« Regarde maman ! C'est Stratus, le héros masqué trop classe ! Il vient d'arrêter un méchant ! »
La voix fluette de la petite fille me fait tourner la tête vers elle. Sa mère la réprimande, lui demandant de ne pas me déranger pendant mon travail. Pour la faire sourire, je lève le poing vers le ciel, et elle pousse un petit cri surexcité. Le vilain attaché contre moi n'est qu'un individu instable, plus dangereux pour lui-même que pour autrui. Ill souhaitait dévaliser une banque pour combler ses dettes, afin de ne pas les laisser à ses enfants après s'être suicidé. Il ne se débat même pas, résigné à son sort. Je m'en veux presque de lui donner la prison, alors qu'il souhaitait la mort. Est-ce la bonne chose à faire ? Je ne sais pas. Je ne sais même plus différencier cela. En soi, c'était un acte criminel. Mais la raison était plus héroïque, à mon sens.
Mon esprit divague vers les notions de bien et de mal, pendant que l'homme est emmené par la police locale. Il est 17h, ma journée de travail est officiellement terminée. En marchant dans la rue, les gens m'interpellent, me demandent des autographes. S'ils pouvaient voir mon visage, ils verraient mon sourire éclatant. Or, ils ne voient que ce masque sans émotions. All Might m'a assuré que ce n'est pas un sourire qui fait un héros. Et même si cette notion était importante pour moi, je m'en suis détaché rapidement au fil des années.
J'arrive devant le bâtiment qui me sert de logement depuis dix ans, et je passe par une petite trappe pour accéder au sous-sol. Celui-ci n'est pas affiché sur les plans du bâtiment, et n'est connu que de quelques héros et de moi-même. J'ai pris seulement le strict nécessaire : un bureau pour la paperasse, une corbeille, un futon, un petit réfrigérateur avec un coin cuisine, une armoire où mes habits sont rangés de manière légèrement bordélique. Sur mon bureau, seul un élément est personnel : une photo de moi et Todoroki Shouto, il y a dix ans de cela.
Lorsque mon regard se pose sur celle-ci, je ressens un pincement dans ma poitrine. Je me suis réveillé dans un entrepôt, avec All Might et Eraser Head au-dessus de moi, me soignant comme ils le pouvaient. Puis mon mentor m'a expliqué. Il m'a révélé le nombre d'ennemis que l'on avait, le nombre de personnes souhaitant ma mort, et ceux qui feraient tout pour obtenir ce qu'ils veulent. D'où la nécessité de faire croire au monde que j'était décédé, et de renaître sous un autre nom, une autre identité, une autre vie.
J'avais hoché la tête, et avait demandé à voir Shouto, pour être rassuré quant à sa survie. Et quand il m'a annoncé, le regard triste, que plus jamais je ne pourrai le voir, j'ai hurlé. Je me suis débattu, souhaitant sortir dehors, courir vers l'hôpital et le voir une dernière fois. Juste une dernière fois.
Je ne faisais pas le poids face à mes deux professeurs. Alors pendant un mois, ils m'ont enfermé dans cette pièce. Et je les détestais de me faire ça. De faire ça à ma mère. De faire ça à mes amis. De faire ça à Shouto. Puis, j'ai fini par comprendre. Je me suis résigné à voir le sourire de ma mère une dernière fois, à rire devant les manies de Tenya une dernière fois, à me confier à Ochako une dernière fois. Le plus dur, c'était de renoncer à voir son visage, à frôler sa peau du bout des doigts, à entendre sa voix me dire « je t'aime ». Le plus dur, c'était de renoncer à Shouto. Et j'ai encore du mal à ne pas passer devant chez lui par inadvertance, à le chercher du regard dans la foule. Dix ans après, je pense encore à lui. À ce qu'il fait. À ce qu'il est devenu, à ce qu'il pense.
Cela fait dix ans qu'il a disparu. Et j'ai le sentiment que c'est ma faute. J'avais lu dans le journal qu'à son réveil, deux semaines après ma « mort », il s'était envolé. Les théories fusaient : kidnapping, suicide, aliens. Je suis certain que si l'on m'avait autorisé à le mettre dans la confidence, il serait encore là, quelque part. J'ai si peur qu'il ait fini par mourir de désespoir, sans moi. Malgré ses airs impassibles, il était si submergé par chacune de ses émotions, que parfois il s'y noyait.
Et j'ai bien peur qu'il ait fini par se noyer définitivement dedans.
Je libère mon crâne de ce masque noir et me masse le cuir chevelu. Je n'ai pas vraiment changé depuis toutes ces années. Mes cheveux sont un peu plus courts, ma mâchoire est devenue carrée, mon regard plus sérieux, moins candide. J'ai grandi d'une dizaine de centimètres. De plus, après avoir pris sa retraite, All Might s'est consacré à mon entraînement : de ce fait, je suis bien plus imposant et puissant qu'auparavant. Je me demande comment serait Shouto, dix ans après, s'il était vivant.
Mon estomac tremble au sein de mes viscères, et je décide de le contenter à l'aide des restes de mon frigo. J'ouvre celui-ci. Il n'y a plus que deux tubes de ketchup, et un petit bout de papier avec écrit « désolé ». À côté de l'écriture, une petite tête d'All Might est dessinée. Je soupire, pensant pouvoir être tranquille pour cette soirée. Je vais devoir faire des courses.
J'enfile un casque différent que celui que je porte pendant mon temps de travail. Il ne faudrait pas que les gens me reconnaissent ! Je change de vêtements, optant pour un jean et un t-shirt simple. Pendant quelques secondes, je me concentre sur ce que je devrais acheter. Je n'ai jamais réussi à planifier mes courses. Je ne sais pas comment Shouto faisait. Pour ma part, je jette toujours mes listes avant d'arriver au magasin, car je n'achète jamais ce que j'ai écrit dessus. Une fois encore, je chiffonne le papier et le jette dans ma poubelle, et sors de mon sous-sol.
Sur la route, j'aide une grand-mère à porter ses courses et à traverser, et je gronde un gamin qui en martyrisait un autre. Face à cette scène, je repense à Bakugou. Il est un héros professionnel maintenant. À la suite de notre action, il a effectivement récupéré son alter. Aux réunions, il semble être un peu plus calme qu'auparavant, mais il garde tout de même son côté narcissique et altier. Il n'a pas reconnu ma voix. Un jour, il se disputait avec Ochako, à mon sujet, en bas du bâtiment accueillant les réunions de tous les héros professionnels. Lorsqu'elle lui a crié dessus, elle lui a dit que sans mon sacrifice, il ne serait pas là. Et il lui a dit qu'il n'avait jamais eu besoin de moi, qu'il ne m'avait jamais demandé de faire quoique ce soit pour lui, et que si j'avais perdu la vie, c'est parce que j'avais été trop faible et que « cela lui aura servi de leçon, à vouloir devenir ce qu'il n'est pas ».
Et ces paroles m'avaient profondément blessé. Car à cause de cette obsession, à cause de ce besoin de l'aider, j'ai véritablement perdu la vie que je menais auparavant. Juste parce que je voulais le sauver des ténèbres qui berçaient son cœur, j'ai perdu l'amour de ma vie et mes amis. À chaque fois que je croise mon ancienne meilleure amie, ou mon ami d'enfance, j'ai envie d'ôter mon masque et de tout leur avouer. Mais je ne peux pas. Car personne ne doit savoir. J'ignore ce qu'est devenu Tenya. Après le décès de son frère, mort face à un vilain se faisant nommer Stain, il est parti aux Etats-Unis pour continuer sa carrière de héros, d'après les bribes de conversation que j'ai entendues. Mes anciens camarades se sont éparpillés dans les quatre coins du Japon. Certains ont abandonné la voie héroïque, pour se reconvertir dans le civil. Par exemple, j'ai aperçu Mineta dans un Sex Shop, en train de conseiller des revues érotiques à un quinquagénaire. Sa reconversion ne m'a même pas surpris un peu !
Or, face à toutes mes petites actions du quotidien face à tous ceux que j'arrête et tous ceux que je sauve, il ne reste qu'une seule chose. Une chose que je comprends si bien, à présent. La solitude. Car mourir signifiait ne plus avoir de contact avec personne, de peur de révéler mon secret. Et je comprends, à présent, l'inextinguible poids que portait Shouto chaque jour, et qui lui courbait l'échine. Il m'arrive si souvent de parler tout seul, que je me demande si je ne deviens pas fou, parfois. Je pense que je vais adopter un chat. Il ne pourra jamais divulguer mon identité secrète, et sera une présence paisible. J'aime beaucoup les chats. Ils me font penser à Shouto, avec leur air impassible, leur délicatesse et leur élégance innée, et leurs manies.
Dieu, que j'aimerais pouvoir le voir une dernière fois.
Je dépose sur le comptoir quelques fruits, des pâtes, des plats préparés et d'autres bêtises dont je n'ai pas besoin. Le caissier m'observe d'un air étrange. Il est vrai qu'un type qui porte un masque, c'est un peu louche je peux comprendre sa méfiance. Je paie mes courses et retourne dans ma prison d'ivoire, sans fenêtre ni issue de secours. Les enfants se courent après, tandis que leurs parents leur crient de ne pas trop s'éloigner. D'autres individus marchent en silence, les écouteurs dans leurs oreilles, le regard baissé vers leurs pieds. Puis j'ai l'impression d'être au milieu de tout cela, seul, sans que personne ne puisse me voir ni me remarquer. J'ai l'impression de n'être que le spectateur du long film de la vie, qui file entre mes doigts sans que je puisse la retenir. Peu importe mes actions, la foule continuera de suivre ce flux invisible, jusqu'à ce qu'un danger n'apparaisse pour briser la tranquillité de celui-ci.
Finalement, je suis le gardien de ce flux, de ces vies. Je suis celui qui l'empêche de s'arrêter. Je suis celui qui protège ces vies. Est-ce cela, le bien ? Protéger ces vies, cette tranquillité ? Ce doit être ça. Ainsi, tout ce qui menace de briser cette accalmie serait le mal, si on continue sur ce point de vue. Bien, on va dire que c'était le moment philosophique de Izuku Midoriya, ce garçon mort mais pas trop. Je devrais écrire un livre et le publier, décidemment !
Encore dans cette salle un peu trop sombre. Des fenêtres, décidemment, ne seraient pas de trop. Ma facture d'électricité est beaucoup trop haute par rapport à ce qu'elle devrait être, à cause de cette luminosité. Mais elle est au nom de All Might, même si c'est moi qui la paie. Par ailleurs, cela fait quelques jours que je n'ai pas aperçu mon mentor. Cela arrive souvent, alors pas de quoi s'inquiéter. C'est l'une des seules visites que je peux avoir. La solitude doit trop me peser, décidemment. Je vais vraiment prendre un chat. Roux et blanc.
Je m'allonge sur mes draps, plongé dans mes pensées. J'enlève mon masque et ferme mes yeux quelques secondes, profitant du silence pour bercer mes songes. Je me demande comment va ma mère, aujourd'hui. Il m'arrive de la voir, le soir, lorsque j'erre dans le quartier où je vivais, dans ma vie d'avant. Je l'aperçois depuis la fenêtre de la maison dans laquelle j'ai grandi. Petite, courbée, triste. Et j'aimerais tant sonner, j'aimerais tant aller la voir. Mais je ne peux pas faire ça. Alors je détourne les yeux et continue mon chemin.
Soudain, je me réveille en sursaut. Je ne me suis même pas rendu compte que j'avais plongé dans les bras de Morphée. Je regarde autour de moi, mais tout semble normal. Mince, pourquoi me suis-je réveillé aussi vite ? Le silence m'accompagne toujours. Mon portable clignote, signe que j'ai reçu un message. La lumière du cellulaire me fait mal aux yeux, mais après une dizaine de secondes, j'arrive à lire le message de All Might.
「Ils ont failli avoir Aizawa, par chance il respire encore. Fais attention. 」
Pendant de longues secondes, je reste bloqué devant ces mots. Qui sont-ils ? Pourquoi s'attaquer à mon ancien professeur ? Et pourquoi devrais-je faire attention ? Ce doit être encore ce Stain. Une vraie plaie, celui-là. Il s'est mis en tête qu'il y avait des héros, et des imposteurs. Mais j'ai l'impression qu'il nous prend tous pour des imposteurs. Il attaque, tue, blesse. Rares sont ceux qui s'en sortent.
Un hurlement d'agonie retentit dans la pièce. Je tressaille d'horreur, alors que je saute de mon lit. J'enfile mon costume de héros, mets mon casque et passe par la trappe qui mène à l'issue de secours. Il est deux heures trente du matin, et je me demande pourquoi il y a encore des personnes dans le bâtiment. Personne n'est dans l'escalier de secours. Je me colle au mur, entrouvre la porte et vois une dizaine de personnes, leurs habits recouverts de sang. Au centre de la pièce, je vois la silhouette filiforme et inquiétante du tueur de héros, Stain, qui coupe la tête d'un héros que j'avais croisé une ou deux fois dans les rues. J'active mon alter, saute dans la pièce et assomme trois personnes avec des side kicks avant que l'on ne me remarque. Je prends appui sur le plafond et me précipite sur le leader, qui esquive facilement mon attaque.
« Mike, Jacob et Adam, évacuez les blessés !
- Reçu ! »
Je vois trois garçons, qui ne paraissent même pas majeurs, soulever les corps inconscients de ceux et celles que j'ai assommés. Peu m'importe cela ne me dérange pas. Cela me fait trois adversaires en moins. En face de moi se tiennent Stain, deux femmes et un homme, en position de garde, sabres et couteaux sortis, armes à feu pointées sur moi, prêts à tirer. Une des jeunes femmes me lance deux couteaux que je parviens aisément à éviter, mais dès qu'ils passent à côté de moi, ils se divisent en trois et m'entaillent le bras gauche et la jambe droite, puis reviennent comme des boomerangs vers leur propriétaire. Profitant de l'effet de surprise, Stain passe derrière moi et ma chair se déchire sous sa lame. Je pousse un cri de douleur, je peux sentir mon sang couler le long de mon épaule, et je lui assène un coup de pied dans la joue pour l'éloigner. J'atterris à quelques mètres de mes ennemis, quand le jeune homme se met à hurler.
« GRENADE »
J'entends Stain prévenir ses alliés qui doivent être dans les étages supérieurs, et ils fuient en dehors du bâtiment. J'aperçois la grenade à main voler en ma direction, et je me précipite le plus loin possible de l'arme destructrice, avant qu'elle n'explose. Puis, je m'allonge sur le sol et me couvre les oreilles juste avant que tout ne tombe en ruine.
Le souffle de la grenade me fait reculer de quelques mètres, malgré ma proximité avec le sol. Les murs s'affaissent, le ciel me tombe sur la tête – et j'esquive tant bien que mal les débris qui menacent de m'écraser. Malgré mes efforts, je finis à moitié enterré vivant l'une de mes jambes est prise dans les décombres.
« Ici groupe B. Trois de mes hommes sont sous les décombres, probablement morts. Terminé. »
Je relève la tête, et aperçois de dos un homme dont je ne me souviens que trop bien. Les cheveux noirs de jais, des flammes bleues dansantes, une allure atypique et une démarche assurée. C'est cet enfoiré de Dabi, qui était présent le jour où Shouto et moi…. Je me débarrasse des pierres qui coincent ma jambe, et il se retourne vers moi. Son visage fatigué se tord en une grimace de surprise, alors que je sens la haine se propager dans mes veines.
Jamais ce salaud n'a été attrapé. C'est mon jour de chance.
Quatre de ses hommes fondent sur moi. Leurs couteaux ne servent pas à grand-chose, car je les désarme facilement. Au corps-à-corps, ils ont un niveau plus que correct tout du moins, ils ont l'air plus forts que ceux du premier étage. Mais ils ne sont pas assez puissants pour m'avoir. J'arrive à mettre hors d'état de nuire deux gamins, tandis que les deux autres s'accrochent malgré mes coups amplifiés par le One for All. Ils ont de la volonté, mais je me demande ce qui les pousse à faire cela. Ont-ils été enrôlés, manipulés par ces voyous ?
« Rien, j'ai cru avoir aperçu un fantôme. L'élément perturbateur est dans ma zone. Quatre personnes de mon groupe sont en train de le battre, mais ils se font balayer. Section 2, on a besoin de vous pour les ramasser. »
Je pense qu'ils communiquent par radio. Si je trouve le porteur de la radio principale, ils ne pourront plus communiquer. Ils sont divisés par sections ? Une véritable armée de vilains, alors… Je suis certain que ce sont eux qui ont attaqué Eraser Head. Pourquoi sont-ils là ? Sont-ils ici pour moi ? Pour assassiner le n°1 des super-héros ? Il est vrai que cela pourrait faire de la bonne publicité.
Sous la rage, j'assomme les deux combattants d'un uppercut, et d'un high kick. Dabi a vraiment l'air mal en point. Il m'envoie une colonne de flammes, que j'esquive aisément. J'ai la haine. Il va payer pour moi, pour Shouto, pour la vie que nous n'avons pas pu avoir. Pour la vie que j'ai dû abandonner. Il va payer pour tout ça. J'arrive à lui mettre un crochet en pleine tête, et il crache du sang. Je peux sentir son corps partir sur le côté, avec l'élan, et je m'écarte juste à temps pour ne pas me brûler les ailes.
J'étais si concentré sur mon ennemi, que je n'avais pas vu un de ses acolytes arriver. Une douleur apparaît brutalement à l'arrière de ma jambe, et je hurle de douleur. Je vois une piste de glace fondre, et je me retourne vers la personne venant de m'attaquer. Il ne faut pas que je bloque mes sens, sinon je ne pourrai pas détecter leur nombre, leurs renforts, etc.…
« Haruka, prends-le avec toi !
- Hors de question, je reste avec toi.
- C'est un ordre, tu pars avec les blessés. »
L'homme qui vient de parler possède une voix grave, glaciale, autoritaire. Il porte un masque, tout comme moi, et je ne peux m'empêcher d'angoisser face à sa présence effrayante. Il dégage quelque chose d'inquiétant. Une aura malsaine. Je ne saurais comment décrire cela… Un gamin arrive vers Dabi, et ils disparaissent en un clin d'œil.
« Je peux le gérer tout seul. Terminé. »
Quelle attitude hautaine. La meilleure défense, c'est l'attaque ! Je me propulse vers lui, poings en avant, et il esquive bien trop facilement. Les coups partent, il les pare tous, et je rage intérieurement. Comment ça, il arrive à prévoir chacune de mes attaques ? Je suis renforcé par mon alter, je suis entraîné, fort. Personne ne m'égale, au corps à corps. C'est impossible. Qui est-il ? Cet homme doit être le chef de Stain et de Dabi. Le boss de fin d'un jeu vidéo. Est-il une sorte de All for One ? Peut-il devenir mon ennemi mortel, comme le boss des vilains l'était aux yeux de All Might ? Soudain, il esquive un de mes coups et me frappe avec un coup de pied dans le dos, mais la douleur n'est pas celle qu'elle devrait être. Je crie de douleur, alors que je sens ma peau brûler.
Je m'écarte de lui. Est-il trop fort pour moi ? Impossible. Je suis le symbole de la paix. Il ne peut pas être plus fort que moi. Je me rends compte d'à quel point je suis essoufflé. Gagner du temps. Vite. Il me faut des renforts.
« Pourquoi vous faites ça ?
- Rien qui te regarde. Pourquoi continuer à vouloir te battre ? Notre mission est terminée.
- Car c'est mon devoir en tant que héros, d'arrêter des monstres comme vous. »
Son rire me fait tressaillir, et réveille dans mes entrailles une sensation étrange. Une sensation de déjà-vu. Il n'est pas si terrifiant, son rire. Il est même plutôt agréable à entendre. Merde, à quoi je pense moi ? De quelle mission il parle ? Et pourquoi y avait-il tant de personnes dans ce bâtiment ? Il sort un second couteau, à double tranchant pour multiplier les chances de m'avoir. J'avale ma salive. Peut-être que son rire fait bel et bien peur, finalement.
« Si seulement le monde pouvait être aussi manichéen que tu le décris, je ne serais pas là, devant toi, au-dessus de cette montagne de cadavres. »
Je titube, et m'avance doucement vers lui. Il semble soupirer face à ma faiblesse apparente. Mais apparemment, il ne me connait pas. Il ne doit pas sortir souvent, sinon il m'aurait reconnu. Je suis le n°1 des héros, finalement. Je lève mon poing au-dessus de mon épaule et je le vois se préparer à me bloquer. Ce qu'il ne sait pas, c'est que cela sera inutile. Le coup part, l'air s'enroule autour de mon bras et frappe mon assaillant de plein fouet, si fort que son masque part en miettes. Je l'entends grogner et vois son bras partir vers moi. Je recule, mais pas suffisamment et sa lame tranche la chair de mon ventre. Je recule et pose la main sur ma énième hémorragie, alors que je lève le visage vers lui.
Le choc me paralyse. Mon cœur loupe un battement.
« J'arrive dès que j'ai une ouverture. »
Cette voix. Ce rire. Ces yeux, ce visage, ces cheveux. Cet alter de glace et de feu. Non, impossible. Son visage fin, dont la mâchoire s'est développée avec le temps, prend une allure lassée. Ses cheveux sont beaucoup plus courts qu'auparavant, tenus en arrière par de la laque ou du gel. Il a grandi, mais à présent, je suis légèrement plus grand. Ses épaules se sont bien développées, tout comme toute la musculature de son corps. Il s'est tellement amélioré au corps-à-corps que je n'en reviens pas.
« Shouto… ?
- Tu me connais ? Etonnant, je n'ai pas fait parler de moi pendant dix ans. Tu es quoi, un ancien camarade ? Ce n'est pas pour ça que je ne te tuerai pas. »
Pourquoi ? Pourquoi se tient-il là, devant moi ? Pourquoi est-il avec Dabi, et Stain ? Pourquoi est-ce qu'il tue ? Pourquoi possède-t-il cet air si résigné, mêlé à cette infinie tristesse ? Je pose mes mains sur mon masque, et le retire à mon tour. Je vois son visage, si fermé, se crisper. J'aperçois ses yeux s'écarquiller, ses doigts trembler. Son visage, si impassible – tout comme il l'était lorsque l'on s'est rencontrés – ce masque vient de partir en fumée. Ses traits se crispent sous la surprise, je vois ses yeux devenir plus humides.
« Izuku ? »
