Haine 8
Le calme revint dans Poudlard, cela permit à Harry de se rendre compte que Snape ne lui avait pas fait boire de potion étrange et malodorante et que la douleur qu'il avait ressenti était seulement psychologique. Comme quoi le mental pouvait parfois jouer de drôle de tour pour un peu qu'on s'attendait à certaines choses alors que ce n'était pas le cas. Cela voulait aussi dire que l'homme avait encore une vile vengeance à accomplir, et plus le potionniste prenait son temps pour se venger et plus Harry s'inquiétait de ce qu'il allait imaginer pour l'emmerder.
Le couleur des ecchymoses sur le visage de nos deux meilleurs ennemis était passée du bleu au vert et les gonflements s'étaient résorbés grâce à madame Pomfresh qui leur avait porté à chacun une pommade avec force recommandation de ne pas recommencer leurs facéties ridicules, sans omettre l'engueulade qu'elle leur avait envoyé en pleine face avec la menace de ne plus les aider s'ils réitéraient leur enfantillage.
Sur quoi, dès le lendemain matin, le maître des potions se fit une petite réserve personnelle avec tout ce qu'il fallait pour soigner plaies et bosses, morsures vicieuses du nabot à lunettes sans oublier les coups de genoux immoraux que Potter s'excellait à lancer sur une partie de son anatomie fragile.
Le potionniste posa sa grande cuillère en bois d'aubépine dans un grand bol en bois et, satisfait de son travail, éteignit le feu sous son chaudron noir de suie. C'est en se frottant les mains l'une contre l'autre qu'il quitta son laboratoire avec un sourire pervers sur les lèvres.
Potter voulait de l'action alors il allait en avoir, et pas qu'un peu, ricana le serpentard.
-Entre, Lucius, je suis à toi dans quelques secondes, l'invita le jeune professeur de Défenses Appliquées, le temps de finir la dernière copie.
Lucius posa la bouteille qu'il avait amenée et s'installa sur le canapé en faisant léviter les verres sur la table basse.
-Voilà, terminée pour aujourd'hui, s'exclama Harry en venant rejoindre son ami aux yeux gris.
-Qu'est-il arrivé à ton visage ? s'enquit l'homme avec calme. Aurais-tu rencontré un troupeau de centaure dans la Forêt Interdite ?
-Non, rigola le jeune homme, la version officielle est une chute dans les escaliers, quant à la vérité je préfère la garder pour moi.
-A ta guise, cela ne m'empêchera pas d'apprécier ce Bordeaux et de profiter d'une discussion divertissante, rétorqua l'aristocrate qui sentait que la marque de Severus était là-dessous.
-Je crois même qu'on pourrait dîner ensemble, qu'en penses-tu ?
-Excellente idée, approuva le serpentard en tendant un verre à Harry qui se pencha en avant pour le prendre et qui grimaça de douleur en se redressant.
-Des côtes cassées ? interrogea Lucius comme s'il s'agissait d'une conversation mondaine.
-Quelques-unes, lui apprit Harry, comme si cela était naturel. Cela devrait s'arranger avec le temps.
-Tu es allé voir madame Pomfresh, qu'a-t-elle dit de ta bonne mine ?
-Pour le visage elle sait, pouffa Harry, pas pour le reste sinon elle m'enfermerait à l'infirmerie, de plus je ne veux pas qu'Albus soit au courant pour ça….
-Je vois, enlève ta chemise, Harry, je veux m'assurer que tes côtes n'ont pas perforé tes poumons ou un autre de tes organes, ordonna Lucius en se levant et en retirant sa baguette de sa canne au pommeau d'argent.
-Tu crois que ça peut être grave ?
-C'est possible, il ne faut pas être négligeant avec de pareilles blessures.
Malfoy passa plusieurs fois sa baguette sur Harry et poussa un grognement.
-Quoi ? demanda le gryffondor.
-Quatre côtes fracturées, ça doit être douloureux, tu devrais mettre un bandage.
-Ouais, tu as peut-être raison, j'en mettrai un avant d'aller me coucher, merci, Lucius.
-De rien, mais la prochaine fois fais attention….évites les escaliers, se moqua l'homme.
-Où vas-tu ? s'étonna Harry en voyant son ami quitter son salon.
-Attends-moi un instant, je reviens de suite.
Snape ouvrit sa porte et fut surpris de tomber sur Lucius.
-Je ne suis que de passage, Severus, mais en voyant ta tête je me demande si je ne vais pas devenir médicomâge, aurais-tu, toi aussi, rencontré des escaliers récalcitrants ?
-C'est la version du nabot ? demanda le potionniste en faisant entrer son fidèle ami.
-Oui, la version officielle, disons que maintenant je connais la version officieuse.
Snape grogna.
-Pourquoi es-tu là à part pour te foutre de moi ?
-Qui a pris le dessus ? s'amusa Lucius.
-Personne, reconnut le maître des potions, maintenant dis-moi ce que tu veux, qu'on en finisse.
-Une potion Poussos et ne me dis pas que tu n'en as pas prévu, je ne te croirai pas, Severus.
-Que veux-tu en faire ? Tu n'as rien de casser que je sache !
-Moi non, mais Harry oui.
-Quoi exactement ?
-Quatre côtes.
Snape partit dans sa réserve et revint quelque instant plus tard avec la fiole demandée et deux potions plus un baume pour les ecchymoses.
-Te voilà bien généreux avec une personne que tu dis haïr, mon ami. Aurais-tu des remords ?
-Certainement pas, Potter me doit une revanche, je n'ai pas envie d'attendre un mois que ses côtes se ressoudent pour la prendre.
-évidemment vu comme ça ! soupira Lucius en prenant les fioles. Tu pourrais faire un effort et lui dire ce que tu ressens pour lui….
-Au revoir, grogna Snape en ouvrant la porte en grand pour signifier à l'aristocrate qu'il était temps qu'il parte et que sa patience et sa générosité avait des limites.
Le serpentard aux yeux gris revint chez le jeune professeur puis lui tendit la Poussos et l'obligea à la boire en entier devant lui.
-Dans un jour ou deux il n'y paraîtra plus et si je peux te donner un conseil évites les escaliers quelques jours de plus, ils comprendront.
-Je t'avais dit que je ne voulais pas que Pompom soit au courant !
-Elle ne l'est pas…
-Alors d'où viennent ces potions ?
-Severus.
Harry grimaça.
-Il te les a donné bien gentiment, ricana le jeune homme, je suis certain que tu l'as menacé pour qu'il accède à ta demande.
-Non, Harry, il me les a donné sans rechigner, Severus n'est pas celui que tu penses qu'il est.
-Ouais, et je l'ai bu sans savoir ce qu'il y avait dedans. Tu as sans doute oublié que cet abruti ne me porte pas dans son cœur et que peut-être la potion est empoisonnée.
-Là, tu vois, je commence à avoir de sérieux doutes sur votre soi-disant haine et sur votre mental à tous les deux.
-Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
-Rien, je te laisse méditer sur ces paroles, je te suggère d'aller dormir. Tu n'ignores pas que la Poussos détient un puissant somnifère pour éviter la douleur ?
-Je voulais dîner avec toi…
-Une autre fois, ta santé est plus importante à mes yeux.
-Lucius…..merci pour les potions et pour ton amitié précieuse.
-De rien, mon ami, si tu as besoin de quoi que ce soit envoies-moi un hibou.
Le jeune professeur dormit d'une traite, il n'entendit même pas Remus Lupin entrer chez lui et déposer deux fioles d'antidouleur qu'il gardait dans son bureau pour les pleines lunes difficiles. Signe que Lucius était allé le voir pour le mettre au courant des derniers potins de Poudlard.
La semaine fut reposante pour les autres professeurs, pas de pugilats ni de bagarres entre Harry et Severus Snape. Le samedi suivant trouva le maître des potions dans son laboratoire, mettant délicatement un étrange liquide dans une petite fiole transparente. L'homme retira ensuite son lourd tablier de cuir qui protégeait ses vêtements car il n'avait toujours pas acheté de robes. A vrai dire il n'était pas vraiment pressé de passer commande chez madame Guipure, il se sentait mieux ainsi sans ces abominables choses noires qui ne lui rendaient pas justice.
Maintenant il allait rentrer chez lui et s'occuper de ses deux fils, d'ailleurs Jérémy devait l'attendre dans le hall. Il avait prévu une petite sortie avec eux dans Pré-au-Lard, Pierce attendait ça depuis plusieurs jours déjà.
-Papa ?
-Chaton ?
-On peut partir maintenant ?
-On y va, mon grand, Pierce doit trépigner d'impatience et j'ai peur qu'Amélie ne le transforme en peluche pour le faire tenir tranquille.
-Tu crois qu'elle ferait ça ? s'inquiéta immédiatement le fils de Severus.
-Non, je plaisante, Jérémy, Amélie ne fera jamais une chose pareille.
-Tu ne devrais pas plaisanter…Les gens sont méchants avec les enfants, tu as bien vu quand tu nous as trouvé !
-Pas tous, mon cœur, certains sont pleins d'amour….de plus Amélie est une elfe, elle ne vous fera jamais de mal, elle vous aime trop pour ça.
-Comme toi mais toi tu es spécial, papa, même si on dit le contraire.
-Toi tu le sais, moi je le sais.
-Pierce aussi le sait….
-Oui, c'est exact, maintenant allons-y.
Quand ils furent partis, Harry sortit de son coin, surpris de la tendresse qu'il avait entendu dans les paroles du terrible maître des potions. Il était indéniable qu'il aimait ses fils et que ceux-ci le lui rendaient bien. Il était surpris, oui, jamais il n'aurait pu imaginer Snape appeler quelqu'un « chaton » pourtant quelque part au fond de lui il n'était guère étonné. Snape était un homme aux multiples facettes.
Lucius Malfoy s'étira puis attrapa le corps nu près de lui et l'attira contre sa peau encore chaude. Remus Lupin sourit dans son sommeil qui n'en était plus vraiment un.
-Ne me dis pas que tu vas déjà partir, chuchota-t-il contre le torse du serpentard.
-Non, pas aujourd'hui, répondit Lucius en promenant sa main sur le dos de son loup-garou.
A ces paroles le professeur de Défenses contre les Forces du Mal se réveilla complétement et s'assit sur le lit, intrigué.
-Cela fait combien de temps que nous sommes ensembles ? interrogea l'aristocrate en s'asseyant à son tour.
-Quelques jours, pourquoi tu me poses cette question ? Je te trouve bien étrange ce matin.
-Nous nous cachons comme des adolescents, Remus.
-Oui, et ?
-J'aimerai cesser cela….
Remus sentit le sang se retirer de son visage et son cœur tambouriner violemment dans sa poitrine. Tout allait bien entre eux, enfin il le croyait, alors pourquoi Lucius voulait subitement le quitter ? Avait-il fait sans le vouloir quelque chose qui voulait que Lucius veuille l'abandonner aussi rapidement sans même lui laisser une chance ?
-Si c'est ta décision, lâcha le lycan, blême, sans même chercher à se battre pour garder l'homme dont il était amoureux comme jamais il ne l'avait été. Je ne te retiendrais pas puisque c'est ce que tu veux.
Le serpentard grimaça et enlaça Remus qui n'avait rien compris à ses paroles qui n'étaient pas assez explicites.
-Je n'ai aucunement l'intention de te quitter, mon cœur, avoua Lucius en serrant son compagnon un peu plus contre lui. Je pensais seulement qu'il serait grand temps de nous montrer en public…..
-Quoi ! vraiment, seulement après quelques jours !
-Evidemment, pourquoi on ne le ferait pas ? On ne doit rien à personne.
-Lucius, il y a tout un tas de raison pour que tu ne t'affiches pas avec moi. Est-ce que tu veux que je te les énumère ?
-Non, pas la peine.
-Mais tu es aveugle ou quoi !
L'homme blond le fit taire d'un baiser puis soupira en entraînant Remus avec lui, entre les draps déjà froisés, pour lui prouver que les raisons il n'en avait rien à faire. Le principal c'était eux deux et personne d'autre.
