Haine 4

-Ton ami Potter, cracha Snape, est un gamin fouineur qui n'a pas hésité à voler des ingrédients dans ma réserve. Il me nargue quand il passe devant moi et me lance des piques venimeuses et odieuses. Et encore je ne te raconte pas tout, on pourrait y passer la journée.

-Et toi ?

-Quoi moi ?

-Tu ne lui lances jamais de piques méchantes ? Tu ne l'insultes pas à longueur de temps ? Tu ne lui as pas pourri la vie pendant des années ?

-Ah, je savais que tu allais prendre son parti ! Je ne sais même pas pourquoi je discute de cet avorton avec toi.

-Je ne prends pas son parti, Severus. Je dis qu'il n'est pas le seul responsable de votre inimitié et Harry n'est pas un avorton ou alors c'est que tu ne l'as pas bien regardé.

-Si tu veux côtoyer Potter, grand bien te fasse mais je ne suivrais pas tes conseils sur ce coup-là, avertit le maître des potions qui semblait de plus en plus irrité. Potter est une épine dans mon pied, un fardeau, une verrue sur un nez, on ne se supporte pas et ce depuis des années alors je ne vois pas pourquoi on changerait de comportement !

-Fais à ta guise, souffla Lucius, mais ne viens pas te plaindre si un jour tu changes d'avis sur lui.

-Plutôt mourir, cracha Snape. Potter est et restera toujours un petit con.

Lucius Malfoy quitta les cachots une demi-heure plus tard. Severus était un cas désespéré, il ne savait plus comment le faire changer d'avis sur Harry. Il devait insister et foi de Malfoy il allait réussir à réunir ces deux andouilles, il ne savait pas encore comment mais il allait y travailler plus durement encore.

Albus Dumbledore y avait pourvu en offrant un poste à Harry à Poudlard, il avait même poussé le vice à l'installer dans les cachots, le vieux malin, ce que Severus ignorait encore. Ça allait être explosif et inoubliable, ricana l'aristocrate, de plus il allait être aux premières loges pour voir le feu d'artifice, ça promettait de fameuses journées.

Dans ses cachots, Snape fulminait littéralement. Il envoya valser son verre qui s'écrasa contre un mur. Lucius et ses foutues idées ! Qu'est-ce qui lui prenait à cet imbécile ? Comme si lui, l'ancien mangemort et espion pour l'ordre allait devenir ami avec l'idiot prétentieux, le nain à lunettes, le poulpe sans neurones, le…..Rha, il allait le rendre cinglé !

Snape hurla de rage. Jamais, jamais une telle chose n'arrivera tant qu'il sera en vie même s'il savait au fond de lui qu'il aurait aimé que les choses changent entre Potter et lui.

Le soir suivant, Harry s'installa à la table au fond du pub et Dédalus lui apporta une bouteille d'Absydia-Verda qu'il ouvrit devant lui. Le jeune homme regarda la fumée verte sortir de la bouteille que le tenancier posa sur la table, des bulles éclatèrent à l'intérieur avant de sortir et de s'éparpiller dans l'établissement.

-C'est une très bonne année, monsieur Potter, avertit Dédalus en ajoutant deux petits verres à pied finement ouvragés qu'Harry n'aurait jamais pensé trouver ici.

-N'avais-je pas demandé un whisky ? interrogea le jeune homme, étonné d'un tel étalage pour le moins étrange et formel.

-Monsieur Malfoy a décommandé votre whisky, monsieur Potter, dois-je quand même vous le porter ?

-Non, ça ira, merci, Dédalus.

Le tenancier s'en alla tandis que l'aristocrate s'asseyait sur la chaise face à Harry.

-Bonsoir, Lucius, je ne t'attendais pas ce soir….

Lucius posa sa canne et versa la boisson fumeuse dans les petits verres. Le jeune homme garda pour lui qu'il ne connaissait pas cette boisson, il n'avait pas envie de se rendre ridicule.

-J'ai appris que tu allais devenir professeur à Poudlard ? J'ai appuyé la demande de Dumbledore, avoua avec franchise Lucius qui savait Harry réfractaire aux mensonges et dissimulations de tous poils.

-Tu as su ça pendant ta réunion de Poudlard ?

-Tu ne me tiendras pas rigueur si j'ai intercédé en ta faveur ? Je suis certain que ce poste était pour toi, tu feras un très bon professeur de Défense Appliquée, Harry.

Le survivant prit son verre et trempa ses lèvres pour goûter le liquide vert.

-Hum, c'est délicieux, dit-il surpris du bouquet fort et parfumé qui envahissaient peu à peu ses papilles.

-J'aime aussi cette boisson, approuva l'aristocrate à qui il n'avait pas échappé que le jeune homme n'avait pas répondu à sa question.

-Albus et toi jouez avec le feu….

-Tu parles de Severus ?

-Nous mettre ensemble dans un même lieu est, comment dire, dangereux et irresponsable.

-Severus devra bien s'y faire.

-On parle de Snape, il ne s'y fera jamais, cela dit on verra bien.

-Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

-Que je rendrais coup pour coup s'il décide de me déclarer la guerre.

-D'accord, cessons de parler de Severus ce soir et passons un bon moment en dégustant cette bouteille d'Absydia-Verda.

-Tout à fait de ton avis !

-J'ai entendu dire que le ministère aurait besoin de changement, des rumeurs courent sur Fudge et ses acolytes…..

-Fudge et un imbécile pompeux, tout le monde dit ça aussi, mais personne ne bouge.

L'aristocrate sourit derrière son verre.

-Quant aux rumeurs, ricana Harry, je suppose que tu n'y es pas étranger ?

Malfoy éclata d'un rire clair et franc.

-On ne peut rien te cacher !

-Donc je ne peux que soupçonner que tu as une idée précise derrière la tête et que tu sais déjà qui prendra la place tant convoité ?

-J'ai, en effet, plusieurs idées.

-Tu n'en fais pas parti ? demanda innocemment le jeune sorcier.

-Non.

-Donc je présume encore que tu préféreras rester dans l'ombre pour tirer les ficelles ? Ce qui, soit dit en passant, est plus ton style, tu y excelles.

Lucius Malfoy ne répondit pas, Harry avait une fois de plus deviné la vérité, il était très intelligent, plus encore que ce qu'il croyait. L'aristocrate remplit à nouveau les verres et la conversation continua jusqu'à une heure avancée de la nuit. Lucius promit au jeune homme qu'il irait le voir à Poudlard quand il aura pris ses fonctions, ce à quoi Harry répondit qu'il y aurait toujours une bonne bouteille pour le recevoir.

Le mercredi matin Harry Potter quitta sa petite maison et transplana devant les grilles de Poudlard aux sangliers ailés et marcha tranquillement jusqu'à la grande porte cloutée qui s'ouvrit sur un Argus Rusard renfrogné et aux longs cheveux filasses sans couleur définie.

Le brouhaha qui parvint de la grande salle indiqua au nouveau professeur que tous étaient occupés à se remplir le ventre avant de débuter leur longue journée de cours.

-Le directeur vous attend, monsieur Potter, il doit vous présenter…

-Je m'en serais bien passé, maugréa le jeune homme en se dirigeant vers la salle à manger.

-Non, par l'arrière, le coupa dans son élan Rusard. Je vous montre le chemin aujourd'hui, ensuite à vous de vous débrouiller.

-Toujours aussi aimable, murmura Harry en suivant le cracmol et miss Teigne qui venait d'apparaître au détour d'un couloir.

-La porte, désigna Rusard d'un doigt sec et nerveux avant de faire demi-tour et de laisser le nouveau professeur face à une porte qu'il n'avait pas envie d'ouvrir.

-Courage, marmonna-t-il, tu es un courageux gryffondor, et puis qu'est-ce que tu risques de l'autre côté ?

-Harry ! Nous n'attendions plus que toi, l'accueillit Dumbledore quand le survivant montra le bout de son nez. Prends place je te prie et profites du petit-déjeuner avant que je te présente à tes futurs élèves.

Un cri rageur, que dis-je, abominable, sortit de la gorge du maître des potions qui repoussa sa chaise d'un geste vif et qui quitta les lieux à grandes enjambées colériques en insultant à voix basses le directeur et l'idiot de Potter et son sourire d'abruti.

Albus Dumbledore soupira et Harry arbora un sourire bienheureux qu'il ne chercha même pas à cacher. Voir Snape piquer sa crise de nerf valait bien l'effort qu'il venait de faire en entrant dans cette salle. Le serpentard devait le maudire en ce moment et le menacer de tous les maux de la terre. Il devait même imaginer quelques sortilèges de magie noire à lui lancer en douce. Peut-être le fera-t-il, Harry n'attendait que ça pour avoir un prétexte et lui rendre la monnaie de sa pièce.

En fait Snape était fou de rage, il arpentait ses appartements, claquant ses chaussures sur le sol inégal, envoyant des imprécations maudites contre le vieux fou et Harry, faisant voltiger ses robes autour de ses jambes en crachant des injures. Subitement le maître des potions cessa de marcher, il marmonna, eut un rire mauvais puis sortit dans les couloirs et en revint quelques secondes plus tard, satisfait de lui et de sa bonne idée.

Dans la grande salle, Harry prit place entre Remus et Lucius qui le saluèrent avec un plaisir évident.

-Ne t'inquiète pas pour Severus, chuchota le maraudeur, il se calmera, ajouta-t-il sans vraiment connaître la haine profonde qui existait entre le gryffondor et le serpentard.

-Belle entrée, Harry, s'amusa Lucius Malfoy, je suis certain que Severus a apprécié.

-Je ne savais pas que tu serais là !

-Un truc à voir avec le directeur, je repars de suite après et à vrai dire je ne voulais pas manquer ton entrée dans la salle. Pour rien au monde je n'aurais loupé la tête de Severus.

-Ouais, en tout cas si tu veux t'approcher de Snape aujourd'hui, pense à prendre un bouclier, il doit être furax.

-Il l'est, tu peux en être sûr vu comment il est sorti de la salle. Je ne l'avais jamais vu aussi remonté depuis que je le connais.

-Je suis pratiquement certain qu'Albus ne l'avait pas averti de mon arrivée, je me trompe ?

-Il aura voulu éviter une explication tumultueuse, sourit le lycan. On sait tous que Severus est un sanguin et qu'il démarre au quart de tour quand il s'agit de toi.

-Ouais, il n'y a que toi qui as su l'apprivoiser, je me demande comment tu as fait ?

-Lucius aussi est un de ses amis, je ne suis pas le seul, tu sais !

-Je sais bien, je t'avoue que cet abruti de Snape me tape sur les nerfs, je ne sais pas comment vous faites pour le supporter, Lucius et toi.

-Il faut apprendre à le connaître, Harry, et tu verras bien des choses, il en vaut la peine, crois-moi !

Paroles pleines de bon sens du loup-garou, approuvé par l'aristocrate qui secoua gravement la tête.