Bonjour à tous et à toutes ! Ceci est l'avant-dernier chapitre. De ce fait, je souhaite vous remercier. Tous ceux qui me lisent, me suivent, mettent en favoris et qui laissent des reviews ; je vous fais plein de bisous remplis d'amour. Je vous dis à la prochaine pour le dénouement qui, j'espère, vous plaira.
Cœur sur vos fesses.
Alors que je m'apprête à sauter sur l'enflure qui a osé toucher l'amour de ma vie, je tombe au sol et une vive douleur prend possession de mon dos. La jeune fille que mes flammes ont accidentellement brûlée précédemment se tient à califourchon sur moi, et m'enfonce l'une de ses lames entre deux de mes côtes. Je pousse un petit cri de douleur, alors que j'entends Izuku hurler mon nom. Je redresse la tête vers lui et le vois en train de se lever doucement. Puis, d'un coup, il retire sa main du clou planté dans la table, et le hurlement qu'il pousse alors me tord les entrailles.
« Izuku. Assis. »
Je fronce les sourcils face à sa façon de lui parler, mais le fait qu'Izuku lui obéisse me surprend davantage. Son regard semble mélanger de la terreur, de la colère, de la résignation et de la frustration. Et pourquoi l'autre enflure l'appelle par son prénom ?
« Pourquoi tu lui obéis, Izuku ?
- Dis-lui, Izuku. Dis-lui que tu as accepté d'être ma chose. »
Mon amour baisse la tête, l'air aussi coupable que frustré. Je le vois trembler le sang coule toujours de sa main, et l'autre connasse au-dessus de moi s'amuse à appuyer davantage sur les lames plantées dans mon corps.
« J'ai accepté, Shouto. C'est mon choix. Tu n'aurais pas dû venir…
- Mais pourquoi… ? Je ne comprends pas… »
Je peux sentir la jeune femme sautiller sur mon dos, et chaque choc me fait l'effet d'un éclair au niveau de mes plaies. Shigaraki passe les mains dans les cheveux de Izuku qui, de son côté, ne réagit pas. Son assaillant me regarde d'un œil intéressé pendant de longues secondes, alors que mon soi-disant frère semble bien se faire chier.
« Izuku, lève-toi. »
Celui-ci s'exécute. Plus je le vois obéir, et plus la rage en moi bouillonne. Il se lève et se met face à Shigaraki, méfiant. Celui-ci caresse sa joue, et j'ai l'impression que je vais exploser de colère.
« Embrasse-moi. »
Je grogne face à ses paroles, tandis que mon amant le regarde, choqué et surpris. Il pose le regard sur moi, le visage rempli de regrets, et se retourne vers son bourreau. Celui-ci enlève l'une de ses mains de sur son visage, et son sourire finit de m'énerver. Quand je vois qu'il s'approche de lui, je me débats comme un monstre et fait tomber la jeune fille de sur moi. Cependant, dès que je me redresse, mon frère m'envoie un coup de pied dans les côtes et je tombe sur le côté. Izuku pose ses lèvres sur celles de Shigaraki et s'écarte rapidement, le regard rempli de haine.
« C'est bien ce que je pensais. Vous vous aimez, tous les deux. »
Suite à ces mots, je vois le connard aux mains découpées avancer vers moi et il me prend par les cheveux. Une plainte de douleur s'échappe d'entre mes lèvres, alors qu'il me traîne dans la pièce.
« Non, ne le touche pas, je t'en supplie !
- Tu sais bien ce que je veux te faire, Izuku. Te briser. Te détruire. Quoi de mieux pour ça que de briser celui que tu aimes ? »
Soudain, mon côté gauche s'enflamme, et il retire sa main de mes cheveux en hurlant. Je me redresse d'un coup et me mets en position de garde, prêt pour le combattre. Les deux couteaux dans mon dos me font un mal de chien, mais qu'importe.
« Tu ne pourras pas me briser, Shigaraki. Au bout d'un moment, à force de casser un verre, on ne peut plus en briser les miettes. »
Il tient sa main brûlée dans l'espoir d'atténuer la douleur, et pose sur moi un regard plein de haine et de désir de tuer.
« Shouto, je t'en supplie… Si je n'obéis pas, et si tu ne pars pas, il ne va pas libérer les enfants… Ni rendre l'alter à Kacchan… Et il m'a dit qu'il prendrait l'alter de chaque élève de Yuei, si je n'obéissais pas… Attention ! »
Face au ton de sa voix, je me retourne et vois la jeune femme me sauter dessus avec un plus gros couteau. Surpris, je tombe sur le dos, ce qui finit d'enfoncer les lames dans ma chair. Je hurle sous le coup de la douleur, tandis qu'Himiko s'installe sur moi.
« Ne bouge plus, sinon je serai obligée de trancher ta si belle gorge. »
Pour affirmer ses dires, elle pose sa lame sur ma peau et me fait un grand sourire.
« Laissez-le partir !
- Eh bien, je ne sais pas… Tu ne m'obéis pas de toute ton âme, Izuku… Cela me rend réticent à accepter ta demande…
- Je ferai tout ce que vous voudrez.
- Non Izuku, ne fais pas ça… »
Le garçon étrange semble réfléchir dans son coin, tandis que le visage de Midoriya est tendu sous le coup de la pression et de la colère. Je peux voir le visage de Himiko radieux à l'idée d'être au-dessus de moi, et l'homme aux flammes si similaires aux miennes semble s'ennuyer à mourir. Par ailleurs, je suis impressionné par l'attirail de celle qui me retient de brûler à vif Shigaraki. Elle possède une myriade de couteaux, tenus à sa taille par une ceinture en cuir. Dans son dos, elle garde une longue épée, qui ne semble pas avoir été utilisée au vu de la qualité de la lame et de la netteté de celle-ci.
« Alors embrasse-moi vraiment, comme si j'étais Shouto Todoroki. Je suis certain que tu peux faire mieux. »
Je me crispe face à sa demande, et je vois Izuku se rapprocher de lui. Il me lance encore un regard désolé, alors que je rage intérieurement. Puis, il passe sa main derrière la nuque de Shigaraki et l'embrasse à pleine bouche. Je ne peux détourner le regard de leurs lèvres qui se mouvent l'une contre l'autre, et mon cœur se brise encore en mille morceaux. Les larmes de douleur que je retenais coulent malgré moi, et je sens ma lèvre inférieure trembler. Je détourne le regard, mais j'entends toujours leurs langues s'enrouler l'une sur l'autre, leurs respirations qui s'accélèrent, et je retiens un sanglot. Au-dessus de moi, Himiko m'observe avec curiosité.
« Mais ne pleure pas, Shouto-kun ! Je suis toujours là moi ! Jamais je n'embrasserai Tomura-kun, promis !»
Je peste discrètement, et n'entendant plus de bruit, je me retourne et vois Izuku culpabiliser dans son coin. Shigaraki lui prend doucement le menton pour relever sa tête, et j'ai envie de couper sa main pour avoir osé le toucher.
« Serais-tu plus à l'aise s'il n'y avait que toi et moi, Izuku ? On pourrait y faire tout ce que nous voudrions…
- Ose le toucher encore une fois connard, et je te fais bouffer toutes les mains qui cachent ta sale tronche. »
J'entends le rire de mon interlocuteur s'élever dans l'air, alors que celle qui me retient prisonnier me regarde d'un air choqué.
« Je ne te savais pas si vulgaire, Shouto… Je vais avoir besoin de toucher un peu à ton éducation. »
Tiens donc, il n'intervient tellement pas que j'avais oublié la présence de l'homme aux multiples brûlures. Soudain, un type avec un masque entre en trombe dans la pièce, essoufflé.
« Les héros sont dans le couloir ! Ils arrivent ! Je vais prévenir Black Mist pour qu'il fasse des portails ! »
Puis il part à la vitesse de la lumière, et je profite de leur trouble et de la panique pour geler le couteau et renverser la fille sur le côté.
« Dommage Izuku, je voulais m'amuser avant de te tuer… »
D'un coup de pied, je propulse mon frère en dehors de la salle et glace la porte pour le bloquer à l'extérieur. Je pense qu'il aura la sagesse de partir avant que les renforts n'arrivent. Plus que deux adversaires. Shigaraki semble plus en colère que jamais, et avant qu'il ne fonde sur Izuku, je le frappe au niveau des côtes pour avoir son attention. Il attrape le marteau qui était resté sur la table et me fauche les jambes. Je tombe encore sur le dos, et cette douleur atroce due aux couteaux encore présents dans mon corps me fait hurler. Il se précipite sur moi, prend son élan et me frappe les côtes avec le marteau. Au contact de celui-ci, j'arrive à brûler l'outil et sa main, mais je peux entendre en même temps mes côtes se briser. Je pousse un autre hurlement de douleur, alors qu'il lâche l'outil ayant servi à me péter les côtes.
Soudain, il passe son bras autour de ma taille et retire l'un des couteaux plantés dans mon dos, et je crie encore de souffrance. Je peux sentir cette odeur que j'ai trop souvent sentie, celle de mon sang et je peux également deviner quel chemin le liquide carmin prend pour descendre le long de mes reins. Il essaie de me poignarder mais dès que je suis en position pour le bloquer, il lâche son arme et m'attrape l'avant-bras. Sous le coup, je sens ma peau brûler et je m'écarte rapidement de lui en rampant. En baissant les yeux, je remarque avec horreur que mon membre commence à partir en miettes.
Puis, alors qu'il me souriait d'un air sardonique, Izuku entre dans mon champ de vision et frappe Shigaraki avec un coup de pied, et celui-ci s'effondre sur le sol. Pendant de longues secondes, nous l'observons en silence, attendant un quelconque signe de vie. Enfin, je me lève et prends Izuku dans mes bras, qui grimace lorsque sa main frôle mon corps.
« Espèce d'idiot… Toujours à te mettre dans le pétrin…
- Désolé Shouto… Tu avais raison… Je n'aurais pas dû venir… »
Je prends délicatement son poignet dans ma main et observe l'état de la sienne. Dans sa paume, il a un trou béant depuis lequel coule encore du sang. Je peux voir tous les tendons déchirés, et cette vision me provoque quelques nausées. Puis, je l'écarte doucement et l'embrasse à pleine bouche, ne faisant plus attention à rien. Je suis tellement soulagé qu'il n'ait rien d'autre, que j'en pleurerais presque. Avec mes doigts, je refais le contour de son visage, je caresse sa joue et profite de la chaleur de ses lèvres.
Des hurlements. Une chute, une plaie béante dans l'estomac. Du sang, des larmes, des cris. Qui viennent de nous deux.
« Désolé mes chéris, mais vous étiez trop mignons. Il fallait que j'immortalise ça. »
Elle a planté son épée dans mon ventre en transperçant Izuku au passage et, avec l'élan, nous sommes tombés tous les deux. J'ai si mal, et le visage de mon amant n'est que souffrance et agonie, ce qui me fait encore plus mal. Je respire difficilement, mon ventre n'est plus qu'une brûlure informe, d'où mon sang coule beaucoup trop vite. Je crache du sang, et je peux observer mon sang couler le long de ses joues.
« Allez, je me tire avant qu'ils n'arrivent. Bisous Shouto ! »
J'entends la porte sensée être gelée claquer derrière moi, et je n'entends plus que nos râles de souffrance et nos respirations saccadées. D'une main tremblante, je caresse la joue tordue de douleur de mon petit-ami en dessous de moi, et je pose mon front sur le sien.
« Tout va bien, Izuku… Tout va bien…
- On va mourir Shouto… On va mourir là, toi et moi… »
J'essaie de retenir mes sanglots, mais ma voix est si pincée, si tordue par la douleur, que je ne peux contrôler mes râles d'agonie. Mes larmes tombent sur le visage d'Izuku, inondé par les siennes et les miennes. Je sens un liquide chaud couler le long de mon menton, et je peux reconnaître le goût âpre du sang dans ma bouche. Ma main remonte et caresse ses cheveux, et je prie pour que les héros nous trouvent avant qu'il ne soit trop tard.
« Chuuuuut… Tout va bien, on est ensemble… On va s'en sortir…
- Je t'aime Shouto…
- Je t'aime aussi… »
Je sens que mon corps devient de plus en plus faible. Je respire difficilement, tous mes membres tremblotent. Je vois les yeux de mon amour devenir un peu vitreux, et qui se ferment lentement. Mes forces m'abandonnent également.
« Izuku… Hey Izuku, ne t'endors pas… »
Je secoue sa tête, et ses yeux peinent à rester ouverts. Je peux sentir sa respiration ralentir, et même si je devrais paniquer, je n'en ai même pas la force. Moi-même, je tente de ne pas tomber dans l'inconscience.
« Izuku… »
Je peux entendre la porte s'ouvrir, alors que je ne vois plus le visage d'Izuku. Je ne vois plus que du noir, du noir et encore du noir.
De retour dans ma salle d'attente, hein ? Mais je refuse d'attendre, cette fois. Il faut que j'enlève cette foutue épée de mon ventre, et de celle de l'amour de ma vie. Il faut que je cautérise ses plaies avant qu'il ne pousse son dernier soupir. Tant pis si mon alter lui cause une brûlure comme la mienne. La sienne serait signe de survie, tandis que la mienne n'est signe que de haine. Ma plaie passe après également. Pitié, faite qu'il survive. Tant pis si j'y reste, il mérite bien plus de respirer que moi. Après tout, c'est lui qui était prêt à sacrifier sa volonté, son honneur et sa vie, ne serait-ce que pour sauver un enfant. C'est lui, le vrai héros dans l'histoire…
Maintenant que je suis calme, pensons. Si je pouvais m'asseoir, dans cet environnement sombre et silencieux, je le ferais. Imaginons. Si on survit tous les deux, notre avenir de héros peut être compromis. En effet, pour sa part, il est allé avec la ligue des vilains sans prévenir qui que ce soit à part moi. De mon côté, je suis parti sauver mon ami sans attendre les renforts. On pourrait être renvoyés de Yuei pour ça, et attaqués en justice. Mais on serait vivants. Je ferais en sorte d'épauler Izuku, et on serait ensemble.
Deuxième scénario. Je meurs, mais il survit. Que va-t-on dire de moi ? Va-t-il révéler notre histoire au monde ? La mienne ? Aux yeux du monde, je pourrais être un héros. Mais je ne veux pas détruire Izuku, je ne veux pas qu'il soit désespéré à cause de ma mort. Peut-être qu'il perdrait toute motivation à devenir héros, au vu des sacrifices que cela demande ? Ou peut-être sera-t-il encore plus motivé, pour devenir plus fort et ne plus jamais laisser mourir quelqu'un ?
Troisième scénario. Je vis, mais il meurt. Je sens ma poitrine se serrer à cette pensée. À quoi bon vivre, si je ne peux plus lui tenir la main ? À quoi bon, si je ne retrouve plus jamais la chaleur de ses bras, l'odeur de ses cheveux, et le bruit de ses gémissements contre mes lèvres ? À quoi bon être un héros, si je suis incapable de sauver la seule personne que je souhaiterais sauver ? Les paroles de mon frère me reviennent en tête. Sommes-nous vraiment du bon côté ? N'y-a-t-il vraiment que les héros d'un côté, et les vilains de l'autre ? Et finalement, qui est du bon côté, qui est du mauvais côté ? Mon géniteur fait partie des héros. Pourtant, il ne mérite pas ce titre. Il mérite seulement de mourir seul avec ses regrets. Des héros égoïstes, agissant pour leur propre gloire, pour la célébrité, pour l'argent. Y-en-a-t-il vraiment qui agissent pour le bien d'autrui ? Ou les motivations de chacun ne sont-elles que purement pragmatiques ?
Cette salle d'attente me retourne le cerveau. Imaginons le quatrième scénario. On meurt, tous les deux. Qu'aurait-elle apporté, notre mort ? On ne sait même pas si Katsuki a récupéré son alter, on ne sait même pas si l'enfant a été délivré. On serait mort pour du vent. Et ce songe me rend d'autant plus triste. Un sacrifice inutile. Même pas héroïque. S'ils attrapent la ligue des vilains, ce serait une maigre consolation, comparée à notre dernier souffle.
C'était une erreur d'y aller. Si j'avais été plus persuasif, plus compréhensif, aurait-on pu éviter tout cela ?
Il faudrait quelqu'un pour corriger le monde. Pour le rendre plus juste. Avec moins de connards se faisant passer pour des anges. Quelqu'un pour purifier le monde, quelqu'un pour sauver les âmes perdues, les enfants déchus ceux dont on n'entend pas les souffrances, ceux dont on ne veut pas voir les plaies. J'aurais tant eu besoin de quelqu'un comme ça. Une personne qui m'aurait sauvé des griffes de mon géniteur, pour m'apprendre qu'on peut être aimé, quelqu'un qui aurait été fier de moi. Izuku ne peut pas, à lui tout seul, compenser la famille que je n'ai pas eue.
Depuis combien de temps, à présent, suis-je dans la salle d'attente ? J'ai beau essayer, je n'arrive jamais à avoir la notion du temps, là dedans. Vu toutes les crasses que le monde m'a faites, je ne crois pas en dieu. Mais à présent, j'aimerais qu'il existe. J'aimerais qu'il existe et qu'il permette à Izuku de vivre. Peu importe si cela nécessite que je meure pour lui, c'est sans hésiter que j'échange sa vie contre la mienne.
Un bruit d'électrocardiogramme. Alors que j'émerge doucement de mon inconscience, j'essaie de bouger les doigts pour vérifier que je suis bel et bien sorti de ma salle d'attente. J'ai l'esprit brumeux, et j'ai l'impression que mon corps est une barbapapa géante. Ai-je seulement réussi à bouger mes quelques phalanges ? Je ne les sens même pas. Je tente d'ouvrir les yeux, et étonnamment il ne me faut que quelques clignements pour m'habituer à l'obscurité de la pièce, toujours plus claire que celle de ma salle d'attente.
J'arrive à percevoir une silhouette debout, dans le coin de la pièce. Je n'arrive pas à voir son visage, mais il semble grand et fin.
« Content de te voir vivant, toi et ton ami. Mon nom est Dabi. Je viendrai bientôt te chercher, promis. »
Ainsi, comme si sa voix avait un effet soporifique sur mon être, je me rendors avec le vent caressant mon visage.
« Malheureusement, il faut le lui dire également. Si on ne le fait pas, il pourrait révéler l'information à un tiers, même inconsciemment, et donc tout cela n'aurait servi à rien.
- Je trouve cela cruel, tout de même. Si tu avais vu son état quand il est venu me voir…
- Il s'en remettra, il est jeune. Ce ne sera pas son dernier deuil. »
Pourquoi j'entends ces voix ? Suis-je une sorte de fantôme, qui hante encore le monde des vivants ? Ou peut-être que d'autres sont dans la salle d'attente. J'essaie d'ouvrir les yeux, mais la lumière agressive me dissuade soudain de le faire. Bon, si j'arrive à être ébloui, c'est que je suis encore vivant. J'ai l'impression d'avoir un corps en coton, et mon esprit flâne d'une pensée à une autre, sans logique.
« Je crois qu'il est réveillé. Tu nous entends, Todoroki ? »
J'émets un grognement en guise de réponse. Cependant, peu importe mes efforts pour voir je ne peux ouvrir une seule seconde mes yeux sans que la lumière ne me fasse pleurer. J'essaie d'y aller progressivement. Les yeux mi-clos, j'arrive à voir la silhouette imposante de All Might, et celle de Eraser Head.
« Où suis-je… ? »
Ma bouche est pâteuse, comme si je venais de me réveiller d'un sommeil de dix ans. Je reconnais la chambre d'hôpital que j'ai vu précédemment, mais je ne saurais dire si c'était un rêve ou la réalité.
« Dans un établissement spécialisé pour la remise en condition des héros blessés.
- Blessés ? »
Soudain, je me souviens du visage agonisant de Izuku. Je me souviens du rire gras de Shigaraki, de ses lèvres contre celles d'Izuku, de Himiko au-dessus de moi, des couteaux dans mon dos. Je me souviens du clou, de la main ensanglantée de mon amour, de sa résignation, de son sacrifice. Je me souviens de mon frère, et de l'épée m'ayant transpercé le ventre. Je me souviens de ma chute sur Izuku, et de ses hurlements de douleur, et de mon sang qui coule sur son visage et sur son corps. Soudain, je ferme les yeux et me souviens de tout. Je saute du lit alors que les héros se rapprochent de moi, mais la douleur me fait pousser un cri de douleur et m'immobilise. Je soulève la blouse claire que je porte et vois mon abdomen enroulé dans des bandes stériles, ainsi que du sang encore frais qui s'en échappe. Mon bras est également entouré de bandages, et je ne peux pas le bouger.
« Todoroki, ne bouge pas ! Tu viens d'échapper à la mort, ne lui donne pas une seconde chance de t'avoir !
- Où est Izuku ? Il faut que je le voie, il faut que je le trouve. Où est-il ? »
Mes interlocuteurs se lancent des regards appuyés, alors que mon soudain élan de force s'épuise.
« Todoroki… Vous êtes arrivés ici il y a deux semaines. Seulement, Izuku est mort sur le trajet. »
À l'entente de ces paroles, mon corps s'éteint. Mon système nerveux, cardiaque, respiratoire, digestif, endocrinien tout mon corps semble s'arrêter d'un coup. Alors que je les observe à tour de rôle, j'ai l'impression de ne pas les voir. J'ai l'impression de ne plus rien voir.
« C'est une blague ?
- Malheureusement, je crains que non, mon garçon… »
Et là, tout se rallume d'un coup. Mon cœur s'emballe, ma fréquence respiratoire augmente, mon estomac se tord, les larmes montent. Mes mains tremblent.
« C'est impossible… J'avais beaucoup plus de blessures… J'ai presque tout pris lors de la dernière attaque… Ce n'est pas possible qu'il soit mort et que moi, je sois toujours là. »
Aizawa s'assoie sur le lit à mes côtés, et pose sa main sur mon épaule qui, sans que je le devine, tremblait également.
« Mais tu as survécu. Tu es un garçon vraiment étonnant. Tu aurais dû y passer, c'est vrai, mais ton corps est étonnamment robuste. »
Et là, la rage explose. Mon corps, mon corps, toujours ce putain de corps débile qui ne veut pas abandonner. Toujours la faute de mon père, cette histoire. Tu seras indestructible mon fils, tu seras imbattable, solide comme la pierre et brûlant comme le soleil. Va te faire foutre. Maudit corps qui ne veut pas mourir, maudit corps qui ne veut pas me délivrer, maudit corps incapable de protéger ceux que j'aime.
« Si tu as besoin de quelque chose, tu peux nous appeler tu sais ? »
Enfin, ils quittent ma chambre et là, mes sanglots explosent. Incapable de le protéger. Incapable de le sauver. On a tous été des incapables. Les larmes dévalent les courbes de mon visage, et la morve commence à me boucher le nez. Je serre tellement les poings, que mes ongles ont percé ma peau. Le sang coule le long de mes mains, et j'ai le sentiment que c'est le sang d'Izuku.
Je ne mérite pas de devenir un héros.
« Oula. Que se passe-t-il, Shouto ? »
Surpris, je redresse la tête et croise le regard saphir de mon frère. La haine fait chauffer mon visage, et toute mon épaule s'en trouve enflammée. Ma colère vient de trouver un défouloir.
« C'est ta faute. Il est mort. C'est à cause de toi, de vous et de ton organisation de merde.
- Quoi ? Je me suis assuré qu'il était vivant, quand il a été amené avec toi.
- Il est mort. Tu veux quoi ?
- Je te l'ai dit, que je viendrai te chercher. Tu n'auras plus à dépendre de lui, tu n'auras plus à suivre le chemin qu'il t'a tracé. Je veux t'offrir la vie que tu veux mener.
- Qui te dit que je veux vivre ? »
Ses yeux se remplissent de compassion. Il ne semble pas avoir peur de la véhémence de mes flammes, et il se rapproche dangereusement. Je pose ma main sur le bouton rouge, sur lequel je dois appuyer s'il y a une urgence. Mon visage se déforme sous la haine, le désespoir, et la douleur.
« Encore un pas, et j'appuie sur le bouton d'urgence.
- Shouto. Tu sais que l'alliance des vilains est financée par un groupuscule de héros ?
- Je m'en fous.
- Tu t'en fous, que l'on ait tout fait pour attirer ton ami dans nos griffes, à la demande de ces connards qui se prétendent purs, héroïques ?
- Pourquoi feraient-ils ça ?
- Car ton ami était une menace pour eux. Ayant un alter similaire à celui d'All Might, ils avaient peur qu'il ne le remplace, et cela aurait été compliqué pour leurs affaires. Ils financent la ligue des vilains pour mettre All Might hors d'état de nuire, lui, et tous ses héritiers potentiels. »
Pendant de longues secondes, aucun son ne sort de ma gorge. Trop d'informations d'un coup, alors que j'étais endormi pendant ces deux précédentes semaines. Il est mort, à cause de salauds qui souhaitent juste s'enrichir et magouiller en paix ? Izuku est mort, à cause de connards égoïstes qui souhaitent enlaidir le monde au lieu de l'embellir ?
« Pourquoi tu me dis tout ça ?
- Car je ne veux pas que tu me prennes pour un salaud. Je suis entré dans cette organisation pour recruter un maximum de personnes, afin de former la mienne. Une organisation qui élimine les indésirables, comme ces connards ou notre père. Une organisation qui aide ceux qui en ont le plus besoin, et qui souhaite redonner de la valeur au véritable héroïsme. Avec un ami à moi, qui s'appelle Stain, on veut rendre le monde meilleur ainsi. Par conséquent, je te demande de nous rejoindre, pour te donner une occasion de te venger. »
Mon crâne me fait mal. Mais étonnamment, ses paroles résonnent en moi comme si elles étaient les miennes.
« Pourquoi faire ça pour moi ? Pourquoi tu veux m'aider ?
- Car à ton âge, j'aurais aimé qu'on m'aide aussi. »
J'ai l'impression de me voir en lui. Toute ma souffrance, tout mon passé, tous ces pleurs et ces plaies, j'ai le sentiment qu'il les a vécus, lui aussi. Peut-être que je ne suis pas digne d'être un héros. Mais je peux, avec lui, essayer de rendre le monde meilleur. Finalement, peut-être que je suis celui qui doit purifier ce monde.
« Je ne peux pas encore marcher, je te préviens, je suis plutôt lourd. »
Mon interlocuteur rigole, et le son de son rire me fait chaud au cœur. Ai-je enfin trouvé ma place ? Une fois que je me serai vengé, Izuku, on se retrouvera. Je vais te venger. Ensuite, je pourrai me blottir dans tes bras pour l'éternité.
« Je suis plus solide que j'en ai l'air. Agrippe-toi à moi et tout ira bien. »
