MUAHAHAH j'ai fini de tout réécrire ! *entame la danse de la joie* Alors la suite du point de vue de Shouto arrive bientôt les loulous, promis ! En attendant j'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à me faire un petit coucou à la fin ! Bonne lecture !


Mon réveil me tire de ce sommeil sans rêves. Je m'étire, les jambes encore dans mes draps, et je remarque qu'il commence à faire froid. Je n'ai pas envie de me tirer du lit – si seulement je pouvais passer mes journées contre mon oreiller… Mais, dès que les yeux vairons de Todoroki me viennent en tête, je saute hors de ce vicieux piège et je file à la douche. Sous la précipitation, et l'envie pressante de retrouver ses beaux yeux, j'oublie que le savon, ça glisse. Ainsi, je perds l'équilibre, mes jambes volent en avant et je me retrouve presque la tête à l'envers. Par réflexe, je me rattrape sur le bord de la baignoire, et je sauve in extremis mon crâne d'une jolie plaie. J'échappe un rire nerveux et déclare à ma mère que je suis vivant, malgré tout le vacarme que je viens de provoquer. Je finis d'enlever ce savon (démon !), je sors, me sèche et m'habille rapidement. Il est vrai que l'on commence plus tôt aujourd'hui : pas le temps de prendre un vrai petit déjeuner ! Je prends mon sac, ainsi qu'une tranche de pain lorsque je passe devant la cuisine. Je dis à ma mère que je dois arriver plus tôt au lycée et lui souhaite une bonne journée en désertant juste avant qu'elle ne m'ordonne de prendre plus de choses à manger.

Il fait plutôt frais ce matin, et l'air froid chatouille ma peau encore humide. Je n'ai même pas eu le temps de coiffer correctement ma tignasse… Tant pis ! J'arrive rapidement devant le domicile de Todoroki, et lorsque je repense à la bourde que j'ai fait la veille, je sens mes joues s'empourprer et la gêne qui monte dans mon estomac. On va éviter de casser une énième branche de son arbre, le pauvre… Je m'arrête devant sa porte, et lui assène quelques coups afin de lui signifier ma présence.

Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvre et m'offre la vue la plus mignonne de l'univers : le visage endormi de Todoroki Shouto. Je n'ai même pas le temps de rougir que déjà quelque chose m'interpelle. Pourquoi a-t-il l'air de sortir du lit ?

« Bonjour Todoroki, me dis pas que tu viens de te lever ?

- D'accord, je ne te le dirai pas… Pourquoi ?

- On commence plus tôt aujourd'hui, tu ne te rappelles pas ? »

Au vu de son air interrogatif, je suppose qu'il avait totalement oublié. Je pousse un petit soupir, et lui demande d'essayer de se dépêcher. Ainsi, il se détache de moi pour aller saisir son sac, et je peux observer la carrure de son dos à travers ses vêtements. Il saisit une pomme comme seul déjeuner – si ma mère voyait ceci, elle lui ferait un monologue sur le bienfondé du petit déjeuner et son importance. Cette pensée provoque en moi un certain amusement, et quand les prunelles ombragées de Todoroki croisent les miennes, ce sentiment s'intensifie pendant que mon cœur s'accélère légèrement.

Sur le chemin, il croque sa pomme d'une manière que je ne saurais décrire, tandis qu'il m'écoute parler, comme chaque matin. Je trouve ça terriblement attirant, et le fait de penser à mon camarade de cette manière me gêne un peu. Pour ne pas exacerber mon trouble au grand jour, je décide de lui raconte l'anecdote de mon combat contre ce diable de savon de ce matin, et le fait que j'aie failli me fracasser le crâne contre ma baignoire semble l'amuser un peu trop à mon goût. Une soudaine envie de me venger me prend les tripes. Je réfléchis à ce que je pourrais lui dire pour le déstabiliser, voire pour lui provoquer quelques rougeurs aux joues, celles qui vont à merveille avec ses cheveux écarlates. Je pourrais lui dire un sous-entendu vis-à-vis de ce soir, mais je ne sais pas si je pourrais moi-même contrôler mes propres rougeurs… Ainsi, je vais essayer de me convaincre du caractère innocent de ma déclaration, en ignorant volontairement sa vraie signification.

« D'ailleurs, ce soir je suis tout à toi ! »

Je ne peux pas me lasser de ce regard qu'il me lance. On dirait qu'il me pose toutes les questions du monde, mais qu'il est bien trop gêné pour les énoncer. Par ailleurs, son visage également devient écarlate, et je ne peux pas m'empêcher de sourire de manière un peu sadique en voyant l'effet que cela lui fait. Alors comme ça, le fait d'imaginer que je sois tien te déstabilise autant ? Je trouve cela plaisant, et si je n'étais pas de nature si pudique, je pense que je ferais ce genre de sous-entendu le plus possible, tant ce regard troublé secoue mon cœur.

« Tu as oublié ? Je t'ai dit que je resterai dormir. Enfin, si tu veux toujours…

-Ah, ça ! Pas de soucis, j'avais un peu oublié ahah. »

QUOI ? Comment ça il avait oublié ? J'ai l'impression qu'il vient de détruire la cathédrale qu'il venait d'ériger autour de mon cœur. Je me sens un peu blessé, et je prends un air boudeur alors qu'il détourne le regard, toujours aussi rouge. Hier, en y pensant, j'ai failli ne pas m'endormir, et lui il oublie un tel fait ? Après tout, peut-être que je ne suis véritablement qu'un ami, qu'un camarade pour lui, et que ses rougeurs ne sont dues qu'à son éternelle difficulté à propos des relations humaines…

« T'es pas gentil ! Moi je n'ai que ça en tête, et toi t'en as rien à faire ! »

Il se retourne soudainement vers moi, alors que je lui tourne le dos pour lui montrer à quel point je boude. Je fais quelques pas, puis je me rends compte que le bruit de ses pas n'existe plus. Je me retourne et le vois, tête baissée. On dirait un chaton qui vient de faire une bêtise et qui culpabilise… Alors que l'image d'un Todoroki déguisé en félin me vient à l'esprit, il relève ses yeux vers moi. Son sérieux me déstabilise un peu.

« Ce n'est pas vrai, Midoriya.. »

Argh, il est tellement adorable que je culpabilise presque de le rendre si stoïque. Je me rapproche, en essayant de lui offrir mon sourire le plus rassurant, et je viens passer mes doigts dans les mèches bicolores de ses cheveux. Ses yeux me fixent pendant de longues secondes. J'adore cette dualité en lui : toutes ces couleurs semblent correspondre à toutes ses facettes. Le blanc, ce serait celle qu'il essaie de tenir en permanence : le Shouto froid et inaccessible. Le bleu de son œil gauche serait celle qu'il me montre, parfois : l'océan d'émotions qu'il est, ce tsunami de sentiments qui le fait paniquer. Son œil droit, sombre et foncé, correspondrait à sa détermination et à son courage, à sa force et à sa résistance. Enfin, j'aime imaginer que ses mèches rouges soient celles d'un Shouto heureux, taquin, souriant. J'espère faire surgir cette facette, un jour. À cette pensée, mon cœur accélère un peu plus mon rythme cardiaque, et je lui lance un regard désolé alors que je ne peux me détacher de ses prunelles à la météo changeante.

« Je plaisantais, Todoroki. »

Je crois voir du soulagement, voire de la gratitude, dans son regard ombragé. Au grand dam de mon désir, je quitte ses cheveux vermeilles et immaculés, et nous reprenons notre route dans une quiétude agréable. Alors que l'on aperçoit le grand portail, je relance la conversation. Je ne suis pas trop ami avec le silence qui semble l'accompagner, et j'ai toujours peur qu'il ne s'ennuie. Il me regarde d'un air lointain, je me demande à quoi il peut bien penser pour toujours avoir l'air d'être dans un autre monde. J'essaie de l'amuser, car cette lueur est l'une de mes favorites dans ses regards. Par conséquent, je m'élance dans un éloge endiablé à propos de l'omelette aux raviolis, mais il ne semble pas vraiment convaincu. Je ne me rends même pas compte que l'on est à présent dans l'enceinte de l'académie, et j'aperçois Tenya venir à notre rencontre. J'échange des salutations avec lui, on parle un peu de ce que l'on va faire aujourd'hui, d'où est Ochaco, puis un élément me vient en tête pour définitivement convaincre Todoroki.

« Et puis, c'est forcément bon vu que c'est tout rouge ! »

Devant l'air perdu et gêné de mon camarade aux lunettes, mon ami explose d'un rire fluet qui emplit mon cœur de chaleur. Ou alors rigole-t-il à cause de mon ultime argument ? Je prends un air boudeur, en l'observant du coin de l'œil. Il est terriblement beau lorsqu'il rigole. J'aimerais tant déclencher d'autres rires comme celui-ci, car vraiment, c'est un crime de ne pas rire alors que l'on est si mignon comme ça. Il essaie de contrôler sa respiration pour cesser ce spectacle, et cela me déçoit un peu. Son regard aux reflets orageux se fixe dans le mien, et il perd son sourire taquin. Ai-je un truc sur le visage ? Je décide de lui sourire – après tout, c'est ce que je sais faire de mieux. On se fixe longtemps comme ça, en oubliant que l'on est à Yuei et qu'il existe d'autres êtres humains que nous dans les environs. Il ne reste plus que moi, et son regard si changeant et attirant.

J'aperçois Ochaco arriver du coin de l'œil, et je me retourne par réflexe vers elle. Elle me lance un sourire chatoyant et salue d'un rapide geste de la main mon ami, avant de me kidnapper à l'intérieur de l'établissement. Je lance un regard désolé à Todoroki qui reste là où l'on était, et qui ne me quitte pas des yeux. Lorsque l'on arrive dans le hall et que je ne peux plus admirer la silhouette du garçon le plus fort de l'académie, mon amie me taquine et me lance un regard taquin.

« Mais c'est que vous venez tous les matins ensemble, dis donc, je vois que ça avance ! »

Son allusion augmente la température de mon corps de 30°C, ce qui fait pas mal de chaleur quand même. Je sens que mes joues brûlent, et je ne sais pas où me mettre. Décidemment, elle a des capacités d'observation bien trop supérieures aux miennes. Je lui dis de parler moins fort, de peur que certains ne l'entendent – il faut dire qu'elle n'est pas très discrète... Elle échappe un rire assez effrayant à mes yeux…

« Quand j'y pense, si je n'avais pas été là, jamais tu ne lui aurais parlé… Il faut que tu sois encore moins timide !

- Eh ? Mais je suis tout sauf timide là !

- Tu l'es encore trop ! »

Elle me gratte les cheveux de manière énergique, un peu trop vu qu'elle se coince dans mes noeux, et un petit gémissement de douleur passe les remparts de ma gorge. Elle s'excuse au moins une dizaine de fois de m'avoir fait mal, et je la rassure : je ne me suis pas coiffé ce matin, alors ceci est mon châtiment… Elle échappe un petit rire, mais revient tout de même à l'attaque à propos de Todoroki.

« Je pense que tu devrais lui faire comprendre ce que tu ressens. Après tout, ça se voit comme sa cicatrice que c'est réciproque de son côté... »

Je rougis encore plus, et lui lance un regard choqué. Je ne pourrai jamais lui avouer ! Car même si elle l'affirme, je doute que ce soit réciproque… Et puis, j'ai déjà du mal à me contenir quand je lui lance des piques, alors si je lui dis que je l'aime ! Alors que l'on monte en cours, je me triture les doigts à force d'y songer. Et si c'est réciproque, que faire ? L'embrasser devant tout le monde, alors qu'il aime être discret ? Et s'il me rejette ? Je vais m'enfermer chez moi, manger du chocolat et regarder des séries pendant les dix prochaines semaines ? Ma mère va faire une crise de nerfs, All Might sera déçu, et j'aurai pris dix kilos.

On s'installe en classe, alors que mon amie me parle des chatons qu'elle a aperçu en rentrant chez elle. J'adore les chatons ! Elle me parle en particulier du petit roux aux tâches blanches qui semble plus craintif que les autres, et celui-ci me fait directement penser à mon camarade qui vient précisément d'entrer dans la salle. J'aimerais tant adopter un chaton…

« Je crois qu'ils sont abandonnés, alors je vais leur apporter de la nourriture ce soir… Tu viendras avec moi ?

- Ah ! Je ne pourrai pas ce soir, je t'en ai déjà parlé… »

Elle me lance un regard surpris, puis lorsqu'elle se retourne pour regarder l'homme qui fait l'objet de mes songes et de mes fantasmes, elle se retourne vers moi avec un air pervers que j'essaie d'ignorer. Elle se rapproche de moi et me murmure :

« Il t'a regardé. »

Sa remarque me fait perdre tous mes moyens, et elle rigole à gorge déployée. Je lui lance un regard, et ma joie se transforme en cendres. Il fixe un point fixe dans le vide, l'air fatigué. Il n'a vraiment pas l'air bien. Le cours commence, mais je n'arrive pas à capter son regard malgré toutes mes œillades en arrière. Il a vraiment l'air ailleurs. Il me regarde sans me voir vraiment, j'ai l'impression. Ses yeux ont l'air si vides, si tristes. S'est-il passé quelque chose lorsque Ochaco me parlait ? Mon cœur se tord d'inquiétude, alors qu'une armée de nuages noirs envahit le ciel. Vers la fin de la matinée, l'orage éclate, et une myriade de gouttes de pluie vient décorer la fenêtre à ma gauche.

Dès que la sonnerie retentit, je vois Todoroki sortir de la salle de classe d'un air pressé, mais toujours avec ce regard désespéré. Ochaco me saisit la manche de ma veste pour avoir mon attention.

« C'est l'occasion, je pense. Par ce temps, il n'y aura personne aux alentours. Je te garde ton bento : reviens vite, avec des choses croustillantes à me dire ! »

Elle me fait un clin d'œil et m'expulse presque de la salle de classe. Je panique. Je ne sais même pas où il est ! Mon estomac se tord sous l'angoisse, et mon cœur bat beaucoup trop vite. Elle a dit de lui faire comprendre, pas de lui dire directement… Alors que je parcours les couloirs sombres de l'établissement à la recherche d'une tignasse étrange, une pensée lucide me transperce la poitrine. Quelle est la probabilité qu'il m'aime, moi ? Très faible. Je suis un homme, comme lui, et rares sont ceux qui aiment une personne du même sexe qu'eux, ou tout du moins rares l'assument. Je n'ai pas vraiment d'intérêt. Il n'y a pas longtemps, je n'avais même pas d'Alter. Un gamin pleurnichard et inutile de surcroît, qui ne pouvait sauver ni personne, ni lui-même. Cette pensée me déprime, et c'est avec un coup d'œil à l'extérieur que je trouve l'objet de ma quête.

Lorsque je le vois, seul sous la pluie, ma tristesse semble croître dangereusement dans ma poitrine. Pourquoi suis-je si triste ? Est-ce ce qu'il ressent en permanence ? Je m'avance doucement, et les pleurs des nuages semblent attaquer ma peau déjà mouillée. Au moins, ça ne pourra pas empirer ma coiffure. Je décide de me rapprocher de lui, afin qu'il puisse m'entendre.

Ne t'enfuis pas, je t'en prie…

« Todoroki.. ? Qu'est-ce que tu fais sous la pluie.. ? »

Il ouvre ses yeux et plante son regard triste dans le mien. Je ne sais pas s'il voit à quel point l'inquiétude me ronge, ou si sa douleur n'en est qu'exacerbée.

« Je.. J'avais besoin d'un peu d'air. »

Ma tristesse prend peu à peu la teinte du désespoir. Il croit vraiment me convaincre comme ça ? Peut-être que je m'implique trop dans sa vie, et qu'à présent il refuse de me parler de quoique ce soit ? Je lui prends la manche de manière discrète, et je ne me sens plus capable d'affronter ses prunelles si douloureuses.

Par « avoir besoin d'air », sous-entends-tu que je t'en prive, Todoroki ?

« Midoriya.. ? Il s'est passé quelque chose avec Ochaco ? Tu as l'air.. triste. »

Ne voulant pas l'inquiéter, je secoue vivement ma tête en essayant de lui sourire, mais je crois que c'est un échec, et à la place, mon visage devient déformé par une triste grimace. Il s'approche un peu, puis ses mains viennent attraper mon visage, et mon cœur entame un sprint soudain et inattendu. Je sens son pouce caresser ma joue droite, et je replonge mon regard dans le sien. Ses prunelles sont vraiment passionnantes, quand j'y pense. Je peux clairement voir de la peur, de la tristesse, de l'espoir, et de l'appréhension, tout ça dans son seul regard. Je sens qu'il attend de moi une réponse, une vraie réponse. Je rassemble le peu de courage que j'ai, et je décide de ne pas décevoir mon amie.

« C'est juste que... Je me suis rendu compte que la personne que j'aimais ne ressentirait probablement jamais la même chose… Et ça me fait mal. »

Je n'ose pas le regarder, mais il a cessé de caresser mon visage. Je ferme les yeux, je ne veux pas voir son regard si changeant, je ne veux pas parce que sinon je vais m'arrêter.

« Pourtant cette personne n'agit pas avec moi comme elle agit avec les autres, mais c'est peut-être de la politesse... J'ai peur de trop la coller et de trop m'investir dans sa vie privée… »

Pitié, rassure-moi Shouto. Je ne peux pas empêcher quelques larmes de se mêler aux pleurs des nuages, alors que je songe à ce que je vais te dire par la suite. Je sens qu'il se fige, qu'il se tend. Est-il gêné par mes pleurs, par mes paroles ? Je le mets peut-être mal à l'aise ?

« Et je sais qu'elle ne m'aimera jamais... Cette personne est incroyable, puissante, courageuse. C'est la plus forte que je connaisse. Même plus forte qu'All Might je pense, tant elle a survécu à des choses difficiles et continue d'avancer malgré tout. Je l'admire et voudrais être là à chaque instant de sa vie... »

Pourquoi je parle de lui au féminin ? Par précaution, au cas où quelqu'un surprendrait notre conversation ? Je ne sais même pas, peut-être que je n'assume pas totalement le fait de l'aimer autant ? Je ne peux pas m'empêcher de fixer cette trace noire sur le sol, entre ses pieds. Je sens qu'il perd sa prise sur mon visage, je relève la tête et je crois que mon cœur vient de s'arrêter.

Je ne comprends pas. Je vois les traces de ses larmes, et pourtant, tout semble avoir changé. Son visage est devenu beaucoup trop stoïque, et son regard… Où sont passées ses prunelles si vivantes, si changeantes ? Où est passé son regard si expressif lorsqu'il est avec moi ? Je ne vois plus que deux yeux vides, lassés. Je ne vois plus que du néant. On dirait qu'il n'est plus du tout dans notre monde, qu'il n'est plus du tout avec moi.

Shouto.. ? Où es-tu ?

« Désolé, Midoriya. C'était trop. Je devais le faire. »

J'ignore pourquoi je commence à trembler. Il est vrai que les larmes des nuages sont plutôt froides. Que devais-tu faire, Todoroki ? Je ne comprends pas ce qu'il veut me dire. Je ne comprends pas pourquoi il s'excuse. Je ne comprends pas ce qui était trop. Soudain, il me prend contre lui et je n'aperçois plus ses traits inexpressifs, et mon cœur bat un peu trop vite, d'un rythme un peu trop triste.

« Sache juste que ça m'était trop douloureux d'entendre ça. J'ai perdu, Midoriya. Le monstre a gagné. J'en suis désolé. »

J'ai l'impression qu'il me parle en russe, et j'ai mal à la tête. Il ne peut pas être plus clair ? Qu'est-ce qui était trop douloureux ? Qu'est-ce qu'il a perdu ? De quel monstre parle-t-il ? Il s'écarte de moi, et sans m'expliquer davantage, il se retourne et me laisse sous la pluie. J'ai l'impression qu'à chaque pas où il s'éloigne, il traîne et écrase mon cœur. J'ai mal. Je ne comprends pas.

Pendant quelques minutes, je reste sous la pluie, choqué. Puis, une présence habituelle me réveille de ma torpeur. Le visage inquiet de Uraraka apparaît, elle m'emmène à l'abri de la pluie, et j'éclate en sanglots. Elle ne comprend pas ce qu'il se passe, et panique.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Deku ? Il est mort ?!

- Je… Il m'a dit des trucs bizarres... Qu'il était désolé, que le monstre avait gagné et que c'était trop douloureux de m'écouter, ou un truc comme ça… »

Elle fronce les sourcils, alors qu'elle me tend un mouchoir pour que j'enlève la morve qui coule sur mes lèvres. Je lui répète que je ne comprends pas, que je savais que c'était une mauvaise idée, et elle me prend dans ses bras pour calmer mes sanglots. Après avoir essayé de me rassurer pendant vingt minutes, et me voyant toujours aussi inconsolable, elle se relève et j'en profite pour courir m'enfermer dans les toilettes. J'ai besoin d'être seul, de pleurer toutes les larmes de mon corps, de m'épuiser.

Je savais que jamais il ne pourrait m'aimer.

J'entends Ochaco me dire à travers la porte des toilettes qu'elle arrangerait ça, puis elle me laisse me noyer dans mes larmes et dans ma morve. Je me recroqueville sur moi-même, baignant dans ce mélange un peu dégoûtant. Je suppose que je fais peine à voir. Pourtant, il m'a fait des gestes tendres, presque amoureux. Quand il a saisi mon visage entre ses mains, lorsqu'il a caressé mon visage, lorsqu'il m'adressait tous ces regards et quand il rougissait… Ce n'était vraiment rien ? Il ne ressent vraiment rien pour moi ? Et de mon côté, je me faisais des films, je m'imaginais dans ses bras, je m'imaginais la chaleur de sa peau, j'imaginais les paroles qu'il pourrait m'adresser et qui me feraient perdre pied. Je m'imaginais, totalement à lui, et lui, totalement à moi. N'étaient-ce que des fantasmes de gamin ?

Jamais il ne sera à moi…

Je me mouche dans le papier toilette à côté de moi. Je prie pour ne pas boucher les toilettes avec les restes de mes sanglots… Depuis combien de temps je pleure ? Je l'ignore. Je n'ai même pas faim, et je ne sais pas si les cours ont recommencé. Je déteste cette impression : celle qui me murmure que mon cœur n'est plus qu'un trou noir. J'aurais dû me fracasser le crâne dans ma douche, ce matin : je suis certain que cela aurait été moins douloureux. J'entends une respiration erratique derrière la porte, et je me mets à espérer qu'il s'agit de mon amour éperdu.

« Deku, tu es encore là-dedans ?! »

Je me sens déçu, presque désespéré, de discerner la voix d'Ochaco entre mes reniflements. Je lui murmure une petite affirmation, et j'ouvre la porte. Elle a l'air paniquée.

« Deku, il s'est vraiment passé que ça ? Parce qu'il est vraiment... vraiment étrange.. »

Je fronce les sourcils et invite à me raconter ce qu'il lui est arrivée.

« Je crois que déjà, il n'a pas compris que tu parlais de lui, car il m'a demandé pourquoi tu ne t'étais pas directement déclaré à moi car il était pas le meilleur pour conseiller sur ce genre de choses... Et puis il m'a énervée, il était étrangement calme, comme s'il s'en foutait... Alors je l'ai giflé. »

Je lui lance un regard choqué. Quoi, elle a frappé Todoroki.. ? Mon Todoroki ? Elle m'adresse un petit sourire gêné.

« Cinq fois. Mais il ne réagissait pas du tout. On n'aurait pas dit qu'il avait mal, ni même que ça le touchait. J'avais l'impression d'avoir une poupée en face de moi. Alors, en voyant qu'il ne réagissait pas, je lui ai donné deux coups de pied dans la jambe. Mais il ne réagissait toujours pas, un peu comme s'il était mort. Alors il m'a bien fait flipper, ce con. Du coup je suis partie. »

Je la regarde de manière encore plus effarée. J'essuie prestement les larmes qui avaient élu domicile le long de mes joues, et je me redresse.

« Merci Ochaco, je vais aller le voir... Pour m'excuser, et voir ce qu'il se passe… »

Je voulais que ma voix soit assurée, mais malheureusement elle était cassante, fluette, fuyarde. Tout sauf rassurante. J'essaie de la rassurer avec un sourire, mais je crois que cela déforme plus mon visage grimaçant qu'autre chose. Elle, me lance un petit sourire, et m'assure que s'il se passe quelque chose, elle serait dans le coin. Elle m'indique la position du garçon responsable de mes sanglots, et je cours dans les couloirs, les yeux explosés, le corps tremblotant à cause des gouttes de pluie de tout à l'heure.

Après avoir couru dans les couloirs vides pendant quelques minutes, j'aperçois sa silhouette en bas de la cage d'escaliers. Je m'arrête, et l'angoisse m'empêche d'aller plus loin. Qu'est-ce que je pourrais lui dire ? Je l'observe s'agiter, jusqu'à ce que je voie ce qu'il me semble être du sang. Je me fige, ma respiration se bloque, et j'ai l'impression que mon propre sang gèle dans mes veines.

Pourquoi saigne-t-il ?

Quand je le vois taillader une nouvelle fois son poignet, j'ai l'impression qu'il taillade mon cœur. Inconsciemment, je sors de ma cachette, et je ne peux pas m'empêcher de fixer ces plaies béantes.

« Todoroki... ? »

Je l'entends soupirer, et déjà je culpabilise de le déranger, mais ça me semble plus que nécessaire. Il se retourne vers moi, et je peux clairement voir une petite lame dans sa main, ainsi que son poignet ensanglanté. Il m'observe de ses yeux froids et indifférents, et je me demande comment il fait pour rester aussi froid dans une telle situation. Ma voix était encore remplie de mes sanglots, mais je n'en ai que faire : tout ce qui importe, à présent, c'est Todoroki. Je ne comprends pas, pourquoi veut-il se trancher les veines.. ? J'étais au courant de sa souffrance, mais pourquoi le faire dans un endroit si exposé, où il pourrait être interrompu ? Est-ce à cause de moi ? Je le vois sourire à mon égard. Mais ce n'est pas un sourire que j'aime. C'est un sourire forcé, froid, lassé.

« Je vais finir par y arriver, au moins dans cet état. Pas d'inquiétudes Midoriya, je ne serai bientôt plus dangereux. Je ne serai bientôt plus un monstre. »

Je ne comprends toujours pas. Ainsi, le monstre dont il parlait, il s'agissait de lui ?

Shouto Todoroki, quand verras-tu que tu es tout sauf un monstre ?