Je salue Matthew d'un geste de la main avant de rapidement les engouffrer dans mon mentaux. Cette journée a été plutôt épuisante.
Je baille comme rarement et me dirige vers ma voiture. Une voiture bien plus passe partout qu'à l'époque de mon gros 4x4. Je souris doucement en me remémorant le jour où Jacob est moi nous étions retrouvés. J'étais devenue folle de cet ancien tas de ferrailles… avant de tomber folle de quelque chose d'autre. De quelqu'un d'autre. Mes yeux se levèrent lentement du côté de la forêt toujours noyée sous une épaisse brume. Un sentiment étrange me traverse… avant que le froid ne me rattrape. Je m'engouffre dans la voiture est partis du parking sans un regard en arrière.
oooo
-Vous avez entendu la rumeur ? Souffla un petit Seconde à ses voisins.
Sans vraiment le vouloir, j'écoutai la conversation. Je ne suis pas une voyeuse mais celui-là racontait toujours les meilleures anecdotes. Je n'ai même plus besoin de lire le journal, tout est répété dans les moindres détails. Et puis, je n'ai pas vraiment le choix. Les élèves ne se rendent pas compte qu'ils parlent fort, même avec des chuchotements.
Une fois l'attention de ses deux camarades à ses côtés dirigée vers lui, il s'installe confortablement dans sa chaise avec un sourire satisfait. Il ressemble à la personne ayant le meilleur scoop du siècle et prit son temps en faisant monter le suspens. Je m'amuse légèrement à cela. Après tout, je pouvais bien écouter son histoire avant de le remettre au travail, n'est-ce pas ?
-Les gars, écoutez-moi je déconne pas : il paraît qu'il y a une créature rodant dans la forêt de Fork…
Mon criterium se casse soudainement et mon corps se glace. J'inspirai imperceptiblement par la bouche avant de souffler doucement.
Une… créature ?
Le garçon à sa droite leva les yeux au ciel, murmurant « mais oui bien sûr ». La fille à sa gauche se contenta de lui donner une tape derrière la tête. Indigné, l'adolescent renchérit :
-Laissez moi finir bande d'idiots !
Le volume de sa voix le surprit lui-même et il se fit soudainement plus petit, me regardant fixement en attendant une quelconque réflexion.
Mais j'étais figée. Mon regard était figé. Mon corps, mon esprit… étaient glacés.
Cependant, il ne le remarqua pas. Et après un dernier coup d'œil, voyant que je ne réagissais pas, il continua encore moins fort :
-Vous savez que mon père est agent de la gendarmerie. Bah j'ai entendu une discussion qu'il avait avec un de ses collègues. Au début j'comprenais pas, il était comme : Bah Thierry, t'as pas pris tes médocs c'matin ou quoi ? Imita-t-il avec une voix grasse pour imiter son père. Ses amis rirent de son imitation mais il ne s'attarda pas dessus.
Mon cœur tambourinait dans ma poitrine et je me sentis suffoquer de plus en plus.
-Apparemment il y a eu beaucoup de disparitions, ces derniers temps. Et ce changement se trouve surtout en forêt.
-Ce n'est pas étonnant avec toute cette brume. Tout le monde sait que c'est stupide d'y aller alors qu'on n'y voit rien à 4 mètres, dit sa voisine en haussant les épaules.
-Justement ! S'exclama-t-il soudainement. Tout le monde semble y aller !
La curiosité de ses amis sembla être piquée, et ils s'échangèrent un regard intrigué. L'orateur du groupe continua sur un ton bien plus sérieux :
-Et puis il y a eu un témoignage… Quelqu'un a été retrouvé en état de choc. C'était une femme, et elle disait…
-STOP ! criai-je en me levant brutalement de ma chaise.
Un grand silence tomba lourdement dans la classe. Tous me fixèrent avec de grands yeux effarés, n'osant plus faire un seul geste. Ma respiration devint forte et je sentais ma poitrine se soulever et s'abaisser dans une respiration bruyante et saccadée.
Ce ne sont que des rumeurs, ce ne sont que des gosses ne les écoute pas bon sang ne les écoute pas Bella.
Tout sembla soudainement trop éclairé. Comme si quelqu'un avait augmenté la luminosité de ma vision au maximum. Ma tempe tambourina au rythme de mon cœur tandis que des souvenirs enfouis au plus profonds de mon esprit ressurgirent.
Mais non, non ce n'était pas des souvenirs, ce n'était que des illusions. Ces moments, je les avais inventés il y a longtemps. Cette… famille… était comme les autres. Ils ont déménagé. Ils ont juste déménagé comme n'importe qui pourrait le faire. Ils, sont, juste, PARTIT !
« Madame ! Vite faut aller chercher un prof ! »
Des formes s'amassèrent autour de moi, me faisant comprendre que je m'étais écroulée. La seule chose que je sentis, c'était cette larme sur mon visage.
Ce n'est qu'une histoire d'enfant…
Tu n'es plus folle Bella, c'est terminé.
oooo
Autre part...
Une silhouette fila entre les arbres à une vitesse démentielle. Le slalom entre les grands pins est prodigieux et intense. Pourtant, malgré la brume opaque et la course effrénée qu'elle s'offrait, la silhouette pouvait être vue si l'on avait les capacités requises. Car autour d'elle, sa crinière flamboyante suivait tous ses mouvements au milieu d'une neige immaculée.
Dans la forêt sans son, une femme à la vitesse démesurée se livre à une course folle.
Elle s'arrête pourtant brutalement en apercevant une silhouette. Ou plutôt des bois de cerfs. Elle se raidit et feula en s'abaissant doucement, tous ses sens en alerte. Mais à bien y regarder, ce n'était qu'un cerf qui s'enfuyait à toutes jambes devant une telle agressivité. Et si ce n'était qu'un cerf… cela voulait dire que ce qu'elle fuyait réellement était toujours derrière elle.
Quand elle le réalisa, une gigantesque main s'abatis dans la neige, la frôlant de si près que le geste provoqua un vent assez puissant pour la déséquilibrer, même en étant en garde.
La main laissa une trace géante sur le sol et elle se retourna lentement vers le monstre. Elle était à ses pieds, minuscule et à sa merci. Aujourd'hui, les rôles s'inversent. Elle devient la proie, et son cadeau n'allait peut-être pas être suffisant.
oooo
Le médecin m'a accordé 1 semaine de repos mais je ne compte pas ne rien faire pendant autant de temps.
A présent je suis chez moi, le soleil se couche même si on ne le distingue pas vraiment au milieu de cette atmosphère grise. J'allume mon ordinateur en attendant que l'eau de mon thé soit prête. Un onglet s'afficha automatiquement dans un coin de l'écran de mon bureau, indiquant la météo de la région. Il est affiché 12 c° à ma grande surprise. Je me tourne de mon siège et attrape mon thermomètre accroché au mur. J'ouvre la fenêtre de mon bureau et le mets sur le rebord. Je ferme rapidement la fenêtre en sentant l'air glacé s'infiltrer dans l'appartement.
J'ai vraiment du mal croire qu'il fasse 12 c° dehors.
Je me lève en entendant la sonnerie de la bouilloire et marche lentement vers la cuisine. Je n'étais peut-être pas aussi en forme que ce que je voulais faire croire après tout…
Mon portable sonna au moment où je m'apprêtais à verser l'eau dans la tasse. Je faillis m'ébouillanter la main alors mon humeur ne fût très agréable que je vis le prénom « Matthew » s'afficher.
-Quoi ?
-Woaw, est-ce que je suis en ligne avec l'enthousiasme personnifié ? S'exclame-t-il sur un ton faussement impressionné.
-Je vais raccrocher…
-Non, hey ! Rah, je voulais prendre de tes nouvelles, rajouta-t-il rapidement.
-Je suis au meilleur de ma forme, déclarai-je en m'affalant sur mon précieux fauteuil situé dans le salon. Je pris ma tasse de thé et sentis doucement l'odeur de la vapeur.
-Je suis sérieux Bella… est-ce que ça va ?
Je ne réussi pas à retenir mon soupir. Un adolescent hormonal veut impressionner ses voisins de classe avec une histoire à coucher dehors, et je panique jusqu'à en faire un malaise. Est-ce que je vais bien ? Probablement pas. Et résultat, un flot d'images me reviennent et tournent dans mon esprit. Je me suis rappelé des regards hautains de Rosalie. Des énormes bras d'Emmet qui me soulevaient sans une once d'effort du sol tandis qu'Esmée faisait une remarque à propos de ne pas me casser une côte. Carlisle regardait sa famille dans un sourire bienveillant. Je me suis rappelée de Jasper, constamment souffrant mais sous la bonne garde d'Alice, plus vive que n'importe qui. Et puis des moments intimes que je passais avec Edward. Étrangement, je ne ressentis aucune douleur en pensant à lui. Cela prouva une nouvelle fois que tout n'était qu'un tissu de mensonges. Surtout concernant ces autres souvenirs… ces souvenirs incluant une vitesse surhumaine. Une force folle, des yeux changeant de couleur… Des yeux jaunes, des yeux rouges… Rouge comme les yeux de James. L'homme qui m'a pourchassé, battu, mordu. Rouge comme pupilles de Laurent, celui qui semblait mener la troupe mais qui finit par retourner sa veste. Rouge comme…
-Bella ?
Mes yeux s'écarquillèrent en sentant un frisson glacial me parcourir le dos.
Rouge comme le regard perçant de Victoria, le jour où nous nous sommes rencontrés.
-Je dois te laisser, je raccroche.
Je ne le laissai pas dire un mot avant de m'exécuter. Sautant sur mes jambes, j'attrape mon mentaux et cours chercher mes chaussures.
Quelque chose ne va pas, quelque chose se passe. Ce ne sont pas des rêves, pas des illusions, tous mes souvenirs son vrai, ils sont réels.
Avant de partir, j'ouvris la fenêtre pour récupérer le thermomètre.
-6 c°
Que ce se passait-t-il ?
