On arrive enfin devant son domicile, je m'accroupis pour le laisser glisser le long de mon dos, et le retiens avec mes bras jusqu'à ce qu'il touche le sol. Je me retourne vers lui, et son air endormi fait palpiter mon cœur. Il entrouvre ses yeux et me lance un petit sourire, alors que je lui annonce que l'on est arrivés. Il sort ses clés de sa poche avec des gestes lents, puis me les donne, et enfin on entre au chaud. Il fait sombre, mais la chaleur de la maison est assez rassurante. Je me retourne vers mon hôte, qui se triture les doigts en cachette. J'ai remarqué qu'il fait souvent ça dès qu'il angoisse un peu. Je souris face à sa mine préoccupée.

« À quoi tu penses, Todoroki ? »

Il se retourne vers moi et plante son regard dans le mien, et le fait de voir qu'il me regarde fout le bordel dans mon estomac et me coupe le souffle pendant quelques secondes. Pendant cet instant de latence, il semble réfléchir, mais il me lance un petit sourire qui fait fondre mon cœur.

« Tu m'appelles Todoroki maintenant ? »

Je sens mes joues chauffer pendant que ma fréquence cardiaque augmente démesurément, et je balbutie quelques mots ridicules. Troublé, je baisse ma tête pour ne pas afficher davantage ma gêne. Mince, je pensais que sur le coup, il n'y avait pas fait attention… Je sens sa main sur mon crâne, et il ébouriffe quelques mèches de mes cheveux en riant. Bon dieu, ça devrait être interdit d'être si beau. Quand j'y pense, je me sens assez satisfait du fait qu'il soit si taciturne en public. Car ses rires et ses sourires ne sont adressés qu'à moi. Il se dirige vers la cuisine, et je fixe son dos en le détaillant. Mon regard descend le long de ses épaules, puis sur la chute de ses reins… Je me surprends à m'attarder sur ses fesses, et je détourne le regard par réflexe. Il manquerait plus qu'il me prenne pour un pervers… Je ne peux empêcher mes yeux de revenir sur la forme de ses fessiers, et je me sens tellement impuissant. Je ne peux même pas me retenir de le regarder… Quelle maîtrise de soi, dis donc !

« Tu as des allergies ou j'ai le champ libre ?

- Pas du tout, fais ce que tu veux ! »

Je l'entends soupirer, et je m'avance pour deviner la cause de cette lassitude. Si ça peut me faire oublier ses fesses, ça me va aussi. Je le vois un peu perdu, comme s'il ne savait que faire, et ce paquet de pâtes dans sa main semble être le coupable de cette remise en question. Il relève la tête et plonge son regard dans le mien, et je ne peux m'empêcher de lui adresser un sourire mesquin.

« Ne me dites pas que le grand Shouto Todoroki ne sait pas faire cuire des pâtes ? »

Il me lance un regard vexé, puis il croise les bras et me tourne le dos. Il boude là, ou je rêve ? Je ne peux pas m'empêcher d'exploser de rire. Si jamais on m'avait dit qu'un jour, il me ferait cette moue boudeuse, je n'y aurais pas cru. Je passe devant lui en essayant de contenir mes éclats de rire, et je lui explique que c'est plus pratique avec une casserole. Il m'en donne une, toujours en gardant sa mine boudeuse, et je mets de l'eau dedans puis la mets à chauffer. Puis, en attendant qu'elle n'entre en ébullition, je m'appuie sur le plan de travail et l'observe longuement. Je vais tester des techniques pour qu'il ne boude plus, eheh. Il m'observe longtemps, très longtemps. J'essaie de lui lancer un regard malicieux (ce mot est beaucoup trop drôle), mais je crois qu'il est resté bloqué sur moi et qu'il ne réagit plus.

Error 404, Todoroki not found ?

J'aperçois du coin de l'œil que l'eau est déjà bouillante, alors j'attrape le paquet de pâtes et je les verse dedans, puis je lui lance un sourire victorieux.

« C'est pas si compliqué, tu vois ! »

Il me lance un petit sourire, et j'ai l'impression que mon cœur vient d'exploser. Rah, je veux tant le faire sourire, encore et encore. D'autant plus, je souhaiterais que ses sourires, il ne les adresse qu'à moi uniquement. Malgré son expression joyeuse, il a toujours l'air un peu préoccupé. Je suppose que c'est normal, vu la journée qu'il a passée… Pendant de longues minutes, il me regarde, et je ne peux pas m'empêcher de le fixer à mon tour. Je suis incapable de détourner les yeux de son regard. Il est si beau, ça devrait être interdit de l'être autant… Et puis tout ce qui se passe dans ses prunelles colorées, toutes ces émotions qui s'enchaînent, tout ça m'hypnotise. Troublé, il se gratte doucement la nuque, et mon regard est attiré par les fils noirs qui réunissent les quelques bouts de sa chair déchirée.

À cet instant, mon souffle se coupe, et mes yeux sont happés par ces lignes sombres. Je me sens mal. Ces plaies immondes et encore rougies par le sang qui a coulé me provoquent des nausées, et je revois son visage froid, dur, indifférent. Et ses yeux glacés, vides et apathiques, me reviennent en pleine face. Je sens que mes larmes incoercibles montent, mais j'essaie de les refreiner. Quel héros ferais-je, si je ne peux pas m'arrêter de pleurer ? Je ne veux plus voir tout ça… C'est ma faute, s'il s'est déchiré comme ça. Les visions de son poignet ouvert me hantent, et je crois que mes mains commencent à trembler. Le bruit de l'eau qui frétille disparaît et fait place à mon imagination, et j'entends mon cœur battre de plus en plus fort, au fur et à mesure qu'il se tord. Si tu savais comme je suis désolé, Shouto…

Je me réveille de ma léthargie en sursautant, et je relève la tête pour croiser le regard préoccupé de mon ami. Ou petit-ami ? Ou camarade ? Je ne sais plus trop. Mais ce regard humain, rempli d'émotions et chaleureux me sort de l'immense tristesse qui venait de m'engloutir. Je ne l'ai même pas vu bouger et venir jusqu'à moi, tant j'étais happé par toutes ces pensées… Il tend sa main vers moi et me caresse la joue avec ses doigts, et la chaleur de ceux-ci me font définitivement revenir à la réalité. Par envie de sentir la chaleur de sa main entière, je presse mon visage contre la paume de sa main, et le sourire qu'il me lance me fait frémir et mon cœur est en panique.

« Ne sois pas triste par ma faute, s'il-te-plaît…

- Désolé, je n'ai pas pu m'empêcher d'y penser... »

Son pouce frôle ma peau lentement, et je me sens rougir et paniquer et respirer beaucoup trop fort. Son visage est tellement près du mien… Son regard. Son fichu regard. Je ne peux pas m'empêcher de le fixer. Je peux sentir son souffle sur mes lèvres, et j'ignore la raison pour laquelle ça me met dans un tel état… Je respire si fort que j'ai l'impression de n'entendre que ça, pourtant je n'ai pas besoin de tant d'oxygène… J'ai tellement envie qu'il soit encore plus proche… Je crois que je peux sentir la chaleur que dégage son corps de là où je suis, alors que nos deux corps ne se frôlent même pas… J'ai envie de l'embrasser. Rah, ses lèvres ont l'air si tentantes lorsqu'elles sont ainsi entrouvertes. C'est pas juste, cet homme est beaucoup trop tentant raaaah ! Je sens le plan de travail contre mes fesses, alors que l'on se touche presque. Je crois que mon visage va exploser, tant je chauffe. Finalement, dans cet état, je pense que les pâtes auraient été prêtes plus vites au dessus de mon front. Je ne peux pas m'empêcher de venir poser ma main derrière sa nuque. De ses cheveux, une odeur de menthe se dégage, qui se marie parfaitement avec l'odeur masculine que son corps exalte. Pourquoi son odeur m'énivre autant ? Comme si je ne l'étais pas assez… Je caresse la peau de sa nuque, et il semble frissonner sous mes doigts. Pourquoi j'aime autant cela ? Le voir réagir comme cela à mes gestes me met dans un état étrange… Une grande brûlure me saisit dans le bas du ventre, alors que son regard change. La teinte de ses yeux est plus sibylline, plus dense… On dirait qu'il est dans le même état que moi.

ARGH QUE DOIS-JE FAIRE ?

« Shouto… »

Je dois me calmer, et son regard énivré ne m'aide pas du tout. Je dois trouver quelque chose pour me changer les idées, sinon je vais lui sauter dessus. Et tout ce que je trouve à faire, c'est murmurer son nom d'une manière beaucoup trop sensuelle. Argh, frappez-moi vite ! Si c'est moi qui le fais, il va me prendre pour un taré. Mon estomac gronde de mécontentement, et je me souviens soudainement de la présence de la casserole bouillante.

« Les pâtes vont être trop cuites… »

Il s'écarte soudainement de moi, et je ne peux pas m'empêcher de le regretter. Il est aussi rouge que ses cheveux, et il balbutie des excuses que je ne comprends même pas, tant il semble troublé. Sa réaction me fait doucement rire, et je décide de m'occuper rapidement des pâtes trop cuites afin de me purger de toutes ces pensées perverses à son propos. J'enlève l'excès d'eau de notre futur repas, et l'on passe à table dans le silence. Je crois qu'il est trop gêné pour parler de quoique ce soit, et il fixe son assiette pendant tout le repas.

Son attitude m'attendrit. On dirait un enfant qui a fait une bêtise. Il débarrasse la table, fait quelques voyages entre la table et la cuisine, et fait en sorte de ne pas croiser mon regard. Faut-il que j'agisse comme s'il était un enfant ? Après tout, il n'a pas eu l'occasion d'en être véritablement un…

« Shouto ? »

Il se fige dans son action, et se tourne lentement vers moi.

« Oui ?

- Je veux un câlin. »

Il me regarde comme si je venais de lui annoncer que j'étais enceinte. Ses grands yeux me fixent, et son visage prend quelques teintes écarlates. Il est tellement mignon quand il est gêné comme ça… Ma demande incongrue semble le faire trop réfléchir, comme d'habitude, mais je crois qu'il y a autre chose derrière ce trouble. Je ne comprends pas pourquoi il hésite tant. Il y a quelques minutes, il n'a pas hésité à s'approcher autant de moi.

« Ehm… Comment dire… Montre-moi…

- Te montrer quoi ? Comment faire un câlin ? »

J'essaie de retenir un rire, tant cette idée me semble étrange. Puis, il détourne le regard, et je me rends compte qu'il est bel et bien sérieux. Mon cœur se pince lorsque je songe à tous ces gestes qu'il n'a jamais connu… Je me lève, et je me rapproche de l'endroit où il est en arborant l'air le plus rassurant et tendre que je puisse faire.

« C'est simple, il te suffit de m'entourer de tes bras et de me serrer contre toi... »

Pendant que les mots sortent de ma bouche, je me sens pris d'une soudaine audace. Je colle mon torse contre le sien, et pendant qu'il se fige de surprise, je passe mes bras autour de sa taille, et je pose ma tête contre sa clavicule pour éviter qu'il ne me surprenne en train de rougir. Je sens ses bras qui viennent toucher mon dos, et la sensation de son corps contre le mien est beaucoup trop agréable. Son odeur est encore plus présente que tout à l'heure, et elle me fait encore perdre pied. Contre lui, je peux entendre son cœur battre à une vitesse démesurée, et je suis rassuré à l'idée que son cœur batte autant que le mien dès qu'il est dans les parages. Ses battements cardiaques, tels une berceuse, me détendent étrangement. Je sens ses doigts qui glissent entre les mèches de mes cheveux toujours aussi bien coiffés (oui, je suis très drôle comme garçon), et il pose son menton sur mon crâne. Face au silence qui nous entoure depuis de longues secondes, je décide de lui adresser un murmure.

« Tu vois ? C'est simple non ? »

Il ne me répond pas, et l'on profite simplement du contact avec l'autre. J'aimerais ne jamais partir, ne jamais quitter ses bras. Je me sens tellement bien… Son odeur m'énivre, les battements de son cœur me bercent, ses doigts dans mes cheveux me détendent, sa chaleur m'engloutit. Le monde semble tellement plus agréable, tellement plus juste, quand je suis dans ses bras.

Pendant de longues minutes, on reste collés l'un à l'autre. Sous la couette, ce serait mieux non ? J'essaie de virer le Deku pervers de mon esprit, et je décide de m'écarter de lui pour mieux me blottir contre lui par la suite. Mon corps entier vient de hurler « NOOON » alors que je quitte ses bras, et son visage triste renforce l'idée que ma place est là, contre lui.

« C'est l'heure d'aller au lit ! Même s'il est tôt, je sais que je ne pourrai pas m'empêcher de parler, alors il vaut mieux y aller tout de suite. »

Je lui lance mon plus beau sourire, et ça semble le toucher eheh.

« Tu dors avec moi.. ? »

Sa question et son air de chaton me déstabilisent, et je ne peux pas m'empêcher de rougir à cette idée. Pour moi, cela semblait une évidence, tant je le désire depuis longtemps. Je me gratte les cheveux nerveusement, et un petit rire s'échappe de ma gorge sans mon autorisation.

« Bien sûr ! Sinon je ne pourrai pas te protéger du monstre qu'il y a sous ton lit ! »

Il recule soudainement, et me lance un regard effaré. En voyant sa réaction, j'explose de rire. Je ne pensais vraiment pas qu'il prendrait au sérieux mes inepties ! La raideur de sa silhouette s'efface, et il m'observe avec un petit rictus qui déforme les commissures de ses lèvres rosées. Je décide de ne pas rester debout dans le salon, alors je saisis sa manche et l'entraîne dans le couloir, en essayant de contrôler mon fou rire (spoiler : c'est un échec).

Ma crise de rires passée, j'enlève mes chaussures et me précipite sur son lit en roulant dessus. Voyant qu'il se contente de m'observer d'un air amusé, je lui fais signe de me rejoindre, et mon champ de vision devient rapidement captivé par son regard attendri, et son visage face au mien fait battre mon cœur d'une vitesse affolante. Je passe ma main sur son visage, et caresse doucement sa peau cicatrisée. Je vois qu'il baisse les yeux, et sa réaction me fait mal. A-t-il honte ?

« Tu n'as pas à avoir honte de tes cicatrices, tu sais… »

Il relève ses yeux surpris vers les miens, alors que je lui prends la main. J'entrelace mes doigts avec les siens, et la sensation d'avoir sa main dans la sienne me comble de bonheur.

« Je trouve qu'elles te donnent un petit air de guerrier. Et puis, c'est comme si ton corps avait écrit ton histoire sur ta peau, je trouve ça assez poétique... »

Alors qu'il me lance un sourire triste, je me dis que mon avis est assurément celui d'un individu qui n'a pas ou peu de cicatrices. C'est peut-être égoïste de ma part, de vouloir le rassurer en lui énonçant mon opinion comme ça…

« J'aimerais bien l'oublier moi.

- C'est ton passé, Shouto. C'est ce qui a fait de toi ce que tu es aujourd'hui. Quelqu'un de formidable, de fort, de courageux. »

Il semble dubitatif face à mes paroles.

« Tu penses probablement à quelqu'un d'autre. Ce n'est pas moi.

- Tu as une vision tellement négative de toi-même que tu ne sais même plus ce que tu es, Shouto. »

Ma réponse le laisse sans voix, alors que je me sens triste de voir à quel point son estime de lui-même est si faible. Pourtant il le sait, à quel point il excelle dans tous les domaines. Alors pourquoi n'est-il pas davantage confiant ou optimiste ? Son père lui a tellement dit qu'il était une merde, qu'il pense en être une, et qu'il identifie ces pensées comme les siennes…

« Mais même si ce n'était pas le cas, je trouve cela tout sauf poétique… Je trouve ça écœurant, repoussant, et ça me rend encore plus inhumain.

- Tu es tout, sauf écœurant, repoussant et inhumain. Au contraire, ça te rend tellement plus humain... C'est la preuve de ta puissance, de ta force. Tu as survécu, et tu devrais en être fier.

- Je n'ai pas à être fier d'avoir subi.

- Non, mais combien auraient survécu à ta place ? Bien peu, j'en ai peur. »

Il détourne le regard. Il ne veut pas m'écouter. Ou plutôt, je pense qu'il refuse d'admettre que j'ai raison. Je lui caresse une dernière fois la joue, puis je me lève et commence à me déshabiller. Une fois mon haut retiré, je me retourne vers lui et le vois plus rouge que jamais. Ah, j'avais oublié que certains étaient pudiques… Je lui lance un petit sourire (et voir que j'ai cet effet sur lui me donne des idées intéressantes eheh).

« Il faut bien que je me mette en pyjama ! Tu devrais faire de même. »

Je me retourne, ôte le reste de mes vêtements, et enfile un short pour ne pas trop le choquer quand même. Je l'entends respirer un peu trop vite, alors je me retourne et lui lance un regard interrogatif. Il n'a pas bougé. Pire, il semble… paniquer ?

« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée… Je vais me changer dans la salle de bain… »

Sa réponse me surprend. Qu'est-ce que cela change ? Il n'est vraiment pas à l'aise… Je ne veux pas le forcer ou le frustrer, alors je prends sur moi, et sur mes interrogations incessantes.

« Je ne vais pas te manger tu sais... Mais c'est comme tu veux… »

Il me lance un petit sourire et se lève, mais je refuse de le laisser partir dans ce malaise. Mon cœur bat la chamade rien qu'au fait de songer à ce que je suis sur le point de faire. Je lui attrape l'avant-bras, et profite de sa surprise pour me rapprocher de lui. Je vais chercher sa main avec la mienne, et je lui souris en essayant de camoufler ma panique. Mince, je suis incapable de l'embrasser comme je me l'imaginais… Mais si je reste inactif, ça va devenir gênant. Je pose mes lèvres contre sa joue et l'embrasse chastement (eeh, c'est déjà ça hein ! Je me sens suffisamment audacieux comme ça !). Je m'écarte rapidement pour observer son visage troublé, et en entendant mon petit rire, il décide de fuir dans la salle de bain.

Comment faire pour ne pas l'embrasser, l'enlacer, et le caresser, alors qu'il est si adorable ? Hein ? Donnez-moi une astuce, car j'en suis tout bonnement incapable.

En l'attendant, je décide de me faufiler sous sa couette. Il fait froid, quand on est à moitié nu et à l'air libre. Ehm, c'était peut-être un peu bizarre comme phrase… On va dire torse-nu, et en dehors du lit. Voilà, c'est bien comme ça. Il me rejoint peu de temps après, et je viens de suite me blottir dans ses bras tandis que ses doigts reviennent jouer avec les mèches hirsutes de mes cheveux. Je me sens terriblement bien… La chaleur de son corps vient réchauffer ma peau, je peux écouter son souffle régulier, je peux humer son odeur si particulière et attirante, je peux sentir les palpitations de son cœur sous ma joue. Le temps semble s'être arrêté. Il n'y a plus de vilains, plus de héros, plus d'école, plus rien. Il n'y a plus que lui, et moi. Le monde n'existe plus, quand on est dans cette chambre, emmitouflés sous cette couette. Il n'y a plus que ses doigts dans mes cheveux, son corps contre le mien, et sa sempiternelle odeur. Je m'écarte légèrement de lui pour lui faire face, et détailler son visage que j'ai si souvent observé de loin. Son regard m'hypnotise. Je fixe ses prunelles préoccupées, ses sourcils désordonnés, les traits de ses joues, les limites de sa cicatrice, la forme de son nez, les courbes de ses lèvres, la démarcation de sa mâchoire. Puis je remonte dans le sens inverse.

Il est magnifique.

« Izuku… À tes yeux, nous deux, qu'est-ce que l'on est ? »

Sa question me sort de ma léthargie et de ma contemplation. Par réflexe, ma main vient chercher la sienne, une fois encore, alors que j'y songe. Je me suis posé la question également, vu que l'on en a pas parlé… Mais il n'est clairement plus un camarade à mes yeux, ni même un ami. Il est beaucoup plus que tout ça… Mais le terme de « petit-ami », je le trouve gênant… Que dois-je lui répondre ? Vu l'angoisse qui danse au fond de ses yeux, je préfère songer aux termes que je vais employer avant de lui répondre.

« Je ne sais pas trop… Je suppose que l'on peut dire que l'on est ensemble, non.. ? Que tu es à moi, tout comme je suis à toi... Tu en penses quoi ? »

Son corps se détend d'un seul coup. Il doit avoir énormément de courbatures, vu à quel point il est raide tout le temps. Ma réponse le fait sourire, et ce sourire me fait rater un battement de cœur. Rah, il est beaucoup trop beau pour sa propre sécurité.

« Vu que tu ne me l'avais pas clairement dit, j'avais peur de faire une bourde et que tu ne me considères pas comme tel… Être à toi, c'est ce à quoi j'aspire le plus. »

Sous le coup, je pousse un petit cri de bonheur, ce qui le fait sursauter. Je regrette déjà cette réaction digne d'une fangirl, et je le prends dans mes bras pour ne pas qu'il observe mon visage troublé.

« Si tu dis des trucs aussi adorables je vais jamais te lâcher, tu sais ?

- Vraiment ? Raison de plus pour que je continue. »

Il est si adorable… Je rigole doucement, et je me sens pousser des ailes. Je relâche la pression que j'avais exercée sur ses membres, et je reviens face à lui. Alors que son visage tout rouge n'est qu'à quelques millimètres du mien, et que nos regards s'accrochent, ma main vient automatiquement caresser son visage. Son souffle sur mes lèvres me donne terriblement envie de l'embrasser, alors qu'il me caresse les cheveux. Je m'approche doucement de lui, et nos lèvres se frôlent. La tentation est immense, vraiment. J'ai envie de combler ce millimètre qui nous sépare et de savoir quel goût possède ses lèvres. Mais, en le voyant aussi déstabilisé, ça me donne terriblement envie de jouer avec lui. J'ai envie que ce soit lui qui craque, je veux que ce soit lui qui perde patience, je souhaite que ce soit lui qui m'embrasse. Alors que je sens sa main descendre lentement sur ma nuque (AH, je viens d'avoir un frisson), je souris à l'idée que mon désir se réalise. Or, il me lance un regard joueur, et ne fait que caresser mes lèvres avec les siennes. Argh, il a deviné. Tant pis. Je presse soudainement mes lèvres contre les siennes : ça me va, si c'est moi qui craque.

Je ferme les yeux pour profiter de cette sensation géniale. Je sens ses lèvres, humides et chaudes, se mouvoir contre les miennes, et mon cœur perd toute cohérence dans le rythme et la fréquence de ses battements. Je ne veux plus quitter ses lèvres. Mes sens semblent être exacerbés. Son odeur me tourmente, la chaleur de son corps contre le mien m'entoure d'un halot rassurant, la douceur de sa peau m'obsède, et ses lèvres contre les miennes me hantent. Je l'embrasse, encore et encore, oubliant parfois de respirer. Il ne se laisse pas faire, et me mordille la lèvre inférieure lorsqu'il souhaite davantage de temps pour inspirer, et ça m'amuse.

Que m'as-tu fait, Shouto Todoroki ? Je m'écarte de lui en fixant son regard fébrile, face auquel je ne peux m'empêcher de sourire. Ma main descend et se pose sur sa hanche, et je le sens frémir sous mes doigts.

« Pourquoi je ne peux pas m'empêcher de t'embrasser ? »

Ma question le fait à la fois rougir et sourire. Pourquoi ne puis-je pas m'empêcher de l'embrasser, de l'enlacer, de l'observer, de lui parler ? Je connais déjà la réponse. Mais même si je l'aime, de tout mon cœur, de tout mon être, pourquoi suis-je sous une telle emprise ?

« Alors arrête de poser des questions, et embrasse-moi. »

Rah, et pourquoi doit-il toujours me répondre avec cet air si sexy ? Je suis faible moi, je ne peux pas y résister !

Ainsi, pendant une bonne partie de la soirée et de la nuit, on discute de sujets totalement différents et variés, et on s'embrasse. Tout doucement, comme si l'on avait peur de briser les lèvres de l'autre. Puis avec hargne. Je peux encore sentir la sensation d'avoir ses lèvres contre les miennes alors que je m'endors. Quand s'est-on endormis ? Aucune idée ahah !

Il s'est endormi contre moi. La tête posée sur mon épaule, mes doigts dans ses cheveux écarlates et blancs comme neige, nos membres enlacés comme une paire d'écouteurs emmêlée. J'ai pu entendre sa respiration devenir calme, presque inexistante, et son corps se détendre excessivement. Le fait d'avoir le privilège de l'avoir, avec moi dans mes bras, dans ce lit, et dans ma vie, m'a rendu plus heureux que jamais. Je crois que je suis encore plus heureux que le moment où All Might m'a dit que je pouvais être un héros.

Ainsi, avant de m'endormir, je me suis senti obligé de lui dire ces quelques mots. Ils m'ont paru nécessaires, et pour demain, et pour le reste de ma vie. De notre vie.

« Moi aussi je t'aime, Shouto. »