Haine 3
-Pierce ? C'est l'heure…..
Snape entra dans la chambre d'un enfant de quatre ans qui sursauta quand il le vit apparaître à la porte.
-Ce n'est pas grave, je te l'ai déjà dit, chaton, sourit l'homme en ouvrant les rideaux en grand pour faire entrer la lumière du jour. Va te doucher, pendant ce temps je vais enlever tes draps, ton petit déjeuner est prêt et tu as des vêtements propres sur la chaise dans la salle de bain.
L'enfant se leva, timide, engoncé dans son pyjama humide et se hâta vers la douche sans rien dire.
Le maître des potions nettoya la chambre puis l'aéra. Pierce avait beaucoup souffert, il était inutile d'en rajouter, il n'avait que quatre ans après tout. Ce matin l'homme accompagnait son fils à l'école où il espérait qu'il allait s'ouvrir aux autres et oublier sa vie d'avant faite de brimades et de coups. Jérémy était dans le même état lorsqu'il l'avait recueilli un an plus tôt, aujourd'hui il allait mieux mais l'enfant gardait des peurs en lui. Ses deux fils se soutenaient comme deux frères, ce qu'ils étaient maintenant mais du travail était encore à faire pour qu'ils se sentent bien dans leur nouvelle vie avec leur nouveau père.
-Je peux prendre des gâteaux pour l'école ? demanda Pierce sans oser regarder l'homme imposant à ses côtés qui lui faisait encore un peu peur.
-Bien sûr, chaton, répondit Snape qui pensait qu'un peu de douceur temporiserait son air sévère. Tu peux prendre tous les gâteaux que tu veux.
-Et mon doudou ?
Snape ne sut quoi dire.
L'enfant plongea le nez dans son bol qu'il venait de terminer, déçu de ne pas avoir de réponse.
-Tu sais ce qu'on peut faire ?
Le petit garçon regarda Snape avec une lueur d'espoir dans les yeux.
-On va demander à ta maîtresse d'école ce qu'elle en pense, si elle accepte alors demain tu pourras le prendre, ça te va ?
-Oui.
-On peut y aller, tu es prêt pour ta première journée d'école ?
Pierce fit oui de la tête puis se leva, enfila son manteau, son écharpe et ses gants, puis courut chercher son petit cartable avec un petit dragon dessiné dessus avant de donner la main au maître des potions qui lui sourit en serrant délicatement ses petits doigts entre les siens pour lui donner du courage.
Le serpentard fut surpris de reconnaître Annabelle en la maîtresse de son fils qui attendait les petits au portail.
-Professeur Snape, bonjour, salua la jeune femme vêtue d'une jupe longue et d'un gros pull bleu.
L'homme la salua d'un signe de tête. Il savait qu'elle l'avait reconnu.
-Qu'avons-nous là ! ajouta-t-elle en voyant une tête brune se pencher derrière Snape pour la regarder.
-Mon fils, dit l'homme fièrement en faisant passer Pierce devant lui, c'est sa première journée d'école. Il est un peu intimidé.
L'enfant tira sur la veste de Snape et le regarda, suppliant.
-Oh, oui, Pierce voulait savoir s'il était possible qu'il amène son doudou à l'école, d'habitude il ne s'en sépare jamais…..je comprendrais que vous refusiez, pas lui. Peut-être pourrions-nous lui accorder ….
-Professeur Snape, sourit Annabelle, Pierce peut l'amener s'il le désire, il ne sera pas le seul, ne vous en faites pas.
-Merci pour lui, fit le serpentard en se mettant à genoux devant l'enfant. Demain tu pourras prendre ta grenouille, chaton, tu penses que ça ira pour aujourd'hui si elle n'est pas avec toi ?
-Oui.
-Je vais te laisser dans ce cas, je passerai te prendre à seize heures, ajouta l'homme en déposant un baiser sur la joue de l'enfant qui le lui rendit en le serrant entre ses petits bras.
Annabelle savait qu'elle avait eu raison, l'homme était doux, tout le contraire de ce qu'elle avait entendu dire de lui. Pour une fois elle dut admettre qu'Harry avait tort mais il est vrai qu'elle ne connaissait pas leur histoire.
-S'il y a un problème quelconque, n'importe quoi, je serai à Poudlard, un hibou me fera venir de suite, avertit Snape en regardant la maîtresse de son fils avec gravité.
-Soyez sans crainte, je le ferais, mais je pense que tout va bien se passer.
-Je l'espère.
Harry parcourait les couloirs de Poudlard, c'était lundi et il faisait sensation. Depuis toutes ces années sa notoriété en tant que Survivant n'était pas égratignée. Il ne repoussa aucunement ceux qui venaient lui parler ou simplement le saluer. Il signa même quelques objets que les étudiants et les étudiantes lui présentèrent, avec le sourire et un mot pour chacun jusqu'à ce que les cours reprennent et que les élèves s'éparpillent jusqu'à leur classe.
Le bureau d'Albus Dumbledore s'ouvrit aussitôt qu'Harry arriva sur le palier. Il entra, certain que le directeur de l'école connaissait déjà le nom de son visiteur.
-Harry ! s'exclama Albus avec une joie véritable, je suis heureux de voir que tu vas mieux et plus en forme que jamais !
-Bien mieux, Albus. La route de la guérison a été longue, mais me voilà de nouveau sur pieds.
-Assieds-toi, je t'en prie, l'invita le vieil homme en faisant un signe de la main à Harry vers un fauteuil de velours vert qu'Albus présentait à ses seuls invités de marque préférés.
Le jeune sorcier prit place calmement puis regarda Albus. Celui-ci n'avait guère changé, toujours les mêmes petites lunettes rondes, une barbe blanche un peu plus longue, une robe bleu nuit où brillaient quelques astres et un regard plus acéré que jamais et à qui rien n'échappait.
-Je suppose que tu as vu Remus ?
-En effet, mais vous le savez déjà, non ? interrogea le survivant qui avait décidé depuis la fin de la guerre de ne plus se laisser manipuler par qui que ce soit.
Le vieil homme sourit.
-Oui, répondit-il en s'apercevant que tromper dorénavant Harry n'allait rien amener de bon dans la discussion. L'enfant était devenu un homme et son caractère avait bougrement changé par la même occasion. Un tempérament de feu dans un corps magnifique.
Harry se cala un peu mieux dans le fauteuil mais resta sur ses gardes.
-T-a-t-il fait part de ma proposition ?
-Ça aussi vous le savez, Albus, répliqua Harry, je suppose que vous avez vu Remus et que vous en avez discuté ensemble ?
-Excuses-moi, la force de l'habitude, répondit le directeur de l'école pas contrit pour deux noises. Je suis au courant, bien évidemment !
-En quoi consiste véritablement ce poste ? s'enquit le gryffondor, avec une pointe de méfiance.
-Il manque dans cette école des cours de Défense autrement supérieurs que ce que les étudiants de Poudlard reçoivent déjà. Je sais que beaucoup d'entre eux se sont trouvés démunis pendant la guerre contre les mangemorts, hélas je m'en suis rendu compte bien trop tard.
-C'est pour cela que j'avais entraîné mon équipe dans la salle sur demande, grâce à Hermione. Aucun n'était prêt à affronter les sbires de Voldemort, ils auraient tous péris sans cela. Je déplore que vous n'ayez pas pensé à mettre ces cours en place bien avant !
-Il n'est pas trop tard, objecta Albus.
-Vous espérez un autre mage noir ? sourit Harry.
-Certes non, s'indigna le directeur, Merlin nous en préserve, un seul nous a bien suffit.
-Maintenant parlons de ces cours...
-J'ai pensé que les septième années, seuls, pourraient bénéficier de ces classes spéciales...
-Non !
-Pourquoi non ?
-Sixième années aussi, Albus, sinon cela ne servira à rien, et ne me dites pas qu'ils sont trop jeunes pour ça ! Ils ne le sont pas et vous le savez très bien.
L'homme réfléchit puis opina. Harry aura d'autres arguments à lui fournir s'il faisait la fine bouche.
-Très bien acquiesça Dumbledore, sixième et septième années, c'est d'accord.
-Et cinquième année s'ils veulent s'inscrire, surenchérit le nouveau professeur de Défenses Supérieur.
-A condition que les parents approuvent, je ne veux en aucun cas avoir le ministère sur le dos.
-C'est ok pour moi, dit Harry en se levant.
-Tu peux commencer quand ? demanda Albus, pressé d'en finir au plus vite et surtout avant qu'Harry change d'avis sinon Lucius et Remus pourraient le lui reprocher.
-Mercredi, il me reste deux jours pour préparer mes affaires.
-Je vais te faire voir où se trouve ta classe, il y en a plusieurs de libres dans les cachots, les murs y sont plus épais, les frondaisons plus solides et les salles plus grandes, si tu as besoin de quoi que ce soit demande à Argus, il te le portera.
-Inutile de venir avec moi, je connais bien les lieux, sourit Harry.
En sortant du bureau directorial, le gryffondor alla directement dans les cachots visiter les classes vides. Il en choisit deux situées au fond des cachots, bien après les classes de potions de Snape et des quartiers des serpentards.
L'une était immense, pile ce qu'il avait besoin pour ses cours. L'autre, plus petite, allait lui servir de bureau. Quant aux appartements il n'en avait pas l'utilité puisqu'il avait une maison bien à lui à Pré-au-Lard. Harry appela les elfes de l'école et leur demanda s'ils auraient le temps de nettoyer les deux classes pour le lendemain.
Le jeune homme aurait de beaucoup préféré avoir un autre endroit pour ses classes, se retrouver dans les cachots allait poser des problèmes, il en avait conscience. Snape n'allait pas digérer la nouvelle, pire, il allait croire qu'il avait tout manigancé pour l'emmerder. Bon ce n'était pas tout à fait faux, il jubilait d'avance de voir la tête du maître des potions quand il allait apprendre ça. Il allait être furax et devenir tout rouge, ses yeux allaient étinceler de rage et il allait fumer comme une cocote minute…un vrai plaisir, sourit Harry qui sourit d'avance de voir l'homme dans cet état.
Les elfes se mirent de suite au travail avec force courbettes jusqu'au sol, nez au plancher, oreilles tremblotantes et hochements de tête. Harry les remercia chaleureusement puis quitta l'endroit lugubre en se promettant de l'égayer un peu. Personne ne pouvait nier que les cachots étaient à grelotter d'horreur et de froid, sauf Snape peut-être qui était dans son élément naturel.
En arrivant chez lui, Harry fit une liste pour ses cours futurs : des mannequins, prévoir des murs capitonnés pour ceux qui allaient venir s'y écraser, du chocolat de bonne qualité, des potions antidouleur et d'autres plus spécifiques, pour ça il demandera à Snape par parchemins interposés ou, au cas échéant, à Pompom. Des coussins, continua le survivant qui allongea sa liste jusqu'à ce qu'il soit certain qu'il aura de quoi assurer ses premiers cours.
Il avait déjà quelques idées. Cela ne sera pas facile de tout mettre au point mais les difficultés il en faisait son affaire puisqu'il était plus performant dans ces cas-là. Maintenant il allait pouvoir aller de l'avant et tout mettre en œuvre pour repartir d'un bon pied dans sa vie professionnelle inexistante jusqu'à maintenant. Une façon de renaître et de tout recommencer. Déconnecter, reconnecter.
Il y a des choses dans sa vie qu'il n'allait pas oublier mais il n'allait pas en faire un leitmotiv qui allait le noircir de l'intérieur. Il allait le prendre cool et sourire à nouveau voilà pourquoi au lieu de rester enfermé chez lui la plupart du temps, il avait accepté le travail de professeur que Dumbledore lui avait proposé.
Quant aux blessures sur son corps, malgré les sortilèges de guérison, elles n'avaient pas voulu disparaître. Finalement ce n'était pas un souci, il n'en avait pas honte, elles étaient les traces de son passé pas si lointain. Il ne regrettait rien, hormis la mort de Sirius, son parrain, mais là il ne pouvait rien faire, la plaie était encore béante dans son cœur et le restera sans doute à tout jamais.
Harry se coucha très tard, cette nuit-là. Il avait du pain sur la planche et ce n'était pas pour lui déplaire. Il prendra quand même du temps pour Annabelle et Lucius qui eux aussi pourront lui rendre visite à Poudlard quand il finira tard ou chez lui, à Pré-au-Lard quand il aura terminé ses cours de la journée.
Le lendemain soir, après une journée de dingue, Harry quitta sa maison, alla dans le Londres moldu et acheta un repas pour deux : soufflé au fromage, cailles rôties et tarte aux pommes, puis alla sonner chez son amie qui l'accueillit à bras ouverts, heureuse de le voir.
-J'ai apporté le dîner, sourit le jeune homme, je me suis dit qu'une petite soirée à deux te ferait plaisir.
-Tu as eu une super idée, je vais mettre la table et réchauffer ton plat.
-J'ai trouvé du travail, lui apprit Harry alors que Nana posait les plats au délicieux fumé sur la table avec deux bierraubeurre.
-Vrai ! C'est une bonne nouvelle, Harry.
-Je trouve aussi.
-C'est quoi ?
-Professeur à Poudlard.
-Je suis sure que tu vas bien t'en sortir, tu as un don avec les jeunes.
Dans les cachots de Poudlard, à la même heure, Lucius regardait Severus et fronça le regard, pas très sûr de savoir s'il devait garder son calme ou au contraire s'énerver.
-Quoi ? demanda, ronchon, le maître des potions.
L'aristocrate soupira puis s'assit dans un des fauteuils du salon de son ami.
-Tu en es encore là ? Je me demande ce qu'Harry a pu te faire pour que tu continues de le haïr autant, je pensais qu'après notre dernière conversation tu aurais réfléchi. Tu en deviens ridicule, un gosse qui cherche vengeance…..
Snape grogna.
-Et toi qu'est-ce que tu as à le défendre à tout propos ?
-Ne confonds pas tout, Severus, Harry est un ami, de plus je ne suis pas borné, moi !
-Moi non plus, se défendit avec une mauvaise foi évidente le potionniste aux yeux noirs.
Lucius Malfoy ricana.
-Je dois ma liberté à Harry, je ne serais pas un ingrat envers lui, tu devrais faire de même, Severus.
-Faire ami avec Potter n'est pas dans mes priorités, Lucius, j'ai des choses plus urgentes à penser et à faire.
-Comme quoi, t'acheter de nouvelles robes noires pour faire peur à tes élèves au point qu'ils en oublient comment faire une potion ?
-Moques-toi, ce n'est pas toi qui doit gérer l'école avec McGonagall et Dumbledore qui deviennent de plus en plus gâteux et j'ai deux enfants à m'occuper, ils ont besoin de moi.
-Bientôt tu seras sous-directeur de Poudlard, je ne vois pas pourquoi tu te plains !
-J'ai envie de vacances, moi, pas que Minerva me donne sa place.
-A d'autres ! Tu n'en as jamais pris de ta vie, et avoue que ça te plaît d'avoir une nouvelle fonction ici ?
-Et alors, bougonna l'homme.
-Trêve de plaisanterie, il faut absolument que tu changes d'avis envers Harry.
-Donnes-moi une bonne raison, Lucius, tu sais que je hais ce gamin. Il m'insupporte quand il apparaît devant moi, j'ai l'irrépressible désir de tordre son joli petit cou. Il est…..inutile que je te fasse un dessin, tu as très bien compris ou je voulais en venir.
Lucius haussa un sourcil en pensant que Severus sera à tout jamais un indécrottable foutu homme borné.
-Je ne crois pas que tu as envie de tordre son cou, je pense plutôt que tu as d'autres idées plus perverses les unes que les autres à son encontre.
-Rha…..il faut toujours que tu ais le dernier mot !
-Comment vont les garçons ? La rentrée de Pierce c'est bien passée ? demanda Lucius qui changea de sujet pour ne pas froisser son ami plus que nécessaire.
-Oui, tu ne devineras jamais qui est son institutrice ?
-Aucune idée !
-L'amie de Potter.
-Annabelle ?
-Oui.
-Ton fils a de la chance, elle a beaucoup de patience avec les petits, elle aussi a repris son activité depuis peu. C'est une jeune femme douce, Pierce est entre de bonnes mains, ne t'inquiète pas pour lui.
-Je m'inquiète plus pour Jérémy, il porte mon nom, à Poudlard on ne lui fera pas de cadeau, notamment Potter.
-Jamais de la vie il ne s'en prendra à un enfant, tu perds la tête, Severus ! Ne le confond pas avec toi.
