Si Draco Malfoy pensait que son statut lui donnait le droit de me marcher sur les pieds, il risquait d'avoir une mauvaise surprise. C'était la troisième fois que lui où l'un de ses sbires me jouaient un sale tour: la première fois, il m'avait lancé un sort pour que je tombe, étalant ainsi le contenu de mon sac par terre, avant que ses deux trolls de main ne fassent mine de passer par là afin de piétiner mes livres et parchemins, je n'avais pas pu me venger du prince de la maison Serpentard, mais le sort de pétrification que j'avais envoyé en direction de ses amis avait suffit à calmer ma rage vengeresse.
La deuxième fois, j'étais en train de savourer un délicieux bol de porridge en faisant mes devoirs à la dernière minute lorsqu'il métamorphosa le contenu de mon bol en bébés bernards l'hermite, l'incident aurait pu rester sans suite si ma meilleure amie, Inma, qui avait une terrible phobie des crustacés depuis qu'un crabe s'était accroché à ses magnifiques cheveux blonds pendant une journée entière, ne s'était pas levée si brusquement que j'en avais renversé mon jus d'orange sur la table, trempant ainsi mon devoir.
Inma avait gratifié Draco Malfoy d'un regard meurtrier ponctué d'un magnifique «Hijo de puta!» dans sa langue natale, quant à moi, j'avais écopé d'une heure de colle de la part de Flitwick.
Cette fois, il avait payé un première année Serpentard, un morveux de onze ans qui avait déjà eu un avant-goût de puberté à en croire son visage tacheté d'acné, pour me suivre en mimant le fait de survivre à un tremblement de terre provoqué par mes pas.
En effet, le sujet de prédilection des Serpentards en ce qui me concernait était mon poids, qu'ils s'amusaient tous à tourner en dérision depuis qu'ils m'avaient choisi comme victime favorite.
Il fallait dire que je n'étais pas particulièrement fine. Depuis mon enfance, l'amour de mes parents pour moi avait pris la forme de bonbons, chocolats et autres gâteries avec lesquelles ils témoignaient de leur affection pour moi.
La plupart du temps, je trouvais cela pathétique d'être réduits à se moquer de l'apparence de quelqu'un, mais il m'arrivait d'être blessée par leur remarques sur mon physique. Quand ça arrivait, Inma m'entourait de ses bras fins et séchait mes larmes avec ses mains délicates, elle me répétait de ne pas m'en faire tandis que je me demandais intérieurement pourquoi je ne pouvais pas lui ressembler plus.
Je me tournai vers le première année, sortant ma baguette magique et la pointant en sa direction, je lui dis de ma voix la plus menaçante:
«Écoutes moi bien, le boutonneux, ou tu dégages d'ici ou je te transforme en fouine et je te fais bondir jusqu'à la Grande Salle !»
Les élèves qui avaient assisté à la scène se mirent à rire, en effet tous avaient compris que cette menace n'étaient qu'une attaque finement voilée à Malfoy, souvenir de la punition peu orthodoxe dont il avait écopé l'année dernière
Le blondinet nous regardait de loin, entouré par ses servants et arborant un air décontenancé. Je lui adressai un sourire satisfait, l'air de dire : «Alors ? Tu te sens prêt à m'affronter toi-même ou tu comptes te cacher derrière des gamins plus longtemps ?»
Malheureusement, le blondinet détourna seulement le regard, feignant l'indifférence. Tant pis.
Je me résolus donc à marcher joyeusement vers la Grande Salle, me demandait avec quoi j'allais entamer cette journée bien prometteuse, je pouvais déjà sentir les odeurs appétissantes des toasts grillés et des cafés matinaux. Je pris place à côté de Ginny Weasley, qui regardait avec dégoût son grand frère dévorer toast après toast. Je lui dit d'en laisser un peu pour nous et, me munissant d'une cuillère, commençait à m'empiffrer de corn flakes sous le rire des deux Weasleys.
«Bah quoi? Ch'ai faim moi !» leur lançai-je, la bouche pleine. Hermione, qui venait de finir sa conversation avec une camarade de classe intervint en nous faisant la morale sur l'importance d'un petit déjeuner équilibré afin d'avoir les meilleures performances scolaires possible, elle fut néanmoins interrompue par un rire venant de la table des Serpentards. Nos regards se dirigèrent vers ceux-ci, qui s'esclaffaient en regardant une Serpentard dont le nom m'échappait mimer le fait de manger avidement, juste avant de lancer un regard vers notre table et de rire de plus belle.
Ron secoua la tête et replongea le nez dans son assiette pour continuer son repas. J'enviais son indifférence, moi qui regardais pensivement la mienne, dont le contenu ne me semblait plus du tout appétissant. Je lançai un regard vers Ginny, m'attardant sur ses clavicules visibles à travers son haut. Je pensai aux miennes, qui étaient vaguement visibles, et triturai nerveusement une de mes mèches de cheveux cendrés, puis je soupirai et poussait mon assiette avant de me lever et de me diriger vers la sortie, ignorant les rires des Serpentards tout autant que les appels de mes amis.
