Haine 11

Un jeune garçon attendait derrière la porte du bureau du professeur de Défenses Contre les Forces du Mal Appliquées. Jérémy se rongeait les ongles et les sangs, pas certain s'il devait frapper ou s'enfuir en courant. Il avait des questions sérieuses à poser au survivant qu'il trouvait intimidant, c'est pour ça qu'il hésitait devant les battants de bois en se triturant les méninges pour savoir comment tourner ses phrases sans mettre en colère son professeur et directeur de maison.

Sa main bougea seule et un toc retentit désagréablement dans le couloir. Le garçon tourna les talons, fit un pas, puis se ravisa et ouvrit la porte quand il entendit Harry l'inviter à entrer dans son antre.

-Bonjour, professeur Potter…

-Jérémy, entre donc et ferme la porte derrière toi, il y a des courant d'air dans les couloirs.

Le jeune homme obéit puis s'avança vers le bureau où Harry corrigeait des copies en mordillant sa plume qui ne lui avait rien fait.

-Bien, fit le directeur des gryffondors, que puis-je pour toi ? demanda-t-il en reposant l'objet rongé et détérioré.

-C'est personnel, monsieur.

-Donc rien à voir avec un problème à l'école que tu pourrais avoir comme celui de la dernière fois ?

-Non, professeur.

-Je t'écoute dans ce cas.

-Mon père ne sait pas que je suis là…il ne serait pas d'accord.

-Je ne lui dirais rien si c'est ça qui te mine, tu as ma promesse, Jérémy.

L'enfant se cala sur son fauteuil quand Harry lui demanda de s'asseoir. Le jeune homme de onze ans n'était pas à l'aise et cherchait ses mots pour ne pas froisser celui qui avait vaincu Voldemort.

-Pourquoi vous vous battez avec mon papa ?

La phrase fusa et Jérémy se mordit les lèvres d'avoir lâché ces mots sans aucune délicatesse.

La question déstabilisa Harry qui ne s'y attendait pas.

-C'est lui qui t'en a parlé ?

-Non, j'ai vu les coups sur son visage, vous aviez les mêmes…

Jérémy était grave et sa question n'était pas anodine, il attendait des réponses et pas de vagues paroles inutiles qui ne feraient qu'amplifier les choses.

-Es-tu en âge de comprendre certaines choses, Jérémy ?

-Je crois que oui, monsieur.

-D'accord….Alors disons qu'entre ton père et moi il y a effectivement un désaccord qui remonte à longtemps, je ne vais pas t'en expliquer toutes les raisons, ce serait trop long.

-Vous ne vous aimez pas alors ? demanda avec innocence l'enfant.

-Pas vraiment, répondit Harry.

-C'est pour ça que vous tapez sur lui ?

-Ne t'inquiète pas, il me le rend bien, cela dit j'ai décidé depuis ce matin de ne plus répondre à ses attaques et de ne plus l'agresser à mon tour.

-Pourquoi ?

-Nous sommes trop grands pour continuer notre petit jeu…

-Ce n'est pas un jeu pour lui, monsieur. Je sais qu'il en souffre, pas seulement physiquement, il est triste et moi ça me rend triste aussi quand il est comme ça.

-Non, je ne le savais pas, avoua le survivant, ébranlé par le sérieux de l'enfant qui venait le voir pour intercéder en faveur de Snape.

-Il ne me l'a pas dit mais je le vois dans ses yeux, c'est un bon papa vous savez ! Il s'occupe bien de Pierce et de moi et il ne crie jamais sur nous, il ne nous a jamais frappé non plus, c'est pour ça que je ne comprends pas pourquoi vous êtes en colère contre lui.

-Je ne suis plus en colère, Jérémy, et je te promets d'arranger les choses entre lui et moi.

-C'est promis ?

-Oui, parole de Gryffondor !

-Je dois y aller, il doit m'attendre, on retourne à la maison pour deux jours….on a des ennuis, avoua à voix basse le petit garçon.

-Des ennuis ? De quelle sorte ?

-Je n'ai pas le droit de le dire….

-Cela restera entre nous, comme le reste de notre conversation, le professeur Snape n'en saura rien.

-Ben au village des gens mettent le feu à notre maison c'est pour ça que toutes les nuits papa vient surveiller pour pas que Pierce et Amélie brûle aussi dedans….

-Quoi ? s'écria Harry en se levant subitement, ce qui fit peur à Jérémy. Tu veux dire que des gens du village ont incendié ta maison avec ton frère et ton elfe à l'intérieur ?

-Oui…..ils disent qu'on est des mangemorts, ils ont même frappé mon père, eux aussi. Il est rentré à la maison plein de sang et il s'est enfermé dans la salle de bain pour pas qu'on ait peur, il avait très mal.

Là Harry se sentit nauséeux comme il ne l'avait jamais été de sa vie. Il n'était pas au courant que des lâches en voulaient à la vie de ces enfants et de leur père. Personne ne lui en avait parlé sinon il aurait agi même s'il était en froid avec Snape. L'homme ne méritait pas pareil traitement et les enfants encore moins.

-Demain c'est samedi, je serais à Pré-au-Lard toute la journée, expliqua Harry à l'enfant. S'il se passe quoique ce soit envoie-moi ton renard, j'arriverai dans la seconde.

-Mais et mon père ?

-J'en fais mon affaire.

-Il ne sera pas content, professeur.

-Je lui expliquerai que je passais par hasard, rassure-toi.

L'enfant se leva, un sourire aux lèvres, ragaillardi par les paroles d'Harry. Quand Jérémy quitta son bureau, le jeune professeur se rendit immédiatement chez Remus ou il savait y trouver Lucius. Ces deux-là avaient des choses à lui avouer, et pas qu'un peu !

Le jeune homme trouva ses deux amis tranquillement assis devant un bon feu, sirotant un verre de whisky. Il les salua froidement et les toisa de ses yeux verts flamboyants accusateurs.

-Quoi ? interrogea Lucius, tu as déjà changé d'avis pour Severus ?

-Non, je suis venu vous demander pourquoi vous n'avez pas cru bon de me dire que Snape et ses enfants étaient harcelés au village et que certains habitants avaient tenté de mettre le feu à leur maison ?

-Je ne suis pas au courant pour le feu, Harry, grogna Lucius, sinon je m'en serais mêlé, tu peux me croire !

-Si j'attrape ces fils de pute ! cracha Harry, j'en fais de la charpie.

-Moi aussi, surenchérit Remus, on savait que Severus était mal-vue mais de là à brûler sa maison et les enfants avec…..c'est immonde.

-Bicoque, grinça Lucius, personne n'a voulu lui louer une maison digne de ce nom, c'est une masure bonne pour abriter des chèvres. J'ai bien tenté d'intercéder en sa faveur mais il n'y a rien eu à faire.

-Qui gère cela ? s'enquit Harry avec la rage au fond du cœur, pensant que lui seul avait le droit de se disputer avec Snape et que le autres devait à l'homme des remerciements éternels de leur avoir sauvé la vie en espionnant Voldemort au risque de sa propre vie.

-Gringotts, répondit l'aristocrate.

-Demain dès l'ouverture j'irai leur rendre une petite visite, menaça le jeune homme, ils vont entendre parler du pays.

-Ils ne t'écouteront pas, crois-tu que je ne les ai pas menacés ?

-Harry a des arguments, sourit Remus, il y parviendra et gare à celui qui se mettra en travers de son chemin.

-Que vas-tu faire ?

-Suivre Snape pour faire cesser ces ignominies, ensuite j'ai ma petite idée, mais là de suite j'ai besoin d'un verre, ces nouvelles m'ont rendu malade de dégoût.

-Je croyais que Snape t'était indifférent ?

-Oui, Lucius, mais on n'attaque pas un homme à plusieurs, surtout si des enfants sont concernés, c'est dégueulasse.

-Comment l'as-tu su ? demanda Remus.

-Aucune importance…..je le sais, c'est tout, et je ne vais pas laisser faire ça.

-On s'en doute.

-Vous saviez que toutes les nuits il surveille sa maison pour éviter qu'un malheur n'arrive aux siens ?

-Non, ça non plus on ne le savait pas, comme tu as pu t'en rendre compte, Severus n'est guère bavard.

-Vous ne savez rien en somme ! accusa le directeur des gryffondors.

-Ne t'en prends pas à nous, Harry, nous ne sommes pas responsables, gronda Lucius.

-Demain ma maison deviendra la leur, Snape aura besoin de vous pour déménager, je peux compter sur vous ?

-Ta maison ?

-Ouais, il ne le saura pas t'inquiète.

-Forcément qu'il le saura, tu es idiot ou quoi !

-Et même s'il le sait il n'aura pas le choix et s'il faut lui en expliquer les raisons et bien je le ferai de vive voix !

-Bon courage, il va encore râler mais bon tu as l'habitude maintenant de l'entendre hurler à tes oreilles.

Le soir venu, Harry sortit de Poudlard et alla à Pré-au-Lard, se poster devant la maison de Snape. Un léger crachin tombait sur le village mais ça ne le dérangea pas. Il faisait nuit noire, parfait pour passer inaperçu. Le jeune professeur remonta le col de son manteau et de sa cape puis s'adossa contre un arbre qui bordait la rue en regardant autours de lui en calant ses mains dans ses poches.

-Qu'est-ce que vous faites là, Potter, murmura un homme reconnaissable entre tous, une nouvelle lubie de votre part de vous promener la nuit par un temps pareil, devant chez moi qui plus est ?

-Non….

-Encore votre complexe du héros, car je devine que vous êtes là pour une bonne raison ?

-Evidemment que j'ai une bonne raison de venir ici…pas vous ? Sinon pourquoi seriez-vous dehors par ce temps infect à surveiller cette maison qui est la vôtre comme vous venez si bien de le dire ?

-Je fais ce que je veux, Potter.

-Moi aussi.

-Alors faites-le chez vous !

-Chez moi des imbéciles ne tentent pas d'y mettre le feu la nuit, Snape.

-Jérémy parle trop, souffla le maître des potions.

-Il a peur pour vous et j'ai juré de ne pas vous dire qu'il était venu me voir….Cet enfant vous aime beaucoup pour qu'il décide de me dire ses craintes de vous perdre.

-Je ne dirai rien, assura l'homme, maintenant que vous avez fait votre bonne action vous pouvez partir.

-Pas question, je suis j'y reste !

-Potter, vous êtes exaspérant et vous devriez vous mêler de vos affaires…..encore une fois.

-Ce sont mes affaires justement, Jérémy est venu me parler et il est hors de question que je laisse un gryffondor, un élève de ma maison, dans les ennuis.

-Il est d'abord mon fils avant d'être un de vos étudiants.

-Cela ne rentre pas en ligne de compte, Snape, je me dois de le protéger.

-Pourquoi, je ne suis pas digne de confiance ? Vous pensez comme les autres que je ne sais pas m'occuper de mes fils ?

-Je n'ai pas dit ça, bien au contraire je trouve que vous faites un bon père, peu d'hommes auraient pris en charge deux garçons pour les élever, c'est admirable et je vous tire mon chapeau pour avoir résisté aux pressions et aux menaces qu'on n'a pas manqué de vous faire, j'en suis certain.

-Admirable vous dites alors que mes fils vivent dans un misérable logement…..quel père suis-je pour leur imposer ça ?

-Ce n'est pas de votre faute, continua de chuchoter Harry, c'est la faute de certains imbéciles qui se croient plus malins que les autres.

-Peut-être…

-Ce logement ne sera bientôt plus qu'un lointain souvenir…..

-Quoi ? Qu'avez-vous encore inventé ? accusa le potionniste en plissant les yeux pour voir si Harry ne se foutait pas de lui.

-J'ai mis une maison à votre disposition et à celle de vos enfants, dès demain vous pourrez déménager vos affaires…

-Hors de question, je ne vis pas de charité, Potter, faillit hurler Snape qui se retint à la dernière minute pour éviter de faire trop de bruit car la nuit les voix portaient loin.

-Faites-le pour Jérémy et pour Pierce, eux ont le droit de vivre décemment vous ne croyez pas ?

-Comment avez-vous réussi cet exploit, Même Lucius n'y est pas parvenu, rouspéta pour la forme le maître des potions qui déjà fléchissait pour ses enfants.

-C'est ma maison et je n'y viens jamais, autant qu'elle serve à quelque chose, précisa le jeune homme.

-Votre maison, décidemment vous êtes fou !

-Non, juste et lucide.

-Pourquoi ? demanda Snape après un silence long et interrogateur.

-J'aurai voulu qu'un homme comme vous me sauve moi aussi quand j'étais jeune des moldus ignobles qui m'ont élevé.

-Vous sauver de quoi ? N'étiez-vous pas heureux chez vos moldus ?

Sans s'en rendre compte les deux sorciers eurent une discussion calme, adossé chacun contre un arbre sous la pluie qui s'était mise à tomber drue. Harry relâcha la tension dans son corps et Snape se détendit tandis que leurs yeux ne quittaient pas la masure.

Il ne se passa rien de la nuit aussi Harry proposa à Snape de visiter leur futur logement, ce qu'il accepta en maugréant dans sa barbe des mots contre les jeunes professeur qui se croyaient tout permis.

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Bonjour à toutes

Je vais me prendre quelques jours, le temps d'apaiser ma souffrance qui sera éternelle. Ma sœur, ma douce, est partie en silence, hier, en emportant un morceau de mon cœur. Difficile de concevoir pareille nouvelle qui m'a anéanti.