Haine 2
La cheminée de la coquette petite maison fumait gaiement depuis le matin. Il faut dire qu'il faisait froid ces jours-ci sur l'Ecosse. On était en février et la terre avait gelé et la neige s'était mise à tomber depuis la veille et ça n'avait pas l'air de vouloir s'arrêter. Harry Potter, propriétaire de la maisonnette, regarda par sa fenêtre les gros flocons envahir Pré-au-Lard puis les sorciers et les sorcières emmitouflés dans leur grosse cape d'hiver et leur cache-nez qui ne laissait apparaître que leurs yeux rougis et qui se hâtaient de rentrer chez eux pour profiter eux aussi de leur demeure chauffée.
Il était dix-neuf heures et le jeune homme s'ennuyait furieusement. Il avait fait un peu de rangement, avait fait les courses pour la semaine, il était même passé chez l'apothicaire pour remplir son petit laboratoire de potions. De plus Annabelle avait repris le travail, donc évidemment il la voyait moins souvent.
Toujours était-il que là, maintenant, il tournait en rond, qu'il venait de manger trois parts de tarte aux pommes et qu'il s'apprêtait à en dévorer une quatrième avant de prendre la décision capital de sortir de chez lui avant de devenir neurasthénique et obèse.
Le sorcier de vingt-cinq ans enfila sa cape chaude, mit sa baguette dans son étui de cuir pendue à la ceinture de son pantalon, prit son portefeuille contenant des galions et sortit sous la neige pour se changer les idées.
Quand Harry entra dans le pub vieillot, il retira ses lunettes à cause de la buée puis les réinstalla sur son nez avant d'aller s'asseoir au fond de la salle en saluant le tenancier qui lui fit un grand signe de la main.
-Une bierraubeurre, Dédalus, demanda le jeune homme, fraîche, s'il te plaît !
-Je vous apporte ça de suite, monsieur Potter.
Harry caressa d'une main distraite la table de bois brut en regardant autour de lui. Le pub était bondé et bruyant mais ça lui était égal, ici au moins il voyait du monde et se sentait moins seul.
Harry était en froid avec Ron et Hermione et parfois il en avait du regret. D'après eux "Le grand Harry Potter" ne se conformait pas à ce qu'il devait faire ou pas. Mais bordel, sa vie lui appartenait, non ? Il était hors de question que d'autres lui disent comment il devait se comporter, penser et vivre. Plus jamais on ne lui dictera sa conduite comme par le passé.
Le jeune homme écouta le brouhaha dans la salle puis but une gorgée de sa boisson avant de repousser un ivrogne qui s'était mis en tête de lui raconter sa vie avec force détail et postillons qui atterrirent sur la table.
-Si tu n'es pas parti dans la seconde, menaça Harry entre ses dents, tu le regretteras pour le reste de ta vie.
L'homme planta son regard dans celui du survivant, mécontent qu'on le rabroue aussi peu civilement. Il tituba, grogna, se mit droit comme un i puis fit demi-tour en maugréant des paroles peu flatteuses contre les jeunes qui, de son temps, avait plus de respect pour les anciens, fussent-ils ivrognes.
-Hum...fit une voix paresseuse, un ami de plus à ton actif, Harry, ironisa Lucius Malfoy que le jeune sorcier n'avait pas vu venir.
-Je n'avais pas envie d'être arrosé toute la soirée, ricana le jeune homme. De plus je n'ai rien compris à ce qu'il me disait. Si encore il avait été lucide…..
-L'alcool fait des ravages, même chez les sorciers.
-Je m'en suis rendu compte, n'existe-t-il pas une potion pour remédier à cela ?
-Oui, en effet, mais seulement pour celui qui désire la prendre.
-Evidemment, cela va de soi ! Cependant je ne peux m'empêcher de penser qu'on pourrait faire quelque chose pour ces personnes qui ont tendance à foutre leur vie en l'air.
-Faire quoi ? les obliger à avaler une potion dont ils ne veulent pas ? Tu serais vite traité en despote...
Harry invita son ami à prendre place à sa table d'un geste de la main.
-Te faire voir avec moi va craqueler ton image, ricana l'aristocrate qui s'installa néanmoins avec grâce sur la chaise. Les mangemorts comme Severus et moi sommes encore sur la sellette même si nous avons été reconnus innocents et que nous avons été des membres de l'Ordre du Phénix.
-Je ne dois rien à personne, Lucius, alors ils peuvent penser ce qu'ils veulent, je m'en fous ! Quant à vous, j'irai voir le ministre…..
-Cela ne servira à rien, je ne suis pas le plus à plaindre, je pense surtout à Severus qui subit encore des malveillances de la part de personne désobligeantes.
Harry grogna.
L'aristocrate eut un rictus puis appuya sa canne contre la table avant de commander deux whiskies.
-Que ferais-tu pour ces gens ? Ceux dont tu dis qu'ils auraient besoin d'aide parce qu'ils boivent à n'en plus pouvoir.
-Les aider à intégrer un centre, par exemple, répondit le gryffondor.
-Un centre ? s'étonna le serpentard.
-C'est moldu.
Lucius Malfoy grimaça d'horreur.
-Le mot même te fait frémir, pouffa Harry, c'est grotesque !
-Moldu est une insulte à mes oreilles, je ne te le cache pas même si je suis assez enclin pour les laisser tranquille si eux font de même.
-Votre devise, à vous les sang-pur, est qu'un sorcier ou une sorcière doit vivre dans son monde et ne pas s'afficher avec un moldu, demanda Harry sans animosité.
-C'est vrai. Nous vivons différemment, nous pensons et agissons différemment. Les moldus ne comprendraient pas ce que nous sommes et inévitablement nous arriverions à une guerre inutile et meurtrière. Ils seraient envieux de nos pouvoirs et feraient tout pour se les approprier, quitte à nous disséquer comme des insectes ou à nous parquer comme du bétail.
Contre toute attente Harry opina.
-Je comprends ce que tu veux dire. La jalousie des hommes est une source inépuisable de dispute, de haine, de jalousie qui engendre des conflits armées. Ils ne changeront jamais, de cela au moins nous sommes certains tous les deux, approuva Harry.
-Pas plus que les sorciers ne changeront, nous avons assez de nos propres problèmes, inutile d'en créer de nouveaux.
-Ils ne sont pas tous ainsi, mais j'avoue que les pommes pourries font plus de mal que le reste de la population. De toute façon il n'en sortira jamais rien de bon.
-Ravi de voir que nos points de vue ne sont pas si éloignés que ça ! J'aurai pourtant cru que tu serais d'un avis opposé, admit Malfoy.
-Non, il m'arrive de réfléchir contrairement à ce que tu crois.
Lucius ricana, ravi de voir qu'il s'entendait toujours aussi bien avec Harry quelles que soit les discussions qu'ils soulevaient tous les deux.
-Comment va Annabelle ?
-Bien, tu sais qu'elle a repris ses fonctions à l'école de Pré-au-Lard ?
-Oui, elle m'en avait parlé, elle paraissait heureuse de s'occuper de nouveau des petits monstres.
-Ils ont entre trois et six ans, elle ne doit pas s'ennuyer, sourit Harry. Et toi ?
-Quoi moi ?
-Je croyais que tu étais intéressé par un homme, ce n'est plus le cas ?
-Si, comment le sais-tu ?
-Je ne suis pas aveugle.
-C'est compliqué, Harry.
-Pourquoi tu ne lui donnes pas simplement de tes nouvelles ou que tu ne passes pas le voir à Poudlard ? Je suis certain qu'il sera enchanté de te voir.
-Je ne veux pas le brusquer, imagine qu'il me repousse !
-Fais-le, Lucius, du courage que Diable !
Deux heures plus tard les deux sorciers discutaient toujours jusqu'au moment où Lucius se leva.
-Je suis attendu, précisa l'homme en voyant l'étonnement d'Harry.
-Je me doute, oui, un homme comme toi doit être très demandé.
-Bonne soirée, Harry.
-Toi de même, Lucius.
Quand l'aristocrate fut parti, Harry se leva à son tour. Il avait passé un bon moment et la discussion avec le serpentard lui avait ôté son ennui. Finalement ils avaient des points communs, plus qu'il ne le pensait. Il faudra qu'il pense à recommencer pareille soirée à deviser tranquillement devant un bon verre dans ce pub enfumé, aux vitres sales et au parquet tâché, avec son ami.
Le soir suivant le jeune homme alla au Square Grimmaurd. Remus, qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs jours lui avait demandé de passer. Il avait bien pensé refuser pour de mauvaises raisons, aussi il se secoua et le soir venu il se dirigea vers le Square, se disant que son ami n'avait pas mérité son indifférence et qu'ils allaient passer un moment devant un dîner délicieux en discutant de chose et d'autre.
-C'est moi ! prévint le jeune homme en entrant dans la maison de son parrain.
-Je suis dans la cuisine ! répondit le lycan.
Une odeur délicieuse arriva aux narines du jeune sorcier qui se déchaussa avant de salir le carrelage tout propre.
-Je t'ai préparé des pantoufles, avertit Remus, au coin de l'escalier.
-J'ai vu, merci, Rem.
Harry longea le couloir et pénétra dans la cuisine accueillante que le loup-garou avait complétement restauré. Il faisait bon, le poêle ronronnait comme un vieux chat et une cocote en fonte posée dessus exhalait un fumé de coq au vin qui devait mijoter depuis des heures.
-Viens t'asseoir près du feu, tu sembles gelé, l'invita Remus en versant dans deux verres un vin chaud à la cannelle.
Harry passa trois heures avec Remus Lupin à parler de tout et de rien. Le coq avait été un délice avec comme accompagnement des petites pommes de terre cuites à la vapeur. Et que dire du crumble aux poires chocolat, un dessert digne des plus grands pâtissiers.
-J'en peux plus, rigola Harry, je vais t'aider à tout ranger, ajouta-t-il en se levant de table.
-Inutile, demain je commence les cours à quatorze heures, deux coups de baguette et tout aura regagné sa place en à peine cinq minutes.
-Ok, acquiesça le jeune sorcier, comment se passe tes cours à Poudlard ? Toujours pas de regrets ?
-Bien, j'avoue qu'au début j'ai eu un peu d'appréhension de revenir, maintenant ça va, répondit Lupin en ajoutant de la vaisselle dans l'évier pour s'occuper les mains. Finalement je suis heureux qu'Albus ait pensé à moi pour ce poste.
-Moi aussi, Rem, tu es un bon professeur et ce n'est pas tes étudiants qui diront le contraire. Leurs progrès sont hallucinants d'après le professeur Flitwick que j'ai rencontré hier au village.
Quand Harry sortit de chez Remus, il faisait nuit noire, aussi il rentra directement chez lui. Inutile d'aller au pub, il n'y avait plus personne à cette heure avancée.
Le jeune homme posa sa baguette sur la table avant de se diriger vers son salon après s'être versé un verre de whisky qu'il but lentement, avachi dans un fauteuil.
Il était heureux d'avoir passé la soirée avec Remus et il ne pouvait nier qu'il avait passé un bon moment avec lui, surtout qu'il le voyait très peu ces jours-ci. De plus Remus lui avait dit que Dumbledore cherchait un nouveau professeur et que le poste serait à lui s'il en faisait la demande en se rendant à Poudlard.
Seulement voilà, il ne savait pas ce qu'il voulait faire. Pas encore. Mais dans un autre sens c'était une proposition alléchante, donc il ira voir l'honorable vieil homme et de là il verra si oui ou non il sera le nouveau professeur de Défense-Supérieure-Appliquées. Cela demandait une maîtrise en sortilège à un haut degré et qui de mieux que le survivant pouvait prétendre à ce poste ?
^o^o^
Normalement c'était une fiction en trois chapitres, oui, j'ai encore débordé puisqu'elle en fera treize. Elle est terminée, youpi ! Maintenant je dois terminer le dernier chapitre de « Prisonniers de Poudlard » qui elle fait vingt-six chapitres. Je cherche encore ce que je vais faire de Lucius lol. Tout le monde aura compris que ces trois-là sont mes préférés. Je remercie tout le monde pour les reviews, cela fait plaisir. Une autre fiction est dans ma tête et une autre en cours d'écriture, voilà pourquoi je ne réponds pas, ne m'en tenez pas rigueur. Merci, sorcière noire
