TITUS GALLENGAGENGHER-DISTRICT 2

Ma vie avait toujours été organisée autour de mes horaires d'entrainements, de cours de stratégie et autres art de la guerre. D'aussi loin que remontent mes souvenirs, j'avais toujours connu l'odeur de la sueur, du papier et la voix monocorde de Monsieur Arendt répétant tous les ans, mots pour mots, les mêmes phrases, les mêmes définitions. Chaque minutes, de chaque seconde de ma vie toute entière étaient dans la Grande Ecole d'Apprentissage. Je lui devais absolument tout et à la fois, rien. J'étais entré à la Grande Ecole d'apprentissage à l'âge de deux ans, dès que j'avais su marché sur mes deux jambes sans trembler. Depuis, mes instructeurs et mes camarades étaient devenus ma famille, ma mère et mon père, des étrangers que j'apprenais à connaître pendant mes jours de congés ou je pouvais sortir de l'internat.

-Titus, je viens de finir de repasser ta chemise ! m'apostropha ma mère dans le salon.

Je quittais la grande chambre tapissé de tentures d'or. C'était la mienne, en fait. Mais il n'y a rien de moi ici. Comme la plupart des familles du District 2, nous sommes riches à en faire pâlir tous les autres habitants des district réunis. Mes parents dépensent une fortune pour mon éducation, ainsi que celle de mes deux jeunes sœurs. Je m'arrête au niveau de leur chambre et toque deux coups secs. Octavia s'empresse de m'ouvrir en tournant sur elle-même pour faire bouffer sa robe d'argent qui se marie parfaitement à sa peau blanche et à ses cheveux auburn. Tulla a toujours été plus réservée que sa sœur jumelle. Pourtant, quand elle m'aperçoit dans l'encadrement de ma porte, elle se lève pour trottiner jusqu'à moi et pousser doucement Octavia afin de me saluer :

-Bonjour Titus ! Bien dormis ?

Je soulève les deux enfants de la seule force de mes bras. Elles m'embrassent sur les deux joues et je les repose au sol, alors qu'elles s'esclaffent, comme d'habitude lorsque je les soulève dans les airs de cette manière. Octavia et Tulla sont arrivées à la Grande Ecole d'Apprentissage quatre ans après moi. Elles fêtaient aujourd'hui leur douze ans. Je sors de mes poches deux paquets, qu'elle s'empresse de saisir en retournant dans leur chambre. Leur yeux noirs brillaient d'excitation et je me surpris à sourire. Octavia brandissait déjà sa dague d'argent alors que Tulla s'empêtrait toujours à déchirer le papier qui emballait la sienne. Les deux enfants se blottirent contre moi en me remerciant. Cela faisait depuis quelques jours déjà que j'avais acheté leurs cadeaux, certain de leur faire plaisir. Je descendis les escaliers, accompagné de mes sœurs qui se jettent sur la table du petit-déjeuner, bien garnie. Ma mère les embrassèrent à son tour, en confondant Octavia et Tulla, qui ne relevaient même plus l'erreur. Mon père était déjà à table et sirote son café dont l'odeur amer parvient jusqu'à mes narines. Je m'en servais une tasse, et m'asseyais entre mes deux sœurs qui se disputaient un morceau de viennoiserie.

-C'est le grand jour, commença mon père en ignorant les cris de Tulla qui venait manifestement de perdre. Tu es prêt, Titus ?

-Je le suis, affirmais-je d'une voix forte.

Je m'entrainais depuis tout petit, et je savais que cette année, j'avais toute mes chances d'être tiré au sort. Les jumelles, elles, n'avaient leur noms écrit que très peu de fois, comparé à d'autres adolescentes, bien plus âgées qu'elles. Elles étaient certaines de ne pas être pigées dès leur première moisson. J'étais suis heureux, car elles étaient loin d'être prêtre, l'une comme l'autre …

-La famille de Prima Romani se vante depuis plusieurs jours d'avoir pris énormément de tesserae.

Je soupirais, en avalant la dernière gorgée de mon café. Mon père était directeur de chantier de construction et se déplaçait donc régulièrement, au Capitole, et parfois même, dans d'autres Districts, ce qui était plus rare. Caesar Romani, était son seul concurrent. Prima avait exactement le même âge que moi, et si nos parents se vouaient une guerre froide, elle et moi, nous nous entendons très bien. C'était la raison pour laquelle je quittais la table sans dire un mot, pour m'emparer de la chemise fraichement repassée que ma mère me tendais toujours à bout de bras. Je l'enfilais, et sortis de la maison en claquant la porte. Les cheveux bruns de Prima attirent mon regard. Elle s'était cachée, au détour d'une rue, sûrement pour me surprendre et tenter de me prouver qu'elle est à mon niveau. Sans faire de bruit, je m'avançai vers elle, et m'appuyais sur le mur, en attendant qu'elle perde patience et se retourne pour sortir de sa cachette, ce qu'elle fît rapidement. Elle sursauta, en me découvrant, et me frappa de toute ses forces au niveau du torse. J'accusais le coup, sans dire un mot, malgré la douleur : Prima était malgré tout, une très bonne combattante.

-Qu'est-ce qui m'a trahie cette fois ? Me demanda-t'elle.

-Tes cheveux…

Elle replaça derrière ses oreilles l'une de ses mèches brunes ondulés, pourtant coupées au carré. Elle pesta contre sa chevelure pendant un long moment, avant de défroisser sa robe finement brodée de pierre précieuse. Elle était déjà habillée pour la moisson, comme moi.

-Mon père a pesté contre le tien ce matin, m'informa-t'elle en passant son coude sous le mien. Il a raflé un gros chantier au Capitole au nez du mien, et je crois qu'il ne digéra jamais l'affaire !

Je haussais les épaules : je m'en moquais éperdument. Nous avancions jusqu'au cœur du District, impatients de découvrir l'allure de la scène de cette année. Luciana Hashl nous fît un signe maladroit de la main, en nous apercevant, trébuchant sur le sol pourtant plat. Elle s'étala de tout son long, vite relevé par Marius Addico et Beatrice Potestas, ses deux « amis ». Luciana Hashl était un mystère à elle toute seule. Les cheveux bouclés lui tombant sur les épaules, le visage fin et les yeux gris, elle était élancée, grande et bien bâtie. Elle était entrée au centre à l'âge d'un an et demi seulement. Une enfant précoce… Mais c'était là son seul exploit : cette fille débordait de maladresse et était aussi empotée que les enfants de quatre ans qui apprenaient encore à ce servie d'un arc. Prima s'esclaffa sans discrétion alors que je baissais la tête, pour cacher mon propre fou rire.

-Il n'y a absolument aucune chance pour que Luciana gagne, parvient à articuler Prima entre deux rires sournois. Elle ferait honte à tout le District deux, pour au moins trois décennies !

-Je me demande pourquoi ses parents s'obstinent à lui payer la Grande Ecole d'Apprentissage… , l'approuvais-je d'un air songeur.

-Et encore, tu ne partages pas ta chambre d'internat avec elle. Il ne se passe pas un jour sans qu'elle ne casse quelque chose. Elle ne sait manifestement rien faire de ses dix doigts.

Prima continua de se plaindre pendant un long moment. Je ne l'écoutais déjà plus. Depuis ce matin, je me forçais à rester calme et concentré. Aujourd'hui était mon grand jour, celui dans lequel j'entrerai dans l'histoire. J'avais préparé mon plan depuis des années maintenant. Je ne comptais pas seulement sur la chance pour gagner ma place en tant que tribut. Qui se reposerait essentiellement sur la chance ? Une personne sans ambition, fade. Moi, j'étais prêt à tout pour participer aux Hunger Games de cette année. Je me dégageais de l'emprise de mon amie, pour me diriger vers la grande place. Cataline Sacramentum s'y trouvait, entourée de pacificateurs chargés d'assurer sa protection. Tous les ans, l'hôtesse du District 2 empruntait les mêmes allées, saluait les mêmes personnes et affichait les mêmes sourires faux et incroyablement provocateurs. Je regardais ma montre d'or. Il était l'heure. Je guettais les alentours, prêt à intervenir. Un hurlement se fît entendre, déchirant le calme de la grande place. Les pacificateurs, sur les nerfs, comme toujours le jour de la Moisson, se précipitèrent vers le bruit : une bagarre venait d'éclater et Catalin Sacramentum se trouvait seule, entre les fils, les caméras encore éteintes et les individus présents dans la rue qui ne lui prêtaient pas la moindre attention, trop absorbés par la scène de bagarre qui se déroulait sous leur yeux. Même Prima s'était avancée, curieuse comme pas deux.

Je m'avance vers Cataline Sacramentum, le pas assuré en me forçant à maitriser mon souffle. Arrivé à sa hauteur, je pose l'une de mes mains sur son épaule pour la faire se retourner. La femme sursaute et me scrute de ses yeux noirs d'encre affreusement trop maquillés. Un sourire carnassier se dévoile sur ses lèvres violettes :

-Un admirateur… Tu veux un autographe, mon chou ? Demanda-t-elle en sortant déjà de son décolleté un stylo plume.

-Pas d'autographe pour aujourd'hui, refusais-je.

Je lui enlève le stylos des mains, en le rangeant moi-même de là où il venait, la faisant sursauter une deuxième fois. Une fois ma main enlevée de son décolleté plongeant et sur le point de craquer, je m'approche d'elle, lui susurrant à l'oreille ma demande :

-Mon nom est Titus Gallengagengher. Et je suis prêt à tout, pour participer aux quarante-sixième Hunger Games.

Je m'éloigne, de l'hôtesse, abasourdie. Ce n'était sûrement pas la première fois qu'on lui faisait ce genre de demande. J'en étais persuadée. Mais moi, je m'étais bien renseigné. Cataline Sacramentum avait un faible pour le jeune et beau garçon. Je pouvais me vanter d'être l'un et l'autre, avec mes cheveux mi- long châtains, et mon regard sombre et enjôleur. J'avais fait preuve d'audace, et il était de notoriété publique au Capitole que Cataline aimait la fougue, et la provocation. Mon père m'avait rapporté ses nombreuses frasques qui faisaient trembler le Capitole au moins tous les mois.

-Ce que vous me demanderez de faire, je le ferais, ajoutais-je en la regardant intensément.

Je regarde la jeune femme se mordiller la lèvre inférieure. J'étais à son goût, très certainement. Et comme je le lui avais dit, j'étais prêt à tout pour être dans l'arène de cette année.

-Mon mignon, tu sais que tu ce que tu essayes de faire est punit par le règlement n'est-ce pas ?

-Au diable le règlement. Je ne compte pas sur la chance pour réaliser mon souhait le plus cher. Je suis né, on m'a entrainé pour ça.

Elle penche la tête vers la droite, comme si elle réfléchissait intensément à la question.

-Si je devais accepter de réaliser les vœux de tous les jeunes hommes qui viennent me le demander…

-Très bien, l'interrompais-je. Je vais annoncer aux deux personnes qui sont en train de se battre férocement en ce moment même, qu'ils le font pour rien…

Je retournais sur mes pas, la laissant interloquée. Je comptais les secondes dans ma tête, persuadé que l'hôtesse allait me rattraper. Ce qu'elle fît, en posant l'une de ses mains parfaitement manucurées sur mon épaule carrée et musclée.

-Tu es un petit malin, toi… Rappelle-moi ton prénom, mon chou ?

- Gallengagengher. Titus Gallengagengher, articulais-je lui souriant.

Mes bras s'enroulèrent autour de ses hanches alors que je posais un baiser rapide dans son cou, la faisant frémir. Deux pacificateurs étaient déjà en train de revenir, conscient d'avoir laissé l'hôtesse trop longtemps seule, une proie facile pour ses fans et pour les gens comme moi, prêt à tout pour obtenir ce qu'ils veulent. Ma main glissa jusqu'à la sienne, froide et rugueuse. Je la lâchais au dernier moment, pour retourner auprès de Prima qui n'avait rien remarqué à la scène. J'adressais un dernière sourire à Cataline, agrémenté d'un clin d'œil. Elle baissa les yeux. Je venais de charmer en quelques secondes seulement, l'une des femmes les plus influentes du Capitole.

-A ton avis, qui était en train de se battre, Titus ? Me questionna Prima.

-Je n'en sais rien, Prima. Allons voir ! Lui proposais-je en lui attrapant la main pour l'entrainer vers le lieu où s'était amassée les badauds.

Des bouts de verres brisés s'étalaient sur les pavés de la Grande place. Un homme se tenait le bras en sanglotant. Il saignait abondamment, séparé de son agresseur qui avait une belle balafre qui lui mangeait la figure. Ils se débattaient toujours tous deux, contre les pacificateurs qui tentaient de les immobiliser pour les empêcher de se sauter à la gorge. Ils s'arrêtèrent, en me remarquant. Personne ne le remarqua et je m'en félicitais. Prima, sur le chemin du retour, n'arrêta pas de commenter ce qui venais de se passer.

-Ça arrive souvent qu'une dispute explose le jour de la Moisson, mais là ils se sont sacrement amochés quand même ! Titus t'en penses quoi ?

A vrai dire, je ne pensais à rien. J'avais la tête vide et le cœur plein. J'étais heureux, certain d'avoir réussis mon coup. C'était Brutus Inmano qui m'avait fait part une année, du plan de son frère, Gaius, de soudoyer discrètement l'hôtesse pour gagner sa place et une entrée gratuite pour les Hunger Games. J'avais juste amélioré ce dernier, sans trop oser y croire. Maintenant, j'avais réellement toutes les chances de mon côté. Et c'était la seule chose qui me préoccupait. Je ne me souciais même pas du marché silencieux que j'avais conclu avec Cataline Sacramentum. Mon corps n'était qu'un instrument, un faible prix à payer pour réaliser un rêve que nous voulions tous accomplir. J'allais pouvoir devenir célèbre, m'illustrer pendant ces jeux, mes jeux, prouver ma force, mon intelligence et mon esprit guerrier. J'étais le premier de ma promotion dans toutes les matières, j'adorais les armes, j'adorais me battre et j'allais réaliser mon rêve.

Sans réfléchir, je plaquais Prima contre le même mur ou je l'avais surprise en train de se cacher, pour tenter de me faire peur. Je l'embrassais de toute mes forces, comme pour évacuer toute ma joie, mon trop plein d'énergie qui me dévorait de l'intérieur. J'étais heureux. Prima répondit à mon baiser et entrouvrit ses lèvres pour l'approfondir. C'est Octavia qui nous interrompit après quelques minutes, après être sortie de nulle part, en toussotant, Tulla à ses côtés :

-Père dit que si tu continues à fourrer ta langue dans la bouche de la fille de Romani, il te déshéritera et fera dormir dehors.

J'éclatais de rire, accompagné de Prima qui, comprenant le message, partit rejoindre sa famille. Je lui avais offert mon premier baiser. Je contrôlais la situation, je continuais de distribuer les cartes. Cataline aura ce qu'elle voulait, et moi, je resterai maître de ma propre volonté. Je l'imitais, en franchissant le seuil de la maison de mes parents. Mon père m'attendait, un sourire ravie sur le visage, contrastant avec le message qu'il avait fait délivrer par les jumelles :

-S'attirer les faveurs de la fille Romani pour porter préjudice à son père ! Mais quelle bonne idée ! Tu es bien le digne fils de ton père !

S'il savait… Le repas se déroula dans le calme. J'ignorais toutes les conversations, le cœur encore emplit de mille émotions. J'étais impatient, sur les nerf, surexcité. J'étais à quelques heures seulement d'entendre mon nom et mon prénom, me désignant tribut masculin du District 2 pour les quarante-sixième Hunger Games. La cloche de la grande place résonna dans l'air. Je bondis de ma chaise, les jumelles avec moi. Comme la plupart des gamins, des adolescents en âge de participer, je me précipitais dans la rue, prêt à me faire enregistrer. Mes parents nous suivirent, mains dans la mains. Les jumelles étaient dans le même état que moi, sautillant partout.

-Imagine Titus, si ton nom est pigé cette année… , rêvassa Tulla, les deux mains jointes sous son menton.

-T'es le plus fort ! Je suis certaine que tu gagneras haut la main ! Poursuivit Octavia en courant vers la file d'attente pour se faire enregistrer.

Tulla la suivit, sans se retourner ni vers mes parents, ni vers moi. C'était leur première Moisson… Elles entraient officiellement dans l'adolescence, sous mes yeux. J'étais fier. Mes petites sœurs étaient aussi douées que moi dans l'art de tuer, de survivre. Elles étaient déjà de très bonne combattante, Tulla redoutable avec une épée, et Octavia féroce avec une masse, comme je l'étais déjà à son âge. Prima les avait rejointe. Je l'observais ébouriffer gentiment les cheveux de Tulla. Prima avait été responsable de leur dortoir à a Grande Ecole d'Apprentissage… Elle connaissait les jumelles mieux que mes parents, toujours pas fichus de distinguer les fossettes de Tulla qui la distinguait pourtant si bien d'Octavia. Une fois enregistré, je me dirigeais vers la file des seize ans, discutant avec mes camarades. Tony, mon plus proche ami, était d'un calme aussi apparent que le mien. Nous efforcions tous deux de garder la tête froide.

-Ton plan a fonctionné ? M'interrogeât-il avec une pointe d'espoir dans la voix.

-Comme sur des roulettes. Elle m'est tombée toute cuite dans les bras, affirmais-je, fier comme un paon.

Le sourire de Tony s'illumina. Après ma victoire, j'appuierai très fortement sa candidature auprès de Cataline. Nous y avions parfaitement réfléchis tous les deux. Tout serais parfait… Je nous voyait déjà tous les deux, dans ma maison, dans le village des vainqueurs, en train de parler de nos jeux respectifs. Peut-être que ma maison sera à côté de celle de ma tante, Gaïa. C'était peut-être bien la seule fierté de ma famille, avec sa richesse et les travaux de mon père. J'étais prêt. J'étais fort. Rien ne pouvait m'empêcher d'accéder à cette vision.

-Alors, avec Prima…

J'écarquillais mes yeux, laissant min visage d'ordinaire impassible exprimer l'étonnement.

-C'est Prima. Il fallait bien se douter que tout le District serait au courant dans la seconde suivante.

Un grognement s'échappa de ma gorge. J'avais manqué de prudence en l'embrassant. Cependant, il y avait très peu de chance que Cataline Sacramentum en ait entendu parler, et quand bien même, elle devait probablement n'en avoir rien à faire…. Cette dernière apparut, dans une tenue différente que celle de la matinée. Elle avait troquée son tailleur blanc contre une robe outrageusement provocatrice, laissant peu de place à l'imagination quant à ses rondeurs. Nul doute que Cataline méritait son statut non officiel de la plus belle femme de tout Panem… Elle était une sorte de fantasme pour la majorité des hommes. Moi-même, je devais reconnaitre qu'elle me faisait de l'effet. Ses talons claquèrent sur le parquet vernis de la scène. Elle approchement ses lèvres du micro, un geste anodin mais qui anima et fît monter la fièvre de tous les spectateurs amassés sur la grande place.

-Mes salutations, chers habitants du District deux ! Je suis ravie de vous retrouver aujourd'hui ! Les quarante-sixième Hunger Games promettent d'être grandioses, c'est moi qui vous le dit ! Mais je tiens ma langue, et vous assure que cette année ils seront spectaculaires !

Elle rallongeait toujours les « u » quand elle parlait, un tic de langage qui donnait un côté assez ridicule à sa présentation. Tony l'imitait, le soir venu, dans notre dortoir. C'était toujours à mourir de rire… Le film de présentation, qu'on nous servait tous les ans à la même sauce, passa pendant des minutes qui semblèrent s'éterniser. J'avais envie de bondir sur scène, de m'emparer du micro et d'annoncer moi-même mon nom en tant que Tribut. C'était ma journée.

Cataline s'approcha enfin du grand bocal de verre contenant les noms des filles. Mon regard se figea en direction de Tulla et d'Octavia, sages comme des images. Elles n'étaient pas prêtres à combattre. Bien sûr qu'elles avaient toutes leurs chances : elles étaient intelligentes, redoutables et très douées, mais elles manquaient d'expérience, d'entrainement. Je doutais de leur capacité à tuer leur partenaire de district sans la moindre hésitation. Moi, en l'occurrence, c'était pour cette raison qu'on m'avait inscrit à la Grande Ecole d'Apprentissage : pour me battre, tuer et gagner une édition des Jeux. J'étais prêt. C'était mon tour. Cataline piocha un nom, et le lu à voix haute. Qu'importe ce dernier, même s'il s'agissait de Prima. Je la tuerais.

-Luciana Hashl !

La foula s'anima, au bord de l'explosion. Il n'était pas bien vu de se porter volontaire comme tribut dans le District deux. Nous étions tous entrainés, dans des écoles plus ou moins prestigieuses, et Luciana était dans la meilleure, à savoir la Grande Ecole d'Apprentissage. Aucun élève venant d'une école moins bien cotée que celle-ci ne pouvaient se présenter et se porter volontaire à sa place, c'était la règle. En revanche, Prima, elle, pouvait se porter volontaire, à l'instar de toutes les autres filles scolarisée à la Grande Ecole d'Apprentissage. Le visage pâle de Luciana apparut à l'écran, alors qu'elle traversait l'allée, sortant du rang des quatorze ans. Elle grimpa les quatre marches qui la menaient à la scène, ratant évidement la dernière, pour s'étaler encore une fois, de tout son long sur le bois vernis. Les habitants du district 2 rirent de concert. Moi-même, je me retenais. Luciana tremblait. Sa peur suintait de tous ses pores. Tulla et Octavia feraient de bien meilleures combattantes qu'elle, malgré leur deux ans d'écart… Pourtant, Luciana s'adressa à nous, s'agrippant au micro pour prendre la parole, d'une voix chevrotante :

-Pas la peine de vous porter volontaire. C'est un immense honneur pour moi d'être votre tribut pour ces Hunger Games !

Cela lui ressemblait si peu.. J'étais persuadée qu'elle allait supplier les filles de la Grande Ecole d'Apprentissage de se porter volontaire. Elle venait de refuser son droit à une dernière chance. Tant pis pour elle… En fait, ça m'arrangeait. Il me serait plus facile de la tuer. Enfin, si elle avait la chance de survivre au bain de sang et qu'elle avait la décence d'esprit de rester avec les tributs de carrières. Ce qui serait la stratégie à adopter pour survivre le plus longtemps… J'aurai à la surveiller, guettant le moment où elle nous fuirait, pour lui briser la nuque d'un coup sec.

La foule se calma petit à petit, au fur et à mesure que Cataline Sacramentum s'approchait du bocal des garçons. Si ça se trouve, mon nom allait réellement être pigé et Cataline n'aurait pas à mentir. Elle prit le premier bout de papier à sa portée, marcha vers le micro et se prit les pieds dans les fils de ce dernier. Elle tomba de façon peu élégante, imitant Luciana. Elle mit du temps à se relever, le maire et les anciens gagnants s'étant levés pour lui porter secours. Elle se releva finalement seule :

-Pour l'année prochaine, plus de scène en bois vernis les amis ! Plaisanta-t-elle en faisant rire une fois de plus toute l'assemblée.

Cataline fouilla cette dernière de ses yeux. Ils s'arrêtèrent sur moi. Une étincelle brillait en eux, malicieuse. J'avais réussis. Elle allait dire mon nom. D'une voix enjôleuse, elle articula deux mots qui firent exploser mon cœur :

- Titus Gallengagengher !

Tony frappa mon dos en une tape amicale et m'escorta fièrement jusqu'à l'allée. Je savourais ce moment, m'arrêtant un instant vers l'espace ou était aligné les filles de douze ans. Je lançais un baiser en direction de mes sœurs, qui m'applaudissaient tellement fort, que leurs mains devaient être rouge. Octavia sifflait, alors que Tulla scandait mon prénom, vite suivis par l'assemblée. J'étais le meilleur. Tout le monde le savait. J'étais le meilleur candidat. Je sautais sur la scène, sans prendre les marches, écartant les bras en me réceptionnant d'un geste théâtral. Les Hunger Games étaient commencés. J'étais en représentation. Je tournais le dos à la foule, fixant mon regard sur les écrans géants, sur lesquels on pouvait observer mon visage ravis et fier. Je me saluais moi-même, faisant rire la foule. La voix de Cataline me ramena à la réalité :

-Et bien, et bien, vous semblez être très apprécié par vos pairs, mon cher Titus !

J'approuvais, en déclarant que j'étais de toute évidence le meilleur candidat, et que je ne voulais aucun volontaire pour prendre ma place. Je serrais distraitement la main de Luciana, affreusement moite. Les pacificateurs m'escortèrent à l'intérieur de l'hôtel de ville, où ils me laissèrent entrer dans une salle somptueuse, comparable au hall de la maison de mes grands-parents.

Ma famille, fût la première à entrer Les deux jumelles, comparables à des tornades sautèrent dans mes bras. Mon père me félicita, tout comme ma mère. Ils se mirent tous deux en retrait, me laissant parler à mes sœurs.

-Entrainez-vous dur ! Apprenez parfaitement toutes vos leçons ! Quand je serais rentré, je vous entrainerais tous les jours, comme ça, quand le temps sera venu, c'est moi, qui vous dira à quel point je suis fier de vous !

Tulla laisse échapper une larme. Octavia me couvrait de baisers.

-Mais, et si tu meurs Titus ?

Tulla desserra son emprise pour me regarder de ses yeux noirs. Ils étaient larmoyants. Octavia frappa notre sœur :

-Tu es folle, Tulla ? Titus est le meilleur ! Il ne peut que gagner.

Je soulevais Tulla, pour que son visage arrive à ma hauteur.

-Tulla, je crois en moi. Si tu ne crois pas en moi, ce n'est pas grave. Mais je reviendrais vivant, Tulla, je te promet !

Je la reposais sur le sol, alors que les pacificateurs entrainaient ma famille vers la sortie. Les mots de Tulla tournaient en rond dans ma tête. « Mais, et si tu meurs Titus ? ». Non. Je ne mourrais pas. C'était impossible. J'étais entrainé, j'étais fort, j'étais musclé, j'étais réfléchis, je savais garder la tête froide et j'étais un excellent stratège. Toute ma vie on m'avait éduqué dans le but à ce qu'un jour je participe aux jeux. Prima entra à son tour, confondant sa bouche avec la mienne. Sa main descendit jusqu'à mon entrejambe. Nous avions dix minutes. Dix minutes pour lui offrir une autre de mes premières fois. Retournant la tendance, je la soulevais, alors qu'elle enroulait ses jambes nues autour de ma taille. Je la posais sur le canapé de soie, ou elle se déshabilla à la hâte, alors que j'enlevais mon pantalon. Elle gémissait, s'arcboutant sous le coup du plaisir. Nous étions en train d'oublier l'instant présent, nos corps n'en formant plus qu'un seul. Ce n'était pas de l'amour. C'était juste du désir, une envie, une pulsion sexuelle. C'était violent, maladroit peut-être. Il fallait bien que je sois prêt pour Cataline Sacramentum… Une fois l'acte finit, je reposais ma tête sur sa poitrine dénudée avant de l'embrasser.

-Tu vas me manquer Prima.

-Toi aussi, Titus. Je ne te dirais pas de rentrer vite. En revanche, je t'attendrais pour qu'on… remette ça.

Elle souriait malicieusement tout en se rhabillant. Elle quitta la salle, alors que je boutonnais mon pantalon sous les yeux rieurs des pacificateurs qui n'avaient sûrement rien manqué de la scène. Le parfum de Prima flottait toujours dans la pièce quand Cataline Sacramentum y entra, croisant la route de Prima, qu'elle prit le temps de saluer. Elle ferma la porte, nous laissant seule. Elle me regarda. Elle remarqua mes cheveux décoiffés, mes lèvres rouges, et le suçon dans le cou que venait de me faire Prima. L'hôtesse me tendit un petit bout de papier, tout en enlevant sa veste pour se mettre à l'aise :

-Prends-le. C'est le nom du garçon qui aurait dû être à ta place, Titus Gallengagengher !

Je dépliais le papier. « Tony Kaezar ». Tony. Tony aurait été à ma place si je n'avais pas exécuté notre plan. Quelle ironie. Au bout du compte, Tony aurait gagné ces jeux, et m'aurait arrangé un coup pour que je participe aux prochains. C'était écrit. C'était certain. C'était mon destin de participer aux Hunger Games. Cataline avait mentis. Elle avait échangé ce papier contre un autre, pour annoncer mon nom. Mon plan avait marché !

-J'ai pensé que tu voudrais le savoir.

Elle s'approcha de moi. De deux coups de pieds, elle enleva ses chaussures et glissa vers moi, tel un serpent sur sa proie. Ses lèvres mordillèrent mon oreille droite, alors qu'elle s'attelait déjà à enlever ma chemise en caressant mes muscles :

-Nous, nous avons moins de dix minutes avant de partir pour le Capitole. Mais c'est déjà bien assez pour que j'obtienne ma récompense non ?

Elle s'accroupit devant moi, défaisant elle-même mon pantalon. J'étais à sa merci. Et ça me plaisait. Cette journée était parfaite. J'étais tribut pour ces Hunger Games, ma partenaire serait facile à tuer, et avant de partir dans l'arène, je pourrais profiter à ma guise de l'expérience de Cataline. Cette dernière souriait, tout en m'observant de ses yeux aguicheurs, les mains expertes et la bouche grande ouverte. Je m'accordais ce moment de liberté. J'avais consacré toute ma vie aux entrainements, à aiguiser mes épées, mes dagues, à tirer à l'arc, à soulever des poids, à travailler mes stratégies, à m'intéresser à la survie en milieu extrême… Maintenant que mon objectif était atteint, je pouvais m'accorder une pause, rien qu'une petite pause. Mes mentors auraient bien le temps de me rencontrer. Je les laissais à Luciana, qui en avait certainement bien plus besoin que moi.

Titus Gallengagengher, Tribut du District 2
Le sort sera-t-il en sa faveur ?