Haine 5
-Apprendre à le connaître, marmonna Harry en se dirigeant vers son bureau dans les sombres cachots de la chauve-souris acariâtre. Il en avait de bonne, Remus. Jamais il ne sera ami avec cet idiot de Snape, quand est-ce qu'ils allaient se mettre ça dans la tête, lui, Lucius et Dumbledore ? Jamais, ça ne voulait bien dire jamais, non ?
Un hurlement retentit dans les cachots, un hurlement qu'on entendit au loin tellement il était puissant. Harry retira sa main du bouton rougeoyant de la porte qui menait à son bureau et la tint entre ses cuisses serrées pour endiguer la douleur insupportable qui pulsait dans sa chair, une douleur qui insista pour rester et qui lui amena des larmes aux yeux.
Harry cracha des insultes silencieuses vers le bâtard graisseux qui devait se gausser de lui derrière sa propre porte. Le gryffondor prit son courage à deux mains et alla frapper sans douceur contre le battant en bois de Snape en hurlant son nom sans discontinuer jusqu'à ce qu'il lui ouvre de gré ou de force.
-Monsieur Potter…
Le serpentard n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il reçut sur le nez un phénoménal coup de poing qui lui cassa l'appendice, net, dans un craquement sinistre. Le jeune homme secoua sa main valide plusieurs secondes et grimaça, puis, sans un regard pour le maître des potions, il regagna ses quartiers, ôta le sortilège malfaisant que Snape avait posé et y installa à la place un système d'ouverture magique par la voix. Moins dangereux pour lui, pensa-t-il avant de partir vers l'infirmerie pour soigner sa main de plus en plus douloureuse et qui avait triplé de volume en à peine quelques minutes.
-Monsieur Potter, gronda madame Pomfresh, comment avez-vous pu vous blesser alors que vos cours n'ont pas encore commencé ? Voilà un mystère de plus à votre actif, je ne vois pas pourquoi je suis étonnée, après tout !
-Un simple accident, répliqua Harry qui préféra garder pour lui l'implication de Snape dans ses déboires. Ceux-ci ne regardaient qu'eux.
-C'est un sortilège de magie noire….
-Je voulais vérifier quelque chose.
-La prochaine fois, vérifiez en prenant des précautions, ajouta-t-elle en revenant vers Harry avec une petite fiole au liquide couleur foncée qu'il but d'une traite avant de voir sa main dégonfler et la douleur disparaître en quelques minutes à peine. Donc le sortilège de Snape n'était pas un des plus agressifs sinon jamais il n'aurait disparu aussi vite, s'interrogea le jeune professeur.
C'était la première fois qu'ils en arrivaient à de telles extrémités, et ce n'était pas prêt de s'arrêter. Harry revint vers sa salle de classe et prononça silencieusement son mot de passe puis fit entrer ses premiers élèves qui attendaient devant la porte en discutant.
-Posez vos affaires contre le mur, demanda le nouveau professeur, et installez-vous sur les coussins, j'expliquerai tout quand tout le monde sera là.
Les serdaigles et les gryffondors obéirent en se posant des questions. Ils étaient impatients et fébriles d'apprendre avec le grand Harry Potter.
-Bien, fit le survivant en regardant les visages tendus vers lui. Aujourd'hui je vais vous apprendre le fonctionnement de cette nouvelle classe. Seuls les septième et sixième années seront acceptée ici, j'autoriserai les cinquième années avec l'autorisation de leurs parents, pour cela je mettrai une affiche dans l'entrée du château avec une date limite d'inscription. Ici il n'y aura ni chaise, ni bureau, seulement des coussins pour amortir vos chutes. Je signale qu'il sera interdit d'utiliser les sortilèges que je vais vous apprendre contre vos camarades, celui qui désobéira sera renvoyé du cours dans la seconde sans espoir de retour. Pour prendre des notes, rien de plus facile, tout sera retranscrit sur le tableau, je vous enseignerai comment faire passer mes notes sur votre parchemin sans utiliser de plume.
Quelques étudiants sourirent, pensant s'en sortir sans fatigue.
-Inutile de vous réjouir, quand vous sortirez de ce cours vous serez sur les rotules, priant pour ne plus revenir. Ce sera long et difficile, je ne vous le cache pas c'est pour cela qu'en sortant vous aurez tous une potion revitalisante à boire, ainsi vous pourrez poursuivre vos autres cours en pleine forme, s'amusa Harry qui voyait déjà des mines satisfaites s'éteindre au fur et à mesure de son petit discours.
Une heure et dix minutes plus tard le professeur de Défenses Appliquées ferma la porte derrières ses premiers étudiants ravis de ce qu'ils venaient d'apprendre même si aujourd'hui ce n'était qu'une mise en place et un test pour savoir ce qu'ils étaient capables d'accomplir avec une baguette magique.
Severus Snape, lui aussi regardait d'un œil noir ses propres élèves quitter sa classe en silence. Il avait mal au crâne et il était certain que cela venait du coup qu'il avait reçu sur le nez, l'œil au beurre noire qu'il se trimbalait en attestait s'il fallait une preuve. L'avorton avait une sacrée droite. Il s'était soigné seul et là il allait avoir besoin d'une autre potion antidouleur avant de recevoir une autre bordée de cornichons insupportables.
Il ne se cachait pas qu'il avait espéré que le foutu gryffondor allait fuir dans les étages de Poudlard, mais non, il restait dans les cachots juste pour le défier un peu plus avec la complicité du vieux sénile. Il n'avait pas dit son dernier mot, des idées pour le faire déguerpir il en avait plein le chaudron et Potter allait souffrir.
-Comment se sont passé tes premiers cours ? demanda Albus en entrant dans le bureau d'Harry alors que les derniers étudiants quittaient la classe.
- Très bien, Albus, pas une seule fausse note.
-Je suis heureux de l'entendre, Harry.
-Je prépare l'affiche pour les cinquièmes années, je la mettrai en montant tout à l'heure.
-Tu vas avoir un surcroit de travail mais je pense que tu es capable d'y parvenir.
-Toujours là ? fit Remus en entrant à son tour dans le bureau du survivant, comment était ce premier jour ?
-Super, je pense que je vais aimer ce rôle de professeur, j'ai même réfléchi, ajouta Harry en s'adressant à Albus qui était encore là, si la proposition de l'appartement tient toujours je vais l'accepter, cela m'évitera des allers retours inutiles.
-Il reste en effet un logement professoral dans la tour gryffondor et un autre ici même au fond du couloir, lui proposa avec bonne humeur le directeur. Messieurs je vous laisse, Minerva a besoin de moi et je ne veux pas la faire attendre, on se verra certainement au dîner ?
-Tu m'accompagnes ? demanda Harry à Lupin.
-Tu veux visiter ton nouveau logement ?
-Oui, plus vite ce sera fait et plus vite je serais tranquille, opina le jeune homme en sortant de son bureau suivit de Remus.
-Lequel veux-tu voir en premier ?
-A ton avis ?
Remus Lupin rigola doucement.
-Il est sérieux, là ? gronda Harry devant la minuscule pièce dans la tour gryffondor. Il n'y a même pas de quoi faire une chambre ! Tu es certain que c'est ici, qu'on ne s'est pas trompé d'endroit ?
-Non, c'est bien ici, Harry, je suppose que les autres quartiers sont déjà pris.
-Ouais, je ne sais pas pourquoi mais j'ai comme un doute !
-Que veux-tu dire ? qu'Albus t'aurait induit en erreur, pour quelle raison ?
-On va dire que je n'ai rien dit mais je n'en pense pas moins !
-Allons visiter les appartements des cachots, peut être que tu seras moins déçu, qu'en penses-tu ?
-Hum…quelque chose me dit qu'ils iront bien, que cette chambre sera parfaite pour moi et que j'aurai de la place, se moqua Harry qui commençait à entrevoir un odieux complot contre lui.
Effectivement, ils étaient tout simplement parfaits.
-Je crois qu'il est inutile de chercher plus loin, tu veux que je t'aide à déménager tes affaires ? Il me reste du temps de libre ce soir.
-Je veux bien, Remus, avec un voyage cela sera suffisant.
Une heure plus tard les deux grandes malles d'Harry se trouvaient au centre de son nouveau salon, mais avant de les déballer il voulait faire quelques modifications pour avoir un appartement plus chaleureux.
-On se voit au dîner ? demanda le lycan avant de disparaître pour finir de corriger ses copies.
Harry regarda sa chambre qui était grande. Le lit collé contre le mur avait l'air confortable et les draps et les couvertures sentaient le frais, Albus savait qu'il allait choisir cet endroit. Les elfes avaient tout nettoyé, sur la demande du directeur, certainement.
Le jeune sorcier ajouta deux grands tapis pour garder ses pieds au chaud le matin, il mit un fauteuil supplémentaire et une fenêtre trompe-œil qui représentait un paysage d'été. Il rangea ses vêtements dans la grande armoire et ses sous-vêtements dans la commode au-dessus de ses chaussettes et de ses écharpes.
La salle de bain était claire, pas de baignoire mais une grande douche à l'italienne, un lavabo en forme de coquillage, des placards pour ranger les serviettes et au sol des tapis épais, rien à redire, pensa le nouveau professeur qui se dirigea maintenant vers le salon immense qui servait aussi de bureau.
La cheminée s'alluma, il y posa une grosse bûche que les elfes avaient empilée dans un coin puis finit de s'installer en ajoutant deux lampes, des tapis et des photos. La pièce paraissait toujours vide, pensa le gryffondor, il demandera aux elfes de lui trouver des étagères, un secrétaire et une bibliothèque pour ranger ses livres, pour le reste il verra à Pré-au-Lard. D'ailleurs, sourit Harry il avait encore le temps d'y aller, il faudra qu'il pense à s'acheter du café et se faire un coin sympa pour quand il aura des fringales le soir. Harry prit un parchemin et nota les achats à faire puis changea d'avis et décida d'y aller le lendemain matin.
Oui bon d'accord, pensa Harry en regardant autour de lui, il se trouvait dans les cachots de Snape, bien trop près de la chauve-souris acariâtre et il n'en était pas particulièrement ravi. Albus Dumbledore avait bien manœuvré mais il n'avait pas encore dit son dernier mot. Quant à Snape il ne perdait rien pour attendre.
Cet ignominieux maître des potions qui passait son temps à le dénigrer, à le mettre plus bas que terre avait fini de profiter de sa tranquillité. La tornade Potter était dans les lieux et elle n'était pas prête d'en sortir.
Le soir venu, Snape entra dans une maisonnette délabrée et pénétra dans la cuisine où se trouvaient deux garçons, l'un lisait silencieusement un livre tandis que le plus jeune jouait avec de petits personnages que le serpentard lui avait offert, près du poêle allumé et qui réchauffait la pièce agréablement.
-Ils viennent de diner, professeur Snape, le prévint Amélie, une vieille elfe de maison que ses maîtres avaient jeté dehors à cause de son âge avancé et qu'il avait sauvé d'une mort certaine. Ils allaient monter se coucher.
Pierce sourit en voyant Severus, un sourire heureux tandis que Jérémy semblait de plus en plus lointain.
-Tout se passera bien, assura l'homme en s'approchant de l'aîné. Je ne serais jamais loin de toi à Poudlard.
-Ils vont me massacrer….
-Je ne les laisserai pas faire, je t'en fais la promesse.
Le garçon de onze ans opina.
-Veux-tu qu'on te donne un autre nom ? Si cela peut te rassurer je demanderai à Albus Dumbledore…
-Non, s'écria Jérémy, je garde notre nom, Snape me va très bien. Je suis fier de porter ton nom, papa.
-Merci, mon chat, demain nous irons acheter le reste de tes affaires pour Poudlard, as-tu décidé de ce que tu veux comme animal de compagnie ?
-Je ne sais pas encore.
-Nous passerons à l'animalerie magique, tu trouveras certainement une boule de poil qui deviendra ton plus grand ami.
-Et moi ? demanda Pierce en lâchant ses jouets, soudain intéressé.
-Quand tu entreras à Poudlard tu auras toi aussi un familier, mais tu as quelques années encore à attendre, chaton, répondit Snape en ébouriffant les cheveux du plus jeune enfant pour atténuer son refus.
