16 janvier. Voilà, les fêtes de fin d'année et leur débâcle étaient derrière nous la rentrée aussi. Je n'aurais pu dire si cela me réjouissait ou non puisque je n'en savais rien. Une forme nouvelle de lassitude avait envahi mon esprit. J'avais revu David. Nous avions chacun fait comme si le désastreux réveillon au ministère n'avait jamais existé. J'aurais du coupé court à cette mascarade, mais je n'en avais pas la volonté. Cela m'amusait. C'était irresponsable, immature et malsain, mais le simple fait d'avoir un pouvoir sur lui – si minime soit-il – m'emplissait de joie. La gamine que j'étais parvenait à faire perdre la tête à un homme marié. Quelle cruauté. Et pourtant, j'y trouvais un certain réconfort. C'était surement l'une des premières choses que je pouvais totalement revendiquer dans ma vie, alors je m'en contentais pour me satisfaire. Je soupirai. Kara me donna un coup de coude et me lança un regard torve qui voulait très certainement signifier : « Tu n'as aucun droit de te plaindre, tu l'as cherché. »
Certes.
Les heures d'amphithéâtres me permettaient habituellement de faire le point sur ma pauvre vie. Ce jeudi matin, cela me paraissait inaccessible. Tout se mélangeait dans ma tête, les abstractions se bousculaient, les angoisses aussi, et j'étais incapable de faire un arrêt sur image. Je pensais à Viktor, avec qui j'étais devenue étrangement – de son point de vue – distante. Comment aurai-je pu faire autrement ? Chaque fois que je croisais le regard de Chloé, elle me lançait un petit sourire triomphant. Avait-elle conscience de l'horrible situation dans laquelle je me trouvais, et dans laquelle elle avait trainé son meilleur ami ? Je retins un second soupir pour épargner à mes flans les coups vengeurs de Kara.
— Tu devrais rompre, trancha-t-elle.
— Avec qui ? m'enquis-je.
Silence.
— Les deux, finit-elle par statuer.
Vu comme ça…
Mais je n'en avais pas envie. J'étais une enfant trop gâtée, qui avait toujours trop peur de trop s'ennuyer et qui passait donc son temps à mettre en place des stratagèmes pour pimenter sa triste vie. Il était clair que je ne ressentais de sentiments ni pour l'un, ni pour l'autre. Un attachement physique au mieux pour David, et une forme de tendresse pour Viktor, à la limite. Mais j'avais largement conscience que ce n'est pas sur ces termes que l'on fonde un foyer. Cela dit, je n'avais aucune aspiration à ériger quoi que ce soit en l'état actuel des choses il aurait déjà fallu pour cela que je sache quoi faire de moi.
Je jetai un œil à Scorpius installé en contrebas de nous et j'eus un pincement au cœur. Il ne m'avait pas adressé un mot depuis les vacances. Pas un regard, pas un geste, pas une syllabe à mon attention. Là où je m'étais attendue à devoir l'éviter pour m'épargner ses remarques cinglantes, je n'avais qu'un mur. Quoi que. Même pas. Un mur aurait eu plus de consistance. Je n'existais absolument plus à ses yeux et cela me torpillait les entrailles. Je me sentais vidée. Au cours du roman de ma vie, j'avais dernièrement raté un chapitre et j'en payais le prix.
Merde.
Les jours ruisselaient sans que je ne parvienne à obtenir la moindre emprise sur eux. Avez-vous déjà eu l'incommodante impression d'être spectateur de votre quotidien ? C'était typiquement ce qui m'arrivait ces derniers temps et cela ne m'était pas agréable. La semaine qui s'écoulait n'avait pas de saveur, pas d'odeur, aucune couleur. Je n'en conservais que des souvenirs fades, là où j'aurais souhaité simplement m'amuser. J'avais une sensation de manque au fond du ventre, sans jamais comprendre d'où elle me venait et c'était fortement excédant.
Vendredi. J'étais à présent chez Elisabeth, avec qui j'étais en train d'élaborer un plan pour mettre définitivement Kara et Albus ensemble. James n'était pas présent ce soir-là, et je m'étais bien gardée de faire un quelconque commentaire. Ma meilleure amie ne m'avait rien précisé à ce sujet et c'était presque tant mieux. Les confidences de Kara m'avaient réellement placée dans une position délicate, mais une promesse était une promesse : les deux filles se débrouilleraient en tant voulu pour régler leurs comptes, tant qu'elles me laissaient en dehors de tout ça. Oui, c'était lâche et hypocrite, mais je n'ai jamais revendiqué l'exclusivité sur le courage – mon père s'en était investi avant moi. Bref.
Albus finissait son troisième verre de Whisky pur Feu, ce qui, selon les conclusions d'Elisabeth, allait nous compliquer la tâche. Moi j'étais plutôt d'avis que plus il serait soul, plus mon cousin serait manipulable. Bon, il était vrai aussi que déjà sobre je trouvais Albus particulièrement naïf, mais je me gardai de faire cette remarque à Elisabeth qui décida tout d'abord de se charger de Kara. Elle me l'indiqua d'un signe de la tête alors que celle-ci s'installait auprès de nous.
— Au fait, Albus t'a dit qu'il avait rencontré une fille pas mal à l'école des Aurors ? fis-je faussement à Elisabeth.
J'observai mon amie se tendre, tandis qu'Elisabeth rentrait dans mon jeu :
— Non, il ne m'en a rien raconté, le cachotier !
— Tu connais Albus, il parle peu, mais il agit, mentis-je honteusement – il n'y avait pas plus empâté qu'Albus en matière de femmes.
— Ce serait sympa qu'il se déniche une copine. Ça lui éviterait d'être toujours seul aux soirées, appuya Elisabeth. On va finir par se demander s'il n'est pas homo, celui-là.
Il n'en fallut pas plus à Kara pour réagir :
— Il n'est pas tout seul ! Je suis là je te rappelle !
Bien que Kara ne fut pas à son aise avec Elisabeth – ce que je pouvais amplement appréhender – elle avait dit ça fermement : oui, elle était amoureuse et c'était amusant.
— Tout le monde sait que ce n'est pas sérieux entre vous, Kara, répliqua ma meilleure amie.
Piquée à vif, Kara nous planta toutes les deux, non sans me lancer un regard d'incompréhension totale. La première partie du plan étant posée, nous nous dirigeâmes discrètement vers Albus. Enfin discrètement… C'est une notion relative bien sûr.
— J'ai vu Kara avec un garçon, l'autre jour, annonçai-je clairement et sans ambigüité.
Fatalement, à la mention de Kara, je captai l'attention d'Albus qui fronça les sourcils.
— Ce serait chouette pour elle, qu'elle se trouve quelqu'un, ajouta ma complice. Parce qu'avec – elle chuchota – Albus, ce n'est pas gagné. Elle a le temps de mourir cent fois avant qu'il assume quoi que ce soit, celui-là !
— Tu m'étonnes…
Ni une ni deux, mon cousin chercha la jeune Française du regard et la rejoignit sur la terrasse où elle s'était isolée. Nos tourtereaux ne mirent pas l'éternité avant de s'embrasser franchement, sous les oeillades ahuries des différents convives. Je claquai la main d'Elisabeth en signe de victoire et fit un clin d'œil de connivence à Kara qui comprit mon stratagème. Elle me fit un sourire qui faisait plaisir à voir et la soirée s'annonça bien plus joyeuse qu'elle n'avait commencé.
Ce que je ne savais pas ce soir-là, c'est que j'avais signé une sorte de pacte avec la solitude. Kara était désormais constamment collée à Albus. Et comme la situation entre Elisabeth et James ne s'arrangeait pas, ma meilleure amie se réfugiait dans son travail. Elle ne répondait plus systématiquement à mes appels, ne prenait plus la peine de m'écouter geindre et raccrochait une fois sur deux avant même que je n'aie eu le temps de lui dire « bisous ». En un sens, je comprenais mes camarades. J'étais chiante et asociale. Mais c'était dur de vivre ainsi. Le lundi 20 janvier, nous reçûmes les résultats de nos examens. C'est à cet instant que je réalisai à quel point j'avais un problème : là où j'avais rituellement une pointe de stress, c'était à présent le néant. Savoir si j'avais réussi ou non m'importait si peu que je sut qu'il me faudrait trouver rapidement une solution. Au milieu de la foule, coincée entre Kara et Scorpius – qui ne m'adressait toujours la parole – j'avais la sensation de haleter.
Ce n'était pas moi tout ce rien.
Ce matin-là, je me réveillai en sursaut. J'étais en sueur et une douce chaleur se rependait dans le bas de mon ventre, un peu comme après l'amour. Je sentis mon intimité excessivement moite sans vraiment comprendre pourquoi. Puis je me souvins de mon rêve d'un érotisme cru. Je déglutis. Cela faisait plusieurs nuits que ça m'arrivait et je commençai à m'inquiéter assez sérieusement. Je ne me rappelai jamais réellement des images, mais les sensations étaient nettes, précises. Dans chaque songe, j'agrippais les cheveux de mon amant imaginaire, blond paille, tandis qu'il me fixait de ses yeux gris. Je connaissais suffisamment mes fantasmes conscients pour deviner de qui il pouvait s'agir et cela me mettait particulièrement mal à l'aise. Je passai mes mains sur mon visage avant de me laisser retomber lourdement sur le matelas.
Ce qui fatalement réveilla David, que j'avais oublié entre-temps.
— Tout va bien ma belle ? marmonna-t-il.
Je le rassurai rapidement et me levai. Il trainait régulièrement au lit avec moi lorsqu'il en avait l'occasion. Je ne savais pas quel genre d'excuse il vendait à sa femme et ne préférait même pas me renseigner. Je m'éternisai dans la salle de bain dans l'unique but qu'il se lasse et décide de déguerpir sans me saluer – comme c'était souvent le cas. Je fus soulagée en entendant la porte de l'appartement claquer. C'était honteux. Et mon attitude était répugnante, mais la vengeance est un plat qui se mange froid. Je considérais avoir d'autres priorités en ce moment.
Et je ne croyais pas si bien dire.
En effet, lorsque je fus sortie de ma chambre, Kara me mit le grappin dessus pour me montrer une photo publiée sur MagicBook, la veille. On m'y voyait très clairement en train d'embrasser notre professeur de Potion, dans le petit bar que nous avions l'habitude de fréquenter. Comment cela était-il possible ? Je déglutis difficilement et mon amie me lança un regard compatissant : pour une fois, je savais que mon nom ne suffirait pas à me sauver. C'était sûrement la seule occasion où je le regrettai.
J'avais souvent répété vouloir être connue pour une raison différente que « Weasley ». C'était chose faite. Depuis ce matin, chaque élève se retournait sur mon passage. On murmurait, ricanait, me dévisageait. Pour tous ici, j'étais devenue « la catin » — y compris pour ce cinquième année qui me jeta un coup d'oeil lubrique en me croisant. Dans mon cœur résonnaient les paroles de Scorpius au Nouvel An. Merlin que c'était douloureux. Nous étions lundi, j'avais cours avec David et me demandai s'il était au courant de la catastrophe intergalactique qui s'abattait sur nous. Apparemment non, puisqu'il me fit un discret clin d'œil lorsque j'entrais dans sa classe. En temps normal, personne ne remarquait ce petit rituel que nous avions. Ce jour-là, j'aurais souhaité me cacher six pieds sous terre tellement j'avais honte. Scorpius me lança un regard assassin en me bousculant pour gagner avant moi la place du fond. Pour une fois, j'aurais voulu qu'il applique la même conduite qu'habituellement depuis quinze jours : qu'il fasse comme si je n'existais pas. Visiblement, c'était trop lui demander.
Et bien sûr, Viktor, blessé dans son orgueil et son amour se fit un plaisir de m'achever. Il m'attendait devant la salle de potion et me jeta une tirade qu'il avait dû répéter mille fois depuis la veille au soir, quand il avait découvert mes frasques.
— Mais comment tu as pu faire ça, Rose ? Pourquoi ?
Je baissai la tête. J'avais l'explication au bord des lèvres, mais je n'avais pas la volonté de la lui donner. Je voyais dans ses yeux le mal que j'avais fait, inutile de rajouter à cela les agissements de sa meilleure amie. Cela ne m'aiderait en rien, et lui non plus.
— Rose ! Regarde-moi !
Non. Je ne bougeai pas.
— Qu'est ce que tu as au fond du cœur, bordel ?
Une larme coula sur ma joue et vint s'écraser à côté de ma paire de Louboutin. La réponse était simple, mais difficilement exprimable : au fond du cœur, j'avais un gouffre béant. Un trou noir que personne n'était jamais parvenu à combler et qui me rendrait terriblement malheureuse même si je m'efforçais de ne jamais me l'avouer. Il est dur de suffoquer toute la journée mais on finit par s'y habituer. Soudainement, je détestai Viktor, car il me forçait à faire face à mes émotions. Ces émotions que je cachai, reniai, dont je ne voulais pas. Voyant que je restai silencieuse, il ajouta :
— Je t'aime, Rose.
Puis, il fit demi-tours. Alors qu'il disparaissait au bout du couloir, j'étouffai un sanglot. J'espérai secrètement que les curieux finiraient par me laisser seule avec mon chagrin, mais il n'en fut rien. Que se passe-t-il dans la tête d'un Homme qui prend du plaisir à regarder une idole sombrer ? Je retins mes pleurs du mieux que je pus lorsque les rires moqueurs résonnèrent. Rose Weasley était tombée. Tous ceux qui l'avaient tant admirée se faisaient à présent une joie de participer à sa lapidation. Quoi de plus normal, dans notre société ?
À ce stade, je crois que je n'avais plus de mots pour qualifier Merlin.
Cette photo m'intriguait. Vu mes fringues, elle avait été prise le jeudi précédent, alors que nous étions dans notre bar moldu habituel avec David. La grande question que je me posais était : comment Blondie avait-elle pu savoir que nous étions là ? À moins d'avoir embauché un détective privé, je ne voyais pas. Je savais que c'était elle la responsable de mon drame personnel, puisqu'elle me l'avait explicitement signifié en me jetant à la figure :
— Alors, elle te plait, ma surprise ?
Je n'avais pas répondu. Quoi dire, de toute manière ? Je m'étais simplement fait la promesse de tirer tout cela au clair. Et en attendant, j'étais forcée d'endurer les quolibets de mes chers camarades. Contrairement à ce que j'aurais pu penser, Kara ne me tourna pas le dos, bien au contraire. Elle révéla une partie d'elle que je n'avais encore jamais observé et qui devait dangereusement se rapprocher de ce qu'elle avait été à BeauxBatons. Je ne lui avais pas réellement accordé de crédit lorsqu'elle m'avait annoncé faire la loi là-bas. À présent je savais que ce n'était qu'un euphémisme. Quand mademoiselle de la Croix sortait ses griffes, ce n'était pas pour rien. Elle m'avait gagné un peu de tranquillité, à grand renfort de regards glacials, de remarques blessantes et de menaces. Pourquoi Kara parlait peu : elle écoutait. Et était visiblement au courant de la plupart des ragots de l'école. C'était un savoir plus utile que je ne l'aurais cru. Ainsi, en deux jours elle avait réussi à m'acquérir une vie un peu plus paisible.
J'en aurais presque oublié mes parents. Nous étions mercredi, je m'apprêtais à quitter l'appartement pour me rendre en cours de sortilèges quand le hibou familial s'engouffra par la porte d'entrée. Il laissa lâchement tomber la lettre qui m'était destinée à mes pieds avant de repartir aussi sec. Je reconnus l'écriture de ma mère sur l'enveloppe et hésitai à la décacheter. Si elle avait eu vent de mes derniers « exploits » comme elle les nommerait sûrement, je préférais ne pas savoir ce qu'elle avait à m'en dire. Kara était déjà partie et je ne pouvais donc même pas compter sur son soutien. Le seul qui pouvait encore comprendre la terreur que m'insufflait parfois ma génitrice était Scorpius... Mais vu la situation je pouvais difficilement l'appeler à la rescousse. Je déglutis, pris une grande inspiration et dépliait la fameuse lettre.
Etrangement, aucune larme ne coula de mes yeux. Elle était restée très sobre, me demandant simplement de demeurer à l'appartement pour ce week-end afin de lui laisser le temps d'avaler la nouvelle. Mon père avait uniquement signé, sans plus de commentaire. Je n'avais aucune idée de ce qu'il pouvait en penser et je crois que c'était ce qui me troublait le plus. Ron avait toujours été un point de repère pour moi : la limite à ne pas franchir. Qu'il ne me donne pas son avis sur les évènements me déstabilisait. Avais-je été vraiment trop loin ? J'enfilai ma cape et sortie dans le froid. La tête basse, je ruminai des sombres méditations lorsqu'une voix claire et pimpante me héla :
— Rose ! Hé ho ! Rose Weasley !
J'avais tellement pris l'habitude d'être surnommée par tous les catégories d'oiseaux imaginables ces derniers jours que je fus presque surprise que quelqu'un se rappel de mon nom et mieux, de mon prénom. Je relevai la tête : c'était Chloé. La seule amie de Viktor. Elle était en compagnie de Parfait et d'une autre fille que je ne connaissais pas. Elle me faisait signe de les rejoindre, mais je dois admettre que j'hésitai. Cette peste s'était bien gardée d'avouer à quiconque ce qu'elle m'avait fait, et je m'attendais au pire avec elle. Parfait avait toujours été fidèle à lui-même avec moi, mais choisirait-il mon parti alors que je venais de briser le cœur de Viktor ? Depuis ma rupture violente avec lui je n'avais revu aucun de ses camarades. Qu'en pensaient-ils ? Ce fut Chloé qui parla la première :
— Je suis désolée, Rose.
J'haussai un sourcil.
— Je n'avais pas du tout imaginé que ça se terminerait ainsi…
— Non, ton plan était que David me largue, lâchai-je amèrement. Remarque, c'est sûrement ce qu'il va bientôt faire, mais malheureusement pour Viktor le mal est déjà fait.
— Tu ne l'aimes pas, n'est-ce pas ?
— Je n'aime personne, Chloé.
J'allais partir, mais Parfait me rattrapa par le bras. Je n'étais pas de taille à lutter contre ce mastodonte.
— Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas.
J'aurais voulu répondre que je ne souhaitais pas de leur hypocrisie, mais Kara débarqua telle une furie pour m'arracher à leur emprise.
— Je crois qu'il y a eu assez de dégâts de fait jusqu'à maintenant, cracha-t-elle contre Chloé.
Elle nous éloigna rapidement du petit groupe et me sermonna. Je ne l'écoutais que d'une oreille.
— Tu n'es pas en cours ? lui demandai-je soudain.
— Je suis là où tu as le plus besoin de moi, répliqua-t-elle. Et actuellement, c'est à tes côtés qu'il faut que je sois visiblement.
J'allais murmurer un « merci » penaud, mais Kara m'en empêcha, mettant d'autorité son doigt devant ma bouche.
— Tu te tais Rose. Je ne veux pas entendre un mot. Ça fait trois jours que je m'évertue à te gagner un peu d'espace vital, alors je t'en supplie, tais-toi.
— Mais…
J'avais l'intention de lui exprimer ma gratitude, mais elle ne semblait pas y consentir. J'étais en perte de consistance et une larme roula sur ma joue que j'essuyai rageusement. J'avais totalement perdu le contrôle de mon existence. Je ne savais plus ce que je comptais faire de moi. C'était peut-être étrange, mais la seule envie qui m'étreignait était celle de m'allonger à même le sol et de laisser la foule me piétiner. Je me sentais honteuse, mal, salis. Qu'avais-je réellement à me reprocher ? Tout. J'acceptais d'être responsable de la misère de l'univers si cela pouvait me rendre ma vie d'avant. Celle où marcher au bras d'un beau jeune homme, perchée sur mes escarpins dont le « tic tic » résonnait allègrement dans la nuit, me suffisait pour être comblée. Mais avais-je véritablement été heureuse un jour ? Ou bien tout ceci n'avait été que de vaines chimères ? Je ne savais plus, j'étais perdue.
La gifle de Kara me remit les idées en place.
— Tu ne pleures pas Rose. Tu ne leur donnes pas cette satisfaction ou je t'offrirais toutes les raisons du monde de fondre en sanglot. Tu te tais, tu gardes la tête haute et on rentre à l'appartement.
« Bien mon capitaine. »
