Partie 1/2

Let her go - passenger

Staring at the bottom of your glass

Hoping one day you'll make a dream last

But dreams come slow, and they go so fast

You see her when you close your eyes

Maybe one day, you'll understand why

Everything you touch surely dies

"Salut à tous bande de flemmards! On est le lundi 13 mai 2025, il est l'heure de se tirer du lit!"

Une musique retentit dans la pièce sans que personne ne daigne l'éteindre. L'ancienne caserne de pompier transformée en loft était vide. Ordonnée comme si personne n'y vivait, il n'y avait pas d'âme, plus d'âme. Comme figé dans le temps, l'appartement ne dégageait rien, pas de joie, pas de tristesse.

C'est à l'autre bout de la ville que Clarke écoutait religieusement dans son stéthoscope tout en bougeant l'emplificateur de part et d'autre du dos d'un de ses jeunes patient. Elle sourit et retira les embouts de ses oreilles tandis que le garçon reprenait place confortablement sur le lit. Âgé de moins de dix ans, le garçon semblait faible, ses yeux entourés de rouge, sa peau grisâtre, ses lèvres blanches traduisaient son mal-être. Il était pourtant courageux et se laissait faire lors de ses nombreux examens. Clarke nota quelque lignes sur sa tablette et regarda le garçon.

- Tes examens sont excellents Peter. Dit elle avant de regarder les parents du petit. C'est encourageant, son taux de potassium à diminué. On est dans une bonne période.

- Tu entends ça chéri? C'est génial. Répondit la mère.

Tandis que Clarke rangeait son matériel, le père s'approcha discrètement d'elle. Doucement, il murmura.

- On a des nouvelles pour la greffe?

Clarke le regarda un instant et soupira intérieurement.

- Pour le moment, l'état de Peter s'améliore, il n'est pas prioritaire.

L'homme tenta de garder ses nerfs mais Clarke remarqua l'éclat de colère dans ses yeux. Elle s'approcha de lui et posa une main réconfortante sur son bras.

- Je sais que c'est difficile à entendre. Et si je pouvais faire quoique ce soit, vous savez que je n'hésiterais pas mais je n'ai pas de solution pour le moment.

- Alors on le laisse dans cet état? Il n'est pas à l'article de la mort donc tout va bien! Des dialyses à répétition, des examens, la faiblesse, les insomnies ce n'est pas grand chose au final! N'est-ce pas docteur ?

- Vous savez que ce n'est pas ce que je pense. Tenta de calmer Clarke. Je m'occupe de Peter depuis assez longtemps pour que vous le sachiez, mais la liste d'attente ne dépend pas de nous.

Le père s'assit sur l'un des siège et plongea sa tête dans ses mains sous le regard déçu et peut être culpabilisé de son fils. Clarke le remarqua et s'approcha à nouveau de l'homme.

- On va trouver une solution, je vous le promets. Je rediscuterai avec le docteur Jackson du cas de Peter, peut être qu'il trouvera un traitement auquel on n'avait pas encore pensé.

Pas de réponse mais un hochement de tête. Clarke regarda une dernière fois son patient et lui sourit doucement. Il ne devait pas s'en vouloir d'être dans cet état. Elle savait qu'il pensait rendre ses parents malheureux, les voir ainsi démunis devait être horrible. Mais Peter n'avait pas décidé de tomber malade, il n'avait pas choisit de vivre depuis plus de 8 mois dans un lit d'hôpital. Lui faire ressentir cette impuissance était atroce.

Après un bref au revoir, la jeune médecin quitta la chambre. Elle souffla une nouvelle fois en espérant contrôler son émotion. Travailler en pédiatrie avait toujours été son rêve, et maintenant qu'elle avait atteint le moment de choisir sa spécialité elle en est était d'autant plus sûre, malgré la douleur et la complexité de ce service, elle avait trouvé sa voie.

Comme un automatisme, elle traversa le couloir et rejoignit le bureau au centre du service. Quelques collègues s'y trouvaient, les yeux rivés sur un ordinateur. Leurs conversations semblaient enjouées, sans pression. Alors qu'elle déposait sa tablette sur l'un des chargeur, elle croisa la mine résignée d'un infirmier. Malgré sa grande barbe et son air sévère, il ne l'impressionnait pas et quoiqu'il lui dise, elle était prête à utiliser encore une fois les mêmes arguments.

- Tu ne devrais pas être en congé aujourd'hui ? Dit-il simplement.

- J'avais encore quelques patients. Et je ne savais pas que tu connaissais les emplois du temps de tout le monde ici Nico!

- Simplement ceux des gens qui ne rentre jamais chez-eux.

Il marquait un point. Clarke ne voyait que rarement les quatre murs de son appartement. Depuis plus de deux ans, elle vivait presque à l'hôpital. Évidemment, on la forçait de temps à autre à s'en aller mais elle esquivait de mieux en mieux ces obligations. Dormir, se doucher, réviser? Elle pouvait le faire ici. Rien ne la poussait à pénétrer dans le loft, elle se plaisait bien mieux ici, où son esprit pouvait s'occuper.

- Tu as vu Jackson? Demanda-t-elle

- Il est dans le bureau du chef, ils avaient un rendez-vous avec les avocats. Mais si tu veux mon avis, tu ferais mieux de déguerpir avant qu'il ne te voit.

- Il ne me dira rien, il est bien trop content de savoir qu'il peut compter sur moi quand il est occupé.

- Avec son procès il est surveillé, si la direction apprend que sa meilleure résidente à plus de 72 heures de garde dans les pattes ça ne va pas arranger son cas.

- J'ai dormi et pris des pauses. Théoriquement je n'ai pas 72 heures de...

Elle n'arriva pas à terminer sa phrase. Ses yeux étaient fixés en direction du bureau du directeur. Comme paralysée, elle n'était plus capable de faire quoique ce soit. Simplement de regarder la scène qui se déroulait devant elle. Lui tournant le dos, un fantôme dont elle aurait reconnu les courbes parmi des centaines. Elle n'avait pas besoin que la femme se retourne pour découvrir son visage. Ce spectre du passé, elle l'avait observé si souvent. Une seule partie se son corps suffisait pour qu'elle l'identifie. Lexa avait été son monde, et ne pouvait être oubliée en deux petites années.

Comme si Clarke avait eu besoin d'une dernière certitude, la brune se tourna. Maintenant de profil, la confirmation ne pouvait plus être ignorée. Lexa n'avait pas changé. Mûri? Certainement. Mais son physique restait le même qu'avant son départ. De long cheveux brun aux mèches plus claires qu'elle laissait onduler légèrement, un menton bien dresser pour montrer son sérieux, un maquillage fin, un style vestimentaire strict, comme un voile sur son visage qui marquait une certaine distance. Les années ne l'avaient pas changée, Clarke se sentait perdre pieds. Bien qu'elle ait imaginé ce moment de nombreuse fois, elle ne s'y était jamais réellement préparée. Voir la femme qui avait chamboulé sa vie, celle avec qui elle avait tout partagé durant six ans avant que leur histoire ne prenne fin subitement un soir de mars 2023, cela ne pouvait s'anticiper.

La blonde ne bougeait toujours pas, incapable de détourner les yeux. Elle regardait Lexa tenir entre ses mains des dossiers devant peser une tonne tandis que deux hommes en costards saluaient à leur tour le Docteur Jackson et le directeur de l'hôpital. Lexa ne jeta pas un regard dans la direction de Clarke. Ignorant qu'elle se trouvait à quelques mètres, l'avocate prit la direction des ascenseurs tout en parlant à ses collègues.

Le cœur de la médecin s'était tellement serré que sa poitrine en devenait douloureuse. Elle fermait son poing jusqu'à sentir ses ongles s'enfoncer dans sa paume. La douleur la ramena à la réalité. Si le Docteur Jackson ne s'approchait pas d'elle à cet instant, elle aurait peut être pensé à une hallucination.

- Docteur Griffin. Salua l'homme d'une trentaine d'année bien entamée. Je croyais vous avoir dit de rentrer chez-vous.

- J'avais encore quelques petites choses a faire.

- J'ai déjà un procès sur les bras dans ce service Clarke. Je n'ai pas envie que mon meilleur élément fasse une erreur médicale parce qu'elle n'aurait pas eu assez de repos.

- Les parents de Grace vont aller jusqu'au bout alors?

Elle avait demandé cela dans le but de changer de sujet. Bien évidemment elle connaissait déjà la réponse, tout le service savait que les parents de la petite fille de cinq ans, décédée quelques semaines plus tôt, déchargeaient leur peine sur l'hôpital.

- Les avocats aimeraient leur proposer une somme énorme pour éviter le procès.

A sa voix, Clarke comprenait sa retenue, son supérieur continua.

- Ils ne comprennent pas que proposer cela serait indécent. Ces parents cherchent à faire leur deuil, ils cherchent des responsables. Proposer de l'argent en échange de leur colère serait admettre qu'une erreur à été commise.

- Vous n'avez commis aucune erreur.

- Je le sais, mais ils veulent un coupable.

- L'hôpital a pris une décision?

- Pas encore. La jeune avocate du cabinet avait l'air de prendre mon parti. Du moins, elle était la seule à prendre en compte mon avis. Peut être qu'elle arrivera à convaincre ses collaborateurs. Il suffirait qu'ils comprennent l'image que cela renvoi.

Clarke reconnaissait bien le tempérament de Lexa. La brune réfléchissait, elle ne voyait pas que ses manuel de cours et les idées reçues. Elle voyait l'humain, elle cherchait à comprendre, à analyser toutes les situations avant de prendre une décision. Certes, payer une sommes pour éviter un procès et une vague médiatique était une solution facile mais les préjudices seraient eux aussi énormes. L'image de l'hôpital, la réputation des médecins étaient en première ligne.

- Vous seriez prêt à aller au procès ? Demanda Clarke

- Je n'ai rien à me reprocher ou à reprocher à mon équipe. Alors oui je suis prêt à témoigner, si on me donne la possibilité d'expliquer à ces gens les raisons de la mort de leur filles et bien je le ferais sans hésitation.

Il baissa les yeux sur une tablette afin de regarder les analyses de ses patients. Il marquait ainsi la fin de cette conversation. Clarke le regardait encore, ses idées oscillant entre ses souvenirs, ses craintes et ses questions. Tout tournait autour de Lexa. Son ex-compagne, celle avec qui elle avait imaginé finir ses jours la hantait à nouveau. Elle avait mis tout cela de côté depuis plusieurs mois, après une période difficile, elle avait décidé de se plonger dans le travail. Il était plus simple de se rendre utile plutôt que de ressasser les souvenirs du passé.

Clarke finit par capituler. Elle rentra chez elle et sentit enfin la fatigue s'emparer d'elle. A l'hôpital, elle agissait en machine de guerre, toujours focalisée sur son travail, mais dès lors qu'elle quittait l'enceinte du bâtiment son état se transformait. Elle sentait ses muscles se contracter, ses jambes se ramollir, la fatigue prenait le dessus. Il lui fallut une bonne vingtaine de minutes de marche et de métro pour rejoindre son appartement. L'après midi était bien entamée maintenant, elle croisa quelque adolescents qui profitait que leur cours soient terminés pour faire du shopping, elle passa un parc bondé de parents avec leur enfants criant à pleine voix, au détour d'une ruelle, elle aperçu un couplé âgé assis sur un banc, mains dans la mains, ils regardaient la rivière paisible.

La ville vivait, chacun passait son chemin sans lui prêter attention. Mais Clarke restait attentive à chaque détail. Tout était bon pour occuper son cerveau.

Elle arriva enfin au loft. Comme figé dans le temps, il donnait un aspect grisâtre. La blonde sentit son cœur se serrer un peu plus dans sa poitrine. Un soupire avant de fermer la porte. Ici, tout lui rappelait cette portion de sa vie.

Le salon lui envoyait les images de ces longues soirées passées dans les bras de Lexa en regardant un film, la cuisine la faisait sourire en repensant à toutes ces fois où elle avait tenté de cuisiner des repas avant de capituler. Elle arrivait presque à entendre le rire de la brune lorsqu'elle découvrait le massacre.

- Laisse-moi faire amour.

Lui disait-elle à chaque fois en lui massant les épaules. Puis, elle la faisait s'asseoir sur un tabouret de bar, lui servait un verre de gamay, allumait la platine vinyle et reprenait les rênes de la préparation après avoir rangé et nettoyé le chantier de sa compagne. C'était de doux souvenirs, un aspect calme et si aimant de leur relation.

Chaque mur baignait dans cet amour. Leurs baiser imprégnaient le lofts. Elles avaient été heureuse ici avant que tout ne s'écroule.

Leur travail prenant et le manque de temps ensemble les avait éloigné petit à petit. Au bout d'une petite année, elles ne se voyaient presque plus. Le temps partagé ensemble leur était compté. Elles avaient poussé cela sous le tapis, faisant comme si tout était normal. Au final, elles s'aimaient comme au premier jour et une fois que leur formations seraient terminées, elles pourraient profiter à nouveau de leur couple.

Mais ce jour n'arriva jamais. Clarke ferma les yeux un instant en repensant à son anniversaire. Ce fameux 27 mars 2023. La nuit où elle avait compris que leur conte de fée était terminé.

Elle entendait ses cris, ceux de Lexa. Les mots blessant échangés. Sa colère en apprenant que Lexa lui avait caché cette proposition de poste à Londres. L'égoïsme des deux parties et pour fini, ses mots hurlés alors que Lexa s'en allait.

- On aurait mieux fait de ne jamais se rencontrer.

Comment avait-elle pu dire cela alors que ses meilleurs souvenirs étaient avec Lexa? Comment avait elle pu souhaiter une telle chose? Lexa n'était pas revenue de la nuit. Il avait fallut deux jours avant que la brune ne la recontacte. Elle voulait lui parler, s'expliquer calmement. Mais Clarke lui en voulait bien trop. Elle avait espéré que sa compagne réapparaisse avant, qu'elle lui fasse une longue déclaration en lui disant que ce poste à Londres ne comptait pas autant que leur histoire et qu'elle était prête à tout abandonner pour leur amour.

Mais une telle chose n'arrive que dans les films. Clarke l'avait reçue dans leur appartement. Froide et renfermée, elle avait mis une distance considérable avec la brune qui s'était assise dans le canapé. Un long silence se posait sur elles, avant que Lexa ne le brise sans pour autant croiser son regard.

- Je ne veux pas te perdre.

- Pourtant tu es partie et ça fait deux jours que je n'ai pas de nouvelle.

Sa voix était froide, acerbe.

- Tu n'as pas essayé de me joindre non plus.

- Donc on va se renvoyer la balle? Je te dis quelque chose, tu me reproches la même chose et ainsi de suite?

Elle vit Lexa se tendre mais l'avocate ne commenta pas. Clarke continua.

- Tu n'avais pas le droit de me cacher ça.

- Je ne savais pas comment t'en parler et je ne voulais pas le faire par téléphone. On ne s'est presque pas vu ces dernières semaines, quand est-ce que tu voulais que je te le dise?

- Tu as eu le temps d'en parler à Costia visiblement.

- C'est donc ça? Le vrai problème c'est que Costia ait été au courant avant toi.

- Je...

- Je n'en ai pas parlé à Costia. Continua Lexa. Anya l'a fait. Et si elle était au courant c'est parce qu'elle est ma supérieur. C'est elle qui me l'a annoncé. Tu es la seule à qui je voulais en parler.

- Oh, donc tu vas me dire que Lincoln l'ignorait ?

Lexa souffla.

- J'ai vu Lincoln avant la soirée, il a remarqué que j'étais sur les nerfs, il a gratté encore et encore jusqu'à ce que je cède. Il m'a conseillé de ne plus attendre pour te le dire. J'étais sensée te l'annoncer une fois que tout le monde serait parti.

- C'était réussi.

- Clarke s'il te plaît.

- Quoi?

- Tu sais que le problème n'est pas là. Tu n'es pas en colère parce que j'ai attendu avant de te le dire, ni parce qu'Anya et Lincoln étaient au courant. Tu m'en veux car tu sais à quel point j'ai envie d'accepter cette proposition.

Clarke accusait le coup. Au fond d'elle, elle espérait encore que la brune fasse marche arrière, qu'elle lui fasse cette grande déclaration qu'elle avait imaginé depuis deux jours. Mais il n'en était rien. Lexa confirmait son envie.

- Je t'en veux car tu es prête à bousiller six ans d'histoire.

- Je ne bousille rien Clarke. Je ne veux pas qu'on se sépare.

- Et je ne quitterai pas Portland.

C'était un point final, il n'y avait pas de discussion possible. Clarke ne changerait pas d'avis quoique Lexa puisse dire. Il fallut quelque secondes à l'avocate pour réfléchir et accuser le coup. Ces mots étaient durs à entendre. Savoir que la blonde souhaitait qu'elle abandonne son rêve sans émettre l'hypothèse d'abandonner le sien.

- On n'a pas besoin de se séparer Clarke. Je peux partir et...

- Ça ne fonctionnera pas. Tu ne pars pas à Seattle ou New York Lexa! Tu traverses un océan! Si tu n'as pas pu faire marcher ta relation avec Costia alors que vous étiez encore dans le même pays, tu penses bien qu'en étant sur deux continents tu ne nous laisses aucune chance.

- Tu veux bien arrêter avec elle? Bon sang Clarke! Je l'ai quitté pour être avec toi, j'ai su dès le premier soir où je t'ai vu que tu étais la bonne. Je te l'ai prouvé encore et encore mais jamais tu n'as réussi à me croire! Ce qu'on vit toi et moi ça n'a rien à voir avec Costia, c'est un amour d'adolescents, nous c'est réel!

- Si tu veux tant que ça partir c'est que ce que tu as ici, ce que je peux t'offrir ne te convient pas.

- Tu es tellement bornée Clarke. J'arrive pas à le croire.

La blonde ne répondit pas. Elle restait de marbre, stoïque face à cette conversation. Elle tentait de ne pas voir la mine défaite de Lexa, ou les larmes dans ses yeux. Elle fixait la grande fenêtre du salon et regardait le brouillard qui cachait la ville.

Lexa se releva du canapé et s'approcha de sa compagne doucement. D'une main elle attrapa sa joue forçant Clarke à la regarder.

- Je ne veux pas te perdre. Dit-elle une nouvelle fois. Mais j'ai besoin d'accepter ce job.

- Alors tu as pris ta décision.

- Ne me laisse pas partir sans me laisser l'espoir de te retrouver à mon retour. S'il te plaît Clarke, ne balance pas notre histoire à la poubelle.

- Tu n'as pas besoin de moi pour tout gâcher. Ce choix, c'est toi qui l'as fait.

Clarke se recula, perdant ainsi le contact de la main de Lexa sur sa joue. Elle la fixa une dernière fois avant de tourner les talons. Un pieds sur une marche qui menait à la chambre en mezzanine, elle prit une dernière fois la parole.

- Tu m'enverras un message pour me dire quand tu viendras chercher tes affaires. Je ferai en sorte de ne pas être là.

Depuis, elles n'avaient plus reparlé. Clarke n'avait plus jamais entendu la voix douce de Lexa, elle ne s'était plus perdue dans ses yeux verts. Plus aucun contact.

Lexa était passée trois fois à l'appartement avec Lincoln pour récupérer ses affaires. Elle vivait chez son meilleur ami le temps de partir pour Londres. Elle avait essayé d'appeler Clarke mais chaque essai restait sans réponse. Elle s'était donc pliée aux règles dictées par celle qu'elle aimait. De simple SMS pour la prévenir de sa venue au loft. Lorsqu'elle s'y rendait, elle hésitait à attendre, mais Lincoln lui avait conseillé de laisser un peu d'espace à Clarke pour qu'elle se calme.

Il fallut deux mois de plus pour qu'elle tente une nouvelle fois de la voir. Un appel, puis deux, puis dix, tous sans réponse. Elle était passée à l'hôpital mais la nervosité l'avait emporté. Clarke était capable de lui faire une scène sans avoir peur de se donner en spectacle devant ses collègues. Venir la coincer sur son lieu de travail l'aurait mise hors d'elle, cela ne faisait aucun doute.

Alors, Lexa lui avait envoyé un ultime message.

"Mon vol est à 10h30, s'il te plaît vient à l'aéroport, je t'attendrai avant le passage de sécurité. Dis-moi qu'il y a encore un espoir"

Cette supplication resta sans réponse et Lex s'en était allée le cœur lourd.

Clarke revivait chaque mot, chaque instant et remarqua que plusieurs larmes humidifiaient ses joues. Sa peur, son entêtement l'avait privée d'au revoir. Elle était toujours persuadée que leur histoire courait à sa perte en vivant à des milliers de kilomètre l'une de l'autre, mais leur amour aurait mérité un point final. Peut être qu'ainsi, elle aurait réussi à tourner la page.

Car en somme, le nerf du problème était là. Jamais elle n'était passée à autre chose. En deux ans, elle s'était recroquevillée sur elle-même. Elle ne voyait que très peu ses amis, ne sortait plus et se raccrochait à son travail. Raven et Octavia prenaient de moins en moins de nouvelles, peut êtres étaient elles lassées par son comportement.

C'est alors que Clarke ressenti une vague de colère la percuter. Lexa était revenue sans la prévenir, sans même lui donner un seul indice. Mais elle n'avait pas pu garder cela secret pour tout le monde. Les autres, leur amis, devaient forcément le savoir. Comment avaient-ils pu la berner ainsi? Comment Raven, alors qu'elle l'avait vue la veille avait-elle pu lui cacher ce retour. Comme Octavia...

Octavia. Pensa Clarke en se redressant. La brune était certainement la pire de tous. Que Raven ne soit pas au courant, peut être. Le bénéfice du doute pouvait lui être accordé. Bien que cela semble impossible. Mais Octavia partageait sa vie avec Lincoln et si une personne était resté en contact avec Lexa, il s'agissait bien du jeune homme. Ils étaient comme frère et sœur et un retour ici ne pouvait se préparer en quelques jours. Lexa avait du avoir de l'aide pour trouver un appartement, une place dans un cabinet, rien qu'un chauffeur pour venir la chercher à l'aéroport.

Son sang ne fit qu'un tour. La blonde saisit la poignée de la porte d'entrée et sortit en furie. Elle méritait des explications.


Lorsqu'elle arriva devant l'immeuble du couple, le soleil se couchait mais elle n'y prêta pas attention. Sa colère était si forte que plus rien ne comptait. Elle monta dans l'ascenseur et appuya sur le bouton du sixième étage tandis qu'une mère et sa poussette pénétrait également dans la cabine en souriant poliment. Clarke soupira, elle n'aimait attendre et elle cru perdre pieds lorsqu'un homme leur demanda de retenir la porte alors que cette dernière se fermait enfin.

- C'était moins une! dit il en plaisantant.

Clarke ne répondit pas, elle s'agaçait à l'entendre blablater face à la poussette tentant en vain de faire rire le bébé. Cela paraissait si idiot. Enfin, les portes s'ouvrirent et Clarke pu sortir de l'ascenseur. Pas un mot en signe d'au revoir, les deux personne n'aperçurent que son dos tandis qu'elle marchait le long du couloir. Elle s'arrêta devant la porte 628 et frappa frénétiquement contre le bois. Il fallut moins d'une minutes pour que la porte s'ouvre et qu'une Octavia confuse se retrouve face à Clarke. Visiblement mal à l'aise, la brune sortit de son appartement et poussa la porte afin que personne ne puisse jeter un œil à l'intérieur.

- Clarke! Je m'attendais pas à te voir.

- Depuis quand?

Elle voulait contenir sa colère mais sa voix la trahissait. Oscillant entre tristesse et énervement, elle avait du mal a retenir ses larmes.

- Je ne ...

- Ne joue pas à ça O. Depuis combien de temps?

Sa meilleure amie se décomposait sur place, si elle avait pu se fondre dans le sol, elle l'aurait certainement fait.

- Ne m'oblige pas à le répéter une troisième fois.

- Ça fait deux semaines. Souffla-t-elle. Elle habite ici le temps de trouver un appart.

- J'y crois pas... tu m'as menti pendant tout ce temps?

- Elle nous a demandé de ne rien te dire. Elle ne voulait pas que tu t'interpose. Elle savait que tu nous en voudrais si tu apprenais qu'on l'hébergeait.

- Lexa Wood la reine des non-dit. Je pensais qu'elle aurait appris de ses erreur.

- Écoute Clarke.

- Non. Je n'ai rien besoin de savoir de plus.

Elle commença à partir mais Octavia la devança et la retenu.

- Vous devriez discuter. Il y a beaucoup de chose qu'elle ne sait pas, comme...

- C'était une erreur. Coupa Clarke. Et je ne veux pas en parler.

- Donne toi une chance de discuter avec elle. Tu sais bien que si elle est revenue c'est principalement pour toi.

- Elle se fait de faux espoirs alors.

- Vraiment? hein Clarke? Elle se fait vraiment des films? Tu veux vraiment me faire croire que tu préfères qu'elle soit là bas?

- J'ai ma vie maintenant, mes habitudes.

La brune rit nerveusement et secoua la tête.

- Ta vie c'est ton travail. Tu ne vois rien d'autre. La dernière fois que tu es sortie avec nous ça remonte à plus d'un an et demi pour l'anniversaire de Raven. On ne te voit plus, tu es un fantôme.

- Peut être que je suis heureuse comme ça .

- Peut être que tu es trop fière pour admettre que tu es malheureuse.

Clarke ne répondit rien de plus. Elle décida de s'en aller, cette conversation était terminée. Le cœur lourd, l'esprit tourmenté, elle ne savait pas comment digérer tout cela. Le choc était bien trop grand.


Les jours passaient sans que Clarke n'arrive à se vider la tête. Si Octavia trouvait qu'elle était devenue un fantôme lors du départ de Lexa, qu'était-elle maintenant? Un simple ombre qui n'avait plus la possibilité de réfléchir par elle même. Tout semblait dépourvu de sens, fade. Elle ne contrôlait plus ses sentiments, passant de la colère à la tristesse en une seconde. Agacée, exténuée, elle gardait de moins en moins son calme au travail. Le Docteur Jackson l'avait compris rapidement, mais la discussion qu'il avait tenté d'engager avec Clarke n'apporta rien. La jeune femme se renfermait. Au travail mais aussi dans sa vie personnelle. Personne n'avait réussi à lui parler depuis ce fameux soir. Octavia était passée au loft mais avait du faire la conversation derrière une porte close. Raven et Anya étaient passées à l'hôpital mais Clarke avait demandé à Nico de les faire partir. Plus personne ne l'approchait.

C'en était devenu pathétique, Clarke le savait, mais impossible pour elle de faire autrement.

Ce jour là, les urgences avaient besoin de bras. Le week-end était toujours compliqué entre les accidents domestique, les coma éthylique, et les urgences communes, il fallait que le personnel soit opérationnel. Clarke avait été réquisitionnée au grand dam de son supérieur. Il perdait son bras droit pour deux jours et devrait composer avec.

Il devait être un peu plus de 16 heures. Le temps était relatif ici, sans fenêtre et sans réelle pause, le personnel médical ne se rendait pas vraiment compte du temps qui passait. Clarke quittait un lit pour passer au suivant et ainsi de suite. Elle lisait les rapports des infirmières et confirmait les traitements. Les urgences n'étaient pas ce qu'elle préférait, mais ici, il fallait se serrer les coudes.

Alors qu'elle demandait à un collègue de réaliser des analyse sanguine pour un homme d'une soixantaine d'années , elle aperçu les portes automatique des urgence s'ouvrir. Lexa apparu alors face à elle. La jeune femme semblait chercher quelqu'un, ses yeux et sa tête tournant de gauche à droite. Habillée confortablement d'un sweet à capuche noir et d'un jean troué, la brune semblait pour le moins stressée. Clarke le remarqua en un seul regard, elle connaissait ses yeux allergiques à la panique. Son corps du combattre l'envie irrépressible de la rejoindre et elle tenta de se plonger dans un dossier.

- Bonjour Clarke.

Cette voix, cette voix la ramenait à la réalité. Comme si on l'avait tirée d'un comas qui durait depuis plus de deux ans. Que pouvait-elle répondre à cela? Devait-elle tout simplement le faire ou aurait-il été préférable de l'ignorer.

Si la voir avait été un choc, l'entendre était une toute autre histoire. Clarke aurait pu s'évanouir en cette seconde. Sans se contrôler, elle fusilla l'avocate du regarde, elle ne pouvait pas gérer cette rencontre, elle n'y était pas assez préparée. Sans un mot, elle entama de se diriger un peu plus loin, elle s'arrêta prêt d'un chariot de préparation et y chercha du matériel dans l'espoir d'ignorer Lexa. Cette dernière n'étant pas du genre à se laisser abattre, la suivit. Leur petite danse dura quelques instants avant que Lexa se décide à parler, tant pi si Clarke n'en avait pas envie, elle devrait bien être confrontée.

- Clarke, mon retour ne doit pas interférer dans tes rapports avec les autres. Octavia m'a dit que tu refusais de la voir.

Dans d'autres circonstances, Clarke aurait rit. C'était vraiment la phrase d'approche que Lexa avait choisi? Parmi tous les sujets à aborder, elle s'était dirigée vers celui-ci. En dehors du fait que sa réaction face à cela ne la concernait pas, cela n'était sûrement pas le sujet principal de sa visite.

Clarke leva pour la première fois les yeux. Le bleu de ses iris virait presque au noir. D'une voix distante elle répondit:

- Tu n'as rien à dire là dessus. Je fais ce que je veux, et au delà de tout ça, tu sais ce que je pense du mensonge.

- Ils ne t'ont pas menti, je leur ai demandé de ne rien te dire. Et Raven n'était même pas au courant de mon retour, je ne l'ai appelée qu'il y a trois jours. Ne te ferme pas à eux.

- Très bien, ils font tout ce que tu leur demande, "commandante", le sujet est donc clos.

- Clarke...

- Tu m'excuseras, j'ai des patients à voir.

Lexa eut beau l'appeler une nouvelle fois, la blonde fit mine de ne pas l'entendre. Elle prit un kit de pansements, du désinfectant et se dirigea vers un lit occupé par une femme dont la tête saignait.

La brune soupira. Elle avait pensé à cette rencontre des centaines de fois. Depuis qu'elle avait décroché ce travail à Portland, elle n'avait eu de cesse d'y penser. Revoir celle qu'elle aimait toujours autant qu'au premier jour la rendait folle. Souvent, elle avait imaginé l'appeler, la prévenir de son retour avant de se raviser. Clarke n'était pas venue à l'aéroport, elle ne leur avait laissé aucune chance, elle avait mis fin à leur histoire sans se retourner. Pourquoi aurait elle voulu avoir encore quelque chose à voir avec elle? Lexa s'était donc retenue et s'était contentée d'imaginer leur retrouvailles. Son côté romantique lui faisait rêver à un moment spécial, comme retenu dans le temps, un moment qui aurait fait oublier toute leur peine. Et puis, son côté pessimiste prenait le relais. Au final c'est ce dernier qu'elle aurait dû écouter. Venir ici n'était pas une bonne idée.

Dans une dernière tentative, elle feint de se sentir mal. Un jeu d'acteur peu assuré, peut être sur-jouer, mais fonctionnant visiblement. Elle s'était retenue au chariot comme si son corps ne la soutenait pas. Amplifiant son état, elle demanda à être examinée mais Clarke ne la calcula pas. Voyant que son ex compagne ne la regardait pas, elle haussa le ton, demandant une nouvelle fois à Clarke de l'examiner.

Lexa savait ce qu'elle faisait. Clarke ne la laisserait pas faire un esclandre, elle ne prendrait pas le risque qu'on puisse dire que l'hôpital ne faisait pas correctement son travail et laissait les gens en piteux état agoniser. La blonde posa d'une façon un peu trop appuyé son matériel près de sa patiente et s'excusa avant de lui indiquer qu'elle ne serait pas longue. Visiblement agacée, les poings serrés, elle se dépêcha de rejoindre Lexa et la prit par le bras afin de l'entraîner plus loin. Avec une force qu'elle ignorait, elle poussa Lexa à s'asseoir sur le lit et tira les rideaux afin de leur donner un peu d'intimité. Sans plus d'explication, elle occulta rapidement la brune, sans douceur et sans la moindre empathie. Alors qu'elle prenait la tension de l'avocate en appuyant frénetiquement sur la poire, Lexa regarda sa main comprimer encore et encore son outil.

- Tu ne manges pas assez de vitamine. Tes tâches grise réapparaissent sur tes mains.

Clarke ne commenta pas. Elle ne donnerait pas ce plaisir à Lexa. Professionnelle et imperturbable, elle retira le brassard et nota les résultats avant de se saisir d'une lampe qu'elle gardait dans sa poche. Un rapide examen en illuminant les yeux de sa fausse patiente, puis, une reprise de notes. Lexa soupira et repris son courage à deux mains.

- Ne te ferme pas à eux. Tenta-t-elle une nouvelle fois.

- Ils ont choisi leur camps.

- Il n'y a pas de camps Clarke. Lincoln a juste proposé de m'héberger le temps que je trouve un appartement. Tu ne dois pas refuser de les voir pour autant.

- Donc tu es de retour pour de bon.

Lexa ne s'attendait pas à cette question. La réponse lui semblait si évidente pourtant.

- Ça a toujours été le plan Clarke. Londres était juste une parenthèse.

- Comme notre histoire. Murmura Clarke.

La douleur que ressentait Lexa à cet instant était indescriptible. Stoïque malgré tout, elle accusa le coup.

- S'il te plaît. Ne résume pas six ans de notre vie à ça.

- Et pourtant c'est ce que je pense. J'ai continué ma vie après ton départ, que tu soies la bas ou ici, c'est la même chose pour moi, je suis insensible à tout ça.

- Tu mens, et tu cherches à me blesser.

- Ce n'est plus ce que je cherche Lexa, j'en ai fini avec tout ça.

- Si tu en avais vraiment fini, le fait que Lincoln et Octavia m'aide ne te dérangerait pas. Le fait que Raven soit contente de mon retour ne te ferait pas te renfermer comme tu le fais. Tu ne chercherai pas à les éviter.

- Pense ce que tu veux Lexa. Mais a mes yeux tu n'es qu'une parenthèse. Une parenthèse qui fait mal, une parenthèse qui m'a brisée mais une parenthèse que j'ai refermée.

Cause you only need the light when it's burning low

Only miss the sun when it starts to snow

Only know you love her when you let her go

Only know you've been high when you're feeling low

Only hate the road when you're missing home

Only know you love her when you let her go

...

And you let her go

TBC...