Haine 9

Le dimanche soir, le maître des potions embrassa son plus jeune fils et donna des recommandations à Amélie pour qu'elle puisse l'avertir immédiatement s'il arrivait quoi que ce soit à Pierce ou même à la bicoque délabrée qu'il louait au prix fort pour y abriter son enfant.

Des gens malintentionnés voyaient d'un mauvais œil qu'un ancien mangemort puisse vivre en toute impunité parmi eux, dans le village, et qu'en plus il avait adopté deux enfants de mangemorts. Une sale engeance, d'après eux, qu'il fallait exterminer.

Snape veillait sa maison la nuit alors que beaucoup le croyait à Poudlard. Il avait la sécurité de son fils et d'Amélie à cœur et jamais il ne tolérera qu'on leur fasse du mal. Pierce avait assez souffert dans sa jeune vie, il l'avait récupéré blessé, battu, mangé de puces et de poux dans une saleté repoussante. Alors non, personne ne touchera à un seul cheveu de son plus jeune fils ni même de Jérémy.

L'enfant s'accrocha à son père d'adoption, ses grands yeux verts levés vers lui.

-Je passerai ce soir, promit Snape, et je t'amènerai ce livre, celui que tu as vu chez Fleury et Botts, sur le chemin de travers.

-Celui avec des animaux magiques qui bougent tout seul ?

-Celui-là même, chaton, j'irai l'acheter aussitôt les cours finis.

L'enfant sourit pourtant il ne lâcha pas le maître des potions.

-Tu crois qu'ils vont venir cette nuit, les méchants ?

-Non, je serais là, ils n'oseront jamais.

-C'est vrai, mon papa c'est le plus fort.

Snape sourit devant cette affirmation enfantine, il opina pour le rassurer puis s'en alla avec un dernier signe de la main tandis qu'Amélie faisait entrer le petit garçon dans la maison.

Après avoir regardé son fils ainé partir vers la tour gryffondor, le matin suivant, après une nuit éprouvante à surveiller la masure, Severus Snape sourit sournoisement et se frotta les mains d'anticipation. L'heure de sa petite vengeance avait enfin sonné. Le potionniste entra en catimini chez Harry Potter, non sans avoir d'abord vérifié s'il était là, ce qui n'était pas le cas d'après les dires de Rusard qu'il avait interrogé sans avoir l'air d'y toucher.

Il posa sa fiole mystérieuse sur la table, s'assura une seconde fois qu'il était bien seul dans les appartements de Potter puis sortit une boîte en bois rouge d'acajou et à l'aide d'une longue pince, inséra les crabes de feu au fond du lit du nabot à lunettes, leur lança un stupéfix pour qu'ils restent tranquille afin de ne pas alerter Potter puis les recouvrit doucement en jubilant de la surprise chauffante qui allait faire hurler de douleur le grotesque gryffondor.

Snape revint vers la table, attrapa la fiole qu'il versa dans le jus de citrouille qui se trouvait dans un pichet et sortit des quartiers d'Harry qui ignorait qu'il l'avait espionné chaque jour pour découvrir le nouveau mot de passe pour accéder à ses appartements.

Pas difficile de deviner qu'après ça l'andouille allait redoubler de vigilance, et que la prochaine fois, entrer dans ses quartiers allait être le parcours du combattant. Il savait aussi qu'avec de la malice et de la persévérance il parviendra à en franchir de nouveau les portes même si pour cela il devait en perdre un membre.

Sa potion allait faire un malheur, se réjouit Snape en repartant dans ses cachots situés un peu plus loin. Il allait en attendre les effets avec impatience et excitation, comme un gosse qui attend les plus beaux jouets le jour de Noël.

Harry étira son dos endolori puis ôta sa veste qu'il posa sur le dossier d'une chaise près de l'entrée de ses quartiers à Poudlard. Il venait de passer la journée à Londres et il était fourbu. Ses pieds même, criaient grâce. Sûr qu'après avoir pris une douche et manger un morceau en vitesse il allait se jeter sur son lit et savourer un bon repos bien mérité.

Il avait flâné dans les rues marchandes de la grande ville comme ce n'était pas permis. Il était entré dans un nombre incalculable de boutique en tout genre et avait déjeuné dans un petit restaurant avant de visiter le musée et de se faire une séance au cinéma. Il était heureux, épuisé mais heureux de sa journée qui lui avait autorisé d'oublier pour un temps le terrible maître des potions.

Comme il se l'était promis, Harry prit une douche puis se fit porter par un elfe de Poudlard une part de tourte à la viande et quand il eut fini son repas et bu la moitié du pichet de jus de citrouille, il se jeta sur son lit et se recouvrit avec un bâillement à s'en faire décrocher la mâchoire.

Le gryffondor hurla de douleur en ramenant ses jambes vers lui tout en jetant les couvertures et les draps qui prenaient feu, au loin. Quel imbécile il avait été de ne pas regarder dans son lit comme chaque soir depuis qu'il avait élu domicile au château !

-Snape ! hurla le jeune homme en faisant disparaître les crabes de feu avec sa baguette. Espèce de connard sans cervelle, vous auriez pu mettre le feu à mon lit.

Aller rendre visite à Snape sur le champ sembla une bonne idée sur le coup, mais quand Harry posa ses pieds sur le sol il changea vite d'idée. Il se dirigea en claudiquant et en gémissant vers la salle de bain, fit couler de l'eau froide dans la baignoire et y trempa ses pieds où des cloques commençaient à se former.

D'un coup de baguette Harry ajouta des glaçons en maugréant contre l'abruti qui avait imaginé ce coup tordu digne d'un serpentard retord. En plus ça faisait un mal de chien et il savait qu'avec de l'essence de Murlap la douleur ne disparaîtra pas complétement. Pourquoi il n'avait pas eu l'idée avant Snape ?

Foutu Snape qui devait savoir que rien ne le soulagera, grogna le survivant en essuyant délicatement une heure plus tard, ses pieds endoloris. Assis sur le canapé, ses blessures enduites dans de gros pansements imbibés d'essence de Murlap pour le soulager ne serait-ce qu'un peu, le jeune professeur s'allongea après avoir pris une autre potion antidouleur de Remus et s'endormit une demi-heure plus tard en pestant vertement contre un certain maître des potions qui allait en baver à son tour.

C'est un grondement sourd qui réveilla Harry. Un bruit peu rassurant qui sortait de sa propre gorge en un long grognement qui s'atténua peu à peu. Le gryffondor se réveilla complétement et s'assit sur le bord de son canapé en tendant l'oreille plus attentivement.

-J'ai dû rêver, soupira Harry en se rallongeant pour se rendormir aussitôt.

Cinq minutes à peine était passé que le gryffondor entendit le même grognement retentir dans la pièce, plus fort et plus rauque cette fois. Il se leva et regarda autour de lui, certain qu'un animal rôdait, une autre bestiole que l'ignoble Snape aurait infiltré chez lui pour lui faire des misères.

Harry baissa son regard sur ses mains qui s'étaient mises à le démanger, il poussa un cri d'horreur qui dut, une fois de plus, se propager dans tout le château.

Qu'est-ce qui lui arrivait ? paniqua-t-il en se précipitant à la salle de bain tout en marchant sur ses talons pour se regarder dans le grand miroir situé au-dessus du lavabo.

-Oh putain ! murmura Harry qui sursauta quand il entendit sa porte s'ouvrir sans douceur devant Remus et Lucius qui l'avaient entendu hurler. Les deux hommes le forcèrent, sans aucune explication et sans aucune douceur, à avaler une potion au goût infect, mélange de bouse et d'oignon qui lui donna des hauts le cœur et qui lui piqua atrocement les yeux.

-Tu crois que se sera suffisant ? s'enquit Remus en s'adressant à Lucius qui amenait Harry, inanimé, sur le canapé.

-J'espère sincèrement que oui, en attendant allume la cheminée pendant que je vais chercher une couverture pour le garder au chaud.

-Non mais tu as vu l'état de ses pieds ? Tu crois que c'est encore une idée tordue de Severus ? s'indigna le lycan.

-Maintenant je sais pourquoi ses draps et ses couvertures ont pris feu, répondit Lucius.

-Qu'est-ce que tu veux dire par « prit feu ? »

-Severus a probablement mis des crabes de feu dans son lit…on faisait déjà ça quand nous étions élèves ici.

-C'est à se demander quel âge ils ont !

-Harry doit dormir combien de temps ? demanda l'aristocrate.

-D'après le livre de potions qui nous a servi à concocter le contre sort, quatre heures, à condition de le tenir au chaud et de lui donner une autre fiole à boire dans une heure. Je remercie Merlin, si nous n'avions pas épié Severus on n'aurait jamais su ce qu'il manigançait dans son fichu laboratoire.

-En même temps pas difficile de deviner qu'il allait avoir recours aux potions, il y excelle.

-Cet abruti allait quand même rendre Harry complétement…..

-Simplet, un être sans cervelle, un idiot accompli et sans éducation, genre homme des cavernes, Remus, oui je sais.

-Il faut absolument qu'ils cessent leurs querelles, cela devient beaucoup trop dangereux.

-Ah oui, et comment comptes-tu t'y prendre pour que ces deux têtes de mules arrêtent de se battre ?

-Je ne sais pas justement, sinon il y a longtemps que j'aurai agi.

-On devrait les faire se taper dessus jusqu'à épuisement…avança l'aristocrate en souriant.

-Ce qui veut dire ? s'étonna Remus en rajoutant une bûche dans la cheminée. Notre but n'est-il pas justement de les empêcher de se jeter dessus les trois quart du temps pour s'entretuer ?

-Ils le feront derrière notre dos, Rem, et nous ne serons pas toujours là pour leur mettre des barrières, comme ce soir.

-Cela veut dire que nous allons devoir surveiller chacun notre tour, Harry, jusqu'à ce qu'il récupère des forces, je n'ose penser que si nous étions arrivés dix minutes plus tard nous aurons eu du mal à le récupérer.

-Je suis certain que Severus avait un antidote en réserve….cependant tu as raison, nous surveillerons Harry à tour de rôle, je suis aussi affirmatif quand je dis que Severus ne va pas abandonner facilement, il faudra le garder, plus que jamais, à l'œil.

-J'imagine, ricana le lycan, il est plein de ressource pour déjouer une vigilance, je m'en suis rendu-compte quand il était espion pour l'Ordre.

-Et encore tu ne connais pas toutes les facettes de notre cher ami.

-J'ai appris à le connaître véritablement dans l'Ordre, j'ai même appris à l'apprécier l'homme et le potionniste. Cela a pris du temps. Comme tu t'en doutes au début il était du genre réfractaire. Je ne regrette rien, c'est un homme bien.

-Tout comme moi j'ai appris à connaître Harry, ajouta le serpentard aux yeux gris en versant un thé à Remus qui le remercia d'un sourire. Voilà pourquoi nous sommes ici, pour tenter de sauver ces deux idiots malgré eux.

-J'espère qu'on va réussir, parce que là ils sont en train de m'user moralement, avoua le loup-garou.

-Surtout que la haine qu'il y a entre eux n'est pas ordinaire.

-Oui, j'avais aussi remarqué ça…..drôle de façon de se faire la cour, tu ne trouves pas ? rigola Remus.

Harry remua dans son sommeil en poussant des cris gutturaux qui s'estompèrent peu à peu sous l'action de la potion que Lucius et Remus avaient confectionnée dans le plus grand secret. Le jeune homme l'avait échappé belle et encore plus grâce à Lucius. Connaissant Severus et ses perfidies, l'aristocrate l'avait surveillé attentivement et il avait, pendant les cours du maître des potions, pénétré dans son laboratoire avec la complicité de Remus pour chercher ce que Snape trafiquait d'inhabituel.

Ils avaient trouvé, et ils s'étaient immédiatement mis à chercher l'antidote qu'ils n'avaient pas trouvé dans le laboratoire, alors il l'avait fabriqué pour stopper l'effet néfaste de la potion de Severus.

Lucius et Remus doutaient fortement de la haine entre Harry et Severus. Elle était trop profonde, trop fusionnelle, trop ancré en eux pour être honnête. Forcement qu'il devait y avoir autre chose derrière leur agressivité et puisque les deux hommes ne voulaient pas devenir raisonnable, Lucius et Remus allaient tout mettre en œuvre pour leur ouvrir les yeux qu'ils gardaient désespérément fermés, comme si les ouvrir allait les remplir de terreur et que justement ils faisaient tout pour ne pas s'avouer autre chose.

-J'ai refait ses pansements et j'ai rajouté de l'essence de Murlap, expliqua le loup-garou en rebouchant le pot qu'il posa sur la table. J'y ai ajouté ton onguent, espérons que cela fasse effet dans les plus bref délai.

-On va lui faire boire la deuxième fiole et quand il se réveillera il faudra le faire manger, expliqua à son tour Lucius. Quant à ses pieds tu as bien fait, mon ange, demain ça devrait déjà aller mieux.

Lucius s'approcha de Remus et l'enlaça tendrement.

-Je sais que tu t'inquiètes beaucoup pour Harry, je te promets qu'on va le protéger, il ne devrait plus rien lui arriver de fâcheux…

-Ces deux têtes de cochons sont astucieux, tu sais aussi bien que moi qu'ils trouveront un moyen d'échapper à notre vigilance, ils sont impossibles quand ils ont une idée en tête !

Lucius ricana.

-Un maraudeur et un serpentard, de surcroît mangemort, tu crois qu'on ne fait pas le poids face à eux ?

-Vu ainsi, s'amusa Remus, je pense qu'on a des chances de réussir.

Harry but la potion sans même s'en rendre compte, il se rendormit sous le regard anxieux de Remus et de Lucius qui espéraient qu'il n'y aura pas de crise à gérer, ce genre de potion n'était pas anodin et parfois il fallait craindre des débordements. Heureusement ce ne fut pas le cas, la nuit passa, tranquille et silencieuse et nos deux amis purent prendre un peu de repos sur le canapé que Lucius avait allongé après avoir déposé Harry sur son lit avec de nouveaux draps et couvertures dont ils l'emmitouflèrent.

Demain, pensa l'aristocrate, il allait rendre une petite visite à Severus et celui-ci aura intérêt à l'écouter.