Coucou... je vais me faire toute petite.
Ce chapitre était censé arriver le 21 mars et nous sommes le 11 mai, bon... après tout le temps, c'est une notion relative, n'est-ce pas ?
Merci à vous pour vos commentaires sur le dernier chapitre, je suis quasi certaine que celui-ci vous plaira !
Et comme d'hab, un immense merci à Douce Vélane, Mrs Yoflam et HelAndNiflhel pour leurs rôles indispensables dans cette histoire (bien que depuis le temps, elles ne doivent même plus se rappeler de ce chapitre...) je vous aime les filles !
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Dimanche 14 février
Hermione se regarde dans le miroir depuis cinq bonnes minutes déjà. Elle tourne un peu sur elle-même, observe sa poitrine ressortir avec élégance de son décolleté, admire la façon dont ses jambes sont allongées par les hauts talons qu'elle porte. Elle a mis la même robe qu'elle portait au mariage de Bill et Fleur ; elle sait que Ron l'a particulièrement appréciée et qu'il sera ravi de ce choix de tenue pour leur rendez-vous.
Pourtant, malgré cette journée censée s'annoncer sous les meilleurs auspices, Hermione est stressée. C'est évident : ses mains sont moites, son cœur bat un peu trop vite et surtout, elle est nouée, là, dans le creux de son ventre.
Elle se souvient de la première fois que Ron et elle sont allés au restaurant en amoureux. Ces sensations étaient déjà là et elle les avait mises sur le compte de l'anticipation et de la nouveauté de la situation. Aujourd'hui, elle se rend compte qu'il n'en est rien, et plus le temps passe, plus elles sont là, grandissantes.
- Oh, wow, tu es super belle, Hermione !
Elle sursaute, ayant brièvement oublié qu'elle ne vit pas seule dans ce dortoir. Parvati vient d'entrer, un sourire sincère au visage.
- Merci beaucoup. Ron aime beaucoup cette robe.
Détail inutile et inintéressant. Parfois, Hermione a l'impression de ne plus savoir comment parler de banalités sans que ça ne semble forcé.
- Tu m'étonnes. Alors, quoi de prévu, aujourd'hui ?
- En fait, je n'en ai aucune idée. Je dois le rejoindre à l'entrée de Pré-au-Lard dans une petite demi-heure.
- Oh, il te fait une surprise ? C'est tellement mignon !
Tellement mignon. Et il y a tellement d'envie dans la voix de sa camarade qu'Hermione se sent mal à l'aise. Elle se contente de répondre d'un sourire avant de quitter son poste devant le miroir, décidant qu'il n'y aura rien à faire de plus concernant son apparence. Ses doigts caressent machinalement la mèche de cheveux qu'elle a fait dépasser de son chignon travaillé qui lui a pris beaucoup trop de son temps, la bouteille vide de potion lissante dans la poubelle de la salle de bains en est témoin.
Ayant encore un peu de temps devant elle, Hermione en profite pour continuer le livre qu'elle a commencé quelques jours plus tôt, installée sur son lit. Au bout de quelques instants, elle remarque un mouvement dans son champ de vision périphérique. Debout près de son lit, Parvati est en train de se parfumer, prenant soin de s'asperger le cou et les poignets.
- Dis donc, tu as un rendez-vous, toi aussi ?.
C'est à son tour de sursauter, visiblement surprise d'être ainsi épiée. Parvati se retourne vers Hermione, les joues légèrement colorées d'une rougeur timide.
- Oh, ce n'est pas vraiment un rendez-vous à proprement parler… mais disons que je passe la journée avec quelqu'un, oui.
A sa façon de dire "quelqu'un", Hermione comprend sans mal qu'elle n'a aucune envie de révéler l'identité de cette mystérieuse personne. Bien qu'elle soit un peu curieuse, elle n'insiste évidemment pas.
- Et vous allez faire quoi avec ce fameux quelqu'un ?
- Juste se balader dans le parc, je pense. Il fait beau, ce serait dommage de ne pas en profiter.
Hermione acquiesce, se demandant de qui il pouvait bien s'agir. A part avec Harry pour le Bal de Noël, il ne lui semble pas avoir déjà vu Parvati en compagnie d'un garçon ou même d'une fille, d'une quelconque façon romantique. Alors qu'elle passe en revue toutes les personnes potentielles au château, Parvati lui souhaite une bonne journée avant de quitter le dortoir, ramenant Hermione à la réalité. Elle aussi va devoir bientôt partir, Ron étant déjà sûrement en train de l'attendre à leur point de rendez-vous.
En soupirant, elle se décide enfin à y aller. Sur le trajet, elle croise plusieurs personnes comme elle, bien apprêtées, des couples qui se tiennent main dans la main. Ils se regardent amoureusement, les yeux pétillants, le sourire jusqu'aux oreilles, et Hermione se demande depuis combien de temps elle n'a pas regardé Ron ainsi. Parfois, quand elle y réfléchit, elle a l'impression d'être avec lui depuis des années, puis elle se souvient que leur couple ne date officiellement que de mai dernier. A peine huit petits mois... Peut-être est-ce parce qu'ils se connaissent depuis presque dix ans, mais elle pense surtout que c'est à cause de la routine qui est si bien installée, ou de leur avenir qui est déjà tout tracé. Toujours est-il qu'elle a ce sentiment à la fois terriblement triste et terrifiant d'être avec lui depuis beaucoup trop longtemps.
C'est dans cet état d'esprit plutôt maussade qu'elle s'apprête à sortir du château. En passant devant la Grande Salle, elle arrête néanmoins son chemin, croisant la route de quelqu'un qu'elle n'a absolument aucune envie de voir, et surtout pas aujourd'hui.
Malefoy est debout devant l'entrée de la Grande Salle, adossé contre le mur, les bras croisés sur sa chemise blanche impeccable, l'air de s'ennuyer à mourir. Hermione se demande brièvement pourquoi sa dulcinée n'est pas avec lui, jusqu'à ce que Malefoy tourne la tête vers elle. Lorsque leurs regards se croisent, son visage change drastiquement. Il commence par la détailler de haut en bas. Si son long manteau cache sa robe, il laisse apercevoir ses jambes nues ainsi que ses chaussures. Ses yeux appréciateurs remontent vers le haut de son corps, et il semble s'arrêter autour de son visage. Il observe ses cheveux.
Hermione ne comprend pas pourquoi elle ne bouge pas. Elle devrait simplement continuer sa route. Dans un coin de son esprit, une petite voix lui rappelle qu'elle va être en retard, que Ron est très certainement en train de l'attendre, et pourtant, elle reste là, soumise au regard de celui qu'elle déteste par dessus tout, exposée au jugement de celui qu'elle rejoint pourtant avidement presque tous les soirs depuis un mois.
Une force inexplicable la pousse à s'avancer vers lui. Elle ne sait pas vraiment pourquoi. Elle n'a rien à lui dire, n'a aucune raison valable de se disputer avec lui à l'instant T. Mais elle se retrouve à faire un pas, et quand il s'en aperçoit, il lui lance ce sourire carnassier dont lui seul a le secret.
Elle n'a cependant pas le temps d'en faire un deuxième, puisqu'un élève courant dans le hall lui fonce littéralement dedans, manquant de la faire tomber.
- Oh ! Je suis vraiment désolé ! s'écrie le garçon qu'Hermione ne connaît pas.
Un Poufsouffle au visage marqué par l'adolescence, sûrement en quatrième ou cinquième année.
- Ça va ? demande-t-il, inquiet.
- Oui oui, aucun souci, ne t'inquiète pas.
- Je ne regardais pas du tout où j'allais, vraiment, je suis désolé.
- Aucun problème, répète Hermione qui commence à s'agacer devant l'insistance de son camarade.
- J'espère que je n'ai pas abîmé ta robe…
- Tout va bien ! assure-t-elle en haussant légèrement le ton. Je dois y aller, maintenant.
Le garçon hoche la tête, visiblement déçu pour une raison qui échappe à la jeune femme. Avant de reprendre sa route, elle jette un œil à l'entrée de la Grande Salle.
Malefoy n'est plus là.
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Comme elle s'en doutait, Ron est déjà là lorsqu'elle arrive enfin. Dès qu'il l'aperçoit, son visage se fend d'un immense sourire. Il la regarde de haut en bas, les yeux scintillants, avant de la prendre dans ses bras. Hermione repose sa tête contre son torse tandis qu'il pose son menton sur le sommet de son crâne, veillant à ne pas abîmer sa coiffure. Au bout de quelques secondes seulement, il se recule assez pour prendre son visage en coupe. Il la regarde intensément, heureux, et murmure.
- Joyeuse Saint-Valentin.
Hermione répond par un sourire, puis se hisse sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Ron l'enlace de plus belle, réveillé par cet échange, et prolonge le baiser autant qu'il le peut.
Le souvenir de leur premier baiser la frappe tout à coup. Elle se rappelle la ferveur avec laquelle Ron s'est exprimé sur le sort des elfes de maison et tout ce qu'elle a ressenti à ce moment-là, tous les sentiments qu'elle avait pour lui, cachés tout au creux de son cœur, qui explosent d'un seul coup. Enivrée par l'urgence de la guerre, persuadée qu'ils ne passeraient pas la nuit, embrasser Ron semblait être la chose la plus logique, la plus naturelle, et surtout la chose qu'elle désirait le plus ardemment au monde.
A cet instant-là, poser ses lèvres sur les siennes avait réveillé quelque chose d'alors inconnu. Son unique baiser avec Viktor Krum avait alors été relégué au rang de médiocre tant les sensations et les sentiments étaient différents. C'était comme si un feu d'artifice avait explosé en elle après avoir attendu beaucoup trop longtemps son moment de gloire. Rien n'avait jamais paru plus beau et plus juste que ce baiser, là, en plein milieu du chaos.
Et puis après… plus rien.
La bataille terminée, la mort ne planant plus au-dessus d'eux tel un nuage sombre et menaçant, toute l'euphorie, toute l'adrénaline étaient retombées.
Lorsqu'ils se sont retrouvés seuls pour la première fois, sans Harry, sans la famille de Ron, sans personne, Hermione a ressenti cette angoisse qu'elle a d'abord confondue avec le stress d'avoir un vrai petit-ami, pour la première fois. Ron était parfait, pourtant, il était tout ce dont une jeune femme pouvait rêver. Lui aussi attendait ce moment depuis des années sans oser l'avouer, alors il mettait tout en œuvre pour qu'Hermione soit comblée.
Mais il n'y a plus jamais eu de feu d'artifice, plus jamais cette sensation de justesse. Lorsqu'elle embrasse Ron, comme maintenant, les baisers ont le goût rassurant d'un retour à la maison, mêlé à celui, plus inquiétant, d'une routine déjà épuisée.
- Alors, que fait-on ? demande-t-elle finalement en se séparant de lui.
Pour toute réponse, Ron sourit et lui tend une main dont elle s'empare. Il lui fait traverser la moitié du village, passant devant le salon de thé de Madame Pieddodu sans s'y arrêter. Intérieurement, Hermione soupire de soulagement. Elle ignore si elle aurait été capable de masquer sa déception en entrant dans cet établissement cher aux cœurs des adolescentes de quatrième année.
Ils s'arrêtent finalement entre deux bâtiments, dans une ruelle on ne peut plus normale, si ce n'est pour la boîte de conserve qui y trône en plein milieu.
- Un Portoloin ? s'étonne Hermione.
- Tu ne pensais quand même pas qu'on allait passer notre première Saint Valentin ensemble à Pré-au-Lard ?
- Mais… Ron, je ne sais pas si j'ai le droit de sortir de l'enceinte de…
- Arrête de t'inquiéter, j'ai déjà demandé à McGonagall, et tu te doutes bien qu'elle a donné son accord.
Hermione ouvre la bouche, mais se ravise. A quoi bon lutter ? De toute façon, elle sait qu'elle fait l'objet d'un traitement de faveur presque honteux de la part de sa directrice. Elle se demande brièvement quelle aurait été sa réponse si Malefoy et Parkinson avaient demandé à quitter le château pour se balader on ne sait où en amoureux.
Alors Hermione se laisse faire et attrape l'objet au sol. Une fois certaine d'avoir les pieds sur la terre ferme et la désagréable sensation du trajet passé, elle se permet de regarder autour d'elle pour tenter de se repérer.
Ils se trouvent dans une autre petite ruelle, à la différence que celle-ci est beaucoup plus bruyante que la précédente. Ron l'encourage à avancer, lui tenant toujours la main qu'il n'a pas lâché une seconde depuis qu'il l'a attrapée.
Il l'entraîne donc à travers diverses petites rues, jusqu'à finalement déboucher sur une immense artère blindée de voitures et de passants. Il ne faut pas une seconde à Hermione pour deviner où ils sont.
- Londres, murmure-t-elle inutilement.
- Ça te plaît ?
Le visage de Ron est si rayonnant et son sourire si extatique qu'Hermione ne peut qu'acquiescer. Oui, elle aime Londres, elle aime cette ville qu'elle a toujours connue et dans laquelle elle se sent bien.
- Allez, viens !
Ainsi, ils passent l'après-midi à se promener dans la ville. Ils ne s'attardent pas sur les quartiers sorciers pour se concentrer sur les parties moldues que Ron connaît peu. Hermione lui montre ses boutiques favorites, ils se baladent dans les parcs, se tenant la main et discutant de tout et de rien.
Dans un coin de son esprit, elle se demande pourquoi au fond, tout ça ne lui suffit pas. Cette journée est tout ce qu'il y a de plus agréable, Ron est adorable avec elle, il n'y a absolument aucun point négatif nulle part et pourtant… Hermione se sent étrangement vide. Elle a l'impression d'assister à ces scènes telle une spectatrice qui regarde un film banal et réchauffé, le genre d'histoire qu'on voit partout et qu'on connait déjà par cœur.
Quelques fois, au cours de la journée, Hermione sent Ron se tendre sans aucune raison apparente. Il rit nerveusement ou passe une main fébrile dans ses cheveux, et plus le temps passe, plus ces occurrences apparaissent, et plus Hermione angoisse de son côté, se demandant ce qui pouvait rendre Ron aussi anxieux.
Lorsque le soleil commence à se coucher et que l'heure du dîner sonne, Ron l'emmène finalement devant un restaurant dont la boutique de Madame Pieddodu n'a rien à envier. Alors qu'ils s'installent pratiquement au milieu de la salle, Hermione observe la décoration beaucoup trop rouge pour l'occasion, et tous les couples autour d'elle qui commencent à manger. Certains se dévorent des yeux, d'autres s'adressent à peine la parole, et elle est curieuse de savoir quelle image son propre couple renvoie aux yeux de ces parfaits inconnus.
Le repas se déroule sans fait marquant, si ce n'est cette nervosité dont Ron semble de plus en plus être en proie. Sa jambe bouge frénétiquement sous la table, faisant trembler les couverts, jusqu'au moment où il craque, à peine sa cuillère posée sur son assiette après avoir fini de manger son dessert.
- Écoute, voilà, je voulais attendre qu'on sorte de là pour te le demander, mais comme tu peux le voir, je ne tiens plus.
Ron prend ses mains dans les siennes. Elles sont bouillantes. Moites. Hermione se retient de les retirer pour les essuyer sur sa robe.
- Pour me demander… quoi ? risque-t-elle avec un filet de voix.
Et soudain, cette nervosité depuis le début de l'après-midi prend tout son sens.
Elle n'ose pas l'imaginer. Ça ne peut pas être ça. Il n'a pas le droit de faire ça. Elle le voit déjà, dans ce restaurant blindé de monde, mettre un genou à terre devant elle, sortant un écrin de la poche intérieure de sa veste et la regarder avec des yeux pleins d'espoirs et de rêves dans lesquels Hermione n'arrive tout simplement pas à se projeter.
Elle ignore si la moiteur de Ron est contagieuse, mais elle se sent mal, tout à coup. Elle a chaud, elle étouffe. Elle veut finir sa coupe de champagne cul sec, mais ses mains sont toujours emprisonnées dans celle de son petit-ami.
Petit-ami qui la regarde intensément, les oreilles plus rouges encore que sa robe.
- Je suis certain que tu t'en doutes, répond-il avec un sourire.
Les battements de son cœur accélèrent. Beaucoup trop vite.
- Dis toujours…
Elle va faire une crise de panique. C'est certain, il ne peut en être autrement. Son cœur bat si vite qu'il va bientôt sortir de sa poitrine, explosant sa cage thoracique, déchirant sa robe et, par la même occasion, empêchant Ron de poser sa foutue question.
- Voilà… il y a… bon, je sais que tu… enfin… laisse-moi aller jusqu'au bout, ok ?
Hermione acquiesce, trouvant quelque part en elle l'amabilité de ne pas souligner qu'elle n'a rien dit du tout.
- Maman a trouvé une maison à vendre à Ilfracombe, pas très loin du Terrier.
Son cœur arrête net sa course. Il ne semble plus vouloir s'échapper mais, au lieu de ça, il tombe lourdement dans sa poitrine.
Du soulagement, d'abord. Ron ne va pas la demander en mariage. Il ne va pas la demander en mariage au milieu de ce restaurant pathétique du centre de Londres.
Et puis, la panique, à nouveau. Très vite.
- Je sais qu'on avait dit qu'on prendrait un appartement à côté du Ministère, et j'étais d'accord avec toi, tu te souviens ? J'aimais bien l'idée de vivre en ville, aussi, mais… c'est une opportunité de dingue, Hermione ! Cette maison est immense, l'ancien propriétaire vient de mourir et il n'a aucune famille à qui la léguer. Résultat, elle est mise en vente pour une bouchée de pain ! Tu te rends compte ?
Oui, Hermione, tu te rends compte ? Une grande maison en pleine campagne, près, tout près du Terrier, des Weasley, et surtout de Molly…
- Je… je ne sais pas, bégaye-t-elle. J'avoue que tu me prends un peu de court…
- Oui, je sais que ça fait un peu beaucoup d'un coup, mais il me semblait qu'aujourd'hui était le bon jour pour t'en parler, non ? Je pense sincèrement qu'on sera très heureux, là-bas. Il y aura quelques petits travaux de rénovation, évidemment, la décoration est loin d'être à la page, mais…
- Attends une minute, Ronald. Tu es en train de parler au futur, là.
La rougeur s'étend sur tout son visage. Le ton sec et surpris d'Hermione n'est visiblement pas la réaction qu'il attendait, et à sa façon gênée de détourner le regard, cette dernière craint le pire.
- Eh bien, oui… c'est à dire que… tu sais, on avait peur que quelqu'un d'autre saute sur l'occasion, alors… je l'ai…
Sa voix se fait de plus en plus faible et ses yeux prennent soin de ne jamais croiser les siens. Il a raison : le regard d'Hermione est assassin.
- Je l'ai achetée… finit-il dans un murmure.
Elle libère ses mains si brusquement que Ron n'a pas le temps de les retenir. Son sang se gèle littéralement dans son corps, l'inondant d'un froid glacial qui la fait pratiquement claquer des dents.
- Tu as… tu as quoi ?
- Hermione, ne t'énerve pas… qu'est-ce que j'étais censé faire ? Laisser passer cette occasion en or ?
- Oh, je ne sais pas moi… peut-être m'en parler d'abord ?
Aux têtes qui se tournent subitement vers elle d'un air interloqué, elle se rend compte qu'elle s'est laissée emporter. Tentant de reprendre son calme, elle inspire profondément en fermant les yeux quelques secondes.
- Ron, reprend-elle, tu as littéralement acheté une maison sans m'en informer ! Est-ce que tu te rends compte ? Tu ne crois pas que c'est le genre de choses qu'on fait à deux ? Et dont on parle à deux surtout ?
- Je sais, Hermione, je sais, mais… je ne voulais pas te prendre la tête, je sais que les ASPICS t'angoissent beaucoup… et puis…
Il baisse à présent tellement les yeux qu'Hermione a l'impression qu'il va se cacher sous la table.
- Et puis quoi ?
- C'est juste que… parfois tu es tellement… évasive quand on parle de ces choses-là… je me suis dit que ce serait une bonne idée de prendre les devants, pour une fois. Pour t'éviter de trop réfléchir.
Et pour me prendre au piège.
C'est terrible, mais c'est la première chose qui lui vient à l'esprit. Ron a acheté une maison, et elle n'a plus d'autre choix que d'aller y vivre avec lui. Malgré le choc de cette annonce, il y a tout de même une question qui la taraude.
- Mais… comment tu as fait pour l'acheter ? Tu as fait un prêt à Gringotts ?
Encore ce détournement du regard. Hermione se demande s'il ne va pas carrément s'asseoir dos à elle.
- Non… la maison n'était vraiment pas chère alors… Harry m'a prêté de l'argent.
Elle ne peut pas s'en empêcher. Elle lève les yeux au ciel en secouant la tête, atterrée.
- C'est pas vrai… soupire-t-elle sans vraiment s'en rendre compte.
- Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? se défend Ron en se redressant sur sa chaise. L'occasion était trop belle, et demander un prêt aurait pris beaucoup de temps. Harry s'est tout de suite proposé de m'aider et honnêtement, je préfère lui devoir de l'argent à lui plutôt qu'à ces gobelins de malheur.
Hermione reste silencieuse, pour la simple et bonne raison qu'elle ne sait pas quoi dire.
Quelque part, elle a l'impression de se sentir trahie. Évidemment, vivre avec Ron une fois sa scolarité à Poudlard terminée était le projet depuis le début. Seulement, au stade de projet justement, Hermione avait l'impression que ce n'était pas vraiment réel. Ils parlaient parfois de leur cocon idéal, du quartier où ils aimeraient vivre, mais tout cela restait hypothétique.
Aujourd'hui, il n'y a plus rien de conditionnel. Ron a acheté cette maison. Elle est là, réelle, posée quelque part dans le village d'Ilfracombe, mitoyen de Loutry Ste Chaspoule, soit beaucoup trop près du Terrier.
- Alors ? reprend Ron, sortant Hermione de ses réflexions.
"Alors quoi ?" se retient-elle de demander.
Parce que finalement, qu'est-elle censée répondre ?
Son instinct profond lui hurle de s'enfuir. De se lever, quitter le restaurant sans se retourner. Elle a le besoin urgent de prendre l'air, de sentir le vent froid sur sa peau qui se couvre peu à peu d'une fine pellicule de sueur. Elle veut dire à Ron qu'elle a besoin de temps pour réfléchir, qu'elle ne peut pas lui donner une réponse aussi rapidement. Elle crève d'envie de lui hurler dessus, de le traiter de tous les noms, de lui crier qu'il n'a aucun droit de la mettre ainsi au pied du mur.
Car pour qui passerait-elle si elle refusait maintenant ? Même un simple "j'ai besoin d'y réfléchir" aurait l'air d'un refus aux yeux du monde, et surtout aux yeux de Ron. Il la regarderait avec une déception qu'il ne saurait dissimuler, les larmes pointant dans ses prunelles bleues si expressives. Le sourire anxieux qu'il affiche en ce moment se fânerait pour se transformer en une moue si triste qu'elle affligerait le plus hermétique des cœurs de pierre.
Elle ne peut tout simplement pas faire ça.
Au-delà de la seule réaction de Ron, c'est aussi celles de tous les autres qui lui tomberaient dessus.
Elle entend déjà Harry lui demander pourquoi, quel était le problème et pourquoi elle ne lui en a pas parlé plus tôt.
Elle entend déjà Ginny lui dire qu'elle n'avait pas le droit de briser un couple aussi parfait que le leur, pas quand elle passait ses journées à douter de la solidité du sien, pas alors qu'elle les prenait pour modèle dans sa relation avec Harry.
Elle entend déjà Molly lui vociférer qu'elle n'avait aucun droit de briser le cœur de son fils, pas après tout ce que sa famille avait déjà vécu.
Elle entend déjà sa mère lui reprocher de négliger son avenir, qu'elle ne trouverait jamais un garçon aussi bien que Ronald Weasley.
Et pour toutes ces raisons, elle s'entend sceller son destin d'une voix faiblarde.
- Évidemment que je viendrai vivre avec toi dans cette maison, Ron… c'est juste que j'ai été surprise… excuse-moi.
Son sourire est censé valoir tout l'or du monde. Son visage s'éclaircit de bonheur, teinté d'un soulagement qu'Hermione tenait entre ses doigts encore quelques secondes auparavant. Il lui tend ses mains et elle ne peut rien faire d'autre que de lui donner les siennes.
- Ça va être tellement bien, ma chérie ! On va commencer la rénovation avec Papa et Maman, peut-être que je viendrai moins te voir les week-ends pour pouvoir avancer rapidement. J'ai envie que quand tu finisses Poudlard, que tu n'aies plus qu'à t'installer dans notre petit chez-nous ! J'ai pensé à…
Les mots se brouillent. Le visage de Ron aussi. A la place, elle voit devant elle cet avenir qui se dessine de plus en plus nettement au fil des jours. Elle voit la maison, spacieuse et confortable, avec un grand jardin. Elle voit Ron jouer avec une petite fille aussi rousse que lui, qui a néanmoins hérité des boucles indomptables de sa mère. Elle voit Molly, de l'autre côté d'une barrière, leur faire de grands signes de la main. Elle voit les repas au Terrier tous les dimanches, elle voit ses rêves d'une grande carrière s'éloigner tandis que son ventre s'arrondit de plus en plus, cette fillette ravie d'être bientôt grande sœur, elle voit la robe blanche, la cérémonie dans le jardin des Weasley, elle voit cet avenir dont elle n'est pas certaine de vouloir, cet avenir qui lui tend les bras, et qui lui fait si peur.
- Tu verras, Hermione. On sera si heureux, là-bas !
Alors qu'elle le regarde, une larme coule lentement le long de sa joue. Ron sourit, prenant sûrement ce sanglot pour un trop plein de joie, et Hermione sourit à son tour, parce qu'elle n'a tout simplement plus le choix.
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Hermione rentre au château dans un état presque second.
Elle n'a aucune conscience de ce qui se passe autour d'elle, ses pas la guidant tel un automate vers la tour des Gryffondor. Son esprit est loin, bien loin de Poudlard, ne cessant de lui jouer les scènes les plus angoissantes qu'elle imagine pour son avenir, allant souvent beaucoup trop loin et inventant les pires scénarios possibles.
En arrivant devant le tableau de la Grosse Dame, elle entend déjà le brouhaha qui règne dans la salle commune. Elle prend soudain conscience qu'elle ne pourra pas monter tranquillement dans sa chambre, sans parler à personne. Vu l'heure, elle se doute que Ginny est rentrée et qu'elle brûlera de lui raconter ce qu'elle a fait de sa journée avec Harry. Si Ginny n'est pas là, alors c'est Neville qui lui demandera comment ça s'est passé avec Ron. Dans le dortoir, Parvati voudra sûrement qu'elle lui décrive leur rendez-vous comme on lit un conte de fées.
- Alors, ma petite ? Tu as oublié le mot de passe ?
Hermione sursaute, se rendant compte qu'elle devait être debout sans rien faire devant le portrait depuis trop longtemps pour susciter l'inquiétude de la Grosse Dame.
Sans savoir vraiment pourquoi, elle secoue la tête et fait demi-tour, revenant sur ses pas, n'ayant aucune idée d'où aller. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle n'a pas envie d'affronter le regard de ses amis. Elle n'a pas envie de faire semblant, elle veut retirer ce masque qui l'étouffe mais qu'elle est pourtant obligée de porter toute la journée.
Comme un peu plus tôt, elle laisse ses pas la guider sans réfléchir à sa destination. Au lieu de ça, elle pense à tout ce qui l'attend, à ce que signifie réellement le fait d'avoir accepté de vivre avec Ron au début de l'été. Le mois de juin va vite arriver, bien trop vite, et Hermione ignore comment appréhender cette nouvelle vie. Elle sait qu'elle aura n'importe quel poste qu'elle convoitera au Ministère, et maintenant, elle sait aussi qu'une petite maison l'attend bien sagement à la campagne.
Tout est tellement tout tracé que la sensation d'étouffer lui reprend. Ce besoin vital d'air frais se fait à nouveau ressentir et, soudainement, Hermione sait où elle doit aller.
Elle grimpe les marches presque quatre à quatre, autant que ses talons le lui permettent. Elle ignore la brûlure dans son thorax, sa respiration qui proteste contre cet effort et continue de monter, jetant son manteau dans l'escalier, crevant de chaud, jusqu'à ce qu'enfin, elle aperçoive le ciel étoilé.
Mais elle s'arrête net.
Évidemment, elle n'est pas la seule à avoir eu envie de se réfugier ici, ce soir.
Il est là, accoudé à la rambarde de la tour, semblant regarder loin devant lui. Hermione sait qu'elle n'a que quelques secondes pour faire demi-tour sans qu'il ne remarque sa présence, qu'elle doit faire vite et être discrète pour rebrousser chemin et ne pas terminer cette soirée encore plus mal qu'elle ne s'est déroulée jusque-là.
Pourtant, elle reste là. Fait-elle même exprès de respirer un peu plus fort ? Elle ne se l'avouera pas, fera mine de se détester d'être aussi bruyante quand Malefoy se tournera vers elle pour la toiser de son regard aussi argenté que la lune qui les surplombe tous les deux.
- Tiens donc, se contente-t-il de dire en penchant la tête.
Comme tout à l'heure, il la détaille de haut en bas. Mais cette fois-ci, il n'y a plus vraiment le même désir aguicheur et insolent dans ses yeux. A la place, seulement un air froid, aussi froid que le vent qui caresse violemment la peau nue de ses bras et ses épaules.
Combien de temps restent-ils là à se défier du regard sans bouger, elle ne saurait le dire. Comme souvent, le temps passé avec lui ne semble se plier à aucune règle. Elle ne serait même pas étonnée de voir le jour se lever au loin.
Mais non, le ciel est d'un noir profond, éclairé par cette lune immense qui surplombe la tour d'Astronomie et qui donne à la scène une ambiance complètement éthérée.
- Qu'est-ce que tu fais là ? finit par demander Hermione.
Malefoy lève un sourcil, semblant presque surpris qu'elle brise ce silence.
- Je pourrais te demander la même chose, répond-il d'une voix plate.
Evidemment. Peu importe ce qu'elle peut dire, Malefoy choisira forcément les mots qui l'agaceront le plus. A ce jeu-là, elle ne peut le nier, il est bien meilleur qu'elle.
- Tu n'es pas avec Parkinson ?
Ses lèvres s'étirent en un sourire vainqueur. Elle sait déjà ce qu'il va répondre, elle le savait même avant de poser la question. Alors pourquoi la poser ?
- Tu n'es pas avec Weasley ?
- Ron ne vit pas ici, lui.
Il hoche la tête, mais ne relance pas. Étrange. Ça ne lui ressemble pas de ne pas vouloir avoir le dernier mot.
Décidant tout de même de profiter de ce pourquoi elle est venue en premier lieu, elle se rapproche elle aussi de la balustrade pour s'y accouder, contemplant la vue époustouflante qui s'étale devant elle et dont elle ne s'est toujours pas lassée, malgré toutes ces années à Poudlard. L'air frais lui donne la chair de poule, mais elle n'en a cure. Ici, au-dessus de tout, elle a l'illusion que toutes ses remises en question n'existent pas. Elles sont restées en bas, à l'entrée du château, là où elles ne peuvent pas l'atteindre. Elle en oublie presque la présence de Malefoy, pourtant tout près d'elle. Ou peut-être que sa compagnie fait partie de l'atmosphère étrangement apaisante qui l'entoure.
- Tu n'as pas la tête de quelqu'un qui vient de passer une Saint-Valentin romantique avec son cher et tendre.
Curieusement, il n'y a aucune moquerie dans la voix de Malefoy. Ses mots sont factuels, et Hermione ne doute pas un seul instant de ce qu'il affirme.
- Ah bon ? nie-t-elle malgré tout.
- Tu n'es pas censée retourner dans ton lit en repensant à cette journée magnifique ?
Ah… le sarcasme n'est jamais bien loin. Elle tourne la tête vers lui et ne peut s'empêcher de le trouver bizarre, ce soir. Normalement, il aurait sauté sur cette occasion de la voir aussi soucieuse pour lui drainer toute son énergie jusqu'à ce qu'elle craque. Mais là, il est étrangement calme, le visage inhabituellement fermé.
- Je pourrais te retourner le compliment.
Elle n'a rien trouvé de mieux à dire. En même temps, Malefoy est certainement la dernière personne sur terre à qui elle a envie de se confier sur ses problèmes de couple.
- C'est vrai, concède-t-il avant de se taire à nouveau.
Le silence qui les entoure n'est pas pesant. Hermione l'accueille au contraire avec plaisir et le fait de se trouver en paix en présence de Malefoy est un questionnement qu'elle traitera ultérieurement. Pour le moment, elle veut juste profiter de cette presque solitude, d'avoir quelqu'un à coté d'elle qui ne la presse pas de question et qui n'attend absolument rien d'elle. Son regard est attiré vers les mouvements paresseux du lac dans la nuit, éclairé uniquement par la lune qui brille anormalement fort, ce soir.
- Je n'aime pas du tout tes cheveux, comme ça.
Quoi ?
Hermione n'est pas sûre d'avoir correctement compris. Pourtant, aucun doute possible, elle a bien entendu chaque mot sortir de sa bouche, mais ce qu'il vient de dire n'a aucun sens.
- Je te demande pardon ?
Il hausse les épaules, désabusé, et Hermione reste bouche-bée.
- Depuis quand tu t'intéresses à ma coiffure ?
- Je donne mon avis, répond-il simplement. De là à dire que ça m'intéresse, il y a encore du chemin.
- Je n'ai pas souvenir de te l'avoir demandé, Malefoy.
- Et pourtant je te le donne quand même.
Hermione reste sans voix. Cette conversation est totalement lunaire, peut-être encore plus que la situation elle-même, qui l'est déjà bien assez à son goût.
- Ron aime bien.
Et elle se déteste de ne trouver que cela à dire. En se justifiant de la sorte, elle admet perdre la bataille. Sans doute n'a-t-elle pas envie de se battre, ce soir. La journée a été suffisamment épuisante, moralement parlant.
- Qu'est-ce que tu fais avec lui ?
Décidément, Malefoy est plein de surprises, aujourd'hui.
- Ne prends pas cet air choqué, argue-t-il voyant sa moue. Avant-hier, tu m'as demandé pourquoi j'étais avec Pansy, alors permets-moi de te retourner la question.
- Ça n'a absolument rien à voir ! proteste Hermione qui retrouve un peu de sa véhémence.
- Ah oui ? Et en quoi, je te prie ?
- Ron et moi, c'est… c'est une… c'est une évidence, finit-elle par dire malgré la difficulté indubitable avec laquelle le mot est sorti. C'est écrit depuis toujours.
- Oh, je vois. Parce que Pansy et moi non, peut-être ? Tout le monde pensait qu'on était en couple depuis pratiquement la première année. La seule différence, c'est que vous êtes un couple de héros, et nous…
Hermione ne l'interrompt pas, souhaitant savoir comment il compte terminer sa phrase, mais il la laisse en suspens, libre à son interprétation.
- Ce n'est pas la même chose, persiste-t-elle. Et puis Pansy a… elle a changé, depuis la rentrée. Vous n'avez plus rien à voir l'un avec l'autre.
- Je ne sais pas de quoi tu essayes de te convaincre. Tu m'as demandé pourquoi je restais avec Pansy sous prétexte qu'il était évident que je ne l'aimais pas.
- C'est la vérité.
- Parce que tu penses être transie d'amour pour Weasley ? Si tu l'aimais tant que ça, est-ce que tu passerais toutes tes nuits avec moi ?
- Je ne passe pas toutes mes nuits avec toi, Malefoy ! fulmine Hermione qui commence à perdre patience. Ça n'a rien à voir, c'est tout ! Je n'ai aucune envie de parler de ma relation avec Ron, et encore moins avec toi.
- Oui, il est clair que c'est un sujet trop intime à aborder, se moque-t-il d'un ton railleur.
- Exactement, parce qu'il n'y a rien d'intime entre nous.
- Alors tu es folle amoureuse de lui ?
- Oui !
Ce mot n'a jamais sonné si faux qu'en cet instant.
- Tu as passé une Saint-Valentin magique à ses côtés ?
- Oui !
- Alors qu'est-ce que tu fous là ? Pourquoi tu es venue te réfugier en haut de la tour d'astronomie ? Pourquoi tu restes ici avec moi alors que tu devrais être avec tes copines pour leur raconter à quel point Ron Weasley est parfait ?
Il y a tellement de dégoût, tellement de mépris dans la façon avec laquelle il prononce son nom qu'Hermione sent la colère monter en elle à une vitesse fulgurante.
- Ferme-la, Malefoy ! Rien de tout ça ne te regarde !
Sans même y faire attention, ils se sont rapprochés l'un de l'autre, lui baissant la tête, elle la relevant, se regardant dans les yeux, les sourcils froncés, la respiration accélérée. C'est souvent comme ça que ça commence. Une dispute, le besoin viscéral d'avoir le dernier mot, les corps qui s'attirent, et ce désir presque animal qui ne les quitte jamais vraiment et qui explose lorsque la tension atteint son point culminant.
- Tu es là, à te pavaner de ta relation parfaite alors que tu te fais sauter tous les soirs par le mec qui a fait de ta vie un enfer depuis ton premier jour d'école.
- Je ne me pavane pas…
- Dis-le ! Admets-le que tu ne l'aimes pas comme tu le prétends, je t'assure, ça te soulagera !
- C'est faux ! s'obstine-t-elle à réfuter.
Il est tout près, tout à coup. Elle s'en rend compte, maintenant, de son souffle sur son visage, des traits insupportablement parfaits du sien. Elle voit la rage dans ses yeux, elle jurerait même qu'elle peut y voir son propre reflet.
- Alors prouve-le ! reprend-il avec un air de défi dans la voix. Va-t'en. Prouve-le que tu l'aimes autant. Va-t'en, et on arrête tout.
Imagine-t-elle la note presque imperceptible d'inquiétude dans sa voix ? A-t-il peur qu'elle s'en aille autant qu'elle ne se sent pas du tout prête à mettre un terme à… peu importe ce qui se passe entre eux ?
- Allez, prouve-le, répète-t-il d'une voix plus basse, mais tout aussi autoritaire.
Ses lèvres survolent les siennes, la défiant de partir ou de rester, Hermione n'en sait rien. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'il va l'embrasser, là, maintenant, et qu'elle n'est pas certaine d'avoir la force de le repousser. Peut-être a-t-elle envie de savoir quel goût ont ses lèvres, peut-être a-t-elle envie de s'étouffer dans son souffle. C'est la seule partie de lui qu'elle n'a jamais possédée, et la curiosité la gangrène de plus en plus, malsaine et obsessionnelle. Désormais, elle ne peut plus arrêter d'y penser. Lui tout entier, la façon dont il lui parle, sans pincettes, sans faux-semblants ; la façon dont il la touche, sans précaution, et pas comme si elle était un objet fragile qu'il fallait absolument protéger.
Malefoy est tout le temps là, quelque part dans un coin de son esprit, à observer ses moindres faits et gestes, à épier ses décisions, à juger ses choix, à faire flancher sa détermination.
Et lorsqu'il s'approche un peu plus, frôlant sa bouche de la sienne avec une lenteur qui ne lui ressemble pas, Hermione sort subitement de sa torpeur.
Non.
Elle ne le laissera pas gagner, pas cette fois, pas encore. Elle ne lui permettra pas de la diriger, d'initier ce premier baiser qui n'est jamais censé arriver. D'un geste rapide et sûr, elle se recule juste assez pour prendre le col de sa chemise entre ses doigts et la déchirer de tout son long.
Si Malefoy est surpris, il n'en montre rien. Plutôt que de s'offusquer de ce geste, il préfère suivre ce changement d'humeur.
L'ambiance se transforme drastiquement pour revenir à ce qu'ils connaissent si bien depuis plus d'un mois. Malefoy accorde à la robe d'Hermione le même traitement que celui réservé à sa chemise. Ainsi exposée au froid polaire de cette tardive fin de soirée, la jeune femme a le souffle coupé. Elle ne se laisse cependant pas abattre et déboucle à la hâte la ceinture de son amant, les doigts tremblant d'anticipation. Elle essaye ensuite de s'attaquer aux boutons de son pantalon, mais elle n'y arrive pas, ses mains tressaillent trop, alors Malefoy s'impatiente, et violemment, il la retourne pour qu'elle soit dos à lui. Étouffant un cri de surprise, Hermione se retrouve penchée sur la balustrade, faisant face à l'immensité du parc de Poudlard, tutoyant presque l'horizon devant elle.
Elle entend son pantalon glisser sur ses jambes avant de le sentir se coller contre son dos. La chaleur qui émane de lui la fait frissonner, à tel point qu'elle se sent obligée de fermer les yeux quelques secondes à ce contact.
C'est… bon. Trop bon.
Il commence à se frotter contre elle, attisant son envie de lui. Elle se mord la lèvre en sentant son érection grossir et doit se faire violence pour ne pas le faire entrer en elle immédiatement. C'est comme si toute l'angoisse, toute la frustration de cette journée explosait à cet instant précis, et que seul Malefoy était en mesure de la calmer.
Bien vite, les mains du Serpentard agrippent ses seins, encore enfermés dans son soutien-gorge et ses lèvres se retrouvent dans son cou, l'effleurant jusqu'à son oreille.
- Je vais te baiser, Granger. Ici, dehors, comme la petite salope que tu es. Et quand ma queue sera tout au fond de toi, je veux que tu me répètes à quel point tu es amoureuse de Ron Weasley.
Ses mots sont si sales, si malsains, et pourtant, ils la font frémir. Elle aimerait dire que c'est de dégoût, mais l'humidité qui commence à s'accumuler entre ses jambes rétablit cette abjecte vérité. D'une main, Malefoy déplace son string sur le côté, laissant traîner ses doigts jusqu'à son clitoris. Elle étouffe un gémissement et avec son autre main, Malefoy pince sans ménagement son téton sous la coque de son sous-vêtement.
- Oh non, susurre-t-il encore tout près de son oreille. Je veux t'entendre.
Tout à coup, elle le sent contre son centre, et elle se retrouve contrainte de réprimer un nouveau râle de plaisir. Il est si dur, et elle complètement trempée, il serait si facile qu'il glisse en elle pour enfin la remplir comme elle en brûle d'envie.
- Tu as compris, Granger ? insiste-t-il tout en continuant de se frotter à son entrée.
Sans aucune confiance en sa propre voix, Hermione se contente de hocher frénétiquement la tête. Elle ne supporte plus cette frustration, le plaisir n'est pas assez, elle a besoin qu'il soit en elle, sinon elle va imploser, elle le sait, elle le sent, le feu qui la dévore ne pourra jamais s'apaiser s'il ne fait pas quelque chose maintenant.
- Bien, répond-il d'une voix beaucoup trop calme.
Et là, enfin, il la pénètre d'un seul coup, jusqu'à la garde, et Hermione ne peut pas se retenir. Elle ne contrôle pas le son qui sort de sa bouche, il lui est impossible de faire autrement. C'est trop, beaucoup trop, elle le sent de partout. La chaleur de son corps autour d'elle, son souffle dans son cou, sa main qui maltraite son sein et sa queue profondément enfouie en elle, s'imposant partout. Elle le sent tellement, et surtout elle se sent elle, vivante, comme réveillée d'un coma dans lequel elle est plongée depuis une éternité.
Elle le sent sourire contre son cou, visiblement ravi de l'entendre lâcher prise. Demeurer silencieuse devient un parcours du combattant lorsqu'il commence à bouger, entamant des va-et-vient aussi profonds que puissants.
- Alors ? demande-t-il la voix légèrement essoufflée par ses efforts. Tu l'aimes Weasley, quand je te baise comme ça ?
Elle devrait avoir honte, vraiment, parce que la peau de Malefoy claquant contre la sienne l'empêche de former toute pensée cohérente. C'est tout juste si elle arrive à voir le visage de Ron dans son esprit. Elle ne voit que Malefoy, elle ne sent que ce qu'il est en train de lui faire subir.
Pour autant, elle ne veut pas lui donner cette satisfaction. Elle trouve alors la capacité de répondre, d'une voix haletante pathétique, mais elle répond quand même, un "oui" sorti de nulle part, un "oui" qu'il ne croira jamais, mais qui a le mérite de ne pas signer sa totale reddition.
Ça le fait rire, Malefoy, de son rire cynique et plein de dédain, alors Hermione cambre un peu plus le dos pour changer l'angle de pénétration, et le rire se transforme en un long gémissement qu'il ne tente même pas de masquer. Lui ne s'embarrasse jamais de se taire, de cacher le bien qu'elle lui procure.
Alors il se met à la baiser plus fort et plus vite. La main sur son sein migre dans ses cheveux pour défaire sommairement sa coiffure et attraper une grosse poignée de ses mèches inhabituellement lisses. Il émet un son désapprobateur et tire subitement dessus, la faisant crier de douleur et de surprise. Ainsi, ses coups de reins vont plus loin encore et Hermione doit s'accrocher à la rambarde devant elle comme on s'accroche à la vie. Elle sent des larmes s'agglutiner dans ses yeux, parce que tout est tellement trop que ça en fait presque mal.
- Dis-le encore, anhèle-t-il en continuant ses mouvements implacables. Dis-le à quel point tu l'aimes !
Si Hermione était en pleine possession de ses capacités, elle aurait facilement décelé la surprenante colère dans sa voix. Mais voilà, Hermione n'est pas en mesure de comprendre quoi que ce soit, si ce n'est que ce que lui fait subir Malefoy est de la pure torture. Pourquoi veut-il absolument l'entendre dire une telle chose alors qu'il est en train de la souiller de la pire des façons ?
Il veut la briser, et Hermione, dans un sursaut de conscience, se rend compte qu'il pourrait trop aisément y arriver.
- Oui, suffoque-t-elle. J'aime… j'aime… Ron…
Les mots ont du mal à sortir, parce que son corps est propulsé vers l'avant à chaque fois que Malefoy plonge en elle de ses mouvements brusques, parce que le bruit de leurs respirations couvre tout le reste, parce qu'elle réalise enfin qu'elle n'en pense pas un traître mot.
Ils sont pourtant le déclencheur de quelque chose, parce que Malefoy redouble d'intensité. Il est proche, tout proche, et Hermione sent également sa libération arriver. Il grogne derrière elle, accélérant toujours plus, avant de toucher son clitoris dans des mouvements circulaires et impatients.
Il n'en faut pas plus à Hermione pour perdre pied. L'orgasme éclate en elle telle une tempête déchaînant tout sur son passage. Elle sent à peine Malefoy venir à son tour, s'affalant sur son dos de tout son poids. Les vagues de plaisir déferlent pendant de longues secondes dans l'orgasme le plus intense qu'elle n'a jamais vécu de toute sa vie.
Et de longues secondes après cela, c'est le silence qui s'abat sur eux.
Dès qu'il a retrouvé une respiration à peu près normale, Malefoy se sépare d'elle pour se rhabiller. Hermione, elle, est beaucoup trop faible pour initier le moindre mouvement. Elle reste appuyée contre le garde-fou, presque suffocante.
Elle laisse les secondes s'égrainer, elle sait que Malefoy est debout derrière elle, habillé et parfaitement propre sur lui, comme si rien ne s'était passé. Elle n'a cependant ni la volonté, ni la motivation de se retourner pour lui faire face. Quelque chose s'est passé, ce soir, quelque chose de différent par rapport à leurs entrevues habituelles, et elle n'a pas envie de l'affronter maintenant. Ce sera un problème pour plus tard, un énième questionnement qu'elle décide de repousser.
Elle l'entend respirer, fort, plus fort que d'habitude, elle sait qu'il attend une réaction, n'importe laquelle, mais quelque chose.
- Va-t'en, Malefoy, demande-t-elle d'une petite voix.
Et se rendant compte qu'il ne bouge pas…
- S'il te plaît.
C'est certainement la première fois qu'elle s'adresse à lui avec autant de vulnérabilité. Il doit le saisir, lui aussi, car elle entend ses pas s'éloigner jusqu'à ce qu'ils disparaissent enfin complètement.
Une fois seule, Hermione se permet de craquer.
Elle se retourne et se laisse glisser contre la rambarde avant d'enfouir sa tête contre ses genoux et fondre en larmes.
Elle est en train de faire n'importe quoi.
Elle est en train de bousiller son couple pour une sordide histoire de cul qui n'a aucun sens, avec un garçon qu'elle déteste de chaque millimètre de son corps.
Elle vient de passer la Saint-Valentin avec son petit-ami, cet homme qui l'aime tant, qui ferait tout pour elle, qui construit tellement de projets, qui bâtit leur avenir, pendant qu'elle trahit honteusement sa confiance dans son dos.
Elle sait qu'elle se retrouve dans une situation dont elle ne pourra pas s'extirper, qu'elle est en train de s'enfoncer dans le mensonge un peu plus chaque jour, elle sait qu'elle doit mettre un terme à tout ça, mais lorsqu'elle cherche tout au fond d'elle, elle n'y trouve ni l'envie, ni la motivation.
Alors elle reste là, à pleurer tout son soûl son sort qu'elle a elle-même choisi, à défaut de changer son destin, elle pleure jusqu'à ce que les larmes se tarissent toutes seules et que le froid lui transperce trop la peau pour rester dans cette position une seconde de plus.
Lorsqu'elle reprend finalement le chemin de la salle commune, elle ignore complètement l'heure qu'il peut être. Elle grelotte, transie de froid malgré le manteau qu'elle a remis sur ses épaules, et marche le plus vite possible vers sa destination. Dieu merci, la salle est vide quand elle y rentre. Elle se dépêche de monter et tombe dans son lit d'un sommeil profond et sans rêve.
Le lendemain, malgré ses maigres tentatives pour ne pas penser à la veille, Hermione a l'impression d'avoir mille voix dans la tête qui lui chuchotent toutes ses craintes. Elle ignore à peu près tout le monde en se rendant dans la Grande Salle, ne comptant prendre qu'un jus de citrouille avant de se rendre à son premier cours, mais de l'agitation à la table des Serpentard attire son œil.
La première chose qu'elle remarque, c'est que Malefoy n'y est pas.
La seconde, c'est le fait que Théo, Zabini et Daphné se crient dessus sans se soucier qu'on puisse les entendre. Se sentant sûrement observée, Daphné tourne le regard vers elle et quand elle la remarque, s'empresse de venir la rejoindre, entre la table des Gryffondor et des Poufsouffle.
- Qu'est-ce qui se passe ? demande Hermione, soudain inquiète devant l'air clairement soucieux de son amie.
- Tu n'es pas au courant ?
- Au courant de quoi ?
- Drago a quitté Pansy hier. Elle est introuvable depuis.
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.
Alors, cette fin de chapitre pardonne-t-elle (un petit peu) mon retard ?
J'ai vraiment hâte d'avoir vos avis sur ce chapitre et vos pronostics sur la suite !
Encore désolée pour cette longue attente, je fais au mieux !
Cœurs sur vous et à très vite !
