Le réveil fut brutal avec moi. Je peinai à me rappeler des évènements de la veille. J'avais mal au crâne, c'était brulant.

- Ça va ?

Je connaissais trop bien cette voix et je déglutis difficilement avant de me tourner vers Scorpius. Il était là ; torse nu, à côté de moi. Merlin, qu'est ce que j'avais fait ? Aucune idée. Trou noir. Il sembla deviner mon trouble et m'expliqua :

- Tu étais complètement soule, je t'ai amenée ici avant que tu ne fasses une bêtise plus grosse que toi. Une de plus… J'allais repartir mais tu m'as retenu, tu voulais à tout prix que je dorme avec toi, alors…

Il haussa les épaules. Je rougis et marmonnai des remerciements. Au moins, je n'avais pas couché avec lui, ce qui aurait été la fin totale de toute dignité… Ha non, ça je n'en avais déjà plus depuis quelques mois ! Scorpius se releva doucement, prenant garde à laisser la couette sur moi. Il était vraiment gigantesque. Contrairement à son père qui était assez trapu, Scorpius avait des muscles fins et secs. Cela dit, son dos n'était pas des plus désagréables à regarder. Je retirai cette pensée de ma tête aussi vite que je l'y avais mise. Il me jeta mes fringues.

- Tu m'as déshabillée ? balbutiai-je, réalisant alors que j'étais en nuisette.

- T'inquiète pas, des culs j'en ai vu d'autres, répliqua-t-il narquois.

Il ramassa son tee-shirt et sortit de la pièce. Je me sentais ridicule, et froissée. Son ton totalement indifférent était vexant. Oui, il en avait reluqué d'autres, mais le mien ne valait-il donc pas le coup d'œil ? Et puis zut, depuis quand l'avis de Scorpius était-il important pour moi ? À quel moment déjà, avais-je dit que j'allais me reprendre en main ? Car il était à présent bien trop tard pour réagir – il fallait cependant faire quelque chose si je ne voulais pas finir catin sur les bords de la Tamise. Je m'octroyai un peu de temps pour retrouver mes esprits. Connaissant un peu les lieux, je récupérai de quoi faire ma toilette et me dirigeai vers la salle de bain. J'avais besoin d'une bonne douche chaude. J'espérais que l'eau ruisselante sur mes joues engloutirait mes larmes et serait un premier pas vers la rédemption. Je me rhabillai rapidement. Je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était, mais mon estomac lui s'en souvenait parfaitement vu la faim qui me tenaillait. Je pris naturellement le chemin des cuisines, désirant trouver de quoi noyer mon chagrin – du chocolat, pas exemple.

En entrouvrant la porte, je ne pensais pas un instant interrompre Albus et Scorpius visiblement en pleine discussion. J'aurais certainement du faire demi tour mais ma curiosité me perdra :

- Vous devriez être ensemble. Ça crève les yeux, c'est exaspérant de vous voir vous rejeter comme ça.

- Elle me hait, répliqua Scorpius en haussant les épaules.

Je ne savais pas qui était cette « elle » qu'ils mentionnaient mais il me semblait évident que c'était une personne sensée et réfléchie, détester Scorpius était la meilleure des choses à faire après l'avoir rencontré.

- Mais arrête avec cet air dédaigneux, comme si ce n'était pas important. Des sentiments, tu en as, ça te fout juste tellement les boules d'imaginer que la seule que tu désires réellement pourrait te repousser que tu n'oses même pas tenter ta chance ! Parce que, pour une fois, tu penses qu'elle mérite que tu ne fasses pas trop le con. Parce qu'elle, tu la respectes plus que n'importe quelle fille de cette planète, parce que tu ne la regardes pas comme les autres, parce que t'as beau être un putain d'égoïste, t'irais décrocher la lune l'air de rien si elle le souhaitait ! T'es mort de trouille.

Scorpius sembla vouloir dire quelque chose, mais mon cousin ne lui en laissa pas l'occasion.

- Ho ! Ne me sort pas cette excuse à deux balles : vous n'êtes pas amis ! Affirme-moi que tu la trouves moche si ça t'amuse, mais j'y croirais même pas. Tu l'admires tellement que la seule chose qui a pu te retenir de l'ajouter à ton palmarès, c'est que t'es fou d'elle ! Dingue de son petit tempérament de femme indépendante et libre, alors que tu sais mieux que n'importe qui qu'elle reste fragile. Tu ne tentes rien et tu n'oseras peut-être jamais rien, mais c'est débile vieux, parce que tu l'aimes !

Le silence s'installa dans la pièce. J'ouvris doucement la bouche. Mon cœur rata un battement et je me surpris à vouloir être celle dont Albus parlait. Car imaginer Scorpius avec une autre, sérieusement j'entends, c'était douloureux. À cet instant, je compris que les yeux gris qui hantaient certaines de mes nuits depuis des mois n'étaient pas ceux de Drago Malefoy. Mais ceux de son fils. J'eu à nouveau envie de pleurer et remontai les escaliers, oubliant ma faim, n'ayant que ma honte et mes peurs. Lorsque j'avouerais tout cela à Élisabeth, elle me dirait sûrement que si ça faisait mal c'était que ça en valait la peine.

Je n'étais cependant pas encore prête à admettre cette vérité qui me giflait.

Il me fallut réunir tout mon courage pour aller trouver Viktor ce matin-là, mais mes résolutions étaient faites et j'avais l'intention de m'y tenir. Il était en compagnie de Parfait et Chloé, mais cela m'était à présent égal. Je me plantai devant lui, les mains sur les hanches, tout en jetant un regard noir à Chloé :

- Je peux te parler ?

Il haussa un sourcil, mais acquiesça. Nous nous éloignâmes du petit groupe et je commençai la tirade que j'avais répétée durant des heures :

- Écoute, je veux que tu te taises jusqu'à ce que j'aie terminé. Tu me détesteras tout autant à la fin, mais moi, je me sentirais mieux et j'ai bien envie d'être égoïste…

- … un peu de plus, un peu de moins, soupira-t-il.

- Chut ! Je ne t'ai pas aimé, Viktor. J'ai de l'affection pour toi, certes, mais on ne peut pas appeler ça de l'amour… Ce n'est pas dirigé contre, t'es un chic type… C'est moi le problème : je ne suis, ou j'étais, je ne sais plus trop... Bref, j'étais incapable de sentiments. C'est terrible, je suis d'accord, mais c'est comme ça. Je ne serais jamais sortie avec toi si Chloé ne m'y avait pas poussée. Ça partait certainement de bonne volonté de sa part, et il ne faut pas lui en vouloir si elle est débile… Enfin ! Je suis désolée que mon attitude t'ait blessé. Je ne suis pas très douée avec les gens et…

- Chloé m'a déjà tout raconté, Rose. C'est entre elle et moi mais je suis content que tu sois venu me parler… Je ne te déteste pas, je t'aime même sûrement encore un peu…

- Mais…

Il me serra dans ses bras et j'oubliai ce que j'avais prévu d'autre. C'était rassurant, apaisant, différent. J'étais différente. Je n'aurais su l'expliquer, mais c'était doux et bon.

- Je crois que Kara t'attend, m'informa Viktor en me décollant de son torse, tu vas lui dire quoi ?

- La vérité, fis-je, avant de m'éloigner.

Oui, il était temps que la vérité éclate. Et la vengeance aussi. Et pour cela, j'avais une idée.

J'attendis le mardi avec impatience. Kara avait consenti de libérer l'appartement, même si elle n'approuvait absolument pas ce que je comptais faire. J'avais convié David à passer la soirée avec moi, ce qu'il avait accepté sans trop d'hésitation. Tout se déroula comme prévu et je m'assurai bien qu'il ne puisse se douter une seule seconde que je détenais à présent une photo de lui totalement nu, dans une position inconvenante. Écouter Scorpius et les garçons mettre au point leurs plans les plus machiavéliques durant des années m'avait visiblement laissé des traces.

Alors que j'allais claquer la porte derrière David, j'aperçus une ombre au coin de la rue, qui se rapprochait dangereusement. Ce n'est qu'à quelques mètres que je reconnus la silhouette de Malefoy. Une sensation étrange me prit la poitrine mais je n'y prêtai pas attention.

- Kara m'a raconté ce que tu avais en tête, Weasley.

Super. Merci Kara.

- Et alors ? fis-je désinvolte.

- Alors ? s'étrangla-t-il, alors c'est l'une des idées les plus nulles que tu n'ais eu de toute ta vie, Rose.

- T'es bien placé pour dire ça ! Vous faites ce genre de coup tout le temps avec les autres affreux qui me servent de cousins !

- Ça n'a rien à voir, il n'y a jamais rien de personnel et tu le sais. Laisse-moi entrer.

Il me bouscula de manière à pénétrer chez moi avant même que je n'aie pu réagir. Je bouillonnais à l'intérieur. De quoi se mêlait-il ?

- Tu vas t'attirer des ennuis, Rose.

- Un peu de plus, un peu de moins, soufflai-je.

Il se dirigea vers ma chambre et je le talonnai. Il me claqua la porte au nez. Je tambourinai, lui hurlant de m'ouvrir mais c'était peine perdue. Dépitée, je m'appuyai contre la porte. Il cherchait l'objet de mon délit afin de m'en priver, et il ne mit pas longtemps à réaliser son méfait – ou à corriger le mien, je ne savais plus trop. Il sortit alors que je ne m'y attendais pas et je trébuchai. Il me rattrapa de justesse. Je levai les yeux vers son visage, mes lèvres à quelques centimètres des siennes. Je crois que cette proximité entre nous était nouvelle, étrange, perturbante. Une pensée s'immisça en moi, la volonté de coller ma bouche contre la sienne, mais je me retins. Ce n'était pas à moi de parcourir ce qu'il restait de distance entre nous. Ou je n'en avais peut-être juste pas le courage. Il déposa furtivement un baiser sur mon front. Comme une fleur de mélancolie et de regrets.

- Kara ne devrait pas trop tarder.

Et il fila, me laissant seule avec mon incrédibilité. Je m'assis, pantoise, sur mon lit. Scorpius m'avait volé ma vengeance, et rester ici ne m'apporterait rien de plus. Alors je sortis mon rouleau de parchemin, une plume et ma bouteille d'encre. On avait beau avoir fait des progrès révolutionnaires, les papiers officiels s'écrivaient toujours à l'ancienne. En temps normal, j'aurais pesté corps et âme contre cette société arriérée qui nous empêchait de nous exprimer totalement. Mais là, je me sentais simplement vidée. Je fis deux exemplaires de ma lettre de démission : je fis partir ma chouette chez mes parents le soir même, mais décidai de me rendre directement à l'administration le lendemain.

La secrétaire de Mangouste's School m'assura que mon courrier serait remis au directeur aussi rapidement que possible, pensant me faire plaisir. En réalité, cette idée m'angoissa plus qu'elle ne m'apaisa puisqu'ainsi j'avais moins de temps encore pour changer d'avis. C'était peut-être une bonne chose, mais je n'étais plus en état de m'en rendre compte.

La réponse de mes parents me parvint le lendemain soir. J'étais seule à l'appartement, Kara étant sortie avec Albus afin de discuter plus amplement de leur situation. Mon père m'expliquait à quel point ma décision les décevait, mais que c'était ainsi, que c'était mon choix. Tout dans la tempérance… Comme si ses lignes réconfortantes pouvaient faire quelques choses aux quelques mots de ma mère :

« Ne mets plus les pieds chez nous. ».

Je ne sais pas exactement combien de minutes, d'heures ou de jours s'étaient écoulés lorsque Kara me retrouva encore vêtue, sous la douche. Elle me demanda ce que je faisais là mais, même si j'avais connu la réponse, aucun son ne parvenait à sortir de ma bouche. C'était comme si quelque chose s'était éteint à l'intérieur de moi. J'avais imaginé qu'extérioriser mes pensées, mes désirs et mes sentiments m'aiderait, je réalisai amèrement qu'il n'en était rien et que ma situation était presque pire à présent. Elle coupa l'eau qui ruisselait sur moi et sur le carrelage de notre salle de bain et entreprit de me déshabiller. Elle me sécha et m'apporta des affaires propres avant de me conduire jusqu'au salon. Elle m'installa sur le canapé et me donna une tasse de thé.

- Rose… ? souffla-t-elle après quelques minutes de lourd silence.

- Je suis désolée, finis-je par ânonner.

- Mais de quoi enfin ?

Oui, de quoi ? De quoi avais-je à m'excuser ? Je n'en savais rien, mais j'avais certainement dû faire quelque chose d'horrible pour me sentir si misérable. Je me murais à nouveau dans le mutisme et Kara n'insista pas pour m'en faire sortir. Voyant que je commençais à fermer les yeux, elle me força à me mettre au lit où je m'endormis si rapidement que je devinai qu'elle avait ajouté une potion apaisante à ce fichu thé.

Une semaine s'écoula sans que je ne bouge. Je reçus de la visite de la part d'Élisabeth, d'Albus et James. Même Scorpius passa une fois. Mais rien ne me fit sortir de ma torpeur. Ce n'est que le mardi suivant que je réagis enfin à un évènement : l'administration me convoquait sans que je n'en connaisse la raison. Tout était pourtant en règle : je continuai de payer pour l'appartement, que j'étais autorisée à occuper jusqu'à la fin de l'année scolaire malgré ma démission.

Cette convocation m'obligeait à sortir de mon antre et à m'habiller autrement qu'en vieux jogging miteux et tee-shirt troué. Et lorsque je sortis sur le perron, les rayons du soleil balayant mon visage laiteux, mon cœur se réchauffa. Tout ça n'avait pas été vain, je me sentis à nouveau en paix avec moi-même. Malgré le chemin qu'il me restait encore à parcourir, j'étais prête à grimper au sommet des montagnes.

Et j'allais avoir besoin de tout mon courage pour affronter les conséquences de mes actes.

Le directeur étala devant moi certains des clichés que j'avais pris de David, nu. Et il m'accusait de les avoir placardés un peu partout dans l'école. Scorpius. Cet abruti avait finalement fait ce que je n'aurais certainement pas eu l'audace de finir.

- Pouvez-vous m'expliquer ceci, mademoiselle Weasley ?

- Non.

- Ces photos vous disent-elle quelque chose ?

- Non.

- Votre professeur a admis entretenir une relation avec vous, vous confirmez ?

- Non.

- Alors il nous aurait menti ?

- J'ai dit que je ne voulais pas confirmer, pas qu'il avait menti.

- Mademoiselle Weasley, s'agaça le proviseur, que les choses soient bien clair, j'aimerais éviter de faire intervenir la justice dans cette histoire. Monsieur Swan a dit être prêt à passer l'éponge si vous alliez lui présenter des excuses sincères, et cette histoire pourra être passée sous silence.

- À charge de revanche, j'imagine.

- Que voulez-vous dire ?

- Vous faites ça uniquement parce qu'un scandale pareil viendrait entacher l'image de mes parents et que ça vous effraie. Et puis vous espérez également que le jour où vous aurez besoin d'un service, ils sauront se rappeler ce jour béni où vous avez sauvé les miches de leur fille, je me trompe ?

Son silence fit office de réponse. Et me donna le temps d'évaluer la situation. Plusieurs choix s'offraient à moi, mais je trouvais que trop de personnes avaient déjà été impliquées dans mes problèmes et j'en avais plus qu'assez. Ainsi, malgré que cela me coûte, j'acceptai le deal. Je montai un discours convenable dans mon esprit lors du chemin qui me séparait de la salle de classe de mon amant, une boule grossissant dans mon ventre. Cette vengeance avait paru être une bonne idée sur l'instant, tenté de lui faire ressentir une humiliation au moins aussi importante que la mienne. À présent, je réalisai que c'était une erreur, et que je ne pourrais avancer dans ma vie avec de pareils sentiments de colère. Qu'il me fallait laisser tout ça de côté.

Je soufflai longuement en arrivant devant la porte. Je déglutis et au moment où j'allais frapper, j'entendis la voix d'Annelise. Cette vois haut perchée, absolument insupportable, et qui en l'espace de quelques mots faisait voler en éclat toutes mes belles résolutions prises à l'instant.

David était le tueur.

Je regardais cette dame qui sanglotait. Cette épouse qui n'était pas responsable des agissements de son mari. Contrairement à moi, qui était totalement coupable du déshonneur qu'elle était en train de vivre. Car en tant que femme, je savais au plus profond de moi qu'elle ne pleurait pas pour les crimes dont David était accusé. Elle était en larmes d'apprendre qu'il avait connu les bras d'une autre. Et tandis que j'observais cette femme, la boule que j'avais donc mon estomac depuis mon baiser échanger avec monsieur Malefoy grandissait. Elle prenait de plus en plus de place, elle était encombrante et me tiraillait. C'était ce qu'on appelle communément la culpabilité – du moins, je supposais. Je toisai cette femme mais je ne la voyais pas. À sa place, j'imaginais Astoria, déçue de moi, me jetant le même regard noir que madame Swan alors que je finissais de témoigner. J'avais honte – décidément, ces derniers temps cette sensation ne me lâchait pas.

Je ne savais réellement comment réagir. Que fallait-il dire, que fallait-il faire ? Je n'en savais rien. Élisabeth ne m'aiderait en rien à ce sujet, quant à Kara elle était bien trop occupée avec mon cousin pour se soucier encore d'autre chose. Je déglutis difficilement en rejoignant mon siège dans l'audience et vis ma tante me faire un sourire qui se voulait sûrement rassurant. Mes parents étaient à quelques mètres de moi, aucun ne me jeta le moindre coup d'oeil. Je savais par avance ne pas pouvoir compter sur l'appui de ma mère, mais le silence de mon père me blessait. Peut-être avais-je dépassé une limite de trop pour lui ? Une larme roula sur ma joue sans que je ne puisse la retenir. Un doigt, recouvert d'un gant de soie, l'essuya. Je levai les yeux et croisai le regard de madame Malefoy qui me fit signe de la suivre.

Nous quittâmes discrètement l'assemblée – où je n'étais plus d'aucune utilité – et je la talonnais dans les couloirs du ministère. Je la suivais sans peur, sans me méfier. C'était une attitude ridicule vu ce qui avait failli m'arriver – David avait admis que j'aurais dû être la prochaine sur sa liste – mais ça n'avait pas d'importance à mes yeux. Elle m'emmena jusqu'au bureau de son mari. Du moins, c'est ce que je compris lorsque je vis la plaque d'argent sur la porte sombre. La pièce était assez petite, de sobre décoration. Un énorme bureau prenait l'essentiel de la place. Astoria contourna le meuble et s'installa dans le siège en cuir de son mari puis me fit signe de m'asseoir sur la petite chaise en face d'elle. Je déglutis. Elle avait le visage fermé, mais bienveillant. Je commençais à me demander ce qui allait encore me tomber dessus.

- Je suis au courant, Rose.

Cette phrase tomba comme le jugement dernier. Ce qui n'avait aucun sens puisqu'en tant que sorcière je n'avais aucune raison de croire en un quelconque Dieu. Je baissai les yeux. Des larmes coulèrent à nouveau, que je ne parvenais pas à retenir. Cette fois-ci, madame Malefoy ne les essuya pas. Elle n'avait aucune raison de le faire après tout. J'étais une… Une je ne savais trop quoi, en fait. J'étais si mal. Je n'étais pas Rose Weasley car cet avatar était mort le jour où des photos de moi et David avait été décimées sur la Toile. Je ne voulais pas – plus – être juste Rose, car cette fille-là avait tout gâché. Tout me semblait si compliqué.

- Et ce n'est pas grave.

Je relevai les yeux si vite qu'un voile blanc me masqua la vision quelques microsecondes. Avais-je bien entendu ? Astoria prit le temps de retirer ses gants lentement – trop lentement à mon gout – et sortit de sa poche un mouchoir en soie qui portait ses initiales, qu'elle me tendit. J'essuyais mes yeux, tachant le tissu blanc de mon mascara et me mouchai bruyamment. Je n'avais que faire d'être digne et gracieuse. J'étais simplement à bout de souffle.

- Drago se sent si redevable envers votre mère qu'il n'a eu de cesse de transposer ça sur vous. Ce qui explique ses quelques écarts.

- Mais… mais nous nous sommes embrassés, haletai-je.

Cet acte aurait peut-être dû me paraitre minime aux côtés de tous ceux qui avaient ponctué cette année écoulée à Mangouste's School. Mais c'était comme s'il résumait à lui celle l'hécatombe de ma vie. Je tendais le fouet. À croire que j'aimais me faire battre.

- Je sais tout ça, Rose chérie. Mais un baisé, qu'est ce que c'est ? Pas grand-chose, sur l'échelle d'une vie.

J'étais muette devant tant de… tant de quoi d'ailleurs ? Mais Astoria ne s'arrêta pas à ça.

- Je sais également que tu es folle amoureuse de mon fils et que tu ne l'assumes pas. D'où ton attirance pour mon mari… Enfin, ce que tu crois être une attirance.

Je la regardai, éberluée. Qu'avait-elle fumé ? À combien de personnes devrais-je le dire ? Non, je n'étais pas amoureuse ! Je ne voulais pas être amoureuse, et encore moins d'un crétin ! Je ne voulais pas. Néanmoins, je ne répondis pas. Un silence gênant s'installa et au bout de longues minutes à l'observer en coin je compris que madame Malefoy n'ajouterait pas un mot de plus ; c'était à moi de parler. Pour dire quoi ? Ça, je n'en savais rien.

- Je suis désolée de vous avoir causé du souci, marmonnai-je.

- C'est à Scorpius que tu en causes le plus, répliqua-t-elle, amusée.

- Il me le rend bien, me défendis-je.

- Je ne pense pas...

C'était un dialogue de sourds qui aurait pu durer très longtemps si Drago n'avait pas fait irruption dans la pièce à ce moment-là. Je déglutis. Mais qu'est ce qu'ils avaient tous, ces derniers temps, à vouloir ma peau ? Astoria embrassa tendrement son mari, lui fit un clin d'œil puis sortit de la pièce, nous laissant seuls. Elle devait avoir sacrément confiance en son mari pour l'enfermer avec moi malgré ce qui s'était déjà passé. Nous restâmes silencieux un instant, puis il finit par annoncer d'une voix neutre :

- L'audience est terminée. Emprisonnement à vie.

Je haussai les épaules. Cela n'avait pas une très grande importance à mes yeux. J'étais davantage choquée de la réaction d'Astoria et inquiète de la suite des évènements. Il le devina.

- Ma femme est surprenante, n'est-ce pas ?

- Oui, marmonnai-je.

- En fait, elle se doute de tout. Depuis le début.

- Quel début ?

- Vous a-t-elle énoncé sa théorie selon laquelle vous seriez attaché à Scorpius ?

- Oui.

- Êtes-vous amoureuse de Scorpius ?

Cette question serait sortie de la bouche d'Élisabeth, je n'y aurais pas fait attention. Mais il s'agissait du père de Scorpius, je me devais de prendre garde à ce que je disais. De plus, à bien y réfléchir, je devais m'avouer que je n'en savais rien. Scorpius provoquait chez moi des réactions étranges, inattendues, incontrôlées et incontrôlables. Était-ce ça, l'Amour ? Je n'avais pas vraiment de moyen de comparaison, mais à bien y regarder, c'était à ça que ça ressemblait chez James et Élisabeth. Alors oui, peut-être que j'aimais un peu Scorpius. Mais je le détestais tout autant.

- Je ne veux pas être amoureuse, finis-je par annoncer.

- Pourquoi ?

Le fantôme de Merlin passa.

- Car cela fait trop mal, avouai-je après de longues minutes.

- La vérité, c'est que tout le monde finira par vous blesser. Il faut seulement trouver ceux qui valent la peine de souffrir, rétorqua monsieur Malefoy.

Je restai silencieuse. Je n'avais jamais envisagé les choses de cette manière. Étais-je prête, maintenant, à offrir mon cœur à quelqu'un ? À lui donner le pouvoir de me briser d'un battement de cil ? Je ne pensais pas. J'avais bien trop peur pour cela. Et puis avec Scorpius ? Il était tellement instable ? Comment pouvait-il imaginer que j'accepte de confier la chose la plus fragile en moi à son crétin de fils ? Je du faire une tête significative de mes pensées car il ajouta :

- Ne vous fiez pas aux apparences, miss. Scorpius n'est pas totalement celui que vous pensez. Tout finira par s'arranger, vous verrez. Ce n'est pas si grave.

Il se leva, et me laissa là, pantoise. Pour la première fois, je regardai monsieur Malefoy d'un œil nouveau. Je n'étais plus l'adolescente pleine d'hormones, totalement fascinée par son charisme. J'étais la jeune adulte, grandie par tous ces évènements, et encore plus perdue qu'à la normale. J'aurais eu besoin d'une étreinte. Alors, je compris enfin ce que Kara avait voulu me dire, des mois auparavant ; un homme avec qui dormir, chaque soir. Quelqu'un qui serait mon unique point de repère au milieu de la tempête qu'était ma vie. Puis, je repensais aux paroles d'Astoria.

Oui.

Non.

Scorpius était un crétin, mais je ne l'aimerais pas plus autrement. C'était peut-être ça, la clé.

La vie est surprenante parfois. Elle nous mène là où on ne s'y attendait pas. Je sortis à mon tour de la pièce, l'esprit encore brumeux, mettant un pied devant l'autre sans trop savoir où ils me mèneraient. J'avais dans l'idée de rejoindre mes amies pour trouver un peu de réconfort mais je ne savais pas trop où elles avaient pu se rendre après l'audience. Dans le doute, je décidai de retourner aux ascenseurs avant de prendre une décision, quelle qu'elle soit. Alors que j'allais agiter ma baguette pour les appeler, celui en face de moi s'ouvrit.

Scorpius.

Mon souffle se coupa. Était-ce la première fois que je le voyais réellement ? Oui. En cette soirée mouvementée, je regardais cet homme avec le cœur et non plus avec les yeux. Il me sourit, d'un sourire sincère. Il n'y avait plus rien de narquois dans son regard, mais une étincelle un peu bizarre.

- Rose ? chuchota-t-il.

- Scorpius.

Je tombais dans ses bras, comme le font les héroïnes dans les mauvais films romantiques moldus. Je n'avais rien d'une héroïne, et je n'étais pas non plus une moldue, mais il semblait que mon happy end à moi était sur le point de commencer.

- Je t'aime.