Haine 6
Le matin suivant le serpentard aux yeux noirs, pestait, seul dans son bureau, contre Potter qui avait élu définitivement domicile dans les cachots, SES cachots. Un droit octroyé aux Serpentards et uniquement à eux depuis des centaines d'années. Décidemment Potter se croyait tout permis dès qu'il mettait un pied dans le château.
Cet abruti sans cervelle au QI d'un escargot l'avait fait exprès pour l'énerver encore plus. La rage qui l'animait depuis plus d'une heure ne voulait pas s'éteindre, il se sentait, encore une fois, capable du pire contre l'avorton qui se pavanait dans les couloirs en se prenant pour le roi du monde quand il ne se prenait pas pour le dandy de ses dames qui paradaient autour de lui tels des corbeaux aux griffes crochus pour savoir qui aura le droit à ses faveurs le soir.
Il n'était pas dit qu'il allait se laisser malmener, il n'était pas dit que le nabot aux magnifiques yeux verts allait avoir le dernier mot, lui aussi avait de la réserve et il allait s'en servir sans regret.
Harry arriva à Pré-au-Lard et alla s'acheter des tasses finement décorées, deux bougeoirs et des bougies. Il fit provision de café et de thé, de gâteaux secs, du vin et du whisky. Il fit aussi l'acquisition de verres à vin avant de repartir sereinement au château pour y ranger ses achats. Le jeune professeur eut la surprise de trouver une table et des chaises ainsi qu'une petite bibliothèque et des étagères déjà installées. C'était parfait, juste ce qu'il avait besoin pour finir de s'installer.
L'après-midi fut calme pour le jeune homme qui travailla sur des sortilèges pour ses futurs cours. La semaine se déroula assez vite et Harry fut plus qu'étonné que Snape ne se soit pas encore manifesté. Harry était certain que l'homme mijotait un mauvais coup et c'est pour cela qu'il restait sur ses gardes.
-Salut, Remus, sourit le survivant en s'asseyant à côté de lui pour prendre son petit déjeuner ce samedi matin.
-Tu es tombé du lit ? plaisanta le lycan.
-Non, je dois passer chez moi avant d'aller chez Fleury et Botts, j'ai besoin d'un libre ou deux et de nouvelles plumes, je n'avais pas prévu d'écrire autant, rit Harry en se servant un bol de café.
-Tu apprendras au fur et à mesure, moi non plus je ne pensais pas avoir autant de travail, mais finalement ce n'est pas si mal ! Cela occupe les journées.
-Hum, et ton copain avec lequel je t'ai aperçu il y a un mois, qu'est-il devenu, celui avec qui justement tu ne devrais pas t'ennuyer.
-Parti…..
-Tu plaisantes ?
-Non.
-Je suis désolé, Rem, je ne savais pas…..
-Je m'y suis fait, quand ils savent, ils prennent tous la fuite.
-Ce n'est pas juste pour toi.
-Non, Harry, ce n'est pas juste, c'est comme ça, c'est tout.
-Je suis sûr qu'il y a quelqu'un pour toi sur cette terre, tu verras !
Remus Lupin serra avec affection le bras du jeune professeur et un vrai sourire illumina ses traits fatigués.
-Il ne faut jamais désespérer, insista Harry.
-Rester seul n'a pas que des désavantages j'imagine.
-Ouais, parfois je le pense aussi.
Les deux sorciers se séparèrent une bonne demi-heure plus tard en se promettant de déjeuner ensemble le jour suivant.
-C'est l'heure, Jérémy, avertit le maître des potions. Tu auras deux jours pour visiter Poudlard et t'installer dans ton dortoir mais avant nous allons passer à l'animalerie magique, comme promis. Pierce est avec Amélie pour la journée, ainsi je ne suis là que pour toi, aujourd'hui.
Le jeune garçon de onze ans prit son sac tandis que Snape rétrécissait sa malle avant de quitter le minable logement qu'un imbécile avait tentait d'incendier pendant la nuit. Des menaces permanentes pesaient sur eux, voilà pourquoi il était occupé dans la semaine et surtout la nuit. Sécuriser et surveiller la maison était sa priorité pour que ses enfants puissent vivre tranquilles.
-Alors ? demanda le maître des potions en regardant Jérémy en extase devant un renard roux pas plus grand qu'un chaton vas-tu te décider à le prendre ?
-Je peux ?
-Evidemment que tu peux !
-Un Fenloup, bon choix, ajouta le vendeur. Il deviendra un ami fidèle et ce pendant de nombreuses années, ils vivent très vieux.
C'est accompagné du professeur Snape que Jérémy entra pour la première fois dans le bureau d'Albus Dumbledore après avoir déposé ses malles et son renard dans les quartiers de son père.
-Bonjour, jeune homme, assieds-toi, veux-tu.
L'enfant obéit en regardant autour de lui tous les objets insolites qu'il ne connaissait pas. C'était impressionnant, même le directeur de l'école l'intimidait avec sa longue barbe blanche et ses yeux bleus perçants qui ne le quittaient pas du regard.
-Minerva ne va pas tarder, Severus.
Deux minutes plus tard, la directrice des gryffondors faisait son entrée avec un gros grimoire entre les mains. Albus fit de la place sur son bureau afin qu'elle y pose le livre puis alla prendre le choixpeaux magique sur l'étagère.
-Ceci est exceptionnelle, la rentrée est passée aussi nous allons faire simple et ne pas embarrasser ton fils, Severus, prévint le vieil homme.
Minerva McGonagall prit le choixpeau qu'elle déposa sur la tête de l'enfant qui avait été prévenu par son père du rituel de la rentrée pour tout nouvel élève qui pénétrait dans Poudlard.
-Hum, fit le choixpeau magique, voilà un défi difficile à relever. Nous ne voulons pas aller à Poufsoufle ni à Serdaigle…..on se sent une âme guerrière, volontaire, avide d'apprendre.
Snape retint sa respiration, si son fils allait à gryffondor il faudra qu'il montre sa fierté et l'encourager dans sa nouvelle voie.
-Gryffondor, se décida le choixpeau au bout de longues minutes.
Le potionniste fit un signe à l'enfant, ravi de voir son fils enfin esquisser un sourire.
-Te voilà avec un gryffondor dans tes rangs, Severus, s'amusa Albus tandis que Minerva rangeait le choixpeau magique sur l'étagère.
-Monsieur Snape, fit soudain la vieille femme en s'adressant à Jérémy, c'est le professeur Potter qui vous montrera votre dortoir et votre salle commune, si vous avez des questions c'est à lui qu'il faudra les poser.
-Quoi ! fit le maître des potions, pourquoi Potter ?
-Il est le nouveau directeur de la maison gryffondor, Severus, l'avertit Albus, depuis ce matin. Minerva ayant décidé de prendre un peu de recul avant sa retraite nous avons pris cette décision et qui de mieux que Harry pouvait devenir directeur de la maison des rouges et ors ?
Snape n'ajouta rien mais il n'en pensait pas moins. Comment Potter allait agir avec Jérémy ? Un Snape ? Si jamais il touchait à un seul cheveu de son enfant il allait le sentir passer cette fois. Son fils était fragile, encore peu sûr de lui, incapable de se défendre quand on l'agressait. Il espérait sincèrement que dans cette maison il allait se faire des amis et que plus jamais il ne sera seul.
Harry revint deux heures plus tard du village, il eut juste le temps de déposer ses affaires dans ses quartiers avant de rejoindre Remus dans la grande salle qui résonnait de rire et de bruits de fourchettes en action.
Le jeune professeur allait s'asseoir quand il sentit un regard le brûler, il tourna lentement la tête et rencontra les yeux haineux de Snape qui le toisa des pieds à la tête en faisant une grimace d'horreur. Harry ricana et murmura un sortilège qui envoya sur le maître des potions le pot de café qu'il tenait à la main et qu'il allait reposer avant que le survivant entre dans la pièce.
Snape retint un cri de douleur. Le morveux avait osé ! Le potionniste plongea la main dans la poche de sa robe et avala d'une traite la potion antidouleur tandis qu'Albus Dumbledore nettoyait la maladresse du serpentard, croyait-il.
Severus Snape reprit un visage normal et continua de boire son café comme si de rien n'était. En réalité il ruminait une vengeance digne de ce nom contre Potter. Des idées il en avait, fallait juste trouver la bonne qui allait rendre l'avorton hors de lui. Au loin, à la table des gryffondor, un enfant n'avait rien perdu de la scène, il pria silencieusement pour que son père ne souffre pas trop et pour que le professeur Potter ne le lui fasse pas payer, car il savait que les deux hommes se haïssaient profondément.
-Pourquoi tu as agi ainsi ? murmura Remus à l'oreille d'Harry. Je sais qu'entre vous deux ce n'est pas au beau fixe, mais là c'est évident que la situation s'envenime. Harry, ce n'est pas…
-C'est entre lui et moi, Rem, je gère, le coupa le jeune homme avant d'en entendre davantage.
Le lycan n'ajouta rien, cependant une chose était certaine, ni l'un ni l'autre ne gérait leurs querelles et il avait bien peur que dans l'avenir cela allait dégénérer. Il était arrivé quoi pour qu'ils en arrivent là ? s'interrogea silencieusement le loup-garou. Avant ils se supportaient, il avait même pensé pendant un moment que leurs disputes avaient cessé, il s'avouait qu'il n'y comprenait plus rien avec ces deux têtes de mule et qu'il n'était pas au bout de ses surprises avec eux.
Le maître des potions quitta la table le premier pour éviter d'avoir devant les yeux le nabot à lunette et surtout pour changer ses vêtements qui sentaient le café froid.
Quand le jeune professeur de Défenses Appliquées passa devant les appartements de Snape pour rejoindre les siens, il se retrouva stupéfixé et tomba lourdement sur le sol en se traitant de tous les noms pour ne pas avoir été plus vigilant. Le vil maître des potions avait la rancune tenace, c'était certain qu'il n'allait pas digérer le café chaud renversé sur lui qui avait un petit peu ébouillanté ses bijoux de famille.
Harry s'inquiéta subitement de ce que l'autre tordu avait imaginé comme représailles, paniqua-t-il. Il savait la chauve-souris capable du pire et même plus pour lui nuire, en même temps il l'avait bien cherché.
Quatorze heures, le gryffondor se réveilla dans son lit avec un affreux mal de tête due à sa chute dans le couloir et à la bosse derrière son crâne. Le jeune homme se leva lentement et remit ses idées en ordre, sans faire de vague avec son cerveau encore endormi.
Snape ! faillit-il hurler dix secondes plus tard. Qu'est-ce que ce bâtard lui avait fait ? Merde, merde, il était mal là ! Harry courut à la salle de bain pour se regarder dans le miroir. Rien du tout sur le visage et rien sur le corps….que lui avait-il fait ?...une potion ? Comment savoir s'il lui avait fait avaler une potion contre sa volonté ?
-Ah, putain ! l'ignoble personnage, chauve-souris de mes deux ! Abruti fini, vieux salopard, attends que je mette la main sur toi !
En désespoir de cause, Harry prit une douche puis se jeta sur son canapé et voulut noyer sa déconvenue dans un verre d'alcool avant de se souvenir qu'il devait accueillir un élève dans sa maison. D'ailleurs il était en retard, de quinze minutes.
Le jeune professeur de Défenses Appliquées courut jusqu'à chez Albus et entra aussitôt qu'il entendit un « entre, Harry » souriant.
Un enfant, sagement assis, le regarda de ses grands yeux marron clair puis le salua en se levant de sa chaise.
-Harry, je te présente Jérémy, un nouvel étudiant pour la maison gryffondor.
-Bonjour, Jérémy, fit Harry avec un sourire.
-Il est dans tes nouvelles fonctions d'installer ce jeune homme et de lui expliquer la marche à suivre, ajouta le directeur de l'école. Peux-tu nous attendre dehors, Jérémy, demanda ensuite le vieil homme.
-Oui, professeur, obéit l'enfant.
-Harry….Jérémy est un enfant qui a beaucoup souffert, il est fragile et a tendance à s'isoler des autres. Il a été adopté par un homme, pour le sortir de la misère et du ruisseau où il se trouvait et surtout des coups qu'il recevait.
-Je ferai particulièrement attention à lui, Albus, vous le savez, merci de m'avoir prévenu…..
-Ce n'est pas tout, mon enfant….Tu ne m'as pas demandé comment il s'appelait.
-Est-ce important ?
-Oui, l'homme qui a adopté Jérémy est Severus, il est leur père adoptif.
-Leur ?
-Severus a deux fils, l'autre est plus petit, quatre ans je crois, il va à l'école de Pré-au-Lard. Harry….
-Jamais je n'ai fait de mal à un enfant, Albus, je ne commencerais pas maintenant, intervint le jeune homme avant que le directeur en termine sa phrase. Je sais ce que cela fait de se sentir rejeté.
-C'est ce que je voulais entendre.
-Snape peut être tranquille de ce côté-là !
Harry sortit du bureau d'Albus et avisa le fils de Snape qui l'attendait assis sur les marches.
-Allons-y, l'invita le professeur de Défenses, je vais te montrer ton dortoir, tu verras ils sont supers, la première fois que je les ai vu quand j'avais ton âge j'ai souri comme un idiot tellement j'étais heureux.
-C'est vrai ?
-Oui, et tout le long de mes années à Poudlard cela ne s'est pas démenti.
-Mon papa dit que les gryffondors sont courageux….
-C'est vrai, autant que les serpentards.
-Vous n'aimez pas mon papa, hein ? professeur.
-C'est lui qui te l'a dit ?
-Non.
-C'est entre lui et moi, Jérémy, je ne m'en prendrai pas à toi si c'est ce qui te tracasse.
-Il est gentil, vous savez….
Harry ne raconta pas les années à Poudlard ou Snape l'avait avili et crié dessus, il ne parla pas des chaudrons à nettoyer jusqu'à pas d'heure et pourtant lui aussi n'avait que onze ans.
Une demi-heure plus tard, Harry laissa Jérémy dans son dortoir avec Hippolyte, un autre garçon de onze ans. Les deux jeunes s'étaient vite trouvé des points communs. Il avait fait promettre au fils de Snape de venir le voir s'il en sentait le besoin et qu'il était toujours dans son bureau ou dans ses appartements le soir.
Le professeur aux yeux verts rentra chez lui, s'interrogeant malgré lui sur Snape et sur ses deux fils. Pourquoi cet homme acariâtre avait adopté deux enfants ? Il avait toujours pensé qu'il ne les aimait pas, ou alors il avait loupé un épisode ? Harry pensa soudain que Jérémy n'allait pas se faire que des amis dans Poudlard, s'appeler Snape n'allait pas être de tout repos, surtout chez les gryffondors que l'homme méprisait cordialement.
Harry alla ouvrir quand on frappa à sa porte.
-Lucius ! s'exclama le jeune homme en laissant l'aristocrate entrer dans son salon.
-Est-ce que je te dérange ?
-Non, pas du tout, en fait j'allais me servir un bon verre de vin, tu m'accompagnes ?
-Avec plaisir, acquiesça Lucius en s'installant dans un fauteuil.
Harry alla chercher les verres ainsi que la bouteille puis s'assit à son tour, heureux de passer un bon moment avec un ami.
-Délicieux, approuva Lucius Malfoy, fort et fruité à la fois…
-Je me suis fait aider pour le choisir, je dois bien avouer que je les apprécie énormément mais je suis absolument nul quand je dois les acheter seul.
-Avec le temps tu y arriveras, Harry. Le vin, vois-tu, c'est comme les femmes, il faut apprendre à les connaître pour en apprécier toute la saveur.
-Pour moi ce sera un homme, précisa le jeune professeur, cependant je suis assez d'accord avec le principe.
-Je croyais que tu n'aimais que les femmes ? s'étonna faussement l'aristocrate. N'avais-tu pas une femme dans ta vie il y a quelques jours ?
-C'est exact, mais depuis deux ans j'alterne les deux genres et je dois dire que les hommes ont ma préférence. Et si tu n'en as pas entendu parler c'est normal, j'essaie de rester discret sur ma vie privée.
-Je te remercie de ta confiance et je garderai cette information pour moi.
-Je te remercie, répondit le gryffondor en s'installant plus confortablement dans son canapé.
-Comment c'est passé ta première journée de travail, pas trop de pression ?
-Non, tout va bien, j'ai déjà pris mes marques et les étudiants sont assidus. Pour l'instant on revisite les sortilèges basiques mais la semaine prochaine ça va se corser pour eux, certains vont regretter d'être venus, s'amusa le jeune professeur.
-Tu vas leur apprendre exclusivement des sortilèges de défense ? interrogea le serpentard, curieux de savoir comment Harry allait gérer ses cours.
-Non, j'ai bien l'intention de leur inculquer des sorts d'attaques…..vas-tu me dire que c'est une mauvaise idée toi aussi ?
-Pas du tout, bien au contraire !
-Donc tu ne penses pas que c'est une incitation à se battre comme le ministre le prétend ?
-Non, les sortilèges de défense ne font pas tout, j'en sais quelque chose
-Que ferais-tu pour remédier au laxisme du ministre ? s'enquit Harry qui voyait avec rage de mauvaises personnes en haut lieu commencer à contester ses cours et à vouloir lui mettre des bâtons dans les roues. J'en ai marre de leurs bêtises monumentales.
-Mon cher Harry, j'y travaille d'arrache-pied et je peux te dire que nous allons avoir du changement. Bientôt il ne t'ennuiera plus
-Il ne tarde d'y être et de voir la tête de Fudge et de ses sbires quand ils seront déchus de leur droit.
-Un bon renversement de gouvernement prend du temps, inutile de risquer de perdre la main, Harry. Fudge est déjà déstabilisé, le temps fait son œuvre, aucun doute que je vais réussir.
-Tant mieux !
La discussion entre les deux hommes dura de longues heures, ils refirent le monde avec sérieux et parfois avec dérision, imaginant le ministre actuel en elfe de maison ou en gobelin, nettoyant et astiquant le pub de Tom en se faisant houspiller par les clients qui avaient une dent contre lui.
