Dans la lumière du couchant.
C'est un trou de verdure où coule une rivière… Elle avait appris ces vers à l'école et ils lui revenaient à l'esprit juste maintenant. Comme ce lieu la ramenait longtemps en arrière, c'était un lieu magique, plein de ses émotions de petite fille. C'était sa clairière !
Le lit du ruisseau avait changé avec les crues successives, la cascade entre les rochers demeurait mais la plage était maintenant plus large. Malgré la chaleur de juin, il faisait frais et elle appréciait cette climatisation naturelle. Elle avait enlevé ses chaussures et avait trempé ses pieds dans l'onde fraîche. Tant de souvenirs dans ce lieu. Les aulnes lui faisaient un parasol naturel, leurs racines courant sur les rochers et s'enfonçant au milieu de l'eau.
Contre toute attente, le lieu était resté sauvage, elle s'était griffé les jambes aux ronces qui envahissaient maintenant le chemin. Elle était seule, mais elle goûtait à cette solitude comme on savoure un grand vin. Elle était saoule de solitude.
Ici elle pouvait penser librement, faire le tri. Une sorte de bilan. Oui, elle avait suivi Shotaro jusqu'à Tokyo. Oui, c'était complètement débile de sa part, mais elle avait tant gagné ! Ses amis, ses collègues et puis Ren. Elle ne savait toujours pas par quel miracle le bachelor numéro un du Japon était tombé amoureux d'elle, mais elle s'y était habituée. Il l'aimait et lui en fournissait des preuves chaque jour. Et Chaque jour elle l'aimait un peu plus en retour.
La canopée des arbres résonnait du chant des oiseaux, ce chant spécial du crépuscule pour dire bonne nuit au soleil. Elle écoutait, ravie et heureuse. Que cet endroit était calme ! C'était son petit coin de nirvana à elle.
La nuit tombait et elle décida de rentrer. Elle ne voulait pas que les parents de Sho s'inquiètent pour elle. Ils avaient été si compréhensifs et si gentils, la traitant comme leur fille…. En écartant les ronces sur son chemin elle sentit à quel point ils lui avaient manqué.
« Mochi mochi, Kyoko Chan, comment allez-vous ? » S'enquit Yashiro, remontant ses lunettes d'une main gantée de latex. « Comme convenu, je vous appelle pour vous dire de réserver votre week-end du 10 au 12 Juin pour filmer des scènes du « lotus dans la fange » à Kyoto. Je vous réserve un billet dans le Shinkansen. Je vous envoie les informations par e-mail. »
Ren avait levé les oreilles, les yeux suivant les kanjis de son script, il écoutait attentivement son manager. Celui-ci en outre faisait tout pour attirer l'attention du jeune acteur, il aurait pu appeler Kyoko depuis son bureau mais il préférait être en présence de Ren les efforts pathétiques du jeune homme pour cacher son intérêt était trop risibles.
Kyoko devait répondre au bout du fil et Ren maudit Yashiro de ne pas avoir mis le haut-parleur. A croire qu'il le faisait exprès. Il tourna la page dans le mauvais sens et écouta avec attention.
« Bien sûr Kyoko Chan, vous pouvez dormir où bon vous plaira, je suis sûr que vos proches auront envie de vous voir. Je peux réserver une chambre pour vous dans le ryokan des Fuwa. »
Ren devint livide, rien que le nom de Fuwa le mettait hors de lui. Il avait beau se raisonner, Kyoko gardait une relation profonde avec le chanteur et il devait bien se l'avouer : il était jaloux ! Mais il aurait préféré qu'on lui arrache les yeux avec des tisons avant de l'avouer à son manager ou même à Kyoko. Seul le président, en spécialiste des sentiments, avait réussi à percer le secret du jeune homme et avait découvert ce sentiment de jalousie qui l'animait. Mais comme à ses yeux, il s'agissait d'une preuve de l'attachement profond que portait Ren à Kyoko, il ne l'avait pas trop ennuyé avec ça, au soulagement du jeune acteur.
« Au revoir, Kyoko Chan, bonne soirée. »
A peine le téléphone raccroché, Yashiro San ôta ses gants et les jeta sur Ren, qui n'essayait même plus de cacher son intérêt.
« Ne fais pas semblant de lire, tu tournes les pages à l'envers… »
« Je ne comprends pas ce que tu veux dire », se défendit Ren, « je ne parviens pas à mémoriser cette partie du texte, donc je reviens au début. »
« Tu n'as en général aucune difficulté à apprendre ton texte… je ne suis pas dupe », fit le manager avec un sourire sadique.
Ren soupira, tourna une page (dans le bon sens) et sourit. Il ne servait à rien d'argumenter contre son manager… Il avait raison, et puis il avait noté un fait important, Kyoko serait à Kyoto dans trois semaines… ce qui lui laissait le temps de faire des changements dans son emplois du temps.
Regardant le paysage défiler à 300 km/h, Kyoko avait l'impression de rembobiner sa vie. Elle était inquiète et impatiente de retrouver le ryokan où elle avait grandi. Les parents de Shotaro s'étaient montrés chaleureux au téléphone et ils l'attendaient avec impatience. Mais il allait falloir qu'elle leur raconte comment leur fils s'était servi d'elle comme d'une esclave pour aboutir à ses rêves. Elle n'était pas sûre que la mère du chanteur soit prête à admettre que son fils était un goujat. Quoi que…
Elle étendit ses jambes et remercia silencieusement Yashiro San qui lui avait pris une place en première classe. Grâce à ses rôles récents elle avait pu commencer à bien gagner sa vie, ce qui lui enlevait une grosse épine du pied quand elle avait à payer son lycée et ses cours d'art dramatique.
Elle avait même pu s'offrir cette crème en forme de cygne qu'elle aimait tant. Odette. Maintenant qu'elle en avait les moyens, elle était devenue plus coquette. Ou alors était ce pour plaire à son sempai ? Elle rougit à cette idée et décida de regarder le paysage. Peut-être, si le ciel était dégagé, elle pourrait voir le mont fuji.
Comme attendue, la vue du mont fuji était superbe mais ne dura qu'un instant, le bullet train allant beaucoup trop vite pour une contemplation zen.
Elle se mit à penser à Ren, il lui avait avoué ses sentiments il y avait environ cinq mois mais depuis il se montrait distant, quoi qu'attentif. Elle avait l'impression qu'il attendait et cela la mettait mal à l'aise. Elle le voyait souvent puisqu'ils partageaient le même manager, mais il était très prudent et cela l'exaspérait maintenant. Elle aurait voulu qu'il soit plus entreprenant mais n'osait pas le lui faire comprendre. Elle avait l'impression d'être une gamine à ses yeux… Mais elle avait grandi… Et ses sentiments avec elle. Elle rêvait qu'il l'embrasse comme dans un film… Après tout il était acteur !
En rêvant à leur premier baiser elle finit par s'endormir pour ne se réveiller qu'à Kyoto, et encore parce que c'était le terminus et qu'une passagère lui eut tapé sur l'épaule pour la réveiller.
En baillant elle descendit du train, sa valise à bout de bras, et se fraya un chemin jusqu'à la station de taxi.
« Tu veux prendre ton week-end ? C'est assez inattendu… Tu n'as pas pris de week-end depuis six ans ! » Yashiro aimait taquiner son protégé, surtout si cela avait un rapport avec Kyoko.
« J'ai besoin d'un break, s'il te plaît, Yashiro San. On peut vraiment déplacer cette interview à la semaine prochaine, je bosserai deux fois plus. » Ren savait qu'il demandait beaucoup à son manager, son planning était surchargé.
« Je suppose que si j'ai moi aussi le droit à un break je peux en effet déplacer cette interview. Ne t'inquiète pas et repose toi ! » Yashiro lui parlait comme une mère à son enfant, ce qui exaspéra le jeune homme.
« Je suis assez surpris », dit Ren, « je pensais que tu me demanderais ce que j'ai prévu pour ce week-end… »
« Je sais que tu vas à Kyoto, et que tu ne me diras rien de plus, méchant va ! »
Ren se mit à rire, Yashiro avait vu juste il partait pour Kyoto. Et effectivement il ne dirait rien de plus. Il sourit à son compagnon qui le connaissait si bien et lui envoya un baiser en sortant de son bureau de façon théâtrale.
« Merci Yashiro San. Je te ramène un souvenir ! A lundi. »
Une fois sorti du parking de l'agence, il prit la direction du sud, elle était partie en shingansen, elle arriverait avant lui… Pourvu que tout se passe comme prévu. Il se gara devant le palace du président et sourit à Ten San qui l'attendait sur le seuil.
« Saleté de trafic ! » Grogna Ren.
Il pestait seul dans l'habitacle de sa voiture, le trafic en cette fin de semaine était très dense et la vitesse était régulée pour fluidifier la circulation. Il n'arriverait pas à Kyoto avant la nuit.
Il avait pris une chambre dans un hôtel non loin du ryokan des Fuwa, où elle devait résider. Il voulait lui faire la surprise.
Depuis quelques mois il avait du mal à rester calme en sa présence, il ne rêvait que de l'embrasser… mais il devait rester sage pour ne pas l'effrayer. Elle s'enfuirait en courant si elle pouvait lire dans ses pensées. Il était beaucoup plus troublé par sa grâce qu'il ne le laissait paraître.
Il soupira en se demandant combien de temps il pourrait jouer la comédie du type cool, détaché et patient. Mais pour elle il était prêt à attendre jusqu'à la fin des mondes… Il fallait juste qu'il reste calme.
« Plus facile à dire qu'à faire », murmura-t-il pour lui-même. « Elle devient plus belle de jour en jour ! »
Résigné à rouler à 90 km/h sur cette autoroute saturée, il mit la radio et écouta les nouvelles. Rien de réjouissant, le monde partait en vrille, le présentateur n'annonçait que des mauvaises nouvelles… pourtant rien ne pouvait entacher sa bonne humeur, il allait voir Kyoko.
Il aurait dû se sentir fautif d'avoir regardé le planning de la jeune femme pour le week-end. Mais il était amoureux et se moquait du qu'en dira-t-on. Il avait même soupçonné Yashiro San d'avoir laissé traîner son agenda… l'opération « meet Kyoko in Kyoto » avait paru presque trop simple… demain elle avait sa soirée libre et il était sûr qu'elle irait dans leur clairière. C'était leur rendez-vous surprise !
Momiji fixait de ses yeux d'ambre le samouraï devant elle, s'il cherchait la bagarre il allait être servi. Personne n'avait le droit de se mettre sur le chemin de son maître ! Mais contre toute attente Shizuma lui ordonna de reculer et s'avança main sur la poignée de son katana.
Fébrile elle s'effaça pour lui laisser la place, il devait défendre l'honneur de sa fiancée.
« Risquer sa vie pour une idiote », pensa Momiji et la rancune se lit sur son visage. « Non je ne dois pas penser ça, je le servirai jusqu'à la mort même s'il en aime une autre. » Elle releva le menton et sourit.
Il allait vaincre, il n'y avait pas d'autre issue possible. Il allait vaincre et épouser Chidori… jamais elle n'oserait lui avouer ses sentiments. Mais elle lui serait fidèle jusqu'à la mort. Un sentiment de sérénité l'envahit et son sourire s'élargit. Pauvre ronin, il était bien stupide d'avoir défié son maître !
« Coupez, parfait Kyoko Chan ! Elle est bonne et c'est tout pour aujourd'hui ! Merci à tous pour votre travail. », cria le directeur.
Kyoko s'inclina vers le directeur puis vers Koga San. Ce dernier lui fit une grimace.
« Pas besoin d'être si formelle Mogami San, vous venez boire un verre avec nous ? On va au bar de l'hôtel. »
« Je suis désolée, Hiromune San, je ne suis pas logée dans cet hôtel, je suis de Kyoto et je loge chez des parents. J'aimerais profiter un peu d'eux donc je vous prie de m'excusez pour ce soir. »
« Je te dis de ne pas être si formelle, appelle moi Koga ! Tant pis, passe un bon moment avec ta famille, nous on va goûter au sake de Kyoto ! A demain. »
Kyoko s'inclina encore et Koga leva les yeux au ciel. Puis elle se dirigea vers sa loge pour se changer. Elle devait rejoindre les Fuwa pour le repas avant le service des invités… elle avait juste le temps de sauter dans le métro et de rentrer au ryokan pour se changer en Yukata.
Contre toute attente, les parents de Shotaro l'avaient accueillie comme l'enfant prodigue. Ils avaient été très surpris d'apprendre qu'elle était devenue actrice, mais la mère de Sho étant une grande fan de dark moon, elle avait vite convaincu son époux que Kyoko était une actrice douée. Le père de Shotaro s'était radouci quand elle lui avait dit qu'elle avait repris le lycée… pour lui rien ne valait une éducation solide.
Elle ne donna pas les détails négatifs de la vie de leur fils à Tokyo, mais elle leur donna des nouvelles. Ils n'avaient toujours pas pardonné sa fugue à leur fils, pourtant ils étaient ses plus grands fans. Kyoko pensa que si Sho venait rendre visite à ses parents, ils se réconcilieraient et se promit de faire la leçon à son ami d'enfance.
Kyoko avait la soirée libre et tandis que les Fuwa, le repas fini, étaient partis accueillir leurs clients, elle décida de finir cette belle journée de printemps dans sa clairière.
Elle eut du mal à retrouver le chemin et des ronces griffèrent ses jambes. Elle avait relevé son yukata pour ne pas l'abîmer et marchait précautionneusement à travers les arbres. Enfin elle déboucha sur sa clairière et la magie opéra…
Ce lieu était chargé de souvenirs et de magie, c'était le royaume des fées et des kamis. Il était environ 19h et la lumière était déjà adoucie, le soleil s'inclinant lentement à l'ouest. Les derniers rayons du soleil jouaient dans l'air chargé de pollen, faisant scintiller la clairière de mille feux.
C'est un coin de verdure, où chante une rivière…
Comme un vers presque oublié, comme un havre de paix, sa clairière aux fées lui faisait l'effet d'un calmant. Elle était bien, elle trempa ses pieds dans le ruisseau, profitant de la fraîcheur du crépuscule, puis elle se décida à rentrer.
Elle avait retroussé son yukata quand quelque chose bougea dans le bois. Inquiète, elle recula quand elle le vit émergeant de la verdure, beau comme un prince. Il lui sourit et la salua
« Bonsoir Kyoko Chan, comment vas-tu ? »
Sans voix, elle s'élança pour se jeter dans ses bras.
« Corn ? C'est toi ? C'est vraiment toi ? »
Il avait un plan simple : lui dire qui il était. Grâce à Ten san, la maquilleuse du président, il avait retrouvé ses cheveux blonds et ses yeux verts. Néanmoins quand il la vit, ses bonnes résolutions flanchèrent… elle croyait toujours qu'il était une fée, elle allait être déçue. Et il ne voulait pas la décevoir.
Elle l'avait serré très fort dans ses bras, jamais elle n'aurait osé cela avec Ren, pensa-t-il amèrement. Cela devenait maladif chez lui, il était jaloux de lui-même maintenant… déjà elle le tirait par la main vers le ruisseau.
« Viens voir, la plage est plus grande… Alors tu peux voler maintenant ? Comment as-tu disparu à Guam ? »
Elle était clairement ravie et Ren hésita, mais il devait lui dire. Il sourit et serra sa petite main dans la sienne.
« J'ai beaucoup de choses à te dire Kyoko Chan, tu risques d'être déçue. »
Mais, nageant dans un monde imaginaire, plein de fées, Kyoko le coupa.
« Corn, je dois te dire quelque chose, je… Enfin tu vois j'ai… bref je suis amoureuse. »
Ren remercia le ciel d'être déjà si sombre, sinon elle aurait facilement pu lire le choc sur son visage. Elle venait de lui avouer ses sentiments, elle ne l'aurait jamais admis à personne d'autre, sauf peut-être à Kanae et encore. De nouveau il sentit ce sentiment horrible de la jalousie.
« Je suis jaloux », dit-il avec une moue triste. « Kyoko Chan aime son sempai, et moi alors ? »
Kyoko le regarda et ne dit rien. Ses sentiments pour ce jeune prince étaient proches de ceux qu'elle éprouvait pour Ren, ils se ressemblaient tellement. A bien se l'avouer elle était troublée.
« Oui j'aime mon sempai, et lui aussi m'aime », chantonna-t-elle, « Ren san est si doué et gentil. Et il est intelligent et drôle et attentionné. Et… »
Elle avait épuisé sa liste de qualité et repris d'une petite voix.
« Mais tu sais il me prend pour une gamine. Cela fait cinq mois que nous nous sommes avoué nos sentiments et il ne m'a jamais embrassée ! C'est frustrant. Je sais qu'il a une part d'ombre en lui, peut être que cela l'inhibe… qu'en penses -tu Corn ? »
Ren était sans voix, alors elle le trouvait trop réservé et elle voulait qu'il l'embrasse ! Il dut se raisonner pour ne pas l'embrasse là, en étant Corn, il fallait vraiment qu'il lui avoue tout.
« Kyoko Chan, je dois vraiment te parler, ça a un lien avec Ren San, voilà, je… »
Tri tri tri tri, la sonnerie du portable retentit dans le calme de la forêt. Elle reconnut la musique sur-le-champ, c'était la sonnerie que Ren avait paramétrée pour le président. Elle ne comprenait plus rien, le bruit venait de la poche de Corn.
Ren était pétrifié, comment avait-il pu oublier d'éteindre son téléphone ?! Il jura intérieurement et la mine grave regarda sa kouhei, elle connaissait cette sonnerie, ils avaient ri en la paramétrant ensemble (c'était le générique de la croisière s'amuse, « love boat », un soap opéra des années 70-80). Il n'avait plus qu'à se lancer maintenant, plus question de lui mentir.
La sonnerie se tut et les oiseaux prirent le relais, ils n'osaient pas se regarder, encore moins se parler. Ren sortit son portable et l'éteignit. Il ne voulait plus être dérangé.
« Kyoko, commença-t-il d'une voix douce, je ne suis pas une fée, c'est la chose importante que je voulais te dire. Je suis un être humain, tout ce qu'il y a de plus classique. »
Devant son silence, il s'assit sur un tronc d'arbre et se prit la tête dans les mains, comme elle paraissait médusée il enchaîna.
« Je suis Ren, mais voici ma vraie apparence, mon vrai nom n'est pas Corn mais Kuon. Kuon Hizuri. Et je suis loin d'être le type parfait que tu m'as décrit tout à l'heure… Kyoko je suis vraiment désolé. »
Il se releva et s'approcha d'elle, elle recula et il n'insista pas. Il comprenait qu'elle risquait de le détester maintenant. Elle le regardait sérieusement de ses grands yeux d'ambre et il perdait toute confiance en lui.
« Kyoko Chan », murmura t'il, « ma petite Kyoko… je t'aime tant. S'il te plaît, dis quelque chose. »
Il se tut et resta là, debout dans la pénombre à la contempler. La lune n'était pas encore levée et il n'arrivait pas à lire son visage.
Kyoko réfléchissait à toute allure, que fallait-il penser de cet aveu, tout s'embrouillait dans sa tête. Une seule chose demeurait certaine, qui qu'il soit, elle aimait cet homme. Elle le regarda attentivement, la nuit était venue mais elle distinguait de la peur sur son beau visage. Alors son instinct pris le dessus, elle lui sauta au coup et l'embrassa fougueusement.
Ren, surpris par la réaction de la jeune fille resta figé sur place. Les lèvres de Kyoko étaient tièdes sur les siennes, timidement elles embrassaient les siennes. Elle avait passé ses bras autour de son cou et l'attirait à elle.
Alors doucement, il l'encercla de ses bras et répondit à son baiser. Leurs lèvres s'effleuraient, comme des caresses délicates d'un papillon se posant sur une fleur. Il se pencha pour avoir un meilleur accès à sa bouche et mordilla sa lèvre inférieure. Il la sentit frissonner de plaisir et la serra plus fort dans ses bras. Elle jouait avec ses cheveux, enroulant ses doigts dans les boucles de sa nuque, il soupira d'aise.
Timidement elle l'imita et approfondit le baiser. A son tour elle lui mordilla la lèvre. Il sourit, elle apprenait vite. Ses lèvres brulaient les siennes comme une liqueur. Avant d'être ivre, il se détacha d'elle et plaça ses grandes mains de chaque côté de son visage. Elle avait fermé les yeux, et était adorable, ses lèvres gonflées et entrouvertes seraient sa perte et ses joues rose de plaisir la rendait irrésistible. Elle aussi semblait ivre, elle paraissait instable sur ses jambes.
Elle pencha sa tête sur le côté, se blottissant dans sa main. Il lui baisa le front, cette fille était sa muse, sa reine, sa déesse. Plein de respect il lui glissa à l'oreille, d'une voix grave :
« Je t'aime Kyoko chan. »
Elle sourit mais n'ouvrit pas les yeux, il la serra contre lui. Elle sentait bon, un mélange de fleurs et de vins précieux. Il l'embrassa dans le cou. Elle frissonna de nouveau et encercla sa taille. Chancelante, elle posa sa tête sur son torse et il posa la sienne sur ses cheveux. Ils restèrent là, enlacés pendant une éternité. Le monde s'était arrêté de tourner, le temps n'avait plus d'importance. Ils étaient dans le monde magique des fées, enivrés l'un de l'autre.
Il faisait nuit noire quand Ren raccompagna Kyoko au ryokan des Fuwa. Il serait bien resté plus longtemps dans leur clairière magique, mais elle ne voulait pas inquiéter le couple qui l'hébergeait.
Ils étaient rentrés à la lueur de leur portable, riant en se dégageant des broussailles. Ils ne furent pas mécontents de regagner la civilisation et ils remirent de l'ordre dans leurs vêtements, sous la lumière blafarde d'un réverbère.
Ren était inquiet, le fait qu'elle l'ai embrassé ne prouvait pas qu'elle lui avait pardonné. Il se racla la gorge et murmura.
« Dis, Kyoko Chan, tu ne m'en veux pas trop… J'ai tant de choses à te dire… »
« Je ne sais pas », dit franchement la jeune fille, « il faut que je fasse le point à tête reposée. Mais je t'aime, qui que tu sois et quoi que tu ais fait. »
Ren fut ému par tant de détermination. Il la serra dans ses bras et la sentit frissonner.
« Tu as froid, rentres vite. Nous reparlerons à Tokyo. Bonne nuit Kyoko Chan. »
Elle le regarda et lui sourit, puis à son grand étonnement elle l'embrassa encore et s'éloigna. Il la retint par la main en lui souriant, reluctant à la voir partir.
« N'oublie pas, tu me dois une explication. Bonne nuit. » Lança-t-elle.
« Je t'expliquerai tout », lui répondit-il tranquillement. « Je ne veux plus avoir de secret pour toi. »
Et sur un dernier baiser il la laissa s'envoler vers le ryokan. Il regagna son hôtel en marchant lentement dans la nuit. Il faisait frais et l'air était saturé de parfum. Il se sentait un peu ivre, elle l'aimait et elle l'acceptait comme il était. Il rit dans la nuit et leva les yeux au ciel. Les étoiles brillaient dans le ciel sans lune et sans nuages. Une de ces étoiles veillait sur lui. Il murmura.
"Merci Rick"
