Haine 7

Le lendemain Harry ouvrit les yeux vers dix heures du matin, persuadé qu'il était mort. Il cligna des paupières et regarda son plafond. Mort non, seulement groggy, pensa-t-il en imaginant les deux bouteilles qu'il avait bu avec Lucius et qui n'avaient pu le mettre dans cet état.

-Ah, fit subitement le jeune professeur en s'asseyant sur son lit, la potion de la chauve-souris, qu'est-ce que le connard lui avait administré pendant qu'il était dans les vapes ? Il aimerait bien le savoir et pour ça il devait interroger un Snape acariâtre, quant à savoir s'il allait répondre alors là aucun doute n'était permis, c'était non.

Harry prit une potion antidouleur puis une bonne douche et quand il fut prêt il alla frapper à la porte de son ennemi avec courage et détermination.

-Dégagez, Potter, cracha l'homme en refermant la porte sur le nez du gryffondor qui recula en bondissant en arrière pour éviter le bois dur contre son nez qui n'aurait pas gagné le combat.

-Donnez-moi un remède contre votre foutue potion, Snape, cria Harry contre les battants de bois, sinon je fais tout exploser chez vous et vous savez que j'en suis capable ! Il ne restera que des cendres, vos livres et vos précieux bocaux vont finir dans un beau feu de joie, vous en aurez pour des années à tout refaire, ajouta le gryffondor, et en plus pendant ce temps je ne vous aurais plus dans les pattes à me casser les couilles !

Le potionniste de l'autre côté fit la grimace. Potter avait raison, il était capable de mettre son appartement à sac et de tout brûler par la même occasion et ses plus précieuses possessions étaient ici.

La porte s'ouvrit dans un grincement sinistre pour le jeune professeur, il attendit quelques secondes avant de pénétrer dans l'antre du diable sans quitter Snape des yeux au cas où il penserai à lui jouer un vilain tour bien tordu comme lui seul en avait le secret.

-Qu'est-ce que c'est que cette histoire de potion que je vous aurai fait boire ? demanda l'homme intimidant avec un ton condescendant qui irrita profondément notre jeune survivant.

-Oui ou non m'avez-vous fait ingurgiter une de vos potions malfaisantes en douce pendant que j'étais sonné ?

-Je n'en ai aucun souvenir, ricana Snape, auriez-vous des problèmes ?

-J'ai des douleurs, connard ! Vous le savez alors inutile de faire semblant de ne pas comprendre.

-Je ne vois toujours pas de quoi vous voulez parler, nabot à lunettes !

Le professeur de Défenses Appliquées se retint de sauter à la gorge du misérable, cependant Snape ne voulait pas en rester là, l'aubaine était trop belle. L'occasion faisait le larron comme disait souvent son père.

-Vous êtes tellement idiot que vous ne vous souvenez plus des cochonneries que vous avalez, Potter. A vrai dire je ne suis guère étonné vu la taille de votre cerveau qu'on pourrait comparer à un noyau d'olive…..

-Vous n'en avez pas marre d'insulter les autres à tout bout de champ ? Si c'est votre seul plaisir dans la vie, je vous plains sincèrement, Snape. L'aigreur vous va si bien, c'est comme les vêtements que vous portez en permanence, ils sont hideux, comme vous d'ailleurs.

-C'est l'hôpital qui se fout de la charité, abruti, avant de parler regardez-vous dans un miroir !

-Vous n'êtes qu'un gros jaloux, méchant, vil et trouillard….

Harry n'eut pas le temps de finir sa tirade outrageante qu'il se retrouva le cul sur le sol froid des cachots avec le nez ensanglanté.

-Chacun son tour, Potter, jubila l'homme, maintenant vous sortez de chez moi et vous n'y revenez plus.

Le jeune professeur se releva calmement, ôta sa baguette de sa poche et la posa sur la cheminée, là où elle sera le plus en sécurité à côté de ses lunettes puis il fonça sur Snape qui hérita d'un uppercut sur la joue qui lui arracha un gémissement de douleur. Le potionniste riposta et son poing s'écrasa sur Harry qui se plia, le souffle court, qu'il récupéra assez vite avant de se jeter une nouvelle fois sur le maître des potions en un corps à corps furieux et sanglant.

Chacun rendit coup pour coup sans chercher à les retenir. Les objets autour d'eux s'éparpillèrent dans la pièce tandis que d'autres se brisèrent quand les deux protagonistes tombaient dessus pour se relever aussi vite et reprendre leur pugilat acharné.

Le gryffondor s'aplatit sur la table et poussa un « outch douloureux » qui fit ricaner le serpentard qui l'attrapa par le col de sa chemise en lambeau, profitant d'un moment d'inattention de notre survivant.

-Vous en avez assez, Potter, ou faut-il que je continue la correction ?

-Dans vos rêves, Snape, ça se terminera quand vous serez à terre, quand vous serez piétiné et que vos yeux seront révulsés….

-Alors cela risque de prendre du temps, ricana une nouvelle fois le serpentard. Je n'abandonnerai pas, espèce d'abruti sans cervelle !

L'homme plus âgé envoya Harry contre un mur et celui-ci sentit quelques côtes se briser sous l'impact violent. Lentement il glissa au sol puis se hâta de se redresser en voyant son ennemi se diriger vers lui avec un regard tellement noir que sous le coup il prit peur, alors rassemblant son courage avec un rictus sadique il attendit que Snape soit assez près puis d'un coup de genoux bien placé fit s'effondrer le maître des potions qui sortit une bordée de juron aussi odieux les uns que les autres.

Harry en profita pour éponger avec le reste de sa manche, le sang qui s'écoulait de son visage puis il redressa une chaise en grimaçant et s'y assis dessus avec lenteur.

-Je crois que c'est assez pour aujourd'hui, admit Snape, nous reprendrons une prochaine fois.

Le gryffondor opina, soulagé que le potionniste propose une trêve, pour quelques jours du moins. Harry se leva avec difficulté, attrapa ses lunettes qu'il posa sur son nez avec délicatesse à cause des multiples plaies et sa baguette qu'il garda en main.

-Belle bagarre, Potter, vous êtes un adversaire de taille et plein de ressources, murmura l'homme dont un œil était déjà d'une belle teinte violette et gonflé à l'extrême et avec un entrejambe qui pulsait sournoisement, lui jetant toutes les secondes de violents éclairs de douleur.

Harry salua Snape et sortit de ses quartiers sans oublier de lancer un dernier sortilège pour incinérer toutes les robes de la chauve-souris qui se trouvaient dans son placard. Le jeune homme se précipita dans ses appartements et se jeta sous la douche après avoir mis ses vêtements lacérés dans la poubelle. Plus rien n'était récupérable.

Oui, son visage aussi était marqué, pas seulement celui de Snape, et ses côtes étaient douloureuses. Les questions allaient pleuvoir demain quand il allait se présenter dans la grande salle pour le petit déjeuner et il ne parlait même pas des cours qu'il allait devoir assumer. Là maintenant il allait prendre une potion antidouleur et dormir pour le reste de la journée.

Snape quant à lui, laissa le capharnaüm dans son salon et imita Harry en prenant une douche pour effacer le sang et la sueur sur son corps puis il prit une potion et regagna sa chambre en sifflant de douleur. Il rangera le bazar plus tard, pensa-t-il, beaucoup plus tard, quand les hippogriffes dans sa tête arrêteront de marteler son cerveau avec leurs gros sabots.

L'homme au visage tuméfié et gonflé, écarquilla, comme il put, ses paupières lourdes et violacées en ouvrant son armoire qui contenait ses habits. Ses robes de sorciers étaient carbonisées, que des cendres au fond de l'armoire, ne lui restait que des chemises et des pantalons et deux pull-overs gris pâle.

Potter avait osé. Snape sentit ses lèvres se retrousser et un rire fuser du plus profond de lui.

-Hum…..réfléchit-il tout haut, il devait agir autrement, changer de tactique pour attaquer le nabot à lunettes, en attendant il devait avouer que se battre avec Potter le faisait se sentir mieux, oui, beaucoup mieux, plus vivant qu'il ne l'avait jamais été. Le sale gosse avait de la réserve et de la répartie ainsi que du courage pour oser venir l'affronter jusque dans ses quartiers. De l'humour aussi, un humour qui lui arrachait des rires quand personne ne le voyait comme en ce moment.

Le serpentard finit par s'allonger sur son lit et s'endormit aussitôt la tête posée sur l'oreiller. Rêvant probablement à la possibilité de gagner un jour contre Harry Potter. L'homme se réveilla à deux heures du matin en maugréant, il avait des élancements mal placés, grâce à l'avorton, et il ne parlait pas de ses autres douleurs, œil au beurre noir, lèvres ouvertes et autres joyeusetés du genre. Agacé Snape se leva, avala une autre potion et retourna se coucher sans autre forme de procès.

C'est à sept heures qu'il s'éveilla complétement laminé. Il serait bien resté dans son lit, au chaud, mais il ne voulait pas montrer sa faiblesse à Potter et à ses amis, l'autre en profiterai pour le narguer toute la semaine et comme il voulait garder le dessus, alors non, il n'allait pas montrer son infériorité, chose impensable pour un serpentard qui se trouvait dans cette position dégradante.

Le potionniste s'habilla en prenant son temps puis rangea son salon d'un coup de baguette et sortit enfin de ses appartements en ayant retardé le moment fatidique, pour déjeuner seulement vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise blanche et d'un pull qu'il avait posé sur ses épaules, ce qui le changeait complétement de ses robes noires qui lui donnait l'air d'un corbeau.

Quand l'homme entra par la porte dérobée pour s'asseoir à la table professorale, le silence se fit. Il fit comme s'il n'avait rien vu et s'assit près de madame Bibine qui le regarda, stupéfaite. Personne, pas même Albus, qui pourtant n'avait pas son pareil pour mettre les pieds dans le plat, n'osa poser la question de savoir ce qui lui était arrivé.

Avait-il combattu des hippogriffes durant la nuit ? Etait-il tombé dans un nid d'araignées géantes ? S'était-il battu avec un vampire sanguinaire ? Etait-il tombé des escaliers tête la première ?

Personne ne trouva la réponse jusqu'à ce que, à son tour, Harry pénètre dans la salle et prenne place près de Remus qui en laissa choir son muffin dans son chocolat.

-Mais….mais qu'est-ce qui s'est passé, tu as vu ta tête ?

-Bah, je suis tombé dans les escaliers cette nuit, répondit le jeune professeur en se servant un café avec un peu de lait comme si tout était normal.

-Tu te fous de moi ! Non mais regarde-toi, tu as le visage tellement gonflé qu'on a du mal à te reconnaître.

-Les escaliers de Poudlard sont dangereux, Remus, maintenant j'en sais quelque chose.

-J'imagine que ce sont ces même escaliers qui ont fait chuter Severus ? ironisa le loup-garou en se penchant pour regarder son ami Snape qui tentait de manger son muffin morceau par morceau pour éviter à ses lèvres de se remettre à saigner.

-Pour Snape je ne sais pas, Rem, mais ma version à moi sera une chute dans les escaliers, avertit le jeune homme.

-Je ne sais pas pourquoi vous en êtes arrivés là, gronda Lupin et à vrai dire je ne veux pas le savoir, je ne veux même pas savoir pourquoi Severus ne porte pas ces éternelles robes noires, continua le lycan en chuchotant pour que seul Harry l'entende.

A cette phrase Harry se pencha à son tour et regarda longuement Snape puis se tourna de nouveau vers Remus.

-Peut-être parce que je les ai toutes brûlées.

Lupin, surpris de la réponse retint un fou rire qu'il laissa échapper malgré lui.

Le jeune professeur de Défenses Appliquées tut le reste de ses pensées qui étaient venues le perturber gravement. Snape sans ses robes était foutrement sexy. Ce connard avait un certain charme et cet idiot ne s'en doutait nullement.

A la table des gryffondors un enfant avait mal pour Severus Snape. Aucun doute pour Jérémy qu'Harry Potter et son père s'étaient battus et ça il ne pouvait le supporter. L'enfant battit des cils pour retenir ses larmes puis quitta la table en courant pour sortir dans la cour.

Snape vit son fils se précipiter dehors, il décida d'attendre pour aller le voir et lui expliquer certaine chose, sur le coup il n'avait pas pensé que cela allait le blesser, mais là il se rendit compte qu'il avait fait une erreur et qu'il allait devoir la réparer sans perdre de temps.