Chapitre 23 – le bouclier

« Que rêver de plus qu'un amour simple dans une cabane en bois ? » Bella Cullen, non daté

Edward's POV :

C'est Rosalie qui, la première, eut l'idée d'écrire un journal sur la famille. Les visions d'Alice concernant Bella, Bree, Marcus et elle-même rendaient cette rédaction de plus en plus nécessaire. Bella s'apprêtait à renverser Aro et participerait, a priori, à mettre Marcus à sa place. Ce bouleversement à venir, s'il ne toucherait que la population vampire et donc un petit nombre de personnes, rendait la rédaction de l'histoire de Bella importante pour les nombreuses « générations » futures.

Rosalie voulait décrire l'arrivée de Bella dans notre clan et les répercussions que cela entraînerait. Elle avait besoin de moi pour cela afin d'aller chercher les pensées de chacun. Pour la transparence de la rédaction, le livre se construisait sur le réseau de la maison et chacun pouvait le consulter. On avait pris l'habitude de consulter les cartes mentales d'Alice sur ce réseau aussi, c'est tout naturellement que Rosalie y posta ses premiers chapitres.

Lorsque Rosalie remarqua Bree dans la grande salle de la cantine, suite au discours du Proviseur, j'étais là moi aussi et j'ai vécu en direct leur rencontre. Je lisais les pensées de Rosalie lorsque la petite Bree retint son attention. A l'époque, Alice n'avait pas encore reçu de vision concernant Bree (ou sinon, elle n'avait pas de nom à placer sur ce visage). Depuis, des visions sur 2300 ans nous présentaient Bree comme un élément clé du futur gouvernement. Elle serait une sorte de porte-parole des vampires en direction de l'humanité et son implication pour la sauvegarde de la planète et la nouvelle économie notamment en faisait un personnage important de l'histoire. Aussi, Rosalie me demandait régulièrement de sonder Bree lors des repas à la cantine ou bien pendant la pause de 10h lorsque, épisodiquement, nous retournions au lycée.

Mon « travail » n'était donc pas très difficile : sonder Bree et les membres de la famille, puis lui transmettre les pensées « avouables » et utiles à l'histoire qu'elle rédigeait.

Le 15 décembre, lorsque le message d'Aro nous est parvenu de façon somme toute théâtrale, il y eut un gros travail d'analyse et de rédaction pour Rosalie et moi. De même pour le texto de Marcus. Il nous fallut témoigner des réactions de chacun. On a gardé pour nous, cependant, les pensées d'Alice face à l'indifférence de Carlisle. Rosalie était d'accord avec Bella et Alice sur le sujet et je ne pouvais pas leur donner tort.

Puis vinrent les séances d'entraînement pour Bella et Alice – que nous commencions à appeler Bellice à cette époque – Elles s'entraînaient à augmenter le bouclier de Bella comme l'avait demandé Marcus. Mais comme le pouvoir de Jasper passait à travers tout, moi seul pouvait les aider dans leur tâche.

On travaillait donc tous les trois. Moi tentant de lire Alice, Bella tentant de me bloquer.

On remarqua en quelques jours que si le contact physique était nécessaire pour déclencher leur frisson, celui-ci ne suffisait pas à l'augmenter. En revanche, il me devenait plus difficile de lire Alice.

On s'entraînait avec un jeu de cartes, Alice regardant les cartes, je devais lire ses pensées et donc voir par ses yeux. Sans Bella, cet exercice est simple, basique. Raison pour laquelle personne ne joue aux cartes avec moi d'ailleurs. Mais si Bella s'approche et touche Alice, ma vision devient un peu floue même si je peux toujours lire les cartes. Si le frisson est initié entre elles, toutes les images sont floutées. Je peux encore lire une pensée franche mais je ne peux plus voir correctement par ses yeux.

Afin d'augmenter la portée du bouclier, je fis appel à mes souvenirs lointains. Lorsque j'ai débuté ma carrière de tricheur, je ne pouvais lire que les cartes de mes voisins. Il me fallait « lire plus loin ». J'ai mis longtemps mais j'y suis parvenu en « étirant » mon champ de vision. Pour cela, je lui ai donné une apparence tangible, comme une sorte d'aura. Bien entendu, je ne voyais pas ce champ mais je me suis persuadé qu'il m'était visible. C'est un peu ce que fait Alice avec ses cartes mentales. A force de travail et de concentration, j'ai réussi, mois après mois, à étirer ce champ de vision. Depuis, sans même faire un effort de concentration, je peux lire les pensées d'une personne située à plus de 50 m.

La visualisation du bouclier ne semblait pas fonctionner chez Bella.

C'est Jasper qui débloqua la situation. Il se mit à diffuser la haine sur Bella et les progrès furent rapides.

Bella et Alice, s'écartant l'une de l'autre le plus possible en ne se touchant plus que par le bout du doigt, étaient protégées par le bouclier. Ceci grâce à la haine qui, chez Bella, est un sentiment fort.

Ceci dit, dès que le contact entre elles était rompu, Alice n'était plus couverte.

On n'avançait plus.

La prochaine étape fut franchie grâce aux Dénali. Comme chaque année impaire, pendant la première quinzaine de février, Ils passent nous rendre visite. Les années paires, c'est nous qui faisons le déplacement. Cela permet de renouer contact avec nos voisins, d'échanger cadeaux et nouvelles, et Alice en profite pour réarranger ses cartes mentales. C'est notre Noël à nous.

Dans le clan Dénali, Kate est celle qu'on appelle le taser. Sa peau envoie une décharge électrique intense. C'est peut-être la raison qui fait qu'elle est à la fois sublime et célibataire. Lorsque je lui dis ça pour l'embêter, elle me répond que je suis célibataire et célibataire… J'ai toujours eu une relation privilégiée avec elle. Nous nous amusons chaque fois à nous séduire mutuellement. C'est un jeu un peu cruel auquel nous nous livrons depuis bien des années. Je crois qu'entre « cousins » c'est un peu une règle d'usage. Mais cette année, les discussions sont moins futiles. Il ne nous reste qu'à peine deux mois pour étendre ce bouclier et on est dans l'impasse.

- Veux-tu mon aide Edward ? me demande-t-elle, appuyée sur le piano.

- A quoi penses-tu ?

- Si je tase Bella, crois-tu que ça aiderait ?

- Taser Bella !? Tu veux mourir ? On t'a raconté l'attaque de l'armée de Victoria ?

- Peut-être que si elle sait que c'est pour l'aider, elle ne m'attaquera pas.

- Oublie ça Kate. Soit tu as perdu la tête, soit ça risque de ne pas tarder.

- Parlons-en à Alice. Elle me dira si je vais rentrer à Dénali avec la tête sous le bras.

Une chose à savoir avec Kate, c'est qu'elle ponctue ses phrases de 4000 V. Pour elle, c'est une chatouille. Sur les cent mètres qui séparent la maison Cullen du chalet de Bellice, j'essayai de la dissuader. Cela m'a valu deux chatouilles. Forcément, pour discuter avec Kate, mieux vaut aller dans son sens.

La rencontre avec Bellice fut un peu gênante. Visiblement elles étaient occupées lorsqu'elles nous entendirent arriver. Nos pas dans la neige poudreuse faisait un bruit qu'on ne pouvait pas ne pas entendre. C'est donc en peignoir que mes deux sœurs nous accueillirent, bien déterminées à retrouver leur jacuzzi au plus tôt.

C'est une Kate toute gênée qui s'adresse à Bellice. Les deux peignoirs ont eu tôt fait de rendre ses pensées impures et point n'est besoin d'être télépathe pour déceler son trouble. C'est probablement la première fois que je la vois ainsi, elle si détachée des considérations sociales. Electrocuter les gens a tendance à vous … « isoler ». Avec les années, Kate avait progressivement pris ses distances et s'était endurcie. La voir intimidée et gauche nous faisait sourire.

- Je te sens nerveuse Kate, dit alors Alice.

- J'ai peur de votre réaction. Je viens d'avoir une idée pour le bouclier mais je voudrais savoir si tu peux m'assurer la survie avant d'essayer.

Inutile d'expliquer l'idée. Alice avait commencé à comprendre en voyant Kate sur le seuil du chalet.

- Mes visions de Bella sont bloquées Kate. Je ne pourrai pas te dire ce qui va t'arriver si tu la brûles.

- Mais peux-tu me dire si je suis encore en vie dans un mois ?

Alice eut un moment d'hésitation. Je la voyais glisser sur sa carte mentale. En un éclair, toutes ses visions de Kate défilaient dans mon esprit comme un film en accéléré. Dès les premiers instants, elle savait que Kate ne risquait pas de mourir, son avenir lui était connu depuis des années. Mais Alice recherchait un moment précis, un moment important dans la vie de Kate. Elle mourait d'envie de lui en faire part, certainement depuis des mois, mais aujourd'hui, encore une fois, elle hésitait. Le film ralentissait. C'était un mariage sous la neige. Kate y tenait la main d'un petit bout de femme que je reconnu aussitôt malgré ses yeux orange : Bree !

Combien de visions gardaient-elle secrètes ? Savait-elle tout de nous ?

Allait-elle lui annoncer ? Et gâcher la surprise d'une vie ?

Non, il ne fallait pas. Du regard j'implorai Alice de ne rien dire à Kate.

- Kate, tu ne vas pas mourir bientôt. Tu vivras encore au moins mille ans et je ferai en sorte de te prévenir à temps pour que tu évites les mauvais choix. Mais …

- Aïe … répondit Kate

- Mais je ne peux pas t'assurer que tu ne risques rien si tu tazes Bella. Tu risques d'y perdre quelques dents et de te retrouver en haut d'un arbre, j'en suis désolée.

- Vous êtes des malades ! lança Bella. Vous voulez m'électrocuter ?

- Juste un peu !

- Et si je t'arrache un bras, Kate ?

- Alice, j'ai toujours mes deux bras ?

- Oui, toujours.

- Et toutes mes dents ?

- Toutes, mais il y en a peut-être des fausses…

- Rassurant, répondit Kate.

Alice se tourne vers Bella et lui prend les mains.

- Bella, ma chérie… Elle est repartie en mode fée et elle joue son grand jeu de séduction. J'adorerais pouvoir lire l'émotion de la pauvre Bella. Cela doit être si beau !

- Jane est un être affreux. Tu ne voudrais pas qu'elle me fasse du mal, n'est-ce pas ?

Elle rajoute un regard légèrement blessé, la tête vers le bas et le regard à travers ses longs cils qui remonte tout doucement sur sa victime. C'était cruel mais ça nous amusait follement de voir Bella fondre en face de la fée. C'était devenu notre jeu à tous.

D'un regard vers le ciel, Bella s'avouait vaincue. Elle allait se faire électrocuter pour les beaux yeux d'Alice.

Non, j'ai beau chercher mais... non, je n'ai jamais vu Alice perdre un combat de fée !

Moi, dès que je demande quelque chose à quelqu'un, il cherche aussitôt des raisons de me dire non. Quand Alice demande, les gens cherchent une façon polie de dire oui.

L'idée du casque de moto pour Kate est venue d'Emett, et c'est Esmée qui a suggéré d'attacher Bella au gros érable derrière le garage.

Plus on rajoutait de sécurité, plus Bella se calmait et plus la peur en Kate montait.

Emett, comme à son habitude, était hilare. Il ne put s'empêcher de lui montrer quelques vidéos de notre Bella en action et le visage de Kate se décomposait.

Jasper inondait de bien-être notre petit groupe. On restait vigilants néanmoins. La séance de torture allait commencer.

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Bella's POV :

Ils m'ont ficelée comme un rôti !

Dans une minute j'allais pouvoir être raccordée au réseau et alimenter tout Forks en électricité et ils discutaient autour de moi tranquillement. Seuls Alice et Edward semblaient s'apitoyer sur mon sort ! Fallait-il que je l'aime cette fée !

La première décharge de Kate fut une bonne remise à zéro de tous mes compteurs internes. Oubliées les rancœurs, les pensées discursives et la liste des commissions.

Ça m'a recalée direct sur le réel ! Wouch ! Heureusement que les leaders chez McDo n'y ont pas encore songé parce que sinon il y aurait un tazer à côté de la pointeuse !

Le frisson, il est vrai, a fait un bon. Alice aussi d'ailleurs, puisqu'elle tenait ma main pour générer ledit frisson. La pauvre ! Elle n'y avait pas pensé !

Sans réaction de la part d'Edward, on comprit qu'il pouvait toujours plus ou moins lire Alice. Rien de nouveau donc. Alice et moi connaissions par avance la proposition de Kate. Elle me lançait un regard désespéré. J'avais mal pour elle.

- On passe à 5000 ?

Inutile de répondre.

Kate reposa son index sur mon épaule gauche. Même endroit. Et la main d'Alice qui se cramponnait à la mienne. Les ondes s'étaient renforcées dans mes bras et dans mes jambes. Alice couinait accroupie à mes pieds, sa main toujours dans la mienne.

- Je ne vois plus Alice, dit Edward en souriant.

- Je suis morte, c'est pour ça, répondit-elle.

Elle respirait rapidement, en panique.

Jasper changea de registre et je me retrouvai dans les nuages de barbe-à-papa à voleter parmi des anges blagueurs…

Les anges ont explosé comme des ballons de foire lorsque le 6000 V a envoyé ma tête cogner contre l'arbre, toutes les chaînes tendues et mes orteils recroquevillés dans la terre. Mes yeux écarquillés sous la décharge, je visualisai alors, pour la première fois, mon bouclier. L'image que m'en avait fait Edward avait sûrement influencé cette vision hautement subjective, l'électrochoc de mon cerveau avait fait le reste. Je voyais cette aura autour de Bella et tout autour de moi. Je voyais le monde comme si j'étais à l'intérieur d'une masse d'eau, un peu flou. Une vision de plongeur en apnée qui relève la tête vers la surface.

- Edward, je vois mon bouclier. Il est bleu. Il vibre.

- Jusqu'où va-t-il ? demande Kate.

- La main d'Esmée. Rosalie est trop loin.

- Peux-tu le diriger ? demande Edward, un grand sourire d'enthousiasme sur son visage.

J'essaie, attendez.

Je tentai de me concentrer sur Esmée, son visage. La surface de l'aura répondit par de petites vagues qui floutaient davantage ma vision.

« Il grandit avec le frisson qui part depuis ta morsure. Le frisson nait de l'émotion. Augmente le frisson et tu augmentes le bouclier. »

Je tentai alors de canaliser les ondes depuis ma nuque vers Esmée. Je sentais alors que je pouvais agir sur elles mais il me manquait l'émotion. Un regard sur Alice qui se relevait avec peine et qui n'avait pas lâché ma main malgré la douleur intense, me procura assez d'émotion pour y arriver.

Noyant mon regard dans celui d'Alice, je senti monter en moi la puissance du bouclier. Marcus avait dit vrai. C'était bien l'émotion qui générait ces ondes. Sans même tourner la tête, je « savais » qu'Esmée était à présent toute entière dans mon aura.

- Peux-tu lire Esmée ?

- Non !

.

La semaine qui suivit fut une semaine d'entraînement pour Alice et moi. La journée, Kate et Edward nous aidaient, mais la nuit était –Dieu merci- pour nous deux.

Ces nuits-là resteront dans nos « private jokes » pour longtemps.

Après tout, ne nous fallait-il pas créer de l'émotion ? C'était écrit sur le mode d'emploi de Marcus !

Chaque matin, lorsque nous retrouvions les Cullen et les Dénali pour la chasse en forêt, je remerciais Alice d'avoir eu la vision du chalet en bois. Nos ébats nocturnes étaient plutôt bruyants et j'aurais été morte de honte de les retrouver tous au matin.

Lorsque les Dénali nous quittèrent, nous fûmes étonnés de l'insistance que montra Alice pour que Kate reste encore une semaine avec nous. Mais on savait depuis longtemps qu'il valait mieux ne pas s'opposer à ses visions. Ce fut donc sans la moindre hésitation qu'elle dit au revoir à son clan et s'installa dans notre ancienne chambre, bien plus confortable que les chambres d'amis.

J'arrivais à générer le bouclier sans l'aide d'Alice depuis que je canalisais les ondes depuis ma nuque, et je pouvais, à peu près, sélectionner ma cible. Grâce à Kate, mon bouclier atteignait quinze mètres. C'était plus que j'avais espéré et la distance augmentait encore.

Mais sera-t-il efficace contre Jane ?