Bonjour à tous et à toutes ! Ce chapitre est un peu plus long que les autres dans un élan de flemme concernant mes cours, j'ai décidé d'avoir de l'inspiration plutôt que d'apprendre les os du carpe de la main. Ce serait adorable de laisser votre avis sur ce chapitre, et j'avais une question à vous soumettre : comment pensez-vous que ce récit va finir ? J'attends avec impatience vos réponses. :)
Réponses aux reviews :
Amlie : Merci beaucoup pour ta review ma belle ! Je suis heureuse d'arriver à transmettre correctement les émotions de Todoroki, et que mon style d'écriture te plaise tant. ^^ Voici le chapitre que tu demandais ahahah ! Bonne lecture et encore merci !
Mon esprit émerge lentement tandis que je sens une douleur aiguë dans les poignets. J'ouvre lentement mes yeux, mais ne perçois rien à cause de l'obscurité de la pièce. Alors que je bouge, mes mouvements se retrouvent entravés, et le bruit des chaînes rouillées me fait comprendre où je suis. Mon sang palpite, ma respiration est démesurément haletante, mes larmes commencent à noyer mes pupilles. Pas encore...
J'entends un rire que j'ai jadis trop entendu, la colère bouscule mon cœur, puis le désespoir m'envahit. J'aperçois les flammes de mon géniteur, ainsi que son sourire carnassier.
Pas encore...
« Tu as faim, Shouto ? Depuis deux jours tu n'as rien mangé, je commence à m'inquiéter un peu.. »
Son ricanement me tire un grognement de rage, accompagné des hurlements de mon estomac.
« Tu devras les ingérer un jour ou l'autre.. Tu sais que c'est en avalant du poison que l'on y résiste, hein ? Fais ce que je te dis, plus vite tu les ingéreras et plus vite ce sera fini. »
Il sort un sandwich de derrière son dos et l'approche de moi. Mon ventre me hurle sa faim, je ne peux pas m'empêcher de le fixer avec désespoir, mes joues se noient sous mes sanglots. Combien de temps vais-je résister ?
Mon géniteur m'expose sa nourriture empoisonnée sous mon nez, avec ce sourire que je hais. Je veux lui faire bouffer, lui faire ressentir toute l'humiliation qu'il m'impose, lui rendre chaque coup au centuple. Je détourne la tête afin de résister à la tentation de contenter ma faim. Ne mange pas ça, sinon tu vas souffrir encore plus Shouto.. Sois raisonnable je t'en supplie..
Il me fouette avec son œuvre pernicieuse, me répète à quel point je suis une merde, jette le sandwich plus loin et me prend violemment par les cheveux. Je gémis de douleur, mes prunelles enragées croisent les siennes. Puis, il fracasse l'arrière de mon crâne contre le mur sale, je retiens difficilement le hurlement qui vient de mourir dans ma gorge. Je chiale de douleur et de rage, j'essaie de le repousser avec mon Alter mais le froid meurt à son tour au bout de mes doigts.
Tout en moi meurt, sauf moi.
« Espèce de petit connard... Si tu veux que je te ravage ta petite gueule avant, ça ne me dérange pas du tout ce sera plus facile de te faire bouffer ça si t'es inconscient.. »
Je tire sur mes bras, j'essaie de me débattre pour m'enfuir de son emprise, mais la chair de mes poignets a presque recouvert mes chaînes depuis le temps que je suis ici et chaque geste est extrêmement douloureux.. Les larmes de frustration se mêlent avec celles de la rage et du désespoir, alors que mon crâne fait connaissance avec le mur tâché de rouge et de marron. Je sens mes forces m'abandonner, la douleur parcourt chaque centimètre de ma peau. J'ai l'impression de n'être plus que sang et souffrance.
Je t'en supplie, pas encore...
Je sursaute et hurle en me redressant soudainement dans mon lit. Je regarde partout autour de moi et remarque que je suis dans ma chambre, que mes poignets sont intacts (ou tout du moins, pas dans le même état que dans mon cauchemar), et que je suis seul. Je m'allonge dans mes draps et pleure de soulagement.
Encore.
Je jette un coup d'œil à mon réveil qui m'indique que j'ai encore trente minutes devant moi avant qu'il ne sonne. Je ne veux pas me rendormir, car je suis certain de continuer à voir sa sale tronche, et ce serait dangereux pour les autres que cette rage ne s'en aille pas. Je décide d'aller vers la salle de bain, encore tremblant à cause des émotions que la nuit a suscité. L'eau ruisselle sur mon corps et la chaleur me détend un peu.
Je repense à ce cauchemar – mélange incongru de deux souvenirs distincts, de la part de mon inconscient. Un long frisson me parcourt la colonne vertébrale alors je me rappelle de la douleur, de l'humiliation, de la faim qui me creusait de l'intérieur et m'engloutissait. Je reste presque quarante minutes sous l'eau brûlante, les yeux dans le vide, à me souvenir. Mes larmes se mélangent avec les pleurs de la douche. Je suis pathétique.
Je sors soudainement de ma léthargie, alors que mes songes se dirigent vers Midoriya. J'éteins l'eau, entreprends de me sécher et de m'habiller – avec tout ça, j'ai failli oublié qu'il venait me chercher pour qu'on se rendre à Yuei ensemble.. Je jette un regard à mon reflet en face de moi, et je retiens un frisson de dégoût. Je n'ai toujours pas su m'habituer à ces cicatrices, qui me rappellent ces plaies béantes d'autrefois. Mon visage est tiré par la fatigue, mes cernes sont toujours au rendez-vous, mes yeux sont rougis à cause de mes sanglots, et j'ai une mine affreuse. Ma peau exsangue laisse entrevoir ces veines bleus que j'ai tant essayé de trancher, mais je suis tellement merdique que même la mort n'a pas voulu de moi. Un sourire ironique se dessine sur mon visage, tandis que ces traces ignobles ressassent en moi une myriade de souvenirs.
Je décide de me donner une baffe mentale, de ne plus pleurer, et d'aller enfiler un haut. Il faut que je pense à autre chose, sinon il va s'inquiéter – il s'inquiète tout le temps, pas besoin de lui en rajouter, et puis il faut que je le remercie pour hier.. J'arrange rapidement mes cheveux, soucieux de ne pas trop ressembler à un zombie en sa présence, et prend rapidement une pomme dans la cuisine. Toutes les trente secondes, je regarde par la fenêtre s'il arrive – entre deux bouchées. Je me sens ridicule d'attendre de cette façon, mais je ne peux pas m'empêcher d'aller voir s'il arrive.
J'entends le bruit d'une chute derrière moi, je me retourne et le vois subitement se relever derrière la fenêtre opposée à celle par laquelle je le cherchais – de l'herbe dans les cheveux, un adorable sourire gêné, les yeux fuyants.
« Midoriya... ? Tu étais dans l'arbre là ?
- Désolé Todoroki, ehm.. Il y avait un chaton en haut, et il n'arrivait pas à descendre ! »
Je fronce les sourcils. Il n'y a pas de chats dans le quartier – les rares restent dans le domicile de leurs maîtres. Face à mon regard dubitatif, quelques rougeurs apparaissent aux côtés des tâches de rousseur sur ses joues glabres. Après avoir fui mes yeux pendant de longues secondes, il capitule.
« Bon... T'étais si adorable à aller voir à la fenêtre toutes les dix secondes.. Je voulais continuer à t'observer comme ça ahah... »
Je me tourne vivement, dos à lui, une main sur mon visage déjà cramoisi. Mon cœur panique et commence à battre encore plus vite que lorsque j'ai vu sa petite bouille derrière moi. Je fais mine de croquer dans ma pomme, l'observe du coin de l'œil, et lui répond :
« Mmh... La prochaine fois essaie de ne rien te casser. »
Il opine en me lançant ce sourire. Ce putain de sourire. Je sens un long frisson dans mon dos, je crois bien que mon cœur va exploser. Je finis ma pomme, et nous marchons côte à côte dans la rue. Il me raconte comment sa mère a failli faire exploser son appartement en laissant le four chauffer trop longtemps, et je l'observe en buvant ses paroles. Nos épaules ne sont qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. L'a-t-il remarqué aussi ? Il me parle des tartines qu'il a ingurgité rapidement avant de venir chez moi.
« Et toi ? Il s'est passé quelque chose de spécial hier ? Tu as l'air morose.
- Juste un mauvais rêve un peu trop réaliste. »
Il veut en savoir le contenu, mais je lui lance un sourire triste en lui disant que je ne souhaite pas m'en souvenir et que l'on arrive bientôt à Yuei. Face à son air déçu, je continue en disant « Peut-être ce soir, si t'es sage. » Je ne sais pas pourquoi mais à ces mots, il devient rouge comme une pivoine et dévie la discussion sur les devoirs que l'on avait à faire. Suspicieux, je me demande à quoi il a bien pu penser pour réagir d'une telle façon..
On passe le portail de l'endroit où l'on devait arriver, je regrette déjà ces quelques mètres que l'on a fait ensemble. Il va encore s'éloigner de moi, alors que sur la route, nos épaules étaient si proches.. J'aperçois déjà Ochaco se jeter sur lui pour le saluer, elle m'ignore totalement. Tenya est derrière elle, il me salue d'un signe de la tête, je le lui rends.
Elle m'énerve déjà.
Sa voix fluette, ses bras qui enlacent Midoriya, le fait qu'elle fasse comme si je n'existais pas, tout ça ravive la rage que je ressentais ce matin même. La réaction du concerné, elle, me fait l'effet d'un couteau qu'il m'aurait planté en plein cœur.
Midoriya, si tu savais à quel point j'aimerais que tu ne rougisses qu'à mes paroles et à mes actes. À moi seulement. Pas aux autres. Et surtout pas à cette connasse.
Elle me jette un coup d'œil et me lance un sourire mauvais. Je sens que je vais exploser, je sens la rage se propager dans mes veines, jusqu'au bout de mes doigts tremblants à cause de l'adrénaline qui monte. J'essaie d'utiliser ma respiration afin de me calmer.
Lâche-le.
Elle ne semble pas vouloir se détacher de lui. Avec un rictus forcé, je fais quelques pas en avant.
« Passez une bonne journée Midoriya, Tenya. On se revoit en cours. »
Je continue ma route de manière la plus naturelle possible, en ignorant l'air interrogateur de l'amour de ma vie, et le visage satisfait de l'autre salope. Lorsque je sais qu'ils ne me voient plus, je me hâte d'aller dans les toilettes masculines, m'enferme dans une cabine, et fracasse le mur. Les poings en sang, la douleur me permet de garder le contrôle de ma colère. Je retiens quelques hurlements de colère et déchaîne ma rage sur le mur des chiottes.
Tu me rends dangereux, Midoriya.
J'examine rapidement le mur, et je remarque quelques impacts. Boh, ça passe. Je sors, et rince le liquide garance qui décore mes phalanges de manière sanglante. Soudain, Denki arrive précipitamment dans la pièce, et reste bloqué sur le contenu du lavabo.
« Putain je savais pas que tu pouvais avoir tes règles, Todoroki ! Demande des tampons à Momo, elle en a tout le temps, elle pourrait te dépanner !»
Puis, content de sa blague, il s'enferme dans les toilettes et peu après, quelques bruits retentissent, me donnant un spectacle auditif de ses performances. Une fois les traces disparues de mes mains, je sors, un peu gêné par Denki et ses bruits étranges, et je me dirige vers notre salle de classe.
Encore une journée à n'observer que toi.
Je prends les cours distraitement et fais face à son dos toute la journée. Je désire tellement l'enlacer que parfois, je le fixe pendant de longues minutes, et ne fais plus attention ni aux autres ni à rien. A-t-il des cicatrices, lui aussi ? Ou a-t-il une peau parfaite ? Je me demande comment est son dos nu, comment est son corps... Pris par ces pensées douteuses, je baisse ma tête vers mes notes, en essayant de cacher les rougeurs qui prennent d'assaut mon visage.
Tu dois être splendide. Et tu le serais encore plus, haletant contre moi..
La journée se termine lentement. Je range mes affaires, observant encore tes gestes. Je suis heureux d'avoir pu contenir ma rage ce matin, il faut que je reste vigilant. Le monstre n'attend que la bonne occasion pour sortir et tout ravager. J'observe les petites plaies sur mes phalanges et sers le poing. Combien de temps vais-je réussir à faire ça ? À garder le contrôle, sans blesser quiconque ? À rester maître de mes émotions et rester stoïque, malgré ma rage et mon désespoir ? Je soupire face à ces interrogations.
Je mets mon sac sur mon épaule et quitte l'établissement. Il faut que je brise ces illusions que pourrait faire Midoriya face à ça ? Il reste un être humain. Or, on m'a appris à ne plus en être un. Je pourrais le blesser pire, le tuer. Ma peine et ma rage tournent autour de mon cœur, déjà pris d'assaut par mon désespoir.
Je sais que je vais bientôt craquer. J'atteins les limites que j'ai repoussé au maximum.
Je ne vois pas d'autre solution. Mais j'ai déjà échoué.. Je fixe les veines sombres de mes poignets, qui me brûle tant j'en ai envie. Je pousse un petit cri de surprise quand je rentre dans quelqu'un, je lève les yeux en bredouillant des excuses. Puis, mon visage affiche ma surprise lorsque je découvre les traits réguliers d'Izuku Midoriya.
Sa mine sérieuse et son regard accusateur me percent un petit peu plus le cœur. Je lui lance un regard interrogatif.
« Pourquoi tu ne m'as pas parlé de la journée ? Pourquoi tu es parti ce matin ? Pourquoi tu fixes tes poignets comme ça ? Tu t'es fais quoi aux mains ? »
Cette avalanche de questions m'interloqua.
« Je sais pas trop, j'ai supposé que tu étais en bonne compagnie et que tu n'avais plus besoin de la mienne.. »
Je fis exprès d'éviter ses deux dernières questions. Même lorsqu'il a l'air agacé, il est magnifique. J'observe ses prunelles colériques, et me fais la remarque que je dois être masochiste pour vouloir en voir plus.
« Bien sûr que j'ai besoin de la tienne, espèce d'idiot.. Son visage s'adoucit, et se durcit une seconde après. Tu n'as pas répondu à mes questions. »
Argh, coincé. Je détourne le regard de ses yeux accusateurs, puis l'observe quelques secondes après – je ne peux m'empêcher de le regarder.
« Je me suis juste fais mal tout à l'heure, je me suis cassé la gueule sur le chemin et je me suis mal rattrapé..
- Menteur, je te suis depuis ton départ je te signale. »
Bel et bien coincé. Je ressens une immense honte à cause de ce mensonge. Je ne contrôle plus mes émotions – si bien qu'il arrive à voir ma détresse. Son regard et son attitude s'adoucissent et il s'approche de moi pour me prendre les mains. Je deviens cramoisi face à ce contact que je n'attendais pas. Il observe mes plaies et les touche avec une tendresse que jamais je n'ai connu – et cette attitude envers mon être engloutit mon cœur d''une agréable chaleur. Je me décontracte instantanément et ne peux quitter des yeux son air préoccupé, je pense que mon trouble est visible sur mon visage même pour un aveugle.
« D'accord, tu ne veux pas me le dire.. Mais laisse-moi te soigner au moins, je sais que tu ne le feras jamais.. »
Il redresse son visage vers moi, et nos nez s'effleurent. Mon cœur hurle et danse de manière frénétique dans ma cage thoracique, je vois son visage devenir aussi rouge que le mien. Il garde mes mains au chaud dans les siennes, dans une étreinte si tendre que cela pourrait me faire fondre. J'ai l'impression que le temps s'est arrêté, et que son regard planté dans le mien est la seule chose qui compte au monde.
On reste là, à quelques centimètres seulement l'un de l'autre, comme pétrifiés l'un devant l'autre. Je peux sentir son souffle sur mes lèvres, et son odeur qui provoque des dragons dans mon ventre. La chaleur de ses mains me fait perdre la tête, son odeur me fait perdre la tête, notre proximité me fait perdre la tête, son regard troublé me fait perdre la tête. Son regard, justement, change lentement et mute en quelque chose que je ne saurais pas trop décrire.. Peut-être ai-je peur de le décrire et d'avoir tort ? On dirait que lui aussi, perd la tête.
Ô Midoriya, j'aimerais tant te faire perdre la tête et te faire perdre pied.
Il sursaute, comme s'il venait de recevoir une décharge électrique, et me lâche précipitamment en s'éloignant de quelques mètres. Sa chaleur disparaît, son souffle sur mes lèvres disparaît, ses yeux lubriques disparaissent, notre proximité disparaît. J'ai l'horrible impression que l'on vient de m'arracher mes entrailles, je me sens frustré et triste de le voir si loin de moi.
« Ehm... Il commence à faire froid, et tes plaies ne vont pas guérir seules... »
Il entame un mouvement pour se diriger vers mon domicile, je le suis en silence. Pendant ces quelques centaines de mètres, le silence nous accompagne, et me plonge dans une pléthore de questions sans réponses. Dois-je parler de ce qu'il vient de se passer ? Son regard ne peut pas mentir, si.. ? Ai-je bien vu de l'attirance dans son regard ? On aurait dit qu'il voulait me dévorer.. Peut-être que je lui prête des intentions qu'il n'a pas... ? Alors que mon cerveau se retrouve noyé par mes interrogations, on se retrouve rapidement dans ma salle de bain.
Il désinfecte mes phalanges en prenant soin d'éviter mon regard, et prend grand soin de les recouvrir de pansements. Alors qu'il jette les débris de son opération, j'entends sa voix s'élever.
« Tu ne m'as pas parlé de ton cauchemar. »
Je tressaille à l'évocation de ce rêve désagréable. En silence, je me lève et me dirige vers ma chambre, il me suit. Je me mets dans mes draps, prenant mon oreiller contre moi. Il prend une chaise en face de moi et m'observe. J'ai l'air d'un enfant effrayé, serrant mon oreiller comme si ma vie en dépendait.
« C'était juste un mauvais rêve résultant de deux ou trois souvenirs tu sais..
- Si tu ne veux pas en parler, je comprendrais. Mais je pense que c'est mieux que tu en parles.. Tu te sentais mieux hier, et si tu gardes tout en toi, ça va finir par exploser.. »
Je le regarde avec surprise. Il ne sait pas à quel point il a raison, et c'est bien ça le plus ironique.. Tu ne sais pas ce qui va exploser, Midoriya. Tu ne te doutes de rien, et c'est bien ça le pire..
« J'étais attaché dans la cave, le mur était sale et les fers rouillés qui sont là depuis dix ans m'arrachaient les poignets. Il voulait faire en sorte que je puisse résister à tous les poisons, et il m'avait affamé pour que je mange son sandwich.. Je ne savais pas ce qu'il y avait dedans, mais ça puait pour moi. »
Je déblatère mes souvenirs en baissant la tête et en étreignant mon oreiller – je parle vite, et ne le regarde pas. Je l'aperçois s'agiter sur sa chaise, mais je ne sais pas de quelle manière.
« Il en a eu assez, et a fracassé mon crâne contre le mur. »
Ma voix tremblotte sur la fin de ma phrase, et je me maudis. Je redresse la tête et croise son regard hagard. Il a l'air indécis entre la rage et la terreur. Je vois quelques gouttes de transpiration couler le long de ses tempes – pourtant, il ne fait pas chaud.
« Ça s'est vraiment passé.. ? Genre dans la cave, en dessous.. de nous ? »
Je hoche lentement la tête en détournant le regard pour ne pas qu'il voit mes larmes, et j'essaie par la même occasion de les retenir. J'entends les frottements de ses vêtements, je sens mon matelas s'affaisser sous un autre poids que le mien, et je finis contre lui. Ma tristesse m'empêche de devenir cramoisi, mais je redresse sa tête vers son visage. On dirait qu'il a mal..
Il pose son front contre le mien, et me caresse lentement les cheveux. Dans son regard, je peux voir passer de l'empathie, de la pitié, un peu de colère. Son souffle revient effleurer mes lèvres. Son autre main reste contre mon épaule. Son odeur endort le reste de mes sens et m'engourdit. Je me sens bien.
« Je suis désolé d'avoir demandé.. Ça t'arrive souvent, ces cauchemars ?
- Presque systématiquement. »
Il baisse le regard, puis revient poser ses yeux dans les miens. Il m'avoue qu'il aimerait bien rester la nuit, pour me protéger de mes songes. Je lui demande comment il ferait pour les faire fuir, et il me répond que les câlins sont une arme redoutable. Je souris tristement, et lui répond qu'il a probablement raison. Je n'en sais rien, de mon côté. Je n'y connais rien, question affection et tendresse.
J'ai envie de l'embrasser.
Il se détache de moi, et la tristesse m'envahit. Je veux qu'il reste contre moi, qu'il demeure encore plus proche, toujours plus proche..
« Je vais devoir rentrer.. Mais promis, un jour on testera. Genre, demain si ma mère est d'accord. Demain, je serai le chasseur de tes mauvais rêves ! »
Il me sourit tendrement, alors qu'il se lève pour annoncer implicitement son départ. Si demain tu es le chasseur de mes mauvais rêves, j'espère qu'après-demain, tu seras mon héros et que dans une semaine, tu seras à moi. Ces pensées me font légèrement rougir, et je le raccompagne à la porte. Quand il est sur le point de partir, je le vois hésiter sur la manière de me dire au revoir. Puis, il m'ébouriffe les cheveux tendrement, me lançant un regard encore un peu ambigu pour moi. Je ne sais pas si c'est du bonheur ou du désir, et ce regard me fait rougir encore plus.
« Si tu fais un cauchemar, n'hésite pas à m'appeler. »
Rapidement, il note son numéro dans mon portable et il s'en va en me faisant un signe de la main. Je suis encore bouleversé par ces regards et le fait qu'il était à quelques millimètres de moi. Je lâche tout contrôle de mes traits d'expression, affiche un sourire imbécile, un visage cramoisi, et je suis sûr d'être en train de voler en ce moment même tant je me sens léger. J'ai tellement envie de l'embrasser, de capturer ses lèvres et de ne jamais m'en défaire, de sentir sa chaleur partout sur moi, de voir à quoi ressemble sa peau nue et comment sonnent ses gémissements. Peut-être ai-je les hormones un peu trop en feu ?
Je veux qu'il soit à moi.
Lorsque je pense que Ochaco n'a jamais eu cette proximité là avec lui, je souris d'un air satisfait en me dirigeant vers ma chambre. Tu l'auras peut-être la journée, mais moi je l'aurai la nuit... Connasse.
Si seulement il savait dans quel état il me met.. Jamais je n'ai ressenti quelque chose d'aussi fort (à part peut-être ma rage). Je ne savais pas que quelqu'un pouvait me rendre comme ça ou me faire ressentir quelque chose comme ça. Ça dépasse toute mon imagination, il me propulse au paradis pour m'écraser en enfer et soigner mes plaies dans un nuage de tendresse.
Tu vas me tuer, Midoriya.
