusement ! – et elle n'était pas moi.
- C'est tout ce que tu as à nous répondre, Rose ? s'agaça-t-elle devant mon silence.
- Tu n'as jamais rien compris ! crachai-je.
Devant la mine surprise qu'elle fit, je sus qu'elle n'avait pas saisi le sens de ma phrase. Je la bousculai et gagnai l'escalier que je montai quatre à quatre. Dans le couloir qui menait à ma chambre, je perçu la musique trop forte qui venait de celle de Hugo. J'hésitai à frapper pour le saluer, mais me résignai. Ce n'était pas auprès de lui que je trouverais du réconfort. Je n'avais jamais été présente pour Hugo, je ne voyais pas trop pourquoi il ferait un effort pour moi. Je claquai la porte de ma chambre et m'étalai sur mon lit, sur le ventre, telle une grosse baleine échouée sur la plage. Je me souvins que j'avais promis à Elisabeth de la rappeler lorsque la foudre se serait abattue, aussi je composai son numéro et approchai le combiné à contre cœur contre mon oreille.
- Alors ?
- Comme tu peux le constater, je suis toujours vivante…
- Chic !
Le ton enjoué de mon amie parvint à m'arracher un sourire.
- Bon, comme ça Viktor t'as fait craqué ? Fini le beau David ?
À la manière dont elle prononça le « beau », je sus de suite qu'elle n'en pensait pas un mot.
- On peut dire ça comme ça… Mais dans tous les cas, tu avais tort.
- À quel sujet ?
- Je ne suis pas tombée amoureuse de David.
- Je n'ai jamais affirmé que c'était de lui dont je parlais…
Ha.
