Le lendemain, Ramboum vint nous réveiller avec la même délicatesse que la veille. Nous nous levâmes péniblement, puis nous nous rendîmes dans le réfectoire pour déjeuner avec les autres apprentis. N'étant pas encore assez réveillée pour avoir de l'appétit, je me contentai d'avaler une baie ou deux. Ramboum et les autres en revanche, s'empiffrèrent joyeusement.

Après la réunion matinale, qui en réalité n'était utile que lorsqu'une information devait être communiquée, les autres jours, elle ne servait qu'à crier les encouragements matinaux tous ensemble, Pijako nous mena à l'étage supérieur, cette fois devant le tableau de gauche.

- C'est quoi la différence entre les deux panneaux ? demandai-je. C'est parce qu'il n'y a pas assez de place sur un seul ?

- J'allais justement vous l'expliquer. dit Pijako. En fait, le tableau de droite affiche les missions pour porter secours à un Pokémon en difficulté ou chercher un objet perdu. Ce tableau affiche uniquement les criminels recherchés.

- On va devoir capturer un criminel aujourd'hui ? demanda Fire, peu rassuré.

- Vous savez il y a toutes sortes de criminels. Certains sont très dangereux, et seuls les Pokémon les plus expérimentés se lancent à leur poursuite, mais d'autres ne sont que des petits chipeurs du marché. Ceux-là ne sont pas très dangereux et aussi inexpérimentés que vous. Je suis sûr qu'on peut trouver une mission qui vous convienne. Ah, et il serait temps de vous faire visiter un peu les lieux. Keunotor !

Un petit Pokémon à la fourrure marron et se déplaçant à quatre pattes se précipita vers nous. Il avait de longues incisives qui dépassaient de sa bouche, assurément faites pour ronger quelque chose, de grands yeux innocents et une queue en forme de pompon.

- Tu m'as appelé Pijako ?

- Oui. Tu connais nos deux nouvelles recrues, Lou et Fire. Peux-tu leur faire visiter le Bourg et les aider à choisir une mission ?

- Bien sûr !

Pijako hocha la tête et retourna à son poste. Keunotor se tourna vivement vers nous. Il avait l'air d'être sur le point de pleurer.

- C'que j'suis content ! J'me roule par terre !

- Euh… Pourquoi ça ?

- Parce que depuis que je suis arrivé ici, c'est moi le p'tit nouveau, le bleu, le moins expérimenté. Et maintenant vous êtes là, et c'est à mon tour de vous apprendre des trucs… J'crois que j'vais chialer de bonheur !

- Euh… Contente que ça te fasse plaisir à ce point.

- Ouaip ! Allez venez, je faire tout vous expliquer ! s'exclama-t-il avec enthousiasme.

Il avait l'air sincèrement ravi de pouvoir faire enfin partie de ceux qui allait apprendre aux autres. Il nous fit d'abord retourner vers l'étage inférieur. C'est vrai que nous n'avions pas vraiment eu le temps de visiter depuis que nous étions là. Il nous montra le stand de Cradopaud, la direction du réfectoire, des dortoirs, l'entrée de la salle du Maître... Même si nous connaissions déjà les lieux qu'il nous citait, cela faisait partie du protocole de faire visiter aux nouveaux. Nous nous dirigeâmes ensuite vers la ville, que je n'avais pas eu l'occasion de visiter. Cette fois, Fire prit la parole.

- Ah ! Bourg Trésor je connais !

Il entreprit de m'expliquer l'utilité des différents stands. La banque était tenue par Skelenox, un spectre effrayant avec une voix grinçante et une lueur rouge qui se baladait d'une orbite à l'autre. Il veillait jalousement sur les richesses qui lui avaient été confiées. Le stand des capacités était tenu par Elekable, et servait à apprendre de nouvelles attaques. Le magasin de fournitures générales était tenu par les frères Kecleon, des espèces de caméléon de différentes couleur, un vert et un violet, et qui ne manquait jamais une occasion d'essayer de vous vendre quelque chose. Quant à la réserve d'objets, elle était tenue par Kangourex, un Pokémon massif qui gardait son petit dans sa poche ventrale, et qui avait un instinct maternel si développé que tout le monde la surnommait Mama Kangourex. Les autres stands étaient vides, mais je pouvais deviner quel Pokémon occupait chacun d'entre eux grâce à leur forme. En effet, la plupart des stands se trouvaient sous des tentes à l'image de leurs propriétaires, tout comme la Guilde qui possédait un chapiteau en forme de Grodoudou.

- Eh bien toi aussi tu en connais un rayon ! s'exclama Keunotor à l'adresse de Fire.

- C'est normal, j'habite ici. Enfin, j'habitais.

- Oh, d'accord. Eh bien je vous laisse visiter un peu et vous préparer. Quand vous serez prêts, venez me retrouver devant le panneau, je vous aiderai à choisir une mission.

- D'accord, merci beaucoup.

Keunotor s'en retourna vers la Guilde, et Fire me tira par le bras.

- Viens Lou, j'ai envie de voir ce que vendent les frères Kecleon aujourd'hui ! s'exclama-t-il, tout excité.

Nous nous dirigeâmes vers le magasin, où un Marill et un Azurill, des petits Pokémon aquatiques bleus et ronds, étaient en train d'acheter une pomme.

- Merci ! Oh, mais… Il y a une pomme en trop ! s'étonna l'un d'entre eux.

- Nous vous l'offrons, partagez la et régalez-vous ! déclara le Kecleon vert avec un sourire bienveillant.

- Merci messieurs Kecleon !

Les deux Pokémon passèrent devant nous, mais Azurill trébucha et fit tomber sa pomme, qui roula au sol. Je la rattrapai, puis lui rendit après qu'il se soit relevé. Au moment où je lâchai le fruit, je ressentis des vertiges, et ma vision se troubla. Comme la lumière d'une ampoule qui vacille lorsqu'elle s'apprête à lâcher. Puis je pris un flash en pleine figure. J'étais aveuglée, mais j'entendis quelqu'un crier.

« A-A L'AIDE ! »

Brutalement, je retrouvai ma vision normale, et les vertiges cessèrent. Cependant le cri continuait de résonner dans mon esprit.

-Merci. me dit Azurill en s'inclinant avant de s'éloigner, sans remarquer mon trouble.

Je regardai autour de moi. Personne d'autre ne semblait avoir entendu le cri. Pourtant quelqu'un avait hurlé de toutes ses forces ! Et je ne comprenais pas d'où venait ce flash de lumière qui m'avait aveuglé. Avais-je fait un malaise ? Pourquoi étais-je la seule qui semblait avoir remarqué tout cela ?

- Ces jeunes enfants sont frères. Expliqua le Kecleon vert. Il n'y a pas longtemps, leur mère est tombée malade. Alors ils font les courses pour elle.

- Oh, comme ils sont mignons… Et tellement matures ! s'attendrit Fire.

Il se tourna vers moi, et remarqua mon air déconcerté.

- Eh, Lou, il y a quelque chose qui ne va pas ? Tu en fais une tête.

- Tu n'as pas entendu un appel au secours à l'instant ?

- Hein ? Non…

- Nous non plus. déclarèrent les Kecleon en nous regardant bizarrement.

- Ne t'en fait pas, tu as du rêver Lou.

Je hochai la tête, mais j'étais sûre de ce que j'avais entendu.

Cette voix… On aurait dit le petit Azurill… Pourquoi personne d'autre ne l'a entendu… ?

Fire prit le temps de regarder ce que les commerçants avaient en rayon, puis il m'entraîna à travers le Bourg en me montrant les différents stands. Lorsqu'il fut satisfait de sa visite guidée, il se tourna vers moi.

- Allez, on retourne à la Guilde, Keunotor doit nous attendre.

Je le suivis en essayant de mettre cet incident de côté, mais je ne pouvais m'empêcher de m'interroger tout en marchant. Alors que nous passions au centre de la place du Bourg, nous vîmes Azurill et Marill discuter avec un autre Pokémon. Je reconnu un Soporifik grâce à sa trompe ainsi qu'à son corps bicolore jaune et marron. Fire suivis mon regard et tourna la tête dans la même direction.

- Tiens les petits frères ! Il y a un problème ? demanda-t-il en s'approchant.

- Eh bien il y a quelques temps, nous avons perdu un objet auquel nous tenons beaucoup. Et M. Soporifik viens de nous dire qu'il l'a vu sur le Mont Labeur, il nous a même proposé son aide ! s'exclama Marill d'un air joyeux.

- Oh, mais c'est génial ! C'est très gentil de votre part de les aider ! dit-il à Soporifik.

- Non ce n'est rien, c'est normal, il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas aider ces enfants en difficulté. répliqua celui-ci. Bon, eh bien allons-y !

Ils se mirent en route, et en passant, près de moi, Soporifik me bouscula accidentellement. Il s'excusa puis s'éloigna. Je sentis mes vertiges reprendre, et je me tendis aussitôt. C'était désagréable, j'avais l'impression que le monde s'estompait autour de moi, et que j'allais m'évanouir à tout instant. Je reçu à nouveau un flash blanc qui m'aveugla, puis un endroit montagneux s'imposa à moi, comme une sorte de rêve. Au milieu d'une plaine de rochers, je voyais Soporifik coincer Azurill au pied d'une falaise et s'adresser à lui d'un air menaçant.

« Ça suffit maintenant ! Si tu continues à faire des caprices, tu vas avoir des ennuis !

- A-A L'AIDE ! »

Ma vision revint à la normale tout aussi brutalement que la première fois. J'étais de nouveau à Bourg Trésor, comme s'il ne s'était rien passé. Prise de panique, je me tournai vivement vers Fire.

- Fire ! Il faut que je te parle !

- Oula ! Qu'est-ce qu'il y a ?

- Tout à l'heure quand j'ai entendu crier, juste avant j'ai eu des vertiges. Là ça a recommencé… Sauf que cette fois, j'ai eu… Une sorte de vision. J'ai vu Soporifik menacer Azurill ! J'ai un mauvais pressentiment, Il faut qu'on les rattrape !

- Hein ? Mais… écoute ce n'est pas que je ne te fais pas confiance Lou… Mais Soporifik a l'air très gentil… C'est difficile à croire… Ce doit être la fatigue, ne t'en fais pas. Ça peut te jouer des tours.

Je ne comprenais pas pourquoi Fire ne voulait pas me croire. En même temps, qu'est-ce que j'avais comme preuve de ce que j'avançais ? Une vision que moi seule avait vu ? Personne de normal n'entendait des voix ou n'avait des visions. Moi-même, je ne comprenais pas ce qui s'était passé. Etait-ce une faculté particulière aux Pokémon de mon espèce ? Fire m'offrit un petit sourire rassurant.

- On ferait mieux de se concentrer sur le travail de la Guilde. Allons-y.

Nous retournâmes à la Guilde, mais je n'arrivais pas à penser à autre chose que ce qui venait de m'arriver. Comme si je n'avais pas déjà assez de problèmes ! En plus d'être amnésique, j'étais devenue folle ? Ravalant la boule d'angoisse qui s'était coincée dans ma gorge, je suivis Fire en silence. Keunotor nous attendait devant le panneau d'affichage.

- Vous avez fini ?

- Oui ! On est prêts à partir en mission ! s'exclama Fire.

- D'accord. Eh bien puisque je suis votre mentor, je vais choisir.

- Choisis en une pas trop difficile hein…

- Ne t'inquiète pas, je vais prendre quelque chose à votre niveau.

Soudain, une voix forte retentit provenant de derrière le panneau, nous faisant sursauter.

- Reculez ! Mise à jour des tableaux !

Nous reculâmes tous les trois d'un geste vif, et le panneau pivota d'un coup sur lui même.

- Eh ! Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Fire.

- Triopikeur met le tableau à jour. expliqua Keunotor. Il ajoute les nouvelles demandes et supprime les missions déjà effectuée par quelqu'un d'autre. Il fait ça tous les jours. On ne le remarque pas beaucoup car il reste dans des tunnels mais son travail est très important !

Nous entendîmes des bruits de papier froissé pendant quelques instants.

- Mise à jour terminée ! Reculez !

Le panneau pivota à nouveau. Plusieurs affiches avaient changées, d'autres étaient rajoutées. Fire posa les yeux sur les annonces et se figea avant de se mettre à trembler.

- Ben qu'est ce qui t'arrive ? demanda Keunotor. Pourquoi tu trembles comme ça ? T'inquiète pas, on va en choisir une facile !

- C'est pas ça… Lou… Regarde en haut à gauche !

Je levai les yeux et les posai sur le portrait du criminel que fixait Fire. Mon sang se glaça.

- Oh non… Fire, vite !

Sans même nous concerter, nous nous précipitâmes hors de la Guilde. Nous dévalâmes les escaliers et nous déboulâmes sur le croisement, où nous aperçûmes Marill. Il avait l'air inquiet. Je me précipitai vers lui.

- Marill ! Ou sont Azurill et Soporifik ?

- Je ne sais pas… Je les ai perdus du vu pendant l'exploration… Alors je suis revenu ici en espérant les trouver ici… Je suis inquiet…

- Montre-nous où est-ce que tu les as vus pour la dernière fois !

Marill nous désigna un endroit sur la Carte Miracle que nous lui tendîmes, une montagne appelée le Mont Labeur.

- On va te ramener ton frère, ne t'inquiète pas !

Sans lui donner plus d'explications, je me mis à courir à toute allure, Fire sur mes talons. Le mont n'était heureusement pas très loin, mais Soporifik avait une longueur d'avance sur nous, et je craignais d'arriver trop tard. Lorsque nous commençâmes à escalader le mont, certains Pokémon nous attaquèrent aussitôt, et je compris ce que Fire et Pijako avait voulu dire à propos des donjons. Quand un Pokémon se mettait en travers de mon chemin, je l'assomais d'un coup brutal ou passais devant lui en trombe sans qu'il ait le temps de faire quoi que ce soit. Je n'avais pas le temps de m'occuper sérieusement d'eux. Mon énergie m'étonna moi-même. C'était propablement l'adrénaline qui me procurait tant d'énergie.

Azurill est en danger… Si on était partis plus tot… Si on arrive trop tard…

J'accélérai. Fire commençait à avoir du mal à me suivre. Heureusement pour lui, il semblait que nous avions atteint le haut de la montagne. le terrain se fit plus plat, et j'apperçus soudain la falaise que j'avais vu dans ma vision. Soporifik avançait d'un air menaçant vers Azurill, le coinçant au pied de la paroi rocheuse.

- Ça suffit maintenant ! Si tu continues à faire des caprices, tu vas avoir des ennuis !

- A-A L'AIDE ! cria Azurill, des larmes dans les yeux.

- Fire, là bas ! Vite !

Je courus vers eux. C'était exactement comme dans ma vision. A mon grand soulagement, Azurill n'avait pas l'air blessé.

- Arrête toi Soporifik ! cria Fire.

Ce dernier se retourna et écarquilla les yeux en nous voyant.

- V-Vous ? Comment m'avez-vous retrouvé ?

- Eloigne toi d'Azurill tout de suite ! lui ordonnai-je en tentant d'avoir l'air menaçante, en dépit du fait que j'étais à bout de souffle.

- Maintenant tu vas te rendre, et on va te livrer à la police !

- Ha ha ! Comme si j'allais me laissez faire et vous suivre gentiment ! De nombreuses équipes ont déjà échoué en essayant de m'attrapper !

Fire sembla destabilisé. Je rattrappai le coup.

- Et alors ? C'est pas pour ça qu'on va pas essayer ! Et puis si ça se trouve, tu bluff !

- Ah oui ? On va voir si je bluff !

Il passa à l'attaque et ses yeux devinrent rouges. J'évitai aussitôt son regard, consciente qu'il était capable de nous hypnotiser. C'était peut être pour ça que les autres équipes avaient échoué. Mais j'étais déterminée à ne pas le laisser s'enfuir. J'attaquai avec hurlement puis je me jettai sur lui et le mordis sauvagement. Fire se plaça de l'autre coté et cracha le plus gros jet de flamme qu'il put. Au bout de quelques minutes de combat acharné, nous réussîmes à le vaincre. Il était plus fort que nous, mais nous étions déterminés, et l'adrénaline faisait le reste. C'est ce qui nous avait permi de gagner. Soporifik s'écroula. Avec notre badge, j'émis aussitôt un signal pour appeler la police. Inutile de lui laisser le temps de se remettre. Fire s'approcha d'Azurill, qui tremblait de partout. Il se calma un peu en nous voyant approcher.

- Ça va ? Tu n'es pas blessé ? lui demanda Fire.

- N-Non, ça va… Vous êtes arrivés à temps.

- On va te ramener à ton grand frère, c'est fini.

Tandis que Fire faisait de son mieux pour appaiser Azurill, je surveillais Soporifik. Rapidement, un groupe de Pokémon arriva avec en faisant clignoter une sorte de girophare.

- Je suis le Shérif Magnézone, et voici les agents Magnéti. Zzzt ! Vous nous avez appelés ? Zzzt !

- On a un client pour vous.

Les Magneti entourèrent Soporifik et placèrent un champ magnétique autour de lui pour l'empecher de s'évader, mais il semblait de toute façon trop fatigué pour se mettre à courir. Le shérif nous félicita chaleureusement.

- Vous avez fait du bon boulot, grâce à vous, il y a un criminel de moins en liberté ! Zzzt ! Nous remettrons la récompense à votre Guilde. Zzzt !

Nous descendîmes la montagne avec le petit groupe, fatigués mais profondément soulagés. Maintenant que l'adrénaline ne faisait plus effet, je me sentais vidée de mes forces. Devant la Guilde, Marill nous attendait. Il se précipita vers son frère dés qu'il l'apperçut.

- Azurill ! Tu es sain et sauf !

- Grand frère ! J-J'ai eu si peur ! Il voulait que j'entre dans un tunnel pour chercher un trésor dedans… Mais je voulais pas ! Il faisait tout noir dedans !

Il se mit a pleurer, et Marill le prit dans ses bras pour le consoler.

- Tu es blessé ?

Comme il continuait à sangloter, Fire répondit à sa place.

- Non il va bien, mais il a eut très peur.

- Vous l'avez sauvé… Merci mille fois !

- Oui… Merci beaucoup… dit Azurill en sortant son petit museau rougit des bras de son frère.

- Nous n'oublierons jamais votre gentillesse !

- C'est normal, je suis content que le petit soit sain et sauf.

De retour à la Guilde, Pijako nous accueillit avec un air affolé et nous eumes droit à un véritable interrogatoire. Je lui expliquai ce qui s'était passé mais ne lui parlai pas de ma vision. Après nous avoir brièvement fait un sermon pour être partis sans rien dire, il nous félicita tout de même pour notre réussite.

- Le shérif Magnézone est passé déposer votre récompense, 3000 poké. Voici donc votre part, 300 poké.

Fire et moi fûmes à nouveau très déçus, et je ne pus m'empêcher de darder Pijako d'un regard noir, ce qui n'eu pas l'air de le perturber.

- Cela fait partie de l'entraînement, ne soyez pas déçus et redoublez d'efforts demain !

C'est facile à dire… Il s'en met plein les poches lui, il ne fait même pas de missions. On devrait récupérer au moins la moitié.

Nous descendîmes à l'étage du dessous et Keunotor se précipita vers nous, lui aussi inquiet de notre départ précipité sans explications. Fire le rassura et lui répéta ce qu'il s'était passé. A peine avait-il terminé son récit que nos estomacs se mirent à gargouiller furieusement en même temps.

- On était si absorbés par notre mission qu'on a oublié de déjeuner… Je meurs de faim ! se plaignit Fire.

Nous rîmes, soulagés de savoir que tout se terminait bien et que nous allions enfin pouvoir nous reposer. Le dîner nous parut encore plus délicieux que la veille. C'était probablement meilleur de savourer un bon repas quand on était affamé, surtout quand on avait eu une bonne dose d'émtions pour la journée. Repus, nous nous trainâmes jusqu'au dortoir, le ventre plein et la fatigue pesant sur nos pattes. A peine étions-nous installés sur nos lit qu'un gros flash illumina notre chambre, nous faisant sursauter.

- Waouh ! Tu as vu ça ? s'exclama Fire en se redressant. C'était un éclair !

- De l'orage…

- Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais le jour ou on s'est rencontrés, il y avait aussi de l'orage et une terrible tempête a duré toute la journée.

Je ne pouvais pas vraiment dire que je m'en souvenais, j'avais repris connaissance après la tempête. Mais à chaque fois que j'essayais de me rappeler de quelque chose, je ne voyais que des flash et des bruits assourdissants. Je savais pourquoi maintenant.

- Oui je m'en souviens... Vaguement, mais je m'en souviens.

- C'est déjà bon signe. Tu vas peut être finir par retrouver la mémoire.

Il eut un sourire encourageant. Je le lui rendis. Je n'y croyais pas vraiment, mais tout était possible après tout. Fire se rallongea sur son lit, et je fis de même.

- Lou, tu te souviens quand Pijako nous as dit qu'il y avait de plus en plus de méchants Pokémon ?

- Oui… Il a dit que c'était lié au temps. Qu'est ce que ça veut dire ?

- Eh bien, dans ce monde, on dit qu'il existe ce qu'on appelle des rouage du temps. Personne n'en a jamais vu, c'est une légende. Mais… Elle est peut être vraie. Ce sont des objets très précieux… Comment dire… Pas comme un trésor, mais pour l'équilibre du monde. Ils seraient éparpillés partout sur la planète. Ils peuvent se trouver au milieu d'une forêt, au fond d'un lac ou de l'océan… On dit même qu'il y en a un au coeur d'un volcan. Il paraît que si on retire un rouage du temps de son emplacement, le temps s'arrête dans la région concernée. C'est pour ça qu'il faut faire attention à ce qu'ils ne soient pas déplacés. Même les plus grands criminels n'essayent pas d'y toucher, ils savent qu'on ne plaisante pas avec ça.

- C'est incroyable… Mais si personne n'en a jamais vu, ce n'est qu'une légende. Sinon comment saurait-on tout ça ?

- Toutes les légendes ont toujours un fond de vérité… Mais tu as certainement raison.

- Je ne peux pas juger, je ne connais pas ce monde. Mais je sens que tu y crois et que ça t'inquiète. Sinon tu ne m'aurais pas raconté tout ça.

- Un peu oui…

- Alors Pijako pense que si les Pokémon deviennent agressifs, c'est à cause des rouages du temps ?

- Peut être, je n'en sais rien, ce n'est qu'une supposition.

- Ne t'inquiète pas, si tout le monde sait qu'il ne faut pas y toucher, personne ne le fera. Et puis personne ne sait où ils sont en plus.

- Tu as raison. C'est juste que… Ta vision… Et ta transformation… Tous ces événements sont peut être liés. Enfin, moi je pense que ta vision est un don. En tout cas je ne crois pas que les autres Riolu puissent faire ça. Les humains non plus. C'est pour ça que je pense que c'est un pouvoir bien spécifique pour toi. Et… peut être que c'est à cause de la perturbation du temps que tu as été transformée et que tu as perdu la mémoire ?

- C'est possible… Les rouages du temps… En tout cas si c'est le cas, on finira par le savoir.

- Je l'espère.

Je me tournai face au mur.

Moi aussi… Je l'espère de tout mon cœur.

[…]

L'orage se déchaînait dans le ciel qui déversait des torrents d'eau glacée sur la terre. Le vent sifflait furieusement dans les arbres qui se pliaient devant sa colère. La forêt était plus noire qu'elle ne l'avait jamais été. Seule une étrange et douce lueur luisait paisiblement au cœur même de cette forêt, constrastant avec la noirceur du décor alentour. Une ombre passa, rapide.

Un éclair déchira le ciel. L'ombre accéléra. Elle filait droit vers le cœur de la forêt, sans la moindre once d'hésitation dans ses pas. Soudain elle ralentit l'allure et s'arrêta juste devant la mystérieuse source de lumière.

- Je ne me trompe pas… C'est bien… Un rouage du temps… ?

Un autre éclair fit un instant la lumière sur la scène et illumina le visage de l'ombre. Celle-ci était fine et agile. Ses avant bras étaient recouverts de longues feuilles tranchantes et ses pattes se terminaient en griffes accérées. Elle s'avança lentement vers le rouage du temps et jubila d'une voix doucereuse.

- J'en ai enfin trouvé un…

L'intru saisit le rouage et le retira de son emplacement. La lueur s'éteignit soudainement, comme un présage d'une menace imminente. La forêt fut alors complètement plongée dans le noir.