Désolée de la petite attente, j'ai des partiels la semaine prochaine alors j'ai pas eu le temps de trop avancer (si on compte les raclettes en plus..) ! Dans ce chapitre il y aura des notions de psychologie de l'agression, notamment en ce qui concerne la dissociation traumatique ! Je vous conseille de faire quelques recherches dessus avant de lire le chapitre, ça vous aidera à mieux comprendre l'attitude de Shouto. :)
Comme d'habitude je vous invite à laisser votre avis, à me dire s'il y a des choses que vous trouvez incongrues, hors sujet, ou si vous n'avez pas digéré votre raclette à vous (pour ma part les patates n'étaient pas cuites..).
Ah oui, il y a une scène peut-être un peu dure psychologiquement parlant.
Je vous souhaite une bonne lecture !
Amlie : Je suis heureuse de t'avoir fait sourire comme une débile ahahah, ça veut dire que j'ai réussi à te transmettre ses émotions ^^ Et merci beaucoup de me faire cette réflexion, peut-être que je commence à prêter un peu trop de moi à son histoire.. Mais il m'a semblé que ce n'était pas totalement OOC, car s'habituer aux poisons est un vrai avantage, tu vois ce que je veux dire ? Encore merci de m'ouvrir les yeux là-dessus et de me reprendre, il m'arrive souvent de me confondre moi et les personnages sur lesquels j'écris, c'est encore un joli défaut dont je ne me suis pas encore détachée. :)
J'arrive à percevoir quelques notes de musique, ce qui me permet de sortir de ce sommeil sans rêves. Je me sens engourdi, je pose ma main sur mon réveil, l'éteins, et profite des derniers instants dans mon lit. Ici, plus rien ne peut m'atteindre. Je suis au chaud, protégé par mes couvertures, soutenu par mon oreiller – et le monde n'existe plus. Il n'y a que cette chaleur réconfortante qui, comme une étreinte, me rassure et me berce dans de douces illusions.
C'est avec difficulté et ressentiment que je quitte ce monde chaleureux, et je frissonne lorsque je sens la fraîcheur hors de mes draps. Je m'habille rapidement, afin de mettre fin à cet air froid désagréable sur ma peau habituée à la chaleur de mon lit. Je me demande si Midoriya sera devant ma porte – ou dans mon arbre, ce matin.. Mon imagination me dessine son sourire bienveillant ainsi que ses adorables tâches de rousseur qui soulignent ses prunelles enjouées – et cette image me vole mon premier sourire de la journée. À peine arrivé dans la cuisine, j'entends des bruits venant de ma porte d'entrée. Des bruits brefs, répétés, et forts.
Je libère ma porte des mains de Midoriya, et sa vue me provoque un léger rire. Ses cheveux sont encore plus hirsutes que d'habitude, et j'ai l'impression que ses mèches vertes veulent partir dans tous les sens pour faire une révolution contre le silicone dans les shampoings. Il me lance un regard incrédule.
« Bonjour Todoroki, me dis pas que tu viens de te lever ?
- D'accord, je ne te le dirai pas.. Pourquoi ?
- On commence plus tôt aujourd'hui, tu ne te rappelles pas ? »
Devant mon air interrogatif et endormi, il soupire et me demande de faire vite. Je saisis mon sac, prend une pomme au passage, croise son regard amusé, et mon cœur se réveille. Je vais finir par croire que je souffre de tachycardie.
Tu me rends malade, Midoriya.
Sur la route, nos pas s'accélèrent un peu si on les compare à notre fréquence d'il y a quelques jours. Cet empressement me déplaît, car cela signifie que je serai encore plus rapidement séparé de toi. On arrivera plus vite à Yuei, Ochaco viendra t'enlacer plus rapidement, j'enragerai encore plus vite. Mais la journée, elle, ne passera pas en un éclair. Comme chaque jour, elle sera terriblement longue et ennuyeuse.
Midoriya continue de me parler de choses sans grande importance, mais je l'écoute avec attention. Je rigole lorsqu'il m'annonce que ce matin, il a failli glisser dans sa douche et l'image d'Izuku Midoriya, nu comme un ver, essayant de reprendre l'équilibre alors qu'il est condamné à tomber, m'amuse et secoue un peu les dragons qui sont nés dans mon ventre par sa faute.
« D'ailleurs, ce soir je suis tout à toi ! »
Sa remarque me déstabilise et je lui lance un regard à la fois gêné et très interrogatif. Mon cœur entame un sprint sur place, je l'entends presque me hurler des encouragements. Je crois que jamais je n'ai été aussi rouge de toute ma vie. Il plonge son regard amusé dans le mien, et un petit rictus se dessine sur son visage aux traits fins.
À l'aide, cet homme est beaucoup trop sexy.
« Tu as oublié ? Je t'ai dis que je resterai dormir. Enfin, si tu veux toujours..
Ah, ça ! Pas de soucis, j'avais un peu oublié ahah. »
Il prend un air boudeur, vexé que j'aie osé oublier un tel événement – en vérité, je viens de lui mentir, mais la formulation de cette phrase m'a bouleversé, et durant quelques secondes j'ai imaginé les courbes de son corps longiligne, j'ai presque pu sentir l'odeur de sa peau nue et la douceur de celle-ci, je l'ai presque senti contre mon petit corps martyrisé. En détournant le regard, je ne me sens presque pas gêné par ces pensées, et au moment où mon cerveau dérape en inventant le son de ses petit gémissements, je me force à revenir à la réalité, aussi rouge qu'une partie de ma chevelure.
Midoriya, si seulement tu étais tout à moi..
« T'es pas gentil ! Moi je n'ai que ça en tête, et toi t'en as rien à faire ! »
Je le regarde, surpris, et je sens mon cœur se tordre de douleur. Je ne sais pas s'il est sérieux – sait-il seulement que moi je n'ai que lui en tête.. ? Que ma vie entière ne dépend que de ses mots ? Que sans lui, j'aurais craqué à la première lame suffisamment aiguisée ? Un amer goût de tristesse vient emplir ma gorge. Je m'arrête, les yeux baissés tout d'abord, puis je les redresse vers lui. Il semble étonné de mon sérieux.
« Ce n'est pas vrai, Midoriya.. »
Le sentiment de détresse qui est en train de noyer ma gorge m'empêche d'en dire davantage. Je cherche la manière de lui dire qu'il est tout pour moi, qu'il est maître de mes songes et de mes pensées, que je ne cesse jamais de penser à ses yeux si beaux, à sa détermination et à ses adorables tâches de rousseur, et que le fait qu'il vienne dormir chez moi m'angoisse presque autant que de me retrouver seul avec mon géniteur. Soudain, je sens une main se faufiler entre les mèches de mes cheveux, je sursaute et le fixe longtemps. Je suppose qu'il a perçu mon malaise, et lorsque je vois son petit sourire navré se dessiner sur ses lèvres, je me sens libéré d'un énorme poids.
« Je plaisantais, Todoroki. »
Je pense que si j'étais un chat, je serais en train de ronronner sous ses grattouilles. On reprend notre route dans un silence pas désagréable pour une fois. Je pense que l'on profite simplement de la présence de l'autre. Je me sens bien, ce matin. Il y aura probablement quelque chose qui viendra m'empêcher de frôler le bonheur, comme d'habitude, mais je suis habitué à cette quête sempiternelle et impossible. On arrive bien trop vite devant le lieu de nos études, comme tous les jours où il fait le chemin à mes côtés. La vue du grand portail, au lieu d'effrayer ou de donner de l'appréhension aux plus naïfs, me provoque un pincement au niveau du cœur. Je tourne les yeux vers lui, qui continue de me parler en souriant, ignorant tout de ma soudaine tristesse à l'idée de passer la journée à l'observer depuis mon trône au royaume de la solitude.
On passe ce maudit portail.
On fait quelques mètres, pendant lesquels il essaie de me convaincre que les omelettes aux raviolis c'est pas si mauvais que ça, jusqu'à ce que Tenya ne vienne à notre rencontre. Il me salue respectueusement, je rigole intérieurement – je trouve ça incroyable, ses mimiques et ses expressions si rigoureuses. Midoriya échange quelques propos avec lui, puis se retourne soudainement vers moi en me déclarant son ultime argument :
« Et puis, c'est forcément bon vu que c'est tout rouge ! »
Tenya ne comprend absolument rien et, probablement gêné par son imagination, il décide de s'enfuir. Je rigole pendant une bonne minute, en sentant mes muscles abdominaux se contracter douloureusement face à mes crises de rire. Mon merveilleux ami (malheureusement) m'observe en boudant, feignant d'être vexé face à la réaction qu'a suscité son meilleur argument. Je me calme en faisant un travail sur ma respiration, puis quand ses prunelles aux reflets opalins se fixent dans les miennes, le temps s'arrête. Je perds mon sourire taquin, et plus rien n'existe. Il ne reste plus que ces flammes vertes qui ondulent dans ses yeux, il ne reste plus que ce regard tendre et joueur qui redémarre mon cœur déjà fatigué par la vie, il ne reste plus que ses lèvres rougies par la fraîcheur du matin, aux commissures légèrement craquelées.
Tu souris trop, Midoriya – ça va finir par t'abîmer.
L'arrivée de Ochako me fait revenir sur terre, il détourne le regard en sa direction, et j'ai l'impression qu'il vient d'enfoncer son bras dans mon ventre tant je me sens mal. Je l'observe du coin de l'œil, toujours souriante, toujours agréable. Tout mon contraire en somme. Faible, jolie, avec un corps probablement agréable à toucher ou à regarder, déterminée, joyeuse, altruiste. Elle sait ce qu'elle veut. Sauf qu'elle veut Midoriya, et ça, je refuse de le lui offrir.
Elle me lance rapidement un geste de la main en guise de salutation et entraîne mon petit ange aux cheveux hirsutes dans l'établissement, me laissant seul dehors. Lui, m'observe avec un regard désolé avant que je ne puisse plus les apercevoir. Je commence à me perdre dans mes pensées et, m'appuyant contre le mur, je ne peux empêcher ce flot continu de couler. Évidemment qu'il serait plus logique qu'il la préfère à moi. Il est probablement hétéro, déjà, comme énormément de personnes. Moi, mon corps est désagréable à toucher et à voir – il est tordu et rugueux , avec des cicatrices, des irrégularités, des croûtes. Je ne sais pas dire ce que je ressens, et mes émotions sont difficiles à deviner. Je déprime tout le temps, et mes pensées se dirigent souvent vers ma mort prochaine. Il n'aura pas à me protéger – alors qu'avec Ochako et le conditionnement d'une société qui véhicule des idées selon lesquelles il faudrait protéger les personnes féminines (tout le monde sait que dès que l'on possède un vagin, on devient une personne très fragile, c'est bien connu), il aurait la prétention de le faire et de correspondre à une norme sociale.
Et puis, je serais toujours trop dépendant, trop jaloux, trop angoissé, trop parano, trop moi. Comment pourrait-il m'aimer alors que je ne suis pas un dixième de ce qu'elle est, elle ? Je sens la colère qui, insidieusement, monte en moi. Ça m'énerve de me dire qu'il ne sera probablement jamais à moi et que je me fais des idées sur tout ce qui m'indique que c'est faux. Ces regards, ces paroles, ces rapprochements, tout ça, ce serait mon imagination ? Il ne peut pas jouer avec moi, il est bien trop noble tout ça. Ou alors l'amour me rend aveugle ? Mon crâne commence à chauffer et j'aperçois la silhouette discrète d'une migraine à l'horizon.
Comment pourrait-il m'aimer alors que personne ne l'a jamais fait ?
C'est vrai, ça. Je sais même pas ce que c'est moi, la tendresse, la douceur. Être aimé. Être normal. Je sais pas donner ni recevoir de l'amour, et ça m'effraie, ça me terrifie. Et si je fais un truc bizarre ? Ou que je m'emballe et fasse tout le contraire ? Et si je lui fais mal ? La sonnerie me fait sursauter. Je quitte le mur qui était devenu attentif à mes interrogations, et me dirige vers ma salle de classe en baissant les yeux. Le sol est plus intéressant que toutes ces personnes qui m'observent, me trouvent étrange ou intimidant.
Laissez-moi tranquille et fermez les yeux, comme vous l'avez toujours fait lorsque vous voyiez mes bleus et mes plaies béantes, mes brûlures et mes yeux écarlates.
Je m'installe à ma place, à l'écart des préoccupations du monde et des futurs héros de celui-ci. J'observe Izuku Midoriya, mais la vue de son petit corps aguerri et de ses yeux affectueux ne réchauffe pas l'étendue de glace dans laquelle mon cœur est pris. Je me sens vide, insipide, comme une poupée dépecée. Mais je me sens également sale, faible, laid. Je sens quelques gouttes de transpiration couler le long de ma colonne vertébrale, j'ai des sueurs froides alors qu'il commence vraiment à faire froid, dehors. Ma gorge est sèche et j'ai envie de l'arracher tant elle me gratte. Ma cage thoracique commence à exercer quelques pressions sur mes organes internes, et je me sens oppressé, compressé, écrasé.
Lorsque la matinée de cours s'achève, je me rue en dehors de la salle comme un lion en dehors de sa cage. Il me faut de l'air. Je sens la boule d'angoisse dans ma gorge, qui monte lentement, mais monte tout de même. Il pleut, mais je n'en ai que faire et je sens les pleurs de nuages qui coulent le long de mes joues.
Pathétique.
Je prends quelques bouffées d'air qui font du bien à mes maux de crâne, mais dont mon angoisse se raille. Je reste de longues minutes sous la pluie, en essayant de me concentrer sur les gouttes qui glissent le long de mon corps, qui caressent mes odieuses cicatrices et qui meurent lorsqu'elles arrivent sous mes reins.
« Todoroki.. ? Qu'est-ce que tu fais sous la pluie.. ? »
J'ouvre mes yeux et tombe sur Izuku Midoriya, trempé jusqu'aux os, devant moi. Son regard inquiet et ses sourcils retroussés me tordent le cœur. Comment lui expliquer mes doutes et mes mauvaises pensées ? Il ne pourrait pas comprendre. Et si ça se trouve, dès qu'il sera assuré de mes sentiments, il fuira.
« Je.. J'avais besoin d'un peu d'air. »
Son regard prend la teinte de la tristesse, et avec sa petite main, il me prend par la manche en baissant la tête. Pourquoi semble-t-il si triste ? Si atterré ? Il semble dévasté, on dirait un petit chaton qui n'a pas pu avoir de câlins.
« Midoriya.. ? Il s'est passé quelque chose avec Ochaco ? Tu as l'air.. triste. »
Il secoue la tête afin de me dire non, et un sourire triste vient tordre ses traits réguliers. Son air déprimé me fend le cœur et me remplit de détresse. Je m'approche d'un petit pas, et saisis son visage entre mes mains. Sa tristesse me donne de l'assurance et un courage dont je ne connaissais pas l'existence. Je relève sa tête, et en caressant sa joue droite avec mon pouce, je plonge mon regard dans le sien, le cœur battant, avec la peur qu'il ne se détache du contact que j'ai créé.
« C'est juste que.. Je me suis rendu compte que la personne que j'aimais ne ressentirait probablement jamais la même chose.. Et ça me fait mal. »
Ses paroles ont l'effet d'une énorme brûlure, je me fige et ma respiration se coupe. Je sens les larmes qui montent mais, par magie, j'arrive à les contenir du mieux que je peux. Mon cœur semble s'être transformé en trou noir, après avoir explosé de désespoir dans ma poitrine.
Si j'avais su..
« Pourtant cette personne n'agit pas avec moi comme elle agit avec les autres, mais c'est peut-être de la politesse.. J'ai peur de trop la coller et de trop m'investir dans sa vie privée.. »
Chaque mot est un poignard que tu m'enfonces dans l'abdomen. Tu commences à pleurer, et ton visage fait une grimace que j'arrive encore à trouver adorable malgré ma douleur.
Je t'en supplie Izuku, ne dis plus rien..
« Et je sais qu'elle ne m'aimera jamais.. Cette personne est incroyable, puissante, courageuse. C'est la plus forte que je connaisse. Même plus forte qu'All Might je pense, tant elle a survécu à des choses difficiles et continue d'avancer malgré tout. Je l'admire et voudrais être là à chaque instant de sa vie.. »
Il fixe le sol, ne voulant pas que je voie ses larmes. J'en profite pour lâcher les vannes, et mes larmes se mêlent aux pleurs des nuages. C'est un peu cliché je trouve, mais pourquoi pas. Mon cœur m'a lâché. Je pleure silencieusement, mais mon cerveau a disjoncté. Comme avant, quand c'était trop. J'ai l'impression de quitter mon corps, et soudainement mes larmes s'arrêtent. Je ne ressens plus cette incoercible douleur, ni cet amour inconditionnel. Je ne ressens plus cette jalousie, ni même cette pitié.
Je ne ressens plus rien. Je ne suis plus rien.
Izuku sent que je défais ma prise de son visage inondé, il relève la tête vers mon visage fermé. Il semble frappé de surprise (presque d'horreur?), et je perçois l'incompréhension dans son regard.
« Désolé, Midoriya. C'était trop. Je devais le faire. »
Il ne comprend pas. Il ne connaît probablement rien à ce phénomène psychologique. Il me regarde, des questions plein les yeux, les bras tremblotants. Je n'ai même pas pitié. Ses adorables prunelles vertes ne font plus chavirer mon cœur – en ai-je encore un dans cet état ? Je le prends contre moi, ne supportant plus de voir son petit visage endolori – ça risquerait de réveiller le vrai Shouto qui vient de mourir en moi.
« Sache juste que ça m'était trop douloureux d'entendre ça. J'ai perdu, Midoriya. Le monstre a gagné. J'en suis désolé. »
Je vois sa détresse mêlée à son incompréhension, mais je pars. Je le laisse sous la pluie – en temps normal, je me sentirais affreusement mal et honteux de le quitter de cette manière.
Mais je ne suis pas normal, et je ne l'ai jamais été.
Je rentre dans l'établissement, et m'isole dans un coin du bâtiment où personne ne va jamais. Je m'assois dans l'escalier, et fixe mes mains, sans émotions, sans convictions, sans vie.
Alors c'est ça, la fin de mon histoire ?
Finalement, je suis bel et bien une merde. L'accepter ne me fait ni chaud ni froid – rien ne pourrait y arriver actuellement. Je suis totalement apathique. C'était probablement trop dur. L'amour, c'est pas pour moi, ça ne pourra jamais l'être et je ne pourrai jamais en bénéficier. Je ne suis pas sur la liste d'attente, c'est certain vu ce qu'il vient de me dire.
N'est-ce pas cruel de l'avoir laissé ? Lui, ne l'a pas fait. Il avait mal, il pleurait, avait besoin de moi et je l'ai laissé. Mais il l'aurait fait dès la première occasion, dès qu'il aurait su qu'elle l'aime, hein ?
Fonce, Midoriya. Elle n'a d'yeux que pour toi.
Je m'y attendais. Je m'y attendais, et pourtant, j'ai craqué. Quel faible et stupide et lâche petit Shouto. Heureusement que je suis capable de maîtriser plus ou moins l'entrée dans cet état, hein ? La sortie, par contre, c'est une autre affaire.
J'entends des bruits dans le couloir – des pas lourds et précipités. Probablement quelqu'un en colère. Je soupire. Je vais devoir me décaler pour laisser passer les gens. Lorsque je vois le visage agacé d'Ochaco, je ne me sens même pas surpris. Je l'observe, indifférent. Elle me lance un regard enragé, qui m'interpelle un instant. Quoi, elle veut tant passer que ça ?
« T'es vraiment un abruti, Todoroki. »
Elle s'approche de moi. Qu'ai-je encore fais ? Je ne lui ai jamais vraiment parlé, peut-être qu'elle confond avec quelqu'un d'autre ? Lorsqu'elle arrive à ma hauteur, je n'ai pas le temps de bouger, et je ressens une vive brûlure au niveau de la joue gauche.
Elle vient de me gifler.
« Franchement ?! Le laisser tout seul, sous la pluie, alors qu'il voulait s'ouvrir à toi ?! T'es vraiment un gros con ! »
Je pose ma main sur ma joue. Elle frappe bien. Mais la douleur a déjà disparu, dommage. Je la regarde, lassé de la situation. Je ne veux pas en entendre parler. Partez vivre tous les deux heureux, et laissez-moi dans mon désespoir, mijoter dans mon sang et dans mes larmes, pour finalement mourir seul. C'est la seule chose que je demande. Laissez-moi.
« Pourquoi ne s'est-il pas directement déclaré à toi ? Vu mon expérience, je lui aurais donné de piètres conseils. »
Elle m'observe avec des yeux ronds.
« Comment ça, se déclarer à moi ? C'est moi qui lui ai dis d'aller t'en parler ! »
Je fronce les sourcils, elle en fait de même.
« Va lui parler, je t'en prie. Il refuse de m'ouvrir et je l'entends sangloter depuis l'autre côté de la porte. »
Mon soupir d'agacement l'énerve davantage, et j'ai droit à une deuxième baffe. Voyant que je ne réagis pas, elle m'en donne une troisième. Une quatrième. Une cinquième. Face à mon manque de réaction, elle me donne un coup de pied dans la jambe. Elle essaie un deuxième. Elle s'essouffle, puis me lance un regard hagard et effrayé.
« Bon sang, Todoroki... »
Je lève mes prunelles vides vers elle. Elle semble effrayée. Elle me dit qu'il est dans les toilettes et s'enfuit comme si elle avait vu le diable.
Si seulement elle savait.
Je regarde ma jambe quelque peu endolorie, et je me dis qu'elle n'y est pas allée de main morte. Je ne sais pas si je vais y aller. Si j'y vais, je suis sûr qu'il me fera revenir.
Mais tout est tellement simple, comme ça. Je ne souffre plus. Je ne pense plus aussi intensément à lui. Je ne pense plus qu'à me libérer. Dans cet état, je sais que je pourrais le faire. Je suis suffisamment apathique et sans émotions pour me trancher les veines et attendre de partir – je pense même observer le contenu de mes veines qui se déverse par simple curiosité. Je fixe ce poignet qui palpite. Que faire ? Aller voir Izuku et mourir de l'intérieur ? Ou rester ici et me délivrer totalement ? Je pourrais l'arracher avec mes dents, cette veine insidieuse. J'ai l'habitude de l'avoir, le goût du sang dans la bouche.
J'entends des bruits derrière moi. Je n'en ai que faire, et opte pour une technique plus mesquine. C'est un jeu entre moi et moi-même. Je prends la trousse que je garde dans mon sac et prends mon taille-crayon que je démonte pour en sortir la lame. Lentement, je la fais glisser le long de cette veine. Je gratte, de plus en plus vite, et rapidement je vois une goutte de sang former une petite boule, puis qui dévale mon poignet. D'une traite, je fais une large plaie en diagonale dans ma chair, en serrant les dents. Le sang devrait m'énerver et m'angoisser. Dans cet état, j'en ai rien à foutre.
« Todoroki... ? »
Je pousse un long soupir. Qui vient encore me déranger ? Je me retourne, la lame dans une main, le poignet ensanglanté de l'autre côté. Le sang caresse mes anciennes cicatrices. Je tombe sur Midoriya, qui était sensé pleurer dans les toilettes. Cette cruelle remarque me fait culpabiliser un peu, mais je ne peux penser qu'à une chose : sa voix pleine de sanglots, son regard effaré et paniqué, son incompréhension, ses yeux écarlates à force de trop pleurer, et la chaleur qui sort de mes veines. Voyant qu'il semble paralysé par la situation, je me force à lui sourire.
« Je vais finir par y arriver, au moins dans cet état. Pas d'inquiétudes Midoriya, je ne serai bientôt plus dangereux. Je ne serai bientôt plus un monstre. »
Je ne serai bientôt plus en vie.
