Chapitre 26 - Paris, Florence, puis Volterra.

Bella's POV :

Oh je sais bien qu'Alice se moque de moi en secret mais je suis super excitée à l'idée de partir !

PARIS ! La tour Eiffel, le Louvre, les bateaux Mouche sur lesquels on peut manger le soir en navigant sur la Seine !

Mais c'est vrai qu'on ne va pas vraiment faire du tourisme… En mai à Paris, il fait déjà beau je pense et le soleil nous empêchera de sortir durant le jour.

Bree est heureuse de nous voir partir puisque c'est Kate qui garde notre chalet. Je pense qu'elles sont déjà dans le jacuzzi à l'heure qu'il est. Il va falloir se battre au retour pour le récupérer.

A l'aéroport de Seattle, nous garons nos deux voitures et j'ai envie de courir vers le hall d'enregistrement. Les Cullen sont tous si calmes !

- Je te sens heureuse de partir Bella, murmure Alice dans mon oreille.

Avec son tailleur strict et son foulard de soie rose, elle me fait penser à une hôtesse de l'air. Elle est trop sexy.

- Toi aussi, tu es heureuse. Tes yeux pétillent et tu souris depuis ce matin. Ne dis pas le contraire.

- C'est vrai que j'ai hâte de découvrir Florence ! J'espère seulement qu'il ne fera pas trop beau.

- On n'aura jamais le temps de tout voir. Il faudra y retourner.

- Oui, on y retournera Bella. Plusieurs fois même.

- Ce n'est pas ennuyeux de connaître l'avenir, Alice ?

- Très. C'est pour cela que j'ai de la chance de t'avoir Bella. Tu es un cadeau du ciel pour moi, me dit-elle en serrant mon bras très fort contre son corps.

Avec tous les entraînements de bouclier de ces derniers mois, le contact de sa peau et l'émotion de l'instant, mon bouclier se déploie automatiquement. Aussitôt Edward me le signale d'un raclement de gorge.

Le vol fut interminable. C'est dans ces moments-là qu'on regrette de ne pas pouvoir dormir. On arrive à Paris-Orly alors que le soleil se couche. Merci Esmée, tu penses à tout.

Alors on s'empresse de déposer nos bagages à l'hôtel puis on part escalader Montmartre en amoureuses. Les gens autour de nous sont détendus et, pour bon nombre d'entre eux, bien éméchés. L'esprit de la fête flotte dans les petites rues et on se prend au jeu. Vers une heure du matin, on se retrouve dans une soirée à danser sur de la house musique, parmi des gens qui ne nous connaissent pas et qui s'en fichent. Il devait y avoir quatre-vingt personnes dans cet appartement bourgeois. C'était de la folie ! Je n'ai pas pu résister à goûter le champagne du bout des lèvres. C'était la première fois depuis … ma mort.

- Tu vas ! … le … regretter ! … dans deux minutes ! me hurle une Alice qui s'éclate comme jamais.

En effet, deux minutes après …

Mais la fête est si folle que je suis vite repartie danser avec Alice et son tailleur cintré.

Vers cinq heures du matin, on a cherché à remercier nos hôtes mais personne ne semblait savoir qui ils étaient alors on est repartis vite fait avant le lever du soleil.

J'avoue qu'on a un peu paniqué en ne trouvant aucun taxi. L'heure tournait et on ne savait pas vraiment dans quelle direction aller. Les premières gouttes de pluie furent un soulagement pour nous deux. Merci Paris ! Merci pour ton ciel gris !

Comme le soleil en se levant était masqué par les nuages, on pouvait continuer à découvrir cette ville incroyable : la tour Eiffel, les Champs Elysée !

A midi, on a « mangé » en amoureuse dans un petit resto hyper kitch avec des nappes à carreaux et des fleurs fraiches un peu partout. Ça sentait la jacinthe, le printemps qui arrive et la vie facile. La cuisine qu'on nous servit sentait si bon que ce fut une souffrance de ne pas pouvoir y goûter.

Dans les rues de Paris, personne ne nous jugeait d'être deux femmes ensemble. Aucun regard de travers. Pas même une messe-basse dans notre dos. Je pense que les gens étaient juste ravis de nous voir si heureuses. Paris depuis restera pour moi la ville de l'art de vivre et de la liberté.

- J'adooooore cette ville Alice !

- Moi aussi.

- On reviendra ?

- Je ne sais pas, mais oui sûrement, répondit la fée en tailleur sexy, visiblement ravie de ne pas savoir.

On a fini la journée au Louvre, passage incontournable du touriste. Nous fûmes impressionnées par l'égyptologie et l'atmosphère qui se dégageait de ce lieu. Ma dernière vision, cependant, celle qui m'annonçait la mort d'Alice, me fit frissonner d'effroi. Nous ne mettrons jamais les pieds dans ce pays, si beau soit-il.

- Alice ? Crois-tu que les pharaons étaient des vampires ?

- Hmm … Un peuple qui construit des tombeaux dont la construction dure trente ans, dont les Dieux portent des masques, qui construit des villes prospères dans un désert ? Crois-tu que des humains pouvaient faire ça il y a cinq mille ans ? Sans l'acier ?

- En effet.

- A propos de masque, il faudrait en voler deux pour sortir du musée si le soleil brille, me dit-elle avec ce regard espiègle qui est sa signature.

- Attends ! Ne casse pas la vitrine Alice, je crois qu'ils vendent des parapluies à la boutique.

- Ok, va pour les parapluies, mais les masques en or étaient chouettes.

Oh comme je craque quand elle me fait la scène de la gamine qui boude !

- Je sais que tu adores quand je retrouve mes quinze ans, pas vrai ? me lance-t-elle par-dessus son épaule. Elle tourbillonne devant moi comme une ballerine. Je la regarde, un parapluie dans chaque main. Son foulard n'est plus autour de son cou mais dans sa main droite, et elle l'utilise comme le ferait une bayadère. Elle se moque de la centaine de personnes qui marchent autour de nous sur l'esplanade. Epoustouflante de légèreté, c'est vraiment une fée que j'ai devant moi. Elle a des ailes. Je ris, je suis si bien. On est libre !

- Treize ans ! Et oui, tu as raison, j'adore.

- Je pense que j'étais une danseuse lorsque Marcus m'a rencontrée.

- Moi je ne sais danser que sur un ring, dis-je en riant.

- Et tu es très belle dans ces moments-là.

- Alice ?

- Oui ma belle ?

- Tu penses que c'est un accident si tu as perdu la mémoire ?

- Oui, je pense. J'avais 19 ans, des ballerines aux pieds, dans une banlieue de Chicago, … Rien d'extraordinaire. Je ne vois pas pourquoi Marcus aurait volontairement effacé ma mémoire. Carlisle pense que c'est une conséquence du traumatisme.

- Oki…

- Mais, … je dois t'avouer quelque chose Bella – maintenant qu'il y a plein de monde autour et que tu ne pourras pas me tuer –

- Hmm ?

- Je pense aussi qu'il se pourrait que la perte de mémoire soit due à l'emplacement de la morsure. Trop près du cerveau.

- J'aurais pu perdre la mémoire alors ?

- C'était un risque, oui.

- Alors pourquoi ?

- Pour que tu aies mal moins longtemps.

- Mais, … Mais j'aurais pu me réveiller et ne pas te reconnaître Alice !

- Oui. N'oublie pas : il y a plein de monde autour.

- Tu as risqué notre amour pour m'éviter de souffrir ?

- Oui…, pardon Bella.

- Tu es dingue Alice.

- Dingue de toi, oui.

- J'aurais réappris à t'aimer de toute façon.

- C'est ce que je me suis dit.

On avait oublié la foule. On s'embrassait au beau milieu de l'esplanade du Louvre. Deux gamines, sur ma droite, nous regardaient pleines d'espoir. Rappelées à l'ordre par les accompagnateurs du groupe scolaire, elles rejoignirent les rangs … main dans la main.

- Tu n'as souffert qu'une minute. Avec une morsure au bras, ça dure parfois deux heures. Je n'aurais pas supporté de t'entendre hurler deux heures par ma faute Bella. Je n'aurais pas eu la force.

Merci mon amour.

La nuit fut consacrée à la recherche de sang. Deux voitures de location, deux heures de route, et voilà le clan Cullen en Sologne courant après des cerfs. La forêt solognote, même de nuit, est très belle. Majestueuse, à l'image de ses cerfs. On dit que c'est là que chassaient les rois de France.

- On pourrait vivre ici un jour ? demandai-je à l'attention du clan.

- Ces forêts sont trop fréquentées, me répond Carlisle. La France est un pays très peuplé comparé à l'état de Washington. Même en ne chassant que la nuit, on se ferait vite repérer. Et le jour, il faudrait très souvent rester enfermés.

- C'est pour cela que les Volturi ne sortent presque jamais. L'Italie est encore plus ensoleillée que la France, ajoute Rosalie.

- Mais ils doivent bien sortir pour manger ?

- Ils se font livrer, me répond Emett en riant.

Mon regard perplexe cherche une réponse plus franche dans les yeux d'Alice.

- Les Volturi vivent en sous-sol, commence Alice. Chaque jour les touristes visitent l'abbaye sans savoir que sous leurs pieds vivent des dizaines de vampires. A l'heure du repas, on propose une visite des caves aux touristes…

On retournait aux voitures. Nous avions tous hâte de retrouver Paris car demain soir, il nous faudrait partir pour Florence.

- Bella …

Esmée m'appelait depuis l'arrière du groupe. Son ton était un peu solennel et cette interpellation n'était pas chez elle chose courante. Tout le groupe se tourna vers elle. Elle se tenait près de Carlisle, en retrait. Tous les deux me fixaient et ne disaient mot.

- Si tu tues Aro, tu gouverneras les vampires de l'occident. Tu en as conscience n'est-ce pas ?

- Oui, bien-sûr.

- Alors le destin de l'occident t'appartiendra. Les lois des Volturi nous gardaient cachés dans l'ombre. Tu peux changer cela si tu le veux. Et alors, tu pourrais vivre en plein jour et chasser l'humain ou le cerf dans ces bois. Tu pourrais vivre à Paris, en plein jour, ou à Forks sous les nuages ou sans nuage. Tu peux tout faire Bella.

- Mais ce serait la guerre avec les humains !

- Oui. Ce sera ton choix et je te suivrai.

- Un à un, les Cullen firent écho en prononçant solennellement « Je te suivrai ».

- Hey ! Vous êtes flippants là !

- Nous étions des Dieux, Aro a fait de nous des rats, lança Edward, exprimant sa haine comme jamais il ne l'avait fait devant moi.

- Aro n'a pas pris la vraie mesure de son pouvoir, continua Carlisle. Lorsqu'il devint responsable des vampires de l'occident, ce fut par une série de machinations et de meurtres. Mais il réfléchissait comme un humain. Il a donc utilisé le système humain pour s'enrichir et asseoir son pouvoir sur nous. Pour cela, il nous fallait agir comme lui : dans l'ombre. C'est de là que viennent toutes ses lois et le fait que les humains ne connaissent pas notre existence. Autrefois, les vampires dirigeaient les humains, comme en Europe de l'Est. Aujourd'hui, nous ne sommes plus qu'une légende qu'on raconte parfois pour faire peur aux enfants.

- …

- Mais saches que si tu décides de changer cela, tu le peux Bella.

- Tu peux exterminer l'humanité sur la partie occidentale si tu le désires. Il te suffit d'en donner l'ordre et des armées de nouveau-nés seront créées qui tueront tout sur leur passage jusqu'à ne plus rien avoir à manger d'autre que des animaux. Mais il y a de fortes chances qu'ils aillent se nourrir en Asie puis en Russie par la suite. Tu dois penser aux conséquences et fabriquer l'avenir.

- Vous me conseillerez ?

- Tu auras mes visions mais elles n'apparaissent qu'après les décisions, me répond Alice.

- Moi, à part les jeux vidéo, … me dit Emett l'air navré.

- J'écrirai tes mémoires, proposa Rosalie.

- Je t'aiderai de mon mieux, proposa Edward, quoi que tu décides.

Moi aussi, enchaîna Jasper.

- N'oublie pas Marcus, me dit Carlisle. Il a toujours été contre Aro et c'est certainement lui qui t'a créée et qui a créé ta compagne Alice. Marcus saura te conseiller.

- N'oublions pas qu'il y a la vision du départ des techno-milliardaires. Ils abandonneront cette planète et là nous pourrons régner, dit Esmée.

Le silence se fit. On se regardait tour à tour. Sans y prêter attention, on s'était rassemblés en cercle au milieu des bois.

- On pourrait, par exemple, envisager un gouvernement participatif. La démocratie est faible, mais elle fédère. Qu'en pensez-vous ? Je tends alors mon bras droit à l'horizontale, mon pouce levé.

Sans un mot, ils m'imitent.

- Huit pour. Va pour la démocratie.

- On pourrait initier un débat sur internet avec tous les vampires d'occident et, ensemble, discuter des solutions pour l'avenir, continuai-je. Que serait le monde sans les humains ? Est-ce le monde que nous voulons ? Je relevai alors le bras et ce furent encore huit pouces levés.

- On pourrait nommer Emett à la culture ?

Sept pouces baissés.

- Ok, c'était juste pour vérifier… dis-je en riant.

- Bree pourrait trouver sa place dans ce débat, ajouta une Rosalie enthousiaste.

- Toi aussi Rosalie, comme chacun de nous, relançai-je alors.

- Le débat démocrate sera l'exutoire qui permettra de fédérer. Il construira un avenir réfléchit et nous permettra de les faire patienter. Soit jusqu'au départ des classes dirigeantes, comme le rappelait Esmée, soit avant, si la situation l'impose dit Alice levant son pouce.

Huit pouces vers le ciel étoilé.

- Je crois que nous venons de poser les bases de notre fonctionnement futur, ajoutai-je.

- Il nous faut récupérer le registre des Volturi, penser aux itinérants qui seront coupés du débat, créer la plateforme d'échange et en assurer la pérennité et la confidentialité, reprit Carlisle.

- Pour tout cela, il nous faut des gens de confiance.

- Pouvons-nous nous fier aux Dénali ? demandai-je.

- J'en réponds comme de moi-même, déclara Carlisle. D'autant plus que leur fonctionnement est bien plus démocratique que le nôtre.

- Et j'aurai « mon cher Edward » pour lire tous leurs complots contre moi ! continuai-je en tentant une pale imitation d'Aro.

Je tendis mon pouce et ce furent sept pouces vers le bas.

- Ok, c'était encore un test, dis-je en souriant.

- Avant de clore cette réunion, commença Alice, je voudrais vous faire remarquer la beauté de cette forêt de feuillus. Vous savez tous comme j'aime ces arbres et je vous énerve avec ça depuis des années, mais regardez autour de vous. Ne trouvez-vous pas ça plus beau qu'une forêt de sapins avec son sol acide recouvert d'épines ? Alors je vais planter des feuillus tout autour de chez nous pour repousser les sapins et transformer la forêt de Forks en ce qu'elle était autrefois, un peu comme dans la réserve indienne des Quileutes. Voilà, je tenais à vous en faire part.

Le reste de la nuit fut une recherche de soirée branchée mais la chance ne fut pas avec nous. Alors nous avons erré au hasard. Finalement, on a rencontré des gens sympas qui nous ont expliqué leur vie de tous les jours, leurs problèmes et leurs rêves pour l'avenir. Je ne comprenais pas un mot mais Alice me traduisait tout à voix basse. Les parisiens que nous avons rencontrés, s'ils n'étaient pas assez nombreux pour être représentatifs, exprimaient tous les mêmes craintes et les mêmes intérêts : chômage, insécurité, inflation, misère endémique organisée, conflit d'intérêt avec le capitalisme, écologie et développement durable…

A n'en pas douter, il y avait fort à faire pour la population vampire comme pour la population humaine. Notre gouvernement, s'il devait rester dans l'ombre, servirait-il à quelque chose ? Et si oui, ne devrait-il pas s'appuyer, comme celui d'Aro, sur le gouvernement humain et ainsi, recommencer les mêmes erreurs ? Toutes ces questions amenaient un vrai débat de fond.

Le chemin du retour fut l'occasion d'un gros débat sur « Une caste dirigeante vampire vaut-elle mieux qu'une caste dirigeante bourgeoise humaine ? »

D'habitude si réservés, il me semblait que les Cullen, ma famille d'adoption à présent, devenaient passionnés par la perspective du changement.

C'est Emett qui lança le débat sur l'incompatibilité entre la coopération des deux espèces et les yeux rouges : « comment faire vivre en harmonie un humain et un vampire qui vit de sang humain ? »

Je m'amusais de les entendre se chamailler, eux si calmes et si respectueux.

- Si tous les vampires se passionnent comme vous, les débats vont être intéressants, lançai-je en riant.

Florence est splendide.

Il faut la voir d'en haut pour s'en faire une idée.

Et l'idée d'Alice ce matin : la tour Campanile de Giotto.

- 410, 411, …

- Courage Bella, encore trois marches !

- Aaargggh ! C'est dur !

- Arrête ! Même les humains y arrivent…

85 mètres d'escaliers en colimaçon ! Heureusement que j'avais les fesses d'Alice devant moi pour me motiver. Mais ça, je ne vais pas lui dire, non…

- La vue est splendide ma chérie ! Regarde !

- Tu sais bien que je ne regarde que toi Alice.

Je me colle derrière elle, mon visage dans ses cheveux, et je me ressource dans son parfum. Elle sait que mes yeux sont fermés et, pour l'instant, tout ce que je veux, c'est respirer profondément dans son cou.

- Là, c'est le Pallazio Vecchio où on était tout à l'heure. On le reconnait bien à sa tour.

- Hmm … hmm

- Tu ne regardes même pas Bella !

- Si si. Le pallazio Vechio à droite et par là, un peu à gauche, le Duomo.

Mon bras tendu dirigé sur le dôme qui, je le sais, compte 463 marches.

463 ! Mon Dieu faites qu'Alice ne me demande pas de monter là-haut aussi !

J'ai des visions de terrasses ombragées avec clapotis de fontaine et chants d'oiseau.

Mais plus de visite marathon par pitié…

- L'air est si pur ici ! me dit-elle en souriant. J'aime qu'elle sache que sa phrase me fait sourire moi aussi. Quel vampire se soucie de la qualité de l'air ?

On n'a pas besoin de se regarder pour savoir ce que l'autre pense. C'est tellement … rassurant ? valorisant ? … cette communion d'âmes. N'est-ce pas ce que nous recherchons tous ? J'adore qu'elle me surprenne, qu'elle me traîne dans des escaliers monumentaux, des cryptes sombres… Son enthousiasme est ma source d'énergie.

Dans quelques secondes, je sens qu'elle va se tourner vers moi, les yeux pétillants comme jamais, et me proposer d'aller « juste jeter un œil » à la cathédrale de Santa Maria del Fiore et sa crypte magique. J'y ai droit, je le sens.

- Bellllaaa ?

Je desserre mon étreinte car je sais qu'elle veut se tourner vers moi.

- Vouuuuiii ?

Je dis adieu à la terrasse, à la fontaine, aux petits oiseaux. Alice est en phase touriste-archéologue.

- Dans la crypte du Duomo, on aurait moins chaud.

- C'est sûr…

- On y va ?

- J'allais te le proposer.

- Pas trop fatiguée ?

- Ça va, ça va… Et puis si je meure d'épuisement, tu n'auras qu'à me laisser dans la crypte.

- On pourrait sauter, ça irait plus vite, me dit-elle pour toute réponse.

- C'est tentant mais… mieux vaut pas.

Alice attaque déjà la descente.

- 1, 2 ,3, 4

- Misère …

- 5, 6, 7, … Tu m'aimes Bella, n'oublie pas. 10, 11, 12, …

- …

- 27, 28, 29, …

- Qu'est-ce que tu portes aujourd'hui ?

- 33, 34, tu verras ce soir, 37, 38, …

- Tu as déjà fait l'amour dans un escalier ?

La petite semaine à Florence fut un vrai régal malgré le machisme et la rareté du gibier. On s'est fait une cure de sangliers mais ce fut un vrai casse-tête de se nourrir tous les huit. Une solution toute trouvée aurait été de changer de régime alimentaire en buvant les machos italiens que le hasard ne manquait pas de mettre sur notre route.

On est restés sur le menu sanglier.

Mais, … j'ai bien hésité.

Le 1er mai, nous arrivons à Volterra, petit village italien posé sur sa colline. L'abbaye est immense. Elle occupe tout le sommet. Le village se raccroche aux flancs escarpés de cette grosse butte de granit. Le soleil écrase tout le paysage. La terre brûle. Seuls les oliviers résistent farouchement. La chaleur fait frémir les murs de pierre. Torride.

Carlisle connaît bien l'endroit et ses pratiques. Il nous guide dans ce dédale de rues étroites jusqu'à deux portes monumentales qui s'ouvrent pour laisser pénétrer nos deux véhicules. Une fois à l'abri des regards indiscrets, nous pouvons sortir des voitures et faire face à la chaleur. Ici, dans cette cour cernée de bâtiments aveugles, pas de lumière. On peut sortir tranquilles. Des employés se chargent de nos bagages et on nous mène à nos chambres. Décoration minimum : un lit, une table, deux chaises en bois, un miroir au cadre noir mat. Une fenêtre sans vitre, juste un trou dans l'épaisse muraille avec une grille d'acier noirci par les siècles. Pas d'électricité. La porte ferait le bonheur de tout antiquaire : châtaignier de cinq cent ans au moins, 8 centimètres d'épaisseur, des clous de bronze, des gonds en acier noir, arrondie dans sa partie haute pour s'adapter à la maçonnerie en voute de pierre.

Au sol, de grandes dalles de granit chauve.

Cela ressemble plus à un cachot qu'à une chambre.

Cette impression est tellement forte qu'inconsciemment on laisse la porte ouverte. Réflexe futile puisque qu'elle partirait en milliers de cure-dents si on devait y passer nos nerfs.

A peine le temps de vérifier nos valises que Carlisle passe récupérer tout le clan direction la salle d'audience d'Aro. C'est toute une administration que nous traversons. Tout un étage de « bureaux » sans porte où des humains classent des dossiers innombrables. Des salles d'archives, des Tiro-Clas gris-bleu bien tristes, des gens stressés qui boivent du café froid dans des mugs de Noël… Il doit y avoir une pointeuse quelque part, mais je ne parierais pas sur le tableau d'affichage des syndicats.

On arrive à la salle du conseil. Les plafonds sont plus hauts, le couloir se fait large. De chaque côté une salle de garde avec 5 gardes qui s'ennuient ferme.

La porte du conseil s'ouvre devant notre délégation.

- Carlisle ! Esmée ! Quel plaisir vous me faites !

La voix mielleuse d'Aro fait écho sur les murs froids de la grande salle d'audience.

- Ravi de te revoir mon vieil ami. Il y a bien longtemps que l'on ne s'est pas vus. Carlisle donne le change.

Le clan se répartit en demi-cercle, comme convenu, à cinq mètres d'Aro. Mon bouclier couvre bien tout le clan. J'ai deux gardes sur ma droite contre le mur. Ils sont équipés de hallebardes complètement inutiles contre des vampires et ils portent même un heaume ridicule pour faire antique je suppose. Trois autres gardes à gauche, mais un peu plus loin. Derrière Aro, sur l'estrade, Jane et son regard soupçonneux, Caius celui qui vous paralyse par une sorte de gaz noir, puis Marcus au regard amusé mais au visage fatigué.

Je pense qu'Aro n'a pas voulu trop de sécurité pour ne pas nous effrayer. Si je compte Marcus dans nos amis, cela me fait juste 8 vampires à neutraliser. Ensuite les 10 gardes du couloir s'ils osent m'attaquer.

- Aro a peur de toi, me glisse Edward dans l'oreille, et Marcus est serein.

Aro tient la main de Carlisle dans les siennes. Tout doucement, il rapproche ses mains de son ventre pour mieux le lire. Mais son visage est perplexe, puis étonné. Il ne peut pas lire Carlisle ! Mon bouclier fonctionne. S'il prend la main d'Esmée, ce sera pour vérifier. Et c'est ce qu'il fait.

- Esmée, comment trouvez-vous l'Italie au mois de mai ? N'est-ce pas un pays splendide ?

- Assurément Aro. C'est toujours une joie de revenir à Volterra.

Même scénario, même visage étonné. Edward me confirme qu'Aro ne lit rien.

- Il s'y attendait. Il fait semblant d'être étonné. Il ne peut pas les lire, me glisse-t-il à l'oreille.

- Alice ! Alice ! Nous avons tant besoin de vous ici… Nous ferez-vous l'honneur un jour ?

Il tend la main à Alice pour qu'elle aille à lui. Comme convenu, je garde mon bouclier sur elle et j'attends son signal pour lui enlever.

- Aro, lui répond-elle en marchant vers lui, vous savez que la connaissance de l'avenir peut parfois être plus que déprimante.

Il attrape sa main avec avidité et sa frustration se lit clairement sur son visage.

- Mais comment pourrais-je déprimer auprès de vous, répond-il en relâchant la main d'Alice comme si celle-ci était brûlante.

- Regardez encore Aro, dit-elle en lui reprenant la main.

C'est le signal que j'attendais. J'enlève le bouclier qui la protégeait.

- Aaaahhh… Je lis l'amour ! La passion ! s'exclame Aro de façon théâtrale.

Ses yeux exorbités et son sourire carnassier me dégoûtent.

- Votre rencontre, me glisse Edward.

- Je vois Bella ! … votre dernière recrue Carlisle. Elle massacre une armée ! L'armée de cette idiote de Victoria.

Ses yeux sont sur moi à présent. Il semble fasciné.

- Je vous vois Bella ! Je vous vois réussir là où j'ai échoué… la grande migration de 3580 ! Mon Dieu ! Les humains s'en vont ?!

- Il a vu sa mort, murmure Edward.

Je replace le bouclier. Il lâche la main d'Alice qui vient se replacer près de moi.

- Bella ! prodigieuse enfant ! Cacher un tel bijou derrière une barrière de loups, c'était ingénieux… Mais ces visions sont fragiles, mes amis. Vous le savez comme moi. Si je change d'avis, je crée un autre avenir, n'est-ce pas Alice ?

- Tout à fait Aro.

- Jane !

Les yeux rouges de Jane se fixent sur moi.

- Peine, dit-elle tout bas.

Je « vois » son pouvoir de mort s'écraser sur mon bouclier. Je le visualise comme un rayon rouge qui se dissout dans le bleu liquide de mon aura. Elle ne peut rien contre moi. Ses yeux écarquillés en témoignent.

- Admirable ! Admirable ! lance Aro en réalisant que son arme est inutile, Caius !

J'entoure Caius de mon bouclier. Son gaz noir reste autour de lui. Il ne peut rien contre nous.

- Que décides-tu Aro ? demande Carlisle.

Aro, ne me lâche pas des yeux. Il ne se donne même pas la peine de répondre à Carlisle. J'essaie d'imaginer ce qui se passe dans sa tête. Ses yeux écarquillés trahissent le flot de pensées qui le submerge.

- Il hésite, me chuchote Edward.

Les mains d'Aro descendent lentement le long de son corps chétif. Son visage se détend. Il semble serein.

- Marcus, lance-t-il sans se retourner, ses yeux toujours dans les miens, je pense que nous vivons un moment clé de notre histoire mon vieil ami. Je te remercie pour ce cadeau d'adieu.

Aro me sourit. Il est prêt.

- Gaaardes ! Ce sera son dernier mot.

Je fonce sur lui et lui arrache sa vilaine tête d'une bonne droite bien sonore. Comme à la parade, le clan Cullen se jette sur ses restes alors que je suis déjà sur Jane qui tentait de s'enfuir. J'attrape sa main et j'utilise sa vitesse pour la jeter sur le mur. Le bruit est effroyable. Son joli visage aux yeux rouges va s'écraser sur le mur de pierre. J'en profite pour débarrasser la planète de cet être vil. Les ondes coulent depuis ma nuque et commencent à renforcer mes bras, mes jambes. Mes mains sont des étaux. Je n'entends plus beaucoup tous les sons sont atténués.

Les gardes sont sur la famille Cullen. Je fonce protéger Alice et, sur les dix mètres qui me séparent d'elle, j'envoie deux gardes se coller au plafond.

Emett arrache les bras d'un troisième.

Jasper mord la gorge du quatrième et je finis le dernier d'un uppercut qui lui arrache le visage.

On se regroupe, en alerte.

La porte s'ouvre avec fracas.

Les 10 gardes du couloir se figent devant le carnage.

- Cinq vont attaquer, deux sur Emett, lance Alice et ça, je l'entends très bien.

Rosalie, d'une jolie prise de judo, envoie un garde s'écraser sur le mur derrière nous.

Emett en récupère deux et le clan vole à son secours.

Pendant ce temps, je bondis sur les deux autres et j'arrache tout ce qui dépasse.

Les ondes poussent encore plus fort.

Les cinq autres se sont enfuis, trop tard.

- Ils vont revenir avec du renfort. Trois dizaines. Une minute, annonce Alice

- On fait comme avec l'armée de Victoria. Je prends tout, vous finissez.

Je me mets en position sur le seuil de la porte, là où le passage est le plus étroit. Si les gardes veulent entrer, ils devront passer par moi.

Je danse sur place, au milieu du seuil.

J'entends le bruit des bottes qui martèlent le sol.

Ils arrivent. Vite.

Les autres, dans la salle d'audience, se placent en demi-cercle derrière moi, prêts à nettoyer.

C'est parti. Un bras, une tête qui explose sur mon poing gauche. Une autre.

Ils se jettent sur moi les uns après les autres.

Je ne peux m'empêcher de rire, j'adore ça. Un vrai film de zombies.

Ils sont moins solides que les nouveau-nés et je passe à travers en les explosant en nuages de poussière noire.

C'est trop facile.

Je finis les derniers en boxe thaïe mais mon premier head kick arrache la tête du vampire.

Mon corps est dur comme jamais.

Les deux derniers s'enfuient.

Dommage.

C'est déjà terminé.

J'attaque ma danse de relaxation, plus par habitude que par nécessité.

Je suis bien.

Alice n'ose pas venir vers moi. Elle me regarde bizarrement.

Peu à peu, j'entends à nouveau. C'est la panique dans l'étage. Ça hurle dans les bureaux.

L'ère des Volturi vient de prendre fin après 1200 ans de tyrannie.

Je vois Marcus qui me fait signe. Il est toujours sur son estrade, au fond de la salle d'audience. Je pense qu'il n'a pas bougé depuis le début.

Je marche vers lui doucement pour lui faire comprendre que je ne veux pas le tuer. Alice me suit. C'est l'heure des explications tant attendues.

- Bella ! Marie Alice ! Mes enfants … Approchez.

Ce vieux bonhomme fatigué va enfin nous révéler ses secrets.

- Comme vous le savez peut-être, reprit-il, j'ai œuvré pour faire de vous ce que vous êtes. J'espère que vous me pardonnerez toutes les souffrances que vous avez endurées car vous réalisez, n'est-ce pas, qu'elles étaient nécessaires ?

- Marcus, est-ce vous qui m'avez mordue, demande Alice.

- Oui Alice.

- Pourquoi ai-je perdu la mémoire ?

- Ce n'était pas prévu et je l'apprends. Certainement une conséquence du coma. Pourtant tu n'as pas dormi plus longtemps que les autres… Je t'ai mordue dans les cheveux pour que tu n'en garde pas de trace visible et pour que tu souffres moins longtemps. As-tu fait pareil pour Bella ?

- Oui, mais j'ai eu très peur qu'elle perde elle aussi la mémoire.

- C'eut été fâcheux, en effet…

- Que pouvez-vous m'apprendre sur ma famille ?

- Rien, j'en ai peur. Sinon que tes parents, Karl et Sandra Brandon, et ta sœur Marie-Josephine sont partis vivre en Louisiane trois ans après ta disparition. Ils sont tous morts, bien-sûr, à présent. Tu trouveras leurs tombes dans le cimetière de Lafayette. Il va sans dire que leurs vies furent confortables car j'ai fait le nécessaire. Il y a une descendante de ta sœur qui vit toujours à Lafayette et qui s'appelle Ulma Brandon et qui possède ton don mais ne le sait pas. Libre à toi de t'en charger. Elle a vingt-cinq ans et travaille dans une librairie du centre-ville.

Marcus se tourna vers moi lentement.

- Tout d'abord Bella, je tiens à m'excuser pour toutes les épreuves que tu as traversées. Je n'en fus jamais à l'origine, je te le jure, mais je n'ai rien fait pour t'en protéger. Ce fut pour moi aussi des années de souffrance, crois-moi. Lorsque ta mère a décidé de partir, j'ai cru que tous mes plans allaient tomber à l'eau et qu'il me faudrait tout recommencer ! Tu es le produit d'une longue lignée que j'ai installée près de la réserve Quileutes. J'ai attendu longtemps pour que le sang Quileutes se joigne au sang des Swangi - car ton ancêtre s'appelait Swangi et non Swan. Il t'a donné le bouclier et les yeux. Les Quileutes t'ont donné la communication avec Alice et l'amour exclusif des loups.

- Partagez-vous les visions ? relança Marcus

- Oui parfois, répondis-je.

- Jusqu'où ? demanda-t-il enthousiaste

- 4323, la mort d'Alice en Egypte. Mais on va changer ça.

- L'éternité par l'amour ! J'avoue que je l'avais envisagé comme une … possibilité ? Mais je n'y croyais pas vraiment. Avez-vous un lien télépathique entre vous ?

- Non, pas en dehors de ces rares visions, répond Alice.

- Ah… ? Même en combat ?

- Non rien, dit Alice.

- Mais… commençai-je. Durant mes combats, je deviens sourde ou presque. Durant mes deux derniers combats, seule la voix d'Alice me parvenait clairement. Et j'avais ces ondes qui partaient de la morsure jusqu'aux mains et aux pieds et qui renforçaient mes muscles.

- Je pense qu'il faudrait travailler ça et se remettre au combat. Le sang Quileutes devrait vous donner la télépathie car les loups en meute communiquent durant la chasse. Pourquoi ne pas chasser ensemble, par exemple ?

- Oh, il y a tant de choses qu'il faut que vous sachiez sur votre histoire ! Je n'ai jamais pu les écrire et tout est là, dans ma tête. Il fallait que je garde le secret. Mais maintenant qu'Aro est mort, je peux tout vous révéler. Je vais commencer à écrire votre histoire et je vous la livrerai.

- Marcus, avez-vous des plans pour l'avenir ?

- Plusieurs plans, incompatibles entre eux parfois. Mais oui, j'en ai quelques-uns.

- Vous aiderez-nous dans ce nouveau gouvernement ? lui demandai-je alors.

- C'est la raison pour laquelle je vous ai créées ! lance-t-il en riant.

- …

- Marcus, pourquoi avoir créé un couple de femmes ?

- Ouh !... Mon Dieu ! La naissance du premier petit enfant Swan – car les dons sautent une génération – fut un évènement pour moi et j'attendais un mâle pour Alice, j'avoue. J'ai été découragé lorsque j'ai appris que l'enfant était une fille. Il était trop tard pour trouver un prescient mâle et l'intégrer dans le clan Cullen. J'étais persuadé que c'était fichu et qu'il me faudrait attendre encore deux générations … ou un petit frère pour Bella. Mais le Chef Swan est un solitaire. Il ne s'est pas remarié. Lorsque j'ai vu que Bella, dès ses sept ans, était attirée par la petite Sandra, l'espoir est revenu.

- Sandra ! Je me rappelle !

- J'en suis sûr. Tu as pleuré une semaine quand ses parents ont déménagé à San Francisco.

- Marcus, demanda Alice, est-ce qu'Aro était au courant de votre plan ?

- Aro était fatigué. Plus fatigué encore que moi-même. Et ce, depuis deux siècles. Il savait que je lui préparais une surprise et, s'il avait voulu, il aurait tout découvert et tout arrêté. J'ai bon espoir de trouver ses mémoires dans son appartement et d'y trouver la réponse à ta question. Une chose est certaine, il surveillait tous mes faits et gestes. C'est pour cela que j'ai agi depuis l'Amérique et avant qu'il n'y envoie trop d'espions. J'avais les coudées franches et j'y ai créé plusieurs fausses pistes qui lui ont fait perdre trop de temps. Mais cinq siècles se sont passés malgré tout et sa politique, son goût pour la technologie et le pouvoir on conduit à la catastrophe. Notre espèce est devenue riche et puissante mais nous sommes esclaves du capitalisme que nous ne contrôlons plus. Il est temps de revenir à la raison et de prendre les bonnes décisions pour l'avenir.

Le reste de la discussion porta sur l'état civil et la base de données. Il nous fallait connaitre les coordonnées de toute la population vampire de l'occident pour notre projet de démocratie participative.

Nous avions le soutien de Marcus, celui des Cullen et celui des Dénali. Notre monde allait changer. Des erreurs seraient commises mais elles seraient collectives.