Dès que nous fûmes rentrés à la Guilde, Eoko m'obligea à prendre du repos. Ce n'était pas de refus, mais je n'avais pas envie de rester au lit pendant plusieurs jours ! Cependant elle ne se laissa pas attendrir, et Leveinard vint donner raison à sa « collègue infirmière ». Cradopaud fabriqua des potions énergisantes pour tout le monde. Personne n'était emballé par l'aspect douteux du liquide, mais il avait l'air très fier de sa préparation, et nous bûmes pour lui faire plaisir. Je ne saurais pourtant pas dire si son breuvage avait eu un effet quelconque.

- Eh dis donc ! Si ça se trouve il voulait juste tester sa potion sur nous ! lança Ecrapince.

- Tu… Tu crois ? s'inquiéta Keunotor. Il est vraiment bizarre parfois mais…

- Nan mais j'hallucine ! La confiance règne ici ! Ça ne vous a pas tués alors arrêtez de vous plaindre ! s'écria Héliatronc.

Malgré le repos forcé, j'étais très heureuse de rester quelques jours à la Guilde avec mes amis. Ça me manquait tellement parfois… Nous avions même retrouvé notre ancienne chambre. J'eus l'impression de faire un bond dans le passé – bien qu'il me paraissait étrange d'utiliser cette expression après avoir voyagé dans le temps – à l'époque où nous étions les petits nouveaux. Nous avions tellement grandis depuis que nous avions quitté la Guilde… Même Ramboum eut le respect de ne pas venir nous réveiller le matin avec sa manière fort délicate.

- Vous avez bien de la chance ! Un matin Ramboum ne s'est pas réveillé et a manqué la réunion matinale. Il s'est fait enguirlander ! Ohlala ! Et depuis il redouble d'ardeur pour réveiller tout le monde… soupira Héliatronc.

La fin de nos vacances improvisées arriva, et Pijako nous autorisa à faire une veillée pour le dernier soir. Plusieurs membres de la Guilde exprimèrent leur envie de partir en exploration avec nous depuis qu'Héliatronc l'avait fait. Ils espéraient eux aussi vivre une aventure incroyable. Fire et moi n'étions pas contre, mais je voyais d'ici la réaction de Pijako ! Héliatronc songeait même à demander à passer son diplôme. La dernière fois qu'on le lui avait proposé, elle avait refusé. Mais elle était apprentie depuis longtemps, et après son aventure avec nous, elle se sentait prête. Nous l'encourageâmes tous, et après avoir englouti les dernières gelées grillées, tout le monde alla se coucher. Je me pelotonnai contre mon lit douillet, savourant son odeur familière. Je voulais profiter de notre dernière nuit ici, car je ne savais pas quand nous aurions l'occasion de revenir. Fire s'endormit vite, mais moi, je restai éveillée longtemps. Il pleuvait très fort, et il y avait des éclairs.

Il y a longtemps qu'il n'y avait pas eu d'orages… Du coup, c'est bien qu'on soit à la Guilde et pas dans notre cachette dans la falaise, on aurait subi le vent et on se serait pris la pluie… Mais… Je me souviens que quand on était encore apprentis, c'était souvent les nuits d'orage qu'il se passait quelque chose d'important. Comme si c'était un signe… Il y a eu une tempête quand on s'est rencontré… Une autre quand un rouage du temps a été volé… Et j'en passe… C'est drôle qu'il y ait un orage juste au moment où on retourne à la Guilde…

Mon esprit bouillonnait, incapable de cesser de réfléchir. Je pensais à Manaphy. Je me demandais comment il percevait la tempête, du fond de l'océan. Est-ce que la mer agitée lui faisait peur ? Ou était-il trop profondément sous l'eau pour sentir quoi que ce soit ? Était-il heureux avec Kaimorse ? Je repensais aussi à ce qu'avait dit Pijako sur le fait que je devrais évoluer. Comme je ne cherchais pas à évoluer, j'avais complètement oublié que moi et Fire ne pouvions pas le faire. En revanche, je me souvenais très bien de ce qu'avait dit la Source Lumineuse. Elle disait que cet empêchement était peut-être dû à une distorsion dans la trame de l'espace… Et que nous étions liés à cette distorsion elle-même. J'ignorai totalement ce que ça voulait dire. En fait je n'avais pas compris un mot.

C'est quoi une distorsion dans l'espace ? L'espace est déformé ? Mais ce n'est pas quelque chose de matériel pourtant…

Je m'endormis au milieu de mes pensées, sans m'en rendre compte.

[…]

Une ombre se tenait debout au milieu de la forêt, à qui la nuit et l'orage donnaient un aspect menaçant. Les arbres s'agitaient violemment, secoués par le vent furieux. Les éclairs donnaient à chaque rocher, à chaque branche un aspect inquiétant, faisant imaginer des monstres qui n'existaient pas. Seule cette ombre était réelle, mais personne ne pouvait la voir tant qu'elle ne l'avait pas décidé. Cette ombre était la peur incarnée. Celle qu'on fuyait à tout prix. Celle qui apparaissait dans nos rêves et les transformait en cauchemars terrifiants. Une ombre profondément mauvaise. Elle se tenait debout, et souriait comme un possédé. Elle savait que ce qu'elle attendait arriverait bientôt. Enfin.

- Tout se déroule comme prévu… La distorsion de la trame même de l'espace continue à s'étendre… C'est parfait. Plus elle continuera de croître… Plus mon pouvoir grandira. La destruction du temps a échoué… Mais cette fois… Mon plan aboutira. Et personne ne pourra y échapper.

Le sourire de l'ombre s'agrandit. N'importe qui aurait fui en voyant un visage si horrible. Il était hanté par la folie et le mal. Un éclair vint accentuer l'aspect terrifiant de cet être malfaisant. Soudain, l'ombre perdit son sourire. Elle sentait que quelqu'un approchait. Elle analysa la présence qui approchait et la reconnut.

- Cresselia… Cette peste continue à me coller aux basques ! Elle aussi je l'éliminerai au moment venu… Mais en attendant je ne dois pas me faire prendre. Pas si près du but !

Le temps d'un éclair, l'ombre avait déjà disparu. Il était trop tard lorsque la dénommée Cresselia arriva sur les lieux.

- Il s'est encore enfui… C'est la première fois que j'arrive à m'en rapprocher autant… Mais il m'a encore glissé entre les doigts. Ça va être très difficile, voire impossible de l'attraper… Mais je ne peux pas abandonner maintenant. Je dois l'arrêter. Pour le bien de tous. Cette distorsion dans l'espace doit absolument prendre fin avant que les conséquences… Avant que le monde ne soit plongé dans le chaos ! Darkrai… Je te trouverai, et crois-moi, je t'arrêterai. Quoi qu'il en coûte, je dois l'arrêter…

[…]

Je m'éveillai pour la première fois avant que Ramboum ne vienne nous chercher. Je restai encore quelques minutes allongée, puis j'allais secouer doucement Fire. Je fus attendrie par l'air ensommeillé de mon ami.

- L'orage s'est éloigné… Il y a de nouveau un grand soleil. Je ne sais pas comment tu as fait pour dormir malgré le tonnerre.

- D'habitude ça ne t'empêche pas de dormir pourtant. me répliqua-t-il en baillant. Et de ronfler.

Je fis mine de lui donner un coup de poing dans le bras en riant.

- Je ne ronfle pas ! De toute façon je ne vois pas comment j'aurais pu, je n'arrêtais pas de me réveiller. L'orage faisait trop de bruit et de lumière. Et puis il faisait lourd.

- C'est peut-être le fait de dormir à la Guilde combiné à l'orage qui t'as perturbé.

- Sûrement… Bon, on va déjeuner avant que Ramboum ne vienne nous percer les tympans ?

- Bonne idée ! Je meurs de faim !

Nous profitâmes au maximum de ce dernier petit déjeuner avec nos amis. Puis nous fûmes très heureux de pouvoir participer aux entraînements matinaux. Après cela, nous dûmes reprendre notre vie à la Falaise Sharpedo.

- Bon il est temps de se remettre au travail ! Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ?

- Eh bien… Je pense qu'on devrait retourner à la Grotte Egide. On a dégagé le passage jusqu'aux ruines scellées, et le trésor se trouve là-bas. On a pris quelques jours de repos, mais si on tarde trop, quelqu'un d'autre va trouver les ruines et nous prendre le trésor.

- Tu as raison, allons-y maintenant. Le plus tôt sera le mieux.

Nous fîmes notre sac et nous repartîmes pour la grotte. Une fois arrivés, nous nous dirigeâmes vers la colline où était apparue l'entrée des Ruines Scellées. A l'intérieur, c'était très poussiéreux. Tout était en pierre jaunâtre. Il faisait sombre, alors Fire alluma des torches. L'endroit était désert, il n'y avait pas d'autres gardiens, heureusement pour nous. Cependant le trésor était encore bien protégé. Nous dûmes d'abord traverser un labyrinthe. Heureusement, ma capacité de détection des auras me permit de trouver le bon chemin. Ensuite, un gigantesque trou s'ouvrit presque sous nos pattes. Si nous ne tombâmes pas dedans, c'était dû uniquement à la chance. Dans la salle suivante, certaines dalles déclenchaient des pièges comme des flèches qui sortaient des murs. Cette fois encore, ma détection d'auras nous sauva la vie, me permettant de détecter les pièges, même si Fire faillit finir embroché. Alors que nous avancions dans un long couloir, nous vîmes de la lumière un peu plus loin.

- C'est certainement la salle du trésor !

- Oui, on touche au but !

J'entendis soudain un déclic, et je me figeai net. Fire et moi échangeâmes un regard. J'entendis un bruit comme si on déplaçait quelque chose de très lourd. Nous nous retournâmes pour voir une gigantesque boule de pierre descendre vers nous à toute vitesse. Fire s'écarta de sa trajectoire, mais je restai plantée là, incapable de bouger.

- Lou !

Je levai une patte vers l'énorme boule, et je me concentrai. Mes yeux devinrent blancs et lumineux. La boule ralentit, mais elle fonçait toujours vers moi.

- Lou !

Je me concentrai d'avantage. La boule perdit de plus en plus de vitesse, jusqu'à s'arrêter complètement, à quelques centimètres de mon museau. C'était moins une. Mes yeux redevinrent normaux, et je baissai ma patte et chancelai. Tout cela s'était passé en quelque secondes. Fire se précipita vers moi.

- Lou ! Tu vas bien ?!

- O-Oui…

- Pourquoi tu ne t'es pas écartée ?

- Je ne sais pas je… J'ai suivis une sorte… D'instinct.

- C'était comme le combat contre Regigigas hein ?

- Oui, exactement ! Je crois que c'était la même technique aussi…

- C'est vraiment génial ce que tu arrives à faire !

- Oui… Mais je pense que je ne devrais pas l'utiliser trop souvent. Seulement en cas de nécessité. Ça demande beaucoup d'énergie. Je pense que ce n'est pas très bon… Comme l'a dit Pijako, mon corps ne peut pas supporter un tel effort.

- Je comprends. Ne force pas trop Lou.

Je lui souris.

- Alors, on va le chercher ce trésor ? Il doit être juste devant nous !

Fire rit, puis nous nous précipitâmes dans la dernière salle. Une dizaine de coffres nous attendaient sagement. J'attendis un instant pour voir si un dernier piège se déclencherait mais ce ne fus pas le cas. Cet endroit me faisait penser aux pyramides humaines. C'était exactement les mêmes pièges, la même manière d'explorer. Cela me fit sourire, car j'avais toujours rêvé d'en visiter une. Je m'avançai vers un des coffres et j'essayai de l'ouvrir. Mais il restait obstinément fermé.

- Tu n'arrives pas à l'ouvrir ? Tu permets que j'essaye ?

- Fais-toi plaisir !

Il usa de toutes ses forces pour tenter de soulever le couvercle, il essaya même d'utiliser une capacité dessus, mais il n'y avait rien à faire.

- Oh non c'est pas vrai ! Qu'est-ce qu'on fait, on ne va pas faire demi-tour après tous ces efforts !

- Hum… Non. J'ai bien une idée mais…

- Mais ?

- Eh bien, ce serait le moment d'utiliser les services de Xatu. Sa spécialité c'est d'ouvrir les coffres. C'est un expert. C'est juste que… Il va falloir transporter tous les coffres jusqu'à Bourg Trésor.

- Quoi ?! Mais c'est à trois heures de marche d'ici !

- On a pas d'autre choix.

Je jetai un œil à tous ces coffres. Il était hors de question de les abandonner ici ! Je soupirai.

- Bon d'accord… C'est parti.

Heureusement pour nous, la salle des coffres avait une autre sortie qui nous évita de retraverser tout le bâtiment. Une fois dehors, nous construisîmes une sorte de plateforme avec des petits rondins où nous posâmes les coffres. Nous n'avions plus qu'à le faire rouler jusqu'à Bourg Trésor. C'était beaucoup plus simple que de les porter, mais nous devions tirer la plateforme et parfois la pousser dans les montées. Lorsque nous arrivâmes, nous étions complètement exténués. Xatu se fit un plaisir d'ouvrir tous les coffres, et nous fûmes récompensés pour tous nos efforts en voyant tous les trésors qui se trouvaient à l'intérieur. Nous étions riches. C'était notre premier véritable trésor. Rien qu'à nous. On nous proposa de fêter ça au Café Spinda, mais nous répondîmes que nous préférions faire la fête un autre soir. Nous étions trop fatigués pour nous agiter toute la nuit. Nous déposâmes nos richesses à la banque, et Skelenox fut ravi de pouvoir nous les garder. Il adorait les pierres précieuses, l'argent et tout ce qui était précieux et brillant. Ainsi il adorait son métier de banquier. Il se fichait que les richesses qu'on lui confiait ne lui appartiennent pas. Tout ce qu'il voulait c'était vivre parmi elles. Il ne laisserait personne les approcher à part leurs propriétaires. Rassurés, nous rentrâmes chez nous, à la Falaise Sharpedo. Nous nous affalâmes sur nos lits, épuisés. Les coffres nous avaient ruiné le dos.

On recommence à peine les missions et les explorations que je pense déjà à prendre des vacances… Je vais avoir des courbatures terribles demain… Je ne sais pas si Cradopaud pourrait nous faire une potion… Oh mais je suis bête ! On ira à la Source Chaude. Ça nous fera un bien fou…

Nous dînâmes rapidement, puis je m'endormis comme une masse, assommée par la fatigue. Je fis un étrange rêve cette nuit-là. Au début, tout était flou. Ma vision était parcourue de sortes de vagues qui se mouvaient devant mes yeux, changeant de couleur progressivement. Je me sentais bien, comme bercée par ces vagues. C'était apaisant. Etrangement, j'étais très lucide alors que j'étais en train de rêver. Je ressentis soudain une présence avec moi. Elle ne semblait pas malveillante, mais il y avait bien quelqu'un qui m'observait. Au bout de quelques instants, une silhouette se matérialisa devant mes yeux. Lorsqu'elle fut parfaitement nette, je pus enfin la distinguer. C'était un Pokémon avec une forme très étrange. Il avait des couleurs pastel. Du bleu ciel, du rose bonbon et du beige. Des couleurs enfantines. Qui inspiraient la confiance et le calme. Son corps formait des croissants. Bien que je sois en train de rêver, je commençai à lui parler.

- Qui es-tu ?

- Je m'appelle Cresselia.

- Oh ! Je sais qui tu es… Tu es un Pokémon légendaire. Tu es la gardienne des rêves. Tu es liée à la lune…

Elle acquiesça.

- C'est exact. Mais je ne suis pas venue parler de moi… C'est pour toi que je suis venue.

- Pour moi…?

- Oui. Je viens te dire quelque chose d'extrêmement important. Il s'agit de l'avenir de tous.

Je retins mon souffle. Je n'aimais pas la tournure que prenaient les choses. Le monde avait déjà été menacé une fois. Je ne m'étais jamais sentie aussi mal qu'en ayant le poids du destin de tous sur mes épaules. De plus, j'avais perdu des amis dans cette bataille.

- Ta simple existence… Va mener le monde à sa perte.

- Quoi ?! Qu'est-ce que tu veux dire ?

- C'est parce que tu es dans ce monde… Si tu y restes, il sera détruit !

Je m'éveillai en sursaut. J'avais chaud et mon cœur battait trop vite. C'était la même sensation que quand je faisais un cauchemar. Sauf que j'étais sensé avoir fait un rêve… Je jetai un œil à côté de moi. Fire dormait à poings fermés, me tournant le dos. J'essayai de me rappeler de mon rêve.

Il y avait du mouvement et des couleurs qui changent… Et puis j'ai vu Cresselia. Ensuite… Elle m'a dit quelque chose d'étrange…

Je me demandai soudain pourquoi j'essayais de me rappeler de mon rêve. Cela n'avait aucune importance, ce n'était qu'un songe. J'allai boire un peu, puis me sentant mieux, je retournai me coucher. Je ne fis plus de rêves du reste de la nuit. Le lendemain, mon esprit avait mis de côté ce songe, et j'étais prête pour une nouvelle mission. La journée se passa sans incident notable, mais le soir venu… Je recommençai à rêver. Tout comme la dernière fois, le rêve commença par des petites vagues qui changeaient de couleurs. J'étais une fois de plus consciente que je rêvais. Ce qui n'était pas normal. Cresselia apparut à nouveau.

- Cresselia… C'est la deuxième fois que tu apparais dans mes rêves. Est-ce que tu es réelle ?

- Oui. C'est bien moi qui ai choisi de te contacter. Sinon tu ne pourrais pas rêver de moi.

- La dernière fois… Tu m'as dit quelque chose… Tu as dit que… Mon existence conduirait le monde à sa perte.

- Oui…

- Je ne comprends pas… En quoi mon existence va influencer le monde ?

- Tu es un être humain venu du futur… Tu n'appartiens pas à ce monde. Tu aurais dû disparaître avec le futur quand il a été modifié… C'est une anomalie dans l'ordre des choses.

- Mais c'est ce qui est arrivé ! Ensuite j'ai… ressuscité… Ou quelque chose comme ça… Je ne sais pas pourquoi j'ai réapparu. Ni comment, ni pourquoi. On a jamais expliqué ça, mais je ne l'ai pas choisi.

- Je le sais… Mais de ce fait, ton existence dans le présent crée une distorsion dans la trame de l'espace.

- Une… Quoi ?!

Dans un premier temps, je ne compris pas du tout ce qu'elle voulait dire. Puis je me rappelai les paroles de la Source Lumineuse. Elle aussi parlait d'une distorsion dans l'espace… Et elle disait que c'était pour cela que nous ne pouvions pas évoluer.

- Lorsqu'il arrive quelque chose d'anormal… L'espace se déforme. Et une distorsion se crée. Pour l'instant il n'y a pas encore eu de conséquences… Mais depuis le temps que tu es là, elle s'est énormément agrandie… Et si elle continue à s'étendre, les conséquences seront catastrophiques. Et le monde finira par se détruire… Exactement comme le temps qui s'est détraqué et a paralysé la planète. Cette fois c'est l'espace qui est perturbé.

Elle commença à devenir transparente et sa voix se fit lointaine. Je sentais qu'elle allait disparaître.

- Tu ne… devrais pas… être ici…

- Attends ! S'il te plait dis-m'en plus !

Mais elle s'effaça progressivement jusqu'à disparaître totalement. Je me sentis très lourde tout à coup, comme si j'allais m'endormir. C'était impossible, puisque je dormais déjà. Mais malgré tout, je sombrai dans l'inconscience.

- Hé Lou ! Allez debout ! C'est l'heure de se lever !

Je sentais que Fire me secouait gentiment. Je fis un effort pour ouvrir les yeux. Mes paupières me paraissaient lourdes comme du plomb. J'eus beaucoup de mal à m'assoir sur mon lit.

- Eh bien qu'est-ce qui t'arrives ? D'habitude tu es toujours levée la première ! Ça fait un moment que j'essaye de te réveiller… Tu n'as pas dormi ? Pourtant avec la journée d'hier tu aurais dû sombrer comme une masse !

Je me massai le crâne. J'avais l'impression d'avoir la migraine. J'ignorai si c'était dû à la fatigue ou à mon rêve étrange. Fire s'approcha du bord de la falaise et contempla le ciel.

- Regarde-moi ça Lou ! Il fait un temps superbe ! On a jamais eu un soleil pareil ! C'était déjà le cas hier, mais on était dans les ruines, on a pas pu en profiter… C'est dommage, on ne sait pas combien de temps ça va durer ! On va à la Source Chaude ? Ça nous fera du bien après les efforts d'hier, on est tout courbatus ! Et puis comme ça on sera au soleil… Qu'est-ce que tu en dis ?

Je ne l'écoutais pas vraiment. Je repensais à cette nuit.

Qu'est-ce que c'était que ça ? C'était trop étrange pour être un simple songe. C'est donc bien Cresselia qui m'a contactée à travers mes rêves… Et elle a dit… Que je n'avais pas ma place dans ce monde… Que j'aurais dû disparaître avec le futur… Et que cela créait une distorsion très dangereuse dans l'espace… La Source Lumineuse en avait déjà parlé… Alors… Ce serait vrai ? Je… Je n'aurais pas le droit de vivre dans ce monde…?

- Lou ? Lou ? Tu m'écoutes ? Qu'est-ce que tu as ? Ça ne te ressemble pas d'être dans la lune. Toi qui es si réactive d'habitude !

- Excuse-moi… Je suis fatiguée, et j'ai fait des cauchemars.

- Etonnant, tu aurais dû faire un sommeil sans rêve avec toute cette fatigue !

- Oui… C'est une bonne idée d'aller à la Source Chaude. J'y pensais hier soir. Ça nous fera beaucoup de bien.

- En route alors !

La bonne humeur de Fire m'avait remonté le moral.

Peut-être que je me prends trop la tête avec cette histoire… Comment ma simple existence pourrait conduire à un fait aussi grave que détruire le monde ? Après tout, ce n'est pas forcément vrai… Peut-être qu'il y a vraiment une distorsion dans l'espace, mais que je n'en suis pas la cause ? Hum… De toute façon ça ne sert à rien de s'apitoyer. Je vais me détendre et oublier tout ça !

Nous nous déchargeâmes de nos affaires inutiles, et nous gardâmes seulement quelques gelées et baies pour les grignoter en se détendant dans la source. Mais alors que nous venions de déposer nos affaires, Keunotor vint à notre rencontre.

- Attendez ! Pfiou… Je pensais que j'allais arriver trop tard et que vous seriez déjà partis… J'ai failli vous manquer de peu !

- Qu'est-ce qui se passe Keunotor ?

- Il y a un problème ! C'est le p'tit Azurill… Il a des ennuis !

- Quoi ?! Qu'est-ce qui se passe ?

- Ce serait plus simple de vous montrer… Il a été ramené à la Guilde.

- Allons-y, vite !

J'étais inquiète. Keunotor avait l'air grave quand il nous avait annoncé ça. Azurill était-il blessé ? Mais comment cela aurait-il pu arriver ? Les deux petits frères ne partaient pas en exploration et ne faisaient jamais rien de dangereux… Arrivés à la Guilde, Keunotor nous mena jusqu'à notre ancienne chambre où nous avions dormi deux nuits plus tôt. Les membres de la Guilde, Marill et un agent Magnéti étaient là. Azurill était allongé sur mon lit, les yeux fermés, et se tordait en gémissant faiblement.

- Qu'est-ce qui lui arrive ?!

Eoko se tourna vers nous.

- Il n'est pas blessé et ses jours ne sont pas en danger je pense… Mais…

- Il dort en continu… Et il ne se réveille plus… J'ai tout essayé… Je ne savais pas quoi faire alors je l'ai amené ici…

Marill avait des sanglots dans la voix. Il se tordait les pattes d'inquiétude.

- Tu as bien fait…

Azurill gémit plus fort et les traits de son visage se crispèrent. Il avait l'air de souffrir. Ou d'avoir peur.

- Il est comme ça depuis qu'il s'est endormi… On dirait qu'il cauchemarde…

- Il s'est passé quelque chose de spécial avant qu'il s'endorme ?

- Non… On a passé une journée tout à fait normale… On s'est baladés en forêt… Et on a mangé des pommes…

- Il n'y avait rien d'anormal dans ces pommes ?

- Non… Nous avons déjà cherché de ce côté-là…

- Pijako ? Tu as une idée de ce qu'il peut avoir ?

- Malheureusement je n'en sais pas plus que toi… Je n'ai jamais vu de cas semblable. Cradopaud voulait lui donner une potion pour le réveiller, mais lui donner à boire pendant qu'il dort d'un sommeil agité risquerai de le noyer ou de l'étouffer. Ce n'est pas une bonne idée.

- Et temps qu'il dort, on ne peut pas l'alimenter… se lamenta Eoko.

Tout le monde se mit à réfléchir. Nous contemplions en silence Azurill s'agiter sur le lit. Je détestais le voir ainsi. Marill semblait sur le point de fondre en larmes.

- Hum… Euh… Je peux proposer quelque chose ? demanda Keunotor d'un ton peu assuré.

Tout le monde se tourna vers lui.

- Je t'en prie, toutes les idées sont les bienvenues. L'encouragea Pijako.

- Ben… Je réfléchis depuis tout à l'heure et… Je me dis que si on peut pas le chasser ce cauchemar… Il faudrait qu'on arrive à connaître sa nature… Ça nous donnerait sûrement des indices pour savoir pourquoi il peut pas se réveiller… Parce que… C'est pas un cauchemar normal ça !

- C'est pas bête ça ! On pourrait visualiser le cauchemar d'Azurill ! ET TU PEUX M'EXPLIQUER COMMENT ON FAIT ÇA ?! s'écria Ramboum.

- Je… Je sais pas ! C'était seulement une idée… Enfin je croyais que…

- Ramboum ça ne sert à rien de hurler, Keunotor essayait de faire avancer les choses. Et en y réfléchissant, c'est peut-être réalisable.

Cette fois, toutes les têtes se dirigèrent vers Pijako d'air air choqué.

- Eh dis donc ! Comment ce serait possible un truc pareil ?

- C'est complètement dingue ! Comment on peut voir les rêves de quelqu'un ?

- Il faut aller voir Soporifik. Le sommeil et les rêves, c'est sa spécialité. Si quelqu'un peut nous aider, c'est bien lui !

- Soporifik ? Le criminel qui a menacé Azurill quand on venait à peine de rentrer à la Guilde ? s'écria Fire.

- Oui. Ce n'est peut-être qu'une rumeur mais… On dit qu'il a l'incroyable pouvoir de rentrer dans les rêves. Ce n'est qu'une possibilité mais… Si c'est vrai, il pourra certainement nous aider.

- Je vois… Mais il a été arrêté, il doit être en prison à l'heure qu'il est…

- Il a subit un interrogatoire musclé de la part du shérif Magnézone. intervint Magnéti. Il a exprimé des remords et a juré de respecter la loi et de devenir quelqu'un d'honorable désormais. Il a purgé sa peine et il a été relâché. Depuis il s'est tenu tranquille, on dirait qu'il a compris la leçon.

- Est-ce qu'on est vraiment sûrs qu'il ne fait vraiment plus de magouilles dans son coin ? s'inquiéta Eoko.

- On a pas le temps de chipoter là-dessus. dit Héliatronc en secouant la tête. Il faut qu'on essaye. Pour sauver le petit Azurill.

- Héliatronc a raison… Magnéti, où est Soporifik maintenant ?

- Il est parti se purifier l'esprit et méditer, tout en haut du Mont Labeur. Pour se repentir et apprendre l'auto discipline.

- Le Mont Labeur… Au même endroit où il a été arrêté. constatai-je. Je vois. Au moins on sait déjà où c'est, on y sera en un clin d'œil, c'est juste à côté.

- Oui, nous prenons la responsabilité de le ramener. déclara Fire.

- Oh… Lou… Fire… Merci… Vous passez votre temps à nous aider Azurill et moi…

- C'est normal Marill ! Attends-nous, nous reviendront très vite !

Nous retournâmes chercher notre sac et nous y jetâmes quelques objets utiles en vitesse avant de nous précipiter au Mont Labeur. C'était la deuxième fois que nous l'escaladions en courant. Une fois de plus, c'était pour y trouver Soporifik et sauver Azurill. J'aperçus deux Rapasdepic posés au sol et je m'arrêtai.

- Fire, j'ai une idée, suis moi !

Je me dirigeai vers les deux énormes oiseaux et les saluai. Je leur expliquai rapidement que nous avions besoin d'aller au sommet pour aider un ami en danger. Ceux-ci m'écoutèrent avec un air grave et acceptèrent de nous y conduire, à mon plus grand soulagement. Je les remerciai chaleureusement et nous montâmes sur leur dos. Le trajet fut ainsi beaucoup plu rapide et confortable que si nous avions escaladé le mont par nos propres moyens. Les Rapasdepic étaient capables de parcourir de grandes distances en transportant des charges lourdes pendant très longtemps sans avoir besoin de se reposer. Ce fut donc un jeu d'enfant pour eux de nous conduire au sommet. Nous y étions en quelques battements d'ailes. A peine furent-ils posés que nous sautâmes à terre, et les Rapasdepic acceptèrent de nous attendre pour le retour. Rassurés, nous commençâmes à chercher Soporifik. Grâce à ma détection d'auras, nous le trouvâmes rapidement. Perché au bord d'une falaise, il observait l'horizon, immobile, nous tournant le dos. Lorsque nous nous approchâmes, il se retourna doucement et sursauta en nous apercevant.

- V-Vous deux ! Q-Qu'est-ce que vous faites là ? Je… J'ai fait amende honorable ! J'ai purgé ma peine et renié ma vie de criminel !

- Du calme, nous savons tout cela. Nous ne sommes pas là pour nous battre ni t'arrêter. Nous sommes venus… Car nous avons besoin de ton aide Soporifik.

- Hein ? Vraiment ? Vous avez besoin… De mon aide ?

Il avait l'air encore assez inquiet. Peut-être qu'il pensait que nous allions lui faire du chantage.

- Oui. Tu te souviens du petit Azurill n'est-ce pas ?

- Bien sûr que je me souviens…

- Il est tombé dans un profond sommeil et il ne peut plus se réveiller. De plus, il cauchemarde en permanence. Il souffre, cela se voit. Et s'il ne se réveille pas bientôt… Il risque de mourir.

- On nous a dit… Que tu avais le pouvoir d'entrer dans les rêves… On aurait besoin que tu nous aides à comprendre de quel mal il souffre… S'il te plaît, on a vraiment besoin de toi pour le sauver…

Soporifik resta silencieux quelques instants, l'air abasourdi.

- A l'époque… J'ai fait un mauvais coup au petit Azurill… Je le regrette aujourd'hui… J'ignore si cela suffira à réparer mes torts mais… Si je peux l'aider ne serait-ce qu'un peu… Alors je le ferai.

Je fermai les yeux un instant et soupirai, profondément soulagée.

- Merci Soporifik, merci…

- Je vous en prie. Conduisez moi à lui, ne perdons pas de temps !

Nous retournâmes voir les Rapasdepic, qui nous avaient attendus comme promis. Ils allèrent même jusqu'à nous ramener à Bourg Trésor, émus par notre histoire et notre farouche volonté de sauver notre ami. Je les remerciai une dernière fois, et après nous avoir souhaité bonne chance, ils décollèrent. Nous courûmes jusqu'à notre chambre, Soporifik sur nos talons. Il n'y avait plus que Marill dans la chambre, Grodoudou ayant ordonné que tout le monde retourne à ses missions. Le petit Pokémon aquatique eut l'air profondément soulagé en nous voyant revenir avec Soporifik. Nous laissâmes celui-ci diagnostiquer Azurill pendant quelques minutes.

- Alors ? Tu peux faire quelque chose ?

- Je ne peux pas le réveiller ni vous indiquer la nature de son cauchemar… Mais je peux faire une chose. Vous envoyer dans son rêve. Pour que vous puissiez l'explorer vous-même.

- Alors c'est vraiment possible ?!

- Oui. Ce cauchemar n'a rien de normal. Je vous recommande d'être extrêmement prudent. Je vais envoyer vos esprits dans le cauchemar d'Azurill. Cependant vous ne pourrez rien emporter avec vous pour vous aider. Il n'y aura rien de matériel à l'intérieur. Vous pourrez en revanche communiquer avec moi. Lorsque vous voudrez revenir dans le monde réel, ou si vous êtes en danger, dites-le moi, je vous ferai aussitôt revenir.

- D'accord… Tu es sûr que c'est sans risque ?

- J'ignore ce que vous rencontrerez dans ce cauchemar. Je ne peux rien vous promettre. C'est à vous de faire de votre mieux.

- Je vois… De toute façon on a pas le temps de se poser des questions.

- Vous êtes prêts ?

Nous échangeâmes un regard avec Fire, puis nous acquiesçâmes.

- Bien. Approchez-vous d'Azurill et touchez-le.

Nous nous plaçâmes chacun d'un côté d'Azurill et nous prîmes une de ses pattes entre les nôtres. Soporifik se concentra pendant quelques instants, et soudain, je vis une sorte de ligne violette en plein milieu de mon champ de vision. Elle s'élargit de plus en plus jusqu'à remplir tout mon espace visuel. Puis je ne vis que du noir. Lorsque je pus voir à nouveau, Fire était à mes côtés, mais le reste du décor avait disparu. Nous pouvions voir autour de nous bien qu'il n'y ait aucune source de lumière, cependant tout était sombre. Les seules couleurs présentes étaient le noir et un violet très foncé. Nous nous trouvions sur une sorte de plateforme flottant dans le vide, et le « ciel » au-dessus et en dessous de nous était noir. Tout semblait irréel, anormal. Nous entendîmes soudain la voix de Soporifik résonner dans le vide autour de nous.

- Fire ? Lou ? Vous m'entendez ?

- Oui on t'entend !

- Bien. Vous êtes maintenant à l'intérieur du rêve normalement.

- Oui je crois qu'on y est. C'est… étrange.

- C'est normal, un rêve ne ressemble pas à la réalité. Vous risquez d'être surpris.

- Entendu, nous serons prudents.

- Parlez-moi régulièrement, afin que je sache que vous allez bien.

- C'est d'accord. Nous allons commencer à explorer.

- Je vous rappelle qu'il y a quelque chose de malsain dans ce rêve, alors surtout… Faites bien attention à vous.

- C'est promis.

Nous regardâmes autour de nous. Le cauchemar était une sorte d'immense désert. Un terrain vague, plein de bosses et de trous desquels nous ne nous approchâmes pas. Nous ne savions pas ce qui se passerait si nous tombions dedans et nous préférions ne pas le savoir. Il n'y avait ni Pokémon ni aucune autre forme de vie dans cet endroit. Comme seuls nos esprits se trouvaient dans le rêve, nous ne ressentions ni faim, ni soif, ni froid, ni fatigue. En revanche, nous pouvions utiliser nos capacités de combat. Nous avions commencé par vérifier ce point, au cas où nous serions attaqués. Je ne pouvais par contre pas utiliser ma détection d'auras. Si quelqu'un ou quelque chose approchait, je ne pourrais pas le voir venir. Nous prîmes une direction au hasard et nous commençâmes à marcher. Longtemps. Très longtemps. Nous n'avions aucune notion du temps, mais il nous semblait que nous étions là depuis une éternité. Et rien ne se passait. Nous informions régulièrement Soporifik que nous allions bien mais que nous n'avions encore rien trouvé. Pas question de rentrer sans avoir découvert quelque chose ! Tout en marchant, nous débattions sur ce qu'il nous fallait trouver.

- Je pense qu'il faudrait qu'on trouve cette force maléfique dont nous a parlé Soporifik… Je suis sûre qu'elle se trouve à l'intérieur du rêve. Il faut qu'on la trouve et qu'on la déloge.

- Je suis d'accord. Mais j'ai une autre hypothèse.

- Ah ? Je t'écoute.

- Il se peut qu'Azurill soit dans son propre rêve.

- Comment ça ?

- Eh bien… Peut-être qu'il est prisonnier de son rêve au sens propre. Que son esprit se trouve ici, pendant que son corps se trouve dans notre chambre.

- Ce n'est vraiment pas bête…

- Je suis d'accord. intervint soudain Soporifik. C'est une hypothèse tout à fait plausible.

- Si c'est le cas, il faudra qu'on le trouve et qu'on le ramène avec nous pour qu'il se réveille. Tu arriverais à le ramener aussi Soporifik ? demanda Fire.

- Aucun problème.

- Très bien, alors on recherche soit Azurill pour le ramener dans le monde réel, soit une force malsaine qu'il nous faudra combattre.

C'était cependant plus facile à dire qu'à faire. Le désert s'étendait toujours devant nous sans la moindre trace de vie. Je réessayai de détecter les auras, malheureusement c'était comme si j'avais perdu mon pouvoir en entrant dans le cauchemar. Petit à petit, les trous se firent moins fréquents et le sol plus plat. Les lieux se transformèrent en une sorte de long couloir. Nous supposâmes aussitôt que ce couloir nous mènerait à ce que nous cherchions, mais il semblait de pas avoir de fin. Bien que nous ne ressentions pas de fatigue physique, nous fîmes une pause. Nous avions besoin de réfléchir. Nous nous assîmes, et j'essayai de rassembler tout ce que je savais. Malheureusement, je ne savais pas grand-chose.

Peut-être… Que je devrais chercher la réponse dans les légendes ? Jusqu'ici je l'ai toujours fait et ça m'a souvent aidé… Alors… Une légende en rapport avec les rêves ou les cauchemars…

A peine avais-je commencé à réfléchir que le noir se fit. Le noir complet cette fois. Je ne voyais plus rien.

- Fire ! Fire tu es là ?

- Oui ! Qu'est-ce qui se passe ?

- Je n'en sais rien, peut-être que le cauchemar essaye de nous chasser !

- Où es-tu ?

J'avançai dans le noir et le heurtai. Il poussa un cri, mais je le rassurai en disant que ce n'était que moi. Nous nous tînmes fermement la patte pour éviter d'être séparés. Puis une voix retentit dans le noir, comme un murmure.

- Vous… Comment avez-vous fait pour venir jusqu'ici ?

- Qui est là ? Montre-toi !

La lumière revint. Je fus choquée en voyant le Pokémon qui était apparu juste devant nous.

- C-Cresselia ?

- Tu la connais Lou ?

- Oui… Enfin non… C'est un Pokémon légendaire.

- Oui, c'est bien moi. J'ignore comment vous avez réussi à venir jusqu'ici mais… Vous arrivez à point nommé ! Cela fait un moment que je souhaitais vous rencontrer.

- Alors… Mes rêves… N'avaient rien d'ordinaires finalement… lâcha Fire.

Je me retournai vivement vers mon acolyte.

- Quoi ?! Toi aussi elle est apparue dans tes rêves ? m'écriai-je.

Fire me jeta un regard surpris.

- Hein ? Toi aussi ? …Je m'en doutais…

- Oui… Alors… Toi aussi elle t'a dit…

- Oui. nous interrompit Cresselia. Ce que je vous ai dit dans vos rêves est la stricte vérité. Vous deux… vous n'avez pas votre place dans ce monde. Vous ne devriez même pas exister…

- Mais pourquoi ?! Tu m'as dit que… Le fait que je suis originaire du futur… Et que je me trouve dans le présent… C'est ça qui causait la distorsion dans l'espace … Mais Fire ? Il est à sa place à cette époque lui !

- Oui… Mais il a voyagé dans le temps. Il est allé dans le futur, et il en est revenu. Cela aussi crée une distorsion dans l'espace. Vous n'auriez pas dû voyager à travers les époques, c'est contre nature.

- On a pas eu le choix ! Noctunoir nous a ramené avec lui dans le futur ! On avait rien demandé ! m'emportai-je.

- Je ne comprends pas… dit lentement Fire. Si l'espace lui-même est distordu… Comment peut-il amener à la destruction du monde ?

- Si l'espace continue à se tordre… Et si la distorsion s'agrandit… Le pouvoir de l'ombre, les ténèbres si vous préférez, s'étendront. Et le monde entier sera plongé dans un sommeil dont il lui sera impossible de se réveiller. Comme Azurill, le monde et ses habitants seront prisonniers d'un cauchemar permanent. Azurill est la première victime de cette distorsion. Les ténèbres ont déjà commencé à se propager.

- Mais alors… Qu'est-ce qu'on peut faire pour les arrêter ? Comment peut-on empêcher le monde de plonger dans le chaos ? demanda Fire avec espoir.

Cresselia resta silencieuse un moment. Elle se tortilla, comme mal à l'aise. Puis elle nous regarda droit dans les yeux avec un air désolé, comme si elle allait nous annoncer quelque chose de terrible. Et ce fut le cas.

- Pour cela… Il n'existe qu'un seul moyen... Il faut… Que vous disparaissiez. »

Le temps sembla s'arrêter pendant un instant. J'eus l'impression de revivre ce moment, aux Terres Illusoires, où Massko m'avait annoncé que nous allions disparaître en changeant l'histoire. Ce moment où j'avais appris que pour sauver le monde, je devais disparaître. Parce que je venais du futur. Il se repassait exactement la même chose. Décidemment, je n'avais que des ennuis depuis que j'avais quitté mon monde d'origine.

- Nous devons… disparaître…? répéta Fire.

- Oui… Je suis vraiment désolée… Mais c'est le seul moyen que j'ai trouvé.

- Il doit y avoir un autre moyen ! On doit pouvoir réparer cette anomalie dans l'espace !

- Non. J'ai déjà fait toutes les recherches avant d'en arriver là. Je suis vraiment désolée… Mais vous devez cesser d'exister. C'est le seul moyen… De ramener la paix dans ce monde.

Elle ferma les yeux un instant, comme pour se préparer psychologiquement à quelque chose. Elle les rouvrit et s'avança lentement vers nous. Instinctivement, je reculai.

- Pardon… Mais c'est l'occasion idéale pour faire mon devoir.

- Attends une seconde ! Nous ne voulons pas disparaître ! protestai-je.

- Vous préférez donc voir le monde plongé dans un cauchemar éternel juste pour rester égoïstement en vie ? Vous aussi vous serez victimes de cette malédiction… Ça revient au même.

- Non ! On a déjà accepté une première fois de se sacrifier pour sauver le monde… Mais on savait qu'il n'y avait aucune autre solution ! C'est différent… On cherchera comment sauver le monde… Sans disparaître. Tu n'as aucune preuve que notre disparition réparera la distorsion de l'espace !

- Je connais bien cette distorsion et ce qui la provoque. J'ai déjà eu affaire à elle. Et… Je sais ce que j'ai à faire pour l'empêcher de se propager. Je suis tellement désolée…

- Cresselia… Tu nous jures… Que si nous mourons… le monde sera sauvé ? demanda Fire d'un air abattu.

- Oui. Je le jure. Votre sacrifice ne sera pas vain. Je suis désolée… Je tacherai d'être rapide. Ce sera sans douleur, je vous le promets. Adieu…

Je voulais fuir. Fuir loin avec Fire. M'échapper. Mais j'étais pétrifiée, incapable de bouger. Cresselia chargea une attaque.

Il faut qu'on prévienne Soporifik ! Qu'il nous ramène tout de suite dans le monde réel ! On est en danger !

Au moment où j'eus cette pensée, une voix familière résonna autour de nous.

- Hé ho ! Lou ! Fire ! Vous allez bien ? Ça fait un moment que je n'ai plus de vos nouvelles !

Cresselia s'arrêta net. Une grimace déforma son visage ordinairement doux, lui donnant une apparence effrayante.

- Arg… On a été interrompus… Mais ce n'est pas fini. Je regrette mais je dois accomplir mon devoir. La prochaine fois vous disparaîtrez.

Elle s'évapora instantanément. Fire et moi nous écroulâmes, soulagés.

- C'était moins une… Je n'arrivai même pas à m'enfuir…

- Moi non plus…

- Ah vous êtes là !

Nous nous retournâmes et nous aperçûmes avec surprise Soporifik venir vers nous.

- Soporifik ! Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je n'avais plus de nouvelles depuis un moment… Et je sentais que ça s'agitait dans le rêve. Alors je suis venu aussi pour voir ce qui se passait.

Il regarda autour de lui et fronça les sourcils.

- Cet endroit est malsain… Et très dangereux. Nous ne devrions pas rester ici…

- Mais… Et Azurill ?

- Pour l'instant, rentrons à la Guilde. Vous êtes déjà restés trop longtemps dans ce rêve, et je fatigue moi aussi.

- D'accord…

Soporifik se concentra et il y eu de nouveau cette ligne violette dans mon champ de vision. Le décor se troubla à nouveau et les couleurs revinrent. Nous étions de nouveau dans notre chambre, à la Guilde. Nos amis étaient réunis autour de nous dans la petite pièce. Ils nous accueillirent avec soulagement. Nous leur racontâmes ce qui s'était passé dans le cauchemar d'Azurill. Nous leur racontâmes tout, mais nous omîmes de dire que nous étions responsables de la distorsion dans la trame de l'espace.

- La situation est très grave ! s'affola Pijako. Nous devons faire quelque chose !

- Pijako… Qu'est-ce que tu sais à propos de Cresselia ? demanda Fire.

- J'en ai entendu parler… Mais ce ne sont que des rumeurs. On dit qu'elle apparait les nuits où la lune se montre en quartiers. Elle serait capable d'apaiser le chagrin avec la douce lumière qui émane de son corps.

- Erf, elle ne semblait pas très douce ni très aimable dans ce rêve ! crachai-je.

- Hum… On dit aussi qu'elle aura le pouvoir de chasser les ténèbres et bannir l'ombre.

- Le pouvoir… de bannir l'ombre…

Cette dernière phrase me fit tiquer. Pijako décrivait Cresselia comme un Pokémon bienfaisant et apaisant. Si elle avait le pouvoir de chasser les ténèbres, dans ce cas, pourquoi n'utilisait-elle pas son pouvoir au lieu de chercher à nous éliminer ? Son caractère ne correspondait pas à la légende qu'on avait faite d'elle

- Eh dis donc ! Si j'ai bien compris, si la distorsion continue à s'étendre, les ténèbres aussi… Et on finira tous comme Azurill ?

- Hiiiiiii mais c'est très grave ! Il faut faire quelque chose ! Et tout de suite !

- Dites… Quand Vous avez rencontré Cresselia… Est-ce qu'elle vous a dit comment empêcher la destruction du monde ? interrogea Soporifik.

Je sentis comme des sueurs froides dans mon dos, et même partout sur mon corps. J'eus toutes les peines du monde à me retourner pour regarder Soporifik. Je ne parvins cependant pas à ouvrir la bouche. Je ne voulais pas dire la vérité… Et je ne voulais pas mentir non plus. J'étais incapable de prononcer un seul mot. Fire était dans le même état que moi.

- Ça va aller ? Vous êtes tout pâles…

- Ce n'est rien… On est juste… ébranlés par ce qu'on vient de vivre. Hem… Pour empêcher la distorsion de l'espace de s'étendre…

J'étais suspendue à ses lèvres. Allait-il le dire ? Je tremblais comme une feuille et j'avais les pattes moites.

- Non… Cresselia n'a rien dit là-dessus…

Mon cœur retomba lourdement dans ma poitrine. J'avais un goût de fer dans la bouche. L'émotion était trop forte, si ça continuait, j'allais m'évanouir. La déception se lut sur le visage de tous, mais personne ne sembla suspecter quoi que ce soit.

- Dans ce cas, il ne reste qu'une seule solution ! s'exclama Grodoudou. Nous devons enquêter tous ensemble sur la façon de sauver la monde ! Nous devons mettre tous les Pokémon au courant. Exactement comme lorsque nous cherchions les Terres Illusoires ! On s'y met demain. C'est compris ? Tous en cœur !

- HOURRA !

Nous nous forçâmes à crier avec les autres pour ne pas paraître suspects. Puis tous nos amis sortirent de la chambre. La journée était déjà terminée, le soleil se couchait. Nous n'eûmes pas le cœur à aller voir le spectacle des Krabby, même pour essayer de nous remonter le moral. Nous n'avions même pas faim. Nous retournâmes directement à la Falaise Sharpedo, profondément déprimés.

- Tout à l'heure… A la Guilde… dit lentement Fire. J'ai menti à Soporifik… Et à tous nos amis… Je n'ai pas pu leur dire la vérité… Mais je m'en veux… On sait comment empêcher la planète de sombrer dans le chaos… Pour ça…

Sa voix se brisa en un sanglot et il fut incapable de continuer. Ses yeux brillaient des larmes qu'il peinait à retenir. Je le pris dans mes bras. Moi aussi j'avais le cœur lourd. Comment faire un choix pareil ? Mourir en sacrifice pour les autres, ou choisir de vivre malgré tout…

- Lou… Si on disparaissait… Tu… Tu crois que… Ça sauverait le monde ?

- Je… Je ne sais pas…

- Parce que… Si c'est le cas… Ce serait sûrement la meilleure chose à faire…

- Fire…

J'étais muette. Incapable de faire des phrases de plus de trois mots. J'étais aussi bouleversée que lui. Fire commençait déjà à accepter l'idée de se sacrifier…

- Arg… C'est insupportable ! Je suis… Tellement fatigué…

- Oui… On devrait dormir un p…

Je m'arrêtai, me rappelant du détail qui m'avait interpelé tout à l'heure.

- Lou ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Je lui confiais mes réflexions. Le fait que ce qu'avait dit Pijako sur Cresselia ne correspondait pas à ce que nous avions vu. Le fait qu'elle était censée avoir le pouvoir de repousser l'ombre qui menaçait ce monde. Cela sembla faire réfléchir Fire.

- Mais Lou… Pijako a dit qu'on n'était pas sûrs de tout ça… Que ce n'était que des rumeurs…

- Je sais. Mais Cresselia est un Pokémon légendaire, ça je le sais. Et ce qu'a dit Pijako… C'est aussi ce qui est dit sur elle dans les légendes humaines. Et jusqu'ici, toutes ces légendes se sont avérées vraies.

- Dans ce cas… Je ne comprends pas… Pourquoi Cresselia n'utilise-t-elle pas son pouvoir ?

- C'est la question que je me pose moi aussi. Et je refuse de disparaître tant que je n'aurais pas la réponse. Cresselia cherche à nous éliminer. Elle reviendra. Nous la reverrons. Et cette fois, j'exigerai une réponse. Fire… c'est peut-être égoïste mais… Je me battrai pour vivre. Tant que je n'aurai pas la preuve que notre sacrifice sauvera le monde… Je refuserai de mourir.

Fire sembla un peu soulagé par mes paroles. Comme s'il y avait encore un espoir auquel se raccrocher. Moi-même, je ne savais pas si je cherchais des excuses pour échapper à mon sort ou si ce que je faisais était juste.

- Ecoute… On va essayer de dormir. Tout ça nous a épuisé et usé les nerfs. On va prendre une bonne nuit de sommeil et dès demain, on commencera à enquêter avec les autres. Peut-être qu'on trouvera un autre moyen.

- Oui… Je l'espère. Merci Lou. Une fois de plus tu es là pour me remonter le moral… Alors que toi aussi tu…

- Chuuut… Dors. Vide ton esprit. Ne pense plus à rien et repose-toi, d'accord ?

Fire acquiesça. Nous nous couchâmes, pelotonnés l'un contre l'autre pour nous réconforter. Malheureusement, malgré ce que j'avais conseillé à Fire, j'étais incapable de vider mon esprit et de dormir. J'essayai longuement, en vain.

La deuxième nuit où Cresselia m'est apparue en rêve… Fire avait dû faire le même. C'est ce matin-là où j'ai trouvé qu'il montrait encore plus d'enthousiasme que d'habitude… Il devait faire ça pour cacher son inquiétude… Je m'en rends compte maintenant… Non… En fait ce n'est pas ça. Il se doutait que j'avais fait le même rêve. Il essayait de me réconforter… Il devait avoir très peur… Mais malgré ça, il essayait de me réconforter… Il faisait passer son bien être avant le mien… Lui aussi il est là pour me remonter le moral…

Je finis par m'endormir. D'un sommeil léger. Sans rêves cette fois, à mon grand soulagement. Mais je m'éveillai peu de temps après. Je compris pourquoi en me retournant. Fire n'était plus là. Je ne le sentais plus contre mon dos, c'est ça qui m'avait réveillée. Je me redressai sur mon lit.

Je savais qu'il était dehors, en train de contempler la mer. Il faisait toujours ça quand il était préoccupé et qu'il n'arrivait pas à dormir. Je le connaissais bien. Je sortis et mon hypothèse se confirma. Je le rejoignis au bord de la falaise, et il se tourna vers moi.

- Toi non plus tu n'arrives pas à dormir ?

- Non… Je savais que je te trouverai là.

- J'en avais assez de rester allongé à attendre un sommeil qui ne venait pas… Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit…

- Je sais… Moi non plus…

Nous restâmes silencieux un moment en admirant l'océan si paisible.

- Dis Lou… Tu ne crois pas qu'on pourrait nous permettre de rester dans ce monde ? De rester en vie ? Quand on a affronté Dialga à la Tour du Temps… Tu as continué à te battre même en sachant que tu disparaîtrais… Parce que… Tu savais que ton sacrifice sauverait le monde…

Je ne répondis rien. Je savais ce qu'il allait dire.

- Pourquoi c'est différent cette fois ci ? Est-ce qu'on ne devrait pas faire la même chose ?

- C'est ce que je me dis aussi… Depuis que Cresselia m'est apparue en rêve… Mais… Pourquoi est-ce différent cette fois ? Je ne saurais pas répondre… Je sens que cette fois… Je dois rester en vie… Ou au moins essayer de comprendre… Il y a trop de choses qui ne collent pas ensemble. Celebi est un Pokémon temporel. Elle doit… Elle devait souvent voyager dans le temps. Dans ce cas, elle aussi devait créer des distorsions dans l'espace… Mais on l'a autorisée à vivre. Quant à moi… Après avoir modifié l'histoire, j'ai disparu. J'ai respecté l'ordre des choses. Je n'ai pas choisi de revenir. C'est quelqu'un ou quelque chose qui m'a ressuscitée. Cette personne… devait en connaitre les conséquences… Sinon… Elle ne l'aurait pas fait. Tant que je n'aurai pas de réponses à ces questions, je n'admettrai pas la possibilité de disparaître. On ne sait même pas si ça servira vraiment à quelque chose.

Fire écarquilla les yeux en m'écoutant. Il avait l'air vraiment soulagé. Même moi, plus j'y réfléchissais, plus je trouvais que quelque chose clochait. Je décidai de ne croire à la théorie de Cresselia que si j'avais des preuves de ce qu'elle avançait. Peu importe le reste. C'était mon droit. J'avais le droit de vivre et de comprendre. Il y eu un silence durant lequel nous nous remîmes à contempler l'océan. Je vis soudain Fire se retourner pour regarder vers l'est. En tournant la tête, je compris pourquoi.

Le soleil se lève…

Nous regardâmes ensemble ce magnifique spectacle. C'était la deuxième fois que je le voyais avec Fire. D'ordinaire voir le soleil se lever ou se coucher nous réchauffait le cœur, mais aujourd'hui, il amplifiait notre humeur mélancolique.

- Tu sais… En voyant ce lever de soleil… Ça me rappelle quelque chose. J'avais déjà vu un lever de soleil comme ça dans un moment sombre. C'était avec Massko.

Mon cœur se serra. Penser à Massko me faisait toujours de la peine. Je ne ferai jamais le deuil de mon ami. Je ne pourrai jamais l'oublier. Mais en cette situation si dramatique, il me semblait si étrange de penser à lui…

- Cette nuit-là non plus je n'arrivais pas à dormir. Alors je suis venu regarder l'océan. Puis Massko m'a rejoint, et on a discuté jusqu'au lever du jour… On a parlé de toi. Cette nuit là, il m'a posé une question. Il m'a demandé pourquoi je ne baissais jamais les bras, même quand tout semblait perdu. Il parlait du moment où on s'était retrouvé devant Dialga Primal et qu'on n'avait aucune chance… Sur le coup, je ne savais pas pourquoi. Je ne savais pas quoi lui répondre. Mais j'ai réfléchi… Et j'ai commencé à comprendre quelque chose. Alors je lui ai répondu… Que c'était probablement parce que tu étais à mes côtés… C'est toi depuis le début qui m'a donné cette force et ce courage.

Il m'avait déjà dit ça plusieurs fois. Les fois où ça allait vraiment mal et qu'on était désespérés. Il m'avait déjà plusieurs fois remercié de toujours être là pour le réconforter même quand j'allais mal moi aussi. Il l'avait refait il y a quelques heures. Pourtant je trouvais que lui aussi était toujours là pour moi.

- Quand Massko a disparu, aux Terres Illusoires… Juste avant qu'il ne retourne dans le futur… Je lui ai fait une promesse. Il m'a fait promettre de le remplacer pour veiller sur toi. C'était sa dernière volonté… Mais je ne l'ai pas respecté. Car finalement c'est toi qui veille toujours sur moi.

- Fire c'est…

- Ne me contredis pas Lou. Je sais que je n'ai pas été à la hauteur. Mais à partir de maintenant, je tiendrai ma promesse envers Massko. Je ne salirai plus sa mémoire. Désormais… Je ne baisserai plus les bras. Tu pourras compter sur moi comme tu l'as fait pour moi.

- Fire… Merci. Mais tu fais déjà beaucoup, je t'assure. Ta bonne humeur permanente… C'est ça qui me donne ce courage. Tu vois, on se complète.

Nous nous prîmes les pattes et nous nous regardâmes dans les yeux. Nous n'avions jamais été si proches. Chaque épreuve resserrait nos liens et nous rendait plus forts. Cette fois encore, nous serons ensemble jusqu'au bout.

- Il doit y avoir quelque chose à faire pour sauver le monde sans que nous disparaissions. Désormais j'en suis sûr. On l'a déjà fait une fois alors que tout semblait impossible. On le refera.

- Oui. Et ensemble, comme toujours.

Nous échangeâmes un sourire, puis nous nous enlaçâmes. Le soleil termina son ascension dans le ciel et nous décidâmes de nous mettre au travail.

- Bien, alors il faut commencer à enquêter sur cette distorsion spatiale. C'est comme avec les Terres Illusoires, on n'avait aucun indice. Et pourtant on les a trouvées. Il faut juste demander aux bonnes personnes et trouver les bons indices. Par quoi on commence ?

- Eh bien… Tu sais, je pensais qu'on pourrait aller voir Lokhlass.

- Lokhlass ?

- Oui. La dernière fois, c'est le temps qui ne fonctionnait plus normalement et constituait une menace. Cette fois c'est l'espace…

- Ces deux éléments sont liés et opposés à la fois… Comme le yin et le yang.

- Le quoi ?

- Comme le bien et le mal. Le noir et le blanc. Comme le feu et l'eau. Comme le ciel et la terre. Ils sont opposés mais l'un ne peut exister sans l'autre.

- Je vois… Eh bien… Je me disais que ces deux menaces étaient peut-être liées… Il y a sûrement un rapport entre les deux. On ne sait pas ce qui a provoqué le détraquement du temps. Peut-être que la distorsion de l'espace a la même origine ?

- C'est possible… Dans les deux cas, on nous a dit que l'ombre s'étendait sur le monde.

- Exactement. Et comme la dernière fois, Lokhlass nous a raconté plein de choses sur la Tour du Temps et sur Dialga… Peut-être qu'il en saura autant sur l'espace ?

- C'est une excellente idée. Allons-y !

Nous traversâmes le bourg qui commençait à se réveiller, et nous nous dirigeâmes vers la plage. Lokhlass nageait lentement dans les eaux froides du matin. En nous apercevant, il se rapprocha du rivage.

- Lou et Fire… Comment vous allez ?

- On aimerait te dire qu'on va bien mais… Comme tu le sais peut-être, nous sommes dans une situation très grave.

- Je n'ai visiblement pas été informé des dernières nouvelles… Racontez-moi.

Nous lui expliquâmes la situation. Nous lui racontâmes ce qui arrivait à Azurill et notre aventure dans son cauchemar. Une fois notre récit terminé, nous lui demandâmes s'il savait quelque chose à propos de cette distorsion spatiale, et ce qui nous avait amené à penser qu'il savait quelque chose. Celui-ci prit le temps de réfléchir avant de nous répondre.

- Je suis désolé… Mais je ne suis que le passeur des Terres Illusoires. Mon rôle est très restreint et mes connaissances sont limitées à ce qui concerne ma fonction… C'est-à-dire tout ce qui est en rapport avec le temps ou Dialga. Je ne sais absolument rien sur cette distorsion spatiale, c'est la première fois que j'en entends parler.

Nous fûmes très déçus. Nous espérions vraiment que Lokhlass saurait quelque chose. Si lui ne savait rien, qui nous aiderait ?

- Cependant… Je sais qu'il existe un être qui incarne l'espace en lui-même. Exactement comme Dialga incarne le temps. Ces deux Pokémon, tout comme le temps et l'espace, sont étroitement liés… Son nom est Palkia. On dit qu'il possède le pouvoir de tordre l'espace à sa volonté. On dit qu'il vit dans une autre dimension à l'intérieur de l'espace, un endroit appelé la Faille Spatiale.

- Si on rencontrait Palkia… On pourrait lui demander des précisions sur ce qui se passe dans l'espace ! Peut-être même a-t-il le pouvoir de réparer cette distorsion ! Lokhlass, peux-tu nous conduire à la Faille Spatiale comme tu le fais pour les Terres Illusoires ?

- Je regrette, mais je n'ai pas ce pouvoir. Je ne sais pas non plus comment on fait pour s'y rendre. Je ne peux que me rendre aux Terres Illusoires. Je suis navré mais je ne peux pas vous aider plus que cela… Je vous ai dit tout ce que je sais…

- Ce n'est rien, on a au moins appris l'existence de Palkia et de la Faille Spatiale. C'est déjà ça. Merci beaucoup Lokhlass.

Nous quittâmes la plage tout en réfléchissant. Ce n'était peut-être pas grand-chose, mais d'apprendre l'existence de Palkia et de savoir qu'il avait le pouvoir de tordre l'espace à sa volonté était déjà un indice précieux. Il pouvait peut-être nous aider, nous renseigner. Et même si nous n'avions aucune idée de comment nous y rendre, nous savions qu'il résidait dans la Faille Spatiale. C'était une avancée énorme.

- Dis Lou, toi qui en sais tellement sur les Pokémon légendaires… Tu ne saurais rien sur Palkia ?

- Palkia… Hum… D'après les légendes humaines, lui et Dialga ont été créés en même temps. Dialga est devenu le créateur et gardien du temps, quand à Palkia, il a eu le même rôle pour l'espace. Ils sont opposés mais se complètent… Et on dit que chacun a été envoyé dans une dimension différente pour qu'ils ne se battent pas. Mais malheureusement… Je n'en sais pas plus. Au final, je ne suis pas plus avancée que Lokhlass…

- Ah… Dommage… Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Si Lokhlass ne sait rien…

- On sait maintenant qu'on doit chercher du côté de Palkia et de la Faille Spatiale. Il faut absolument qu'on essaye de le rencontrer ! Je propose qu'on aille voir Pijako pour voir s'il en sait plus que nous là-dessus… Et ensuite, on ira voir Chartor. Ça te va ?

- C'est parfait ! En route !

Nous passâmes le reste de la journée à aller voir les anciens et ceux qui d'ordinaire avaient beaucoup de connaissances pour voir s'ils pouvaient nous en dire plus, mais ceux qui avaient entendu parler de Palkia connaissaient les mêmes légendes que moi, et nous ne fûmes pas plus avancés. Même Chartor ne pus rien nous apprendre. Le soir venu, nous allâmes nous coucher sans être plus avancés. Nous décidâmes d'aller enquêter avec les membres de la Guilde le lendemain, espérant que l'on avancerait plus vite dans nos recherches avec eux. Au milieu de la nuit, nous fûmes réveillés en sursaut par un tremblement terrible dans la falaise.

- Un tremblement de terre ?!

- Couche-toi Fire ! Ne reste pas debout !

Nous nous mîmes à plat ventre, puis la secousse s'arrêta. Nous nous relevâmes doucement, quand quelque chose sembla se matérialiser devant nous. Un gigantesque Pokémon venait d'apparaitre dans notre cachette.

- C-C'est Palkia !

- Quoi ?!

- Vous voilà enfin… Vous… Les profanateurs qui êtes responsables de la distorsion spatiale… Vous ne pouvez plus fuir…

Nous n'eûmes pas le temps de dire quoi que ce soit. Palkia poussa un rugissement et les pierres précieuses sur ses épaules commencèrent à luire. Petit à petit, une énorme boule lumineuse se forma et nous enveloppa tous les trois. Je sentis que mes pieds avaient quittés le sol et que je flottais. Je me trouvais maintenant au-dessus de la mer, les pieds dans le vide. Puis mon cœur décolla dans ma poitrine. J'eus la sensation qu'on me faisait faire des loopings et des vrilles. Je ne voyais plus rien sinon des couleurs dans tous les sens. J'en déduisis que nous nous déplacions à très grande vitesse.

Je sentis de nouveau le sol sous mes pieds et je retrouvai la vue. Nous étions dans un endroit ressemblant beaucoup au cauchemar d'Azurill. Tout était noir sauf le sol, qui était d'un vert sapin foncé. Le terrain était cabossé et il y avait des espèces de trous qui ressemblaient à des gouffres dimensionnels partout sur la plateforme où nous étions. Je regardais à nouveau Palkia.

- Où sommes-nous ?

- Ceci la faille spatiale… Mon territoire.

Eh bien nous qui voulions aller à la Faille Spatiale et rencontrer Palkia… C'est chose faite !

- Vous avez osé distordre l'espace sans ma permission ! Je vais vous éliminer sur le champ !

- Q-Quoi ?

Palkia semblait fou de rage, comme possédé. Je ne pus m'empêcher de lui trouver une certaine ressemblance avec Dialga Primal, même si rien dans son apparence n'indiquait qu'il pouvait avoir sombré dans la folie. Il leva une énorme patte menaçante et l'abattit entre nous. Nous l'esquivâmes de justesse. Il se rapprocha encore pour ne pas nous manquer cette fois, tandis que nous reculions. Nous nous retrouvâmes vite acculés au bord de la plateforme. Palkia leva à nouveau le bras.

- On saute ! m'écriai-je.

- Quoi ?!

J'attrapai Fire et sautai dans le vide avec lui. Palkia abattit pour la seconde fois son poing juste derrière nous. Tandis que nous tombions, je l'entendis rugir de rage. Je vis la même lumière que celle qu'il avait utilisée pour nous téléporter, et il fonça vers nous. Un des trous que j'avais vu se forma juste en dessous de nous et nous tombâmes dedans. Il se referma juste après. Visiblement, ces trous apparaissaient aléatoirement, heureusement pour nous. Nous fûmes donc téléportés quelque part ailleurs dans la Faille Spatiale et nous atterrîmes brutalement sur le sol. Je repris mon souffle, avant de me relever vivement pour vérifier que Palkia ne nous avait pas suivis, mais ce n'était pas le cas. J'aidai alors Fire à se relever.

- Fire, tu vas bien ?!

- Oui… Et toi, tu n'es pas blessée ?

- Non, j'ai juste affreusement mal aux fesses.

- Où sommes-nous tombés ? Il y a eu une sorte de gouffre…

- Oui… Visiblement il nous a transportés ailleurs. On l'a échappé belle.

- Tout est allé trop vite… Mais j'ai compris une chose… Palkia a dit que nous étions responsables de la distorsion de l'espace… Exactement comme l'avait dit Cresselia…

- Et ensuite il a essayé de nous éliminer… Ecoute, il va sûrement revenir. On ferait mieux de bouger d'ici. Si on est sans cesse en mouvement il aura plus de mal à nous trouver.

- D'accord partons tout de suite.

Nous commençâmes à marcher dans cet immense désert. Il ressemblait vraiment au cauchemar d'Azurill. Il n'y avait personne, pas même des gardiens comme sur les Terres Illusoires. Et il y avait toujours autant de gouffres comme celui qui nous avait sauvé la vie. Nous en empruntâmes des dizaines en espérant regagner le monde réel ou au moins arriver dans un endroit différent de la Faille Spatiale. Malheureusement tous les coins se ressemblaient et nous ne savions absolument pas où nous étions. Nous étions même incapables de retrouver notre chemin dans le sens inverse. Nous étions complètement perdus dans une dimension parallèle dont nous ignorions tout, sans aucun moyen de rentrer. De plus, nous avions constaté qu'ici, nous ressentions la faim, la soif et la fatigue. Or il n'y avait ni eau ni nourriture dans ce monde. Il n'y avait qu'un immense désert horriblement silencieux. Nous continuâmes à marcher pendant ce qui nous sembla des heures. Palkia nous avait enlevés en pleine nuit, nous n'avions donc pas dormi et nous étions épuisés. Nous arrivâmes finalement dans un cul de sac alors que nous marchions depuis une éternité dans une espèce de canyon.

- Oh non c'est pas vrai… Il faut refaire tout le trajet dans l'autre sens… Et il n'y a même pas de gouffre ici…

- Je n'ai plus la force de marcher… Je suis épuisé, j'ai faim et soif, et ici il fait froid…

- Je sais… Mais on a pas le choix.

- Lou… A quoi ça sert de continuer à marcher ?

- On ne doit pas se faire prendre par Palkia ! Sinon il nous tuera !

- Je sais mais… Qu'est-ce qu'on va faire ? Continuer à errer ici jusqu'à la mort ? Parce que c'est ce qui va arriver si on reste ici… On a aucun moyen de rentrer… Le seul qui a ce pouvoir, c'est Palkia… Il faut qu'on le trouve et qu'on essaye de lui parler Lou… Sinon… C'est la fin.

Je me mis à réfléchir. Fire avait raison. Nous avions toujours eu de la chance, nous avions toujours été sauvés in extremis, mais cette fois, il n'y avait pas de solution. Nous n'avions aucune chance de survivre ni même de rentrer par nos propres moyens. Notre seul espoir était de trouver Palkia et de le convaincre de nous ramener plutôt que de nous éliminer. Je doutais qu'il se calme suffisamment pour nous écouter. Mais quitte à choisir, je préférais mourir sur le coup d'une de ses attaques qu'à petit feu, de faim et de soif.

- D'accord… Allons trouver Palkia. Mais… Comment on fait au juste ? Cet endroit est immense… Même si on ne bouge pas, on est même pas sûrs que lui nous retrouvera…

A peine avais-je prononcé ces paroles que le sol se mit à trembler violemment. Je pâlis. Je savais ce qui allait arriver. Palkia se matérialisa devant nous. Décidemment nous avions un timing incroyable. Le gardien de l'espace avait l'air furieux.

- VOUS ! Je vous ai enfin retrouvés ! Cette fois… vous ne pouvez plus m'échapper ! Je vais vous éliminer… POUR DE BON !

- A-Attends ! S'il te plaît attends ! On voudrait te parler !

- SILENCE ! Je ne me laisserai pas abuser par vos mensonges ! Préparez-vous à…

Palkia se figea soudain. Il resta parfaitement immobile, coupé dans son élan. Fire et moi échangeâmes un regard. Nous attendîmes quelques secondes qu'il se passe quelque chose, mais rien n'y fit.

- Qu'est-ce qui se passe ? Il a l'air… Comme pétrifié…

- Il n'est pas pétrifié… Il est endormi.

- Que… Quoi ?! Qui a parlé ?

La voix était sortie de nulle part. Nous regardâmes autour de nous, mais il n'y avait personne.

- Palkia a été frappé par le cauchemar… Exactement comme Azurill.

- Hein ? En plein milieu d'une phrase ? Et… Il dort debout ?!

- Ce n'est pas un cauchemar ordinaire… Si Palkia a été frappé… cela veut dire que le pouvoir de l'ombre s'est étendu. Si cela continue ainsi, elle engloutira le monde entier… Mais il est possible d'empêcher ça.

Je ne savais pas qui était en train de nous parler. Ce n'était pas une voix familière. Et elle était tellement neutre qu'il était impossible de deviner de quel côté elle se trouvait. Mais je savais ce qu'elle allait me dire. Comme tous les autres, elle allait dire que nous devions disparaître…

- Vous deux… Auriez-vous le courage d'entrer dans le cauchemar de Palkia ?

- Hein ? D-Dans le rêve de Palkia ?

- Oui. Si vous entrez dans le rêve de Palkia, vous aurez des réponses à vos questions. Alors ? Que décidez-vous ?

- Des réponses à nos questions…

- C'est hors de question ! m'écriai-je. On ne sait même pas à qui appartient cette voix ! Pourquoi est ce qu'on irait dans ce rêve ?

- Mais Lou… Peut-être qu'on saura ce qui se passe. Tu as dit toi-même, toute cette histoire n'est pas claire, on pourrait avoir des réponses…

- Rien ne nous le prouve. C'est peut-être un piège.

- Alors qu'est-ce qu'on fait ? On reste ici à ne rien faire ? Tu l'as dit, le seul moyen de s'en sortir c'est de convaincre Palkia de nous ramener chez nous, mais tant qu'il est prisonnier du cauchemar ce n'est pas possible… Et puis si on l'aide à se réveiller, il se calmera peut-être et acceptera notre demande ?

Je réfléchis un instant. Fire avait raison. On ne pouvait rien faire d'autre. Je détestais me retrouver coincée comme ça.

- Très bien, allons-y… Mais restons sur nos gardes.

- Bien… Je vais vous faire entrer dans le rêve…

Il se passa exactement la même chose qu'avec Soporifik. Une ligne violette apparut devant mes yeux et s'agrandit jusqu'à envahir tout mon champ de vision. Quand elle diminua, nous étions dans le rêve. Je m'attendais à retrouver un monde identique à celui du cauchemar d'Azurill, mais le décor n'avait pas changé. L'endroit était en tout point semblable à la Faille Spatiale, et un Palkia bien réveillé se trouvait en face de nous. Il prit un air agressif en nous voyant arriver.

- Encore vous ? Que faites-vous dans mon rêve ?!

- Eh bien nous…

- Attendez… Je me souviens… Nous étions en plein combat… Alors pourquoi suis-je en train de rêver ?

- Tu as été happé par un cauchemar Palkia…

- Comment ?! Voilà bien la preuve que vous êtes les responsables !

- Quoi ?! Attends une seconde ! On est peut-être responsables de la distorsion spatiale… Mais on ne l'a jamais voulu !

- MENSONGES !

- Palkia, tu es le Maître de l'espace et des dimensions n'est-ce pas ? Tu devrais pouvoir réparer cette distorsion non ? dis-je en espérant l'apaiser.

- Il est vrai que ce devrait être le cas… Mais pour la première fois, une partie de l'espace refuse de se plier à ma volonté. Tout est votre faute ! Vous devez disparaître !

- Palkia, il y a forcément une autre solution ! Tâchons de réfléchir ensemble ! On veut la même chose que toi !

- Silence ! Vous mentez ! Cresselia m'a prévenu en rêve… Elle m'a dit à quel point vous étiez mauvais ! Et que vous vouliez plonger le monde dans les ténèbres !

J'eus l'impression de recevoir un coup de poing dans le ventre.

- Quoi…? Cresselia a vraiment dit ça de nous…? Mais pourquoi…?

- Ah vous voilà ! Je vous retrouve enfin…

Il y eu un flash, puis Cresselia apparut. Je pâlis. Contre Palkia et Cresselia, nous n'avions plus aucune chance. Cette fois, personne ne viendrait nous sauver. Soporifik ne pourrait pas venir dans la Faille Spatiale, et il ne ferait pas le poids. Nous allions disparaître. Mais avant, je voulais comprendre. Avoir des réponses à mes questions.

- L'ombre s'est étendue jusqu'ici… constata Cresselia. Même toi Palkia tu as été frappé. Vous deux… Il faut vite vous faire disparaître. Je suis désolée pour vous, mais c'est le seul moyen de ramener la paix…

- Une seconde Cresselia ! J'aimerais comprendre, parce qu'il y a beaucoup de choses qui ne collent pas dans ton histoire ! Premièrement, comment le fait que nous ayons voyagé dans le temps peut-il amener le monde à sa perte ?

- Je te l'ai déjà dit… Cela a créé une…

- Je sais ! explosai-je. Tu as déjà dit tout ça ! Mais je ne vois pas comment le fait de voyager le temps peut provoquer une distorsion spatiale aussi grave ! Regarde Celebi ! C'était un Pokémon temporel, elle pouvait voyager dans le temps et ça ne faisait rien !

- En effet, c'était dans sa nature. Mais pas dans la vôtre.

- Alors pourquoi a-t-elle également le pouvoir de faire voyager les autres dans le temps ? C'était naturel aussi !

- Apparemment ça ne l'était pas. Nous en avons la preuve aujourd'hui.

- Je n'y crois pas ! Depuis le début, toute cette histoire repose uniquement sur ce que tu as dit. Mais tu n'as jamais apporté aucune preuve de tes dires ! Alors Cresselia ? Peux-tu prouver que nous sommes bien à l'origine de cette distorsion ?

- Ecoutez… Arrêtez de chercher des excuses. Je sais que c'est difficile pour vous mais…

- Des excuses ? Ose me dire que ce que je dis n'a aucun sens ! Et tu ne donnes toujours pas de preuve de ce que tu avances ! De plus, pourquoi as-tu dis à Palkia que nous avions volontairement provoqué cette distorsion spatiale ? Tu sais très bien que c'est faux ! Pourquoi tu as menti ?! Nous avons sauvé le monde au péril de nos vies ! Pourquoi soudainement on changerait de bord ? En plus nous n'avons pas le pouvoir de détruire le monde !

Palkia sembla se calmer instantanément. Il se tourna vers Cresselia d'un air perdu.

- Cresselia, est-ce vrai ? Ces Pokémon ont sauvé le monde ?

- Tu ne le savais pas ? Nous avons empêché le temps de s'arrêter, provoquant ainsi la paralysie de la planète. Si tu ne nous crois pas, demande donc à Dialga, ton alter égo !

- Comment ?!

- Qu'as-tu à répondre à tout ça Cresselia ? continuai-je. Et pourquoi n'utilises-tu pas ton pouvoir pour chasser les ténèbres ? Je refuse purement et simplement de disparaître avec tous ces mensonges alors que toute cette histoire ne repose que sur une rumeur que tu as lancé !

Cresselia fulminait de rage. Visiblement, je l'avais percée à jour. J'avais repris du courage et j'étais prête à me battre, même si je n'avais aucune chance. Je m'en fichais, je ne disparaîtrai pas sans m'être battue. Palkia sembla plongé dans une intense réflexion.

- Cresselia… Tu m'as dit que ces Pokémon étaient profondément mauvais. Mais ils n'en n'ont pas l'air. Je peux facilement vérifier auprès de Dialga s'ils ont réellement sauvé le monde. Mais je veux savoir… Pourquoi m'as-tu menti ? Je ne peux ignorer leurs arguments… Si tu n'as pas de preuves, je ne peux pas leur faire de mal.

Je lançai un regard reconnaissant à Palkia. Enfin il nous écoutait, et il avait visiblement arrêté de crier. Il ne croyait plus Cresselia. Peut-être avions nous une chance après tout… Je reprenais espoir. Soudain j'entendis une voix dans ma tête.

- C'est ça ! Gardez espoir !

Il y eu un flash de lumière aveuglante, et Cresselia apparut. Je crus d'abord qu'elle s'était téléportée, mais il y avait maintenant deux Cresselia devant moi. Je clignai plusieurs fois des yeux, incertaine quant à ce qui venait de se passer. Fire et Palkia furent aussi surpris que moi. Nos regards passèrent de l'une à l'autre. Elles étaient identiques, et pourtant elles avaient l'air si différentes… La première semblait furieuse. Son visage avait changé. Il exprimait la haine. Alors que celle qui venait d'apparaitre avait une expression détendue. Elle dégageait une douceur apaisante.

- Il y a… Deux Cresselia ? balbutia Fire.

La Cresselia qui venait d'apparaitre émit une lumière, et la deuxième gardienne des rêves changea brutalement d'apparence. En une seconde, sa silhouette changea et elle devint aussi sombre que la nuit noire. En fait, ce n'était plus le même Pokémon.

- Quoi ?! Qui es-tu ? Tu… Tu n'es pas la vraie Cresselia ?

La véritable gardienne des rêves s'interposa entre nous et l'imposteur, puis elle le repoussa violemment.

- Ouf, j'arrive juste à temps !

- Sois maudite Cresselia ! cracha l'imposteur. J'allais réussir ! J'allais éliminer les gêneurs !

La gardienne des rêves posa son regard sur nous tour à tour.

- Lou, Fire et Palkia, écoutez-moi bien. On vous a trompé pendant tout ce temps. Ce Pokémon, c'est Darkrai. Il s'est fait passer pour moi depuis le début. La Cresselia que vous avez connue jusqu'ici, c'était une illusion qu'il avait créée.

- Quoi ?!

- Il vous a raconté des mensonges en prenant mon apparence pour gagner votre confiance. Tout ce qu'il vous a dit était faux. Il cherchait une excuse pour que vous vous laissiez mourir sans difficulté. Lou, Fire, vous n'êtes pas responsables de la distorsion spatiale. C'est uniquement de la faute de Darkrai, c'est lui qui l'a créée.

- Alors… Nous n'avons pas besoin de disparaître ?!

- Non. Vous n'y êtes pour rien. Il est vrai que la présence de Lou créé une petite distorsion dans l'espace, mais rien de grave. Elle est insignifiante, et ne risque en aucun cas de s'étendre et de causer des dégâts.

Elle se tourna vers son ennemi.

- Darkrai… Te servir d'un pantin à mon image pour duper les autres… Voilà qui ne m'étonne pas de toi ! C'est d'une bassesse !

- Oui… C'était moi. La destruction du temps, c'était moi aussi. Mais vous deux et ce Massko, vous êtes venus fourrer votre nez dans mes plans et vous les avez fait échouer !

Mon cœur cessa de battre.

- Quoi ?! C'était à cause de TOI que le temps s'est détraqué ?!

- Oui… Vous avez cru que le temps s'était détraqué tout seul ? Ha ha ha ! Bande de naïfs ! Pendant tout ce temps c'était moi et moi seul ! Et si tu étais arrivée un peu plus tard Cresselia, mon plan aurait fonctionné cette fois !

- Ça m'étonnerait. criai-je. J'étais prête à me battre pour ma vie !

- Moi aussi ! renchérit Fire.

- Quant à moi… dit Palkia. J'avais trop de doutes pour continuer à te suivre ! Misérable ! Alors c'est toi le vrai responsable… Prépare-toi à mourir !

Il s'élança vers Darkrai et tenta de lui assener un puissant coup de patte, mais Darkrai disparut dans une sorte de balle d'ombre. Son rire et sa voix résonnèrent dans le vide autour de nous.

- Cresselia… Tu ne pourras jamais m'attraper ! Je suis plus fort que toi ! Quant à vous deux, les gêneurs… Tentez donc de m'arrêter si vous vous en croyez capable ! Je vous attendrai au fond du Cratère Obscur, mon antre.

- On y sera, compte sur nous, ordure !

Je continuai à vociférer longtemps, bien que Darkrai ait sûrement déjà filé depuis un moment.