Chapitre 28 - 10 mai : Voyage en Norvège du clan Cullen – retour à Forks
Alice's POV :
Je suis assise aux côtés de Bella, au milieu d'un champ de lavande. Il est 1h du matin et les oliviers alignés tous les 10 mètres sont comme des perchoirs pour les grillons. La terre d'Italie chante tout autour de nous. Les odeurs sont incroyables même en pleine nuit.
- Ah si seulement on pouvait venir ici en pleine journée Bella!
- J'adorerais pouvoir me réchauffer au soleil. Mais …
- Pas avant 27 ans au moins Bella
- 2050 ?
- Oui, lui dis-je
- J'ai oublié tout ça. Trop de choses à penser en ce moment.
- 2050, c'est l'effondrement.
- Ah, le pétrole ?
- Oui. Mais aussi le plastique et donc l'électronique.
- Et ça va faire mal ?
- Euh oui, très mal ! Je vois des colonnes de réfugiés qui meurent de faim par milliers. Des cadavres partout le long des routes. Toute l'économie par terre. Le retour à l'autoproduction, les pillages… Un panneau solaire vaudra le prix d'une voiture aujourd'hui. Mais bon, comme toujours, c'est le manque d'eau potable qui tuera le plus de gens.
- Et les plastiques d'algues, ça arrive quand ?
- Pas avant 2100, et encore ! ce sera uniquement aux USA. Les liaisons commerciales ne reprendront que vers 2155 avec les bateaux électriques.
- Et on fera quoi, nous ?
- Nous vampires ?
- Oui.
- Rien. Enfin si. On accélèrera la chute en dopant l'eau potable de contraceptifs. Mais il y a tant de paramètres en jeu que sur des points particuliers comme celui-ci, ma vision du future n'est vraiment pas fiable tu sais ?
- Pourquoi ce forum citoyen sur Vchat si tu connais déjà toutes les réponses ? Où est la démocratie vampire dans ce cas ?
- Hehe… je ne fais que voir l'avenir, Bella, je ne le fais pas. Sans les décisions du forum, je n'ai pas les visions. Ce sont bien les vampires qui décident, pas moi.
- Ouais…
- Et puis, 15 milliards d'humains, c'est 15 fois trop.
- C'est vrai. On se fait des gerbes de lavandes pour notre chambre-cachot ?
- Pas bête, lui répondis-je, cette abbaye est lugubre ! Vivement qu'on parte ! Ça te dirait d'aller visiter Bergen ?
- En Norvège ? Tout le clan ?
- Pourquoi pas, dis-je en forçant sur les tiges de lavande. Ou juste nous deux si tu veux.
- Fais attention de ne pas arracher tout le pied ! Les paysans seraient vraiment énervés.
- Pas simple…
- Moi j'utilise mes ongles.
- On dirait que tu as fait ça toute ta vie Bella. Je te laisse faire.
- Il y avait de la lavande dans notre jardin à Phoenix, alors oui je connais. Je faisais même des couronnes tressées chaque été.
- J'aurais aimé voir ça.
Ce n'est pas trop tard. D'après Marcus, il y a toute une archive sur moi à Phoenix. Il m'a fait surveiller pendant toutes ces années. Et il en a certainement sur toi aussi.
- C'est génial ça ! Je vais peut-être pouvoir te voir à quatre ans !
Bella à quatre ans ! Comme sur la photo avec sa grand-mère. Je fonds littéralement. Merci Marcus ! Elle est accroupie entre deux rangées de lavande, occupée à cisailler les tiges une à une. A ses côtés elle a déjà empilé une bonne centaine de brins. Je profite qu'elle soit concentrée et je me glisse tout près d'elle pour l'embrasser.
- Hey, si c'est la lavande qui te fait cet effet, je t'en cueille tous les jours Alice !
Je ne prends pas la peine de répondre et je la pousse doucement sur la gerbe de fleurs qui sera un bon oreiller. Ses cheveux violets sur la lavande, ses yeux vert bleu, … hmmm ! j'adoooore !
- Tu es si belle ! Je t'aime Bella.
- Je t'aime aussi Alice. Plus que tout.
C'est finalement tout le clan Cullen qui se retrouve à Bergen. Carlisle a bataillé à trouver une remplaçante à l'hôpital, mais tout est réglé je crois.
A l'escale de Londres Heathrow, on tue le temps à trainer dans le grand hall central. Bella prend des cours d'Anglais en engageant la conversation avec des gens au hasard. Elle me fait rire. Je lui traduis les quelques mots qu'elle ne saisit pas mais, globalement, elle s'en sort assez bien malgré l'accent british. Ma vision des fiançailles d'Edward me revient. Plusieurs fois. Puis c'est une table de bistrot à laquelle je suis assise en grande conversation avec la jolie rousse nommée Aria. Et c'est Aujourd'hui. Là, bientôt.
Je regarde tout autour de moi. Je cherche un bar, un restaurant. Vingt mètres derrière Bella, assise à la terrasse de la boulangerie Paul, j'aperçois Aria en pleine conversation téléphonique.
- Bella ! Regarde la rousse en terrasse derrière toi.
- Hmm ?
Bella ne s'était pas encore retournée que déjà, je pouvais lire la jalousie dans ses yeux. Wouh qu'elle est belle quand elle est jalouse !
J'ai envie de jouer un peu.
- Je connais son prénom.
- Tu aimes les rousses toi maintenant, me lance-t-elle avec dédain.
- Elle est hot non ? lui dis-je en fronçant légèrement les sourcils et en gardant la bouche entrouverte.
- Hey ! Alice ? Tu me joues quoi là ?
- Je t'aime Bella, n'oublie pas hein ? Mais il faut que j'aille lui parler.
Plus elle est jalouse, plus elle est belle. C'est dingue.
- Calme-toi chérie, c'est Aria, la fille de ma vision avec Edward. Ils vont se fiancer dans quatre ans.
- Toi alors !
- Essaies de trouver le croque-mort et ramène-le-moi s'il te plaît. Et Jasper si tu peux !
Je m'approche d'Aria. J'affiche mon sourire de commerciale en fin d'objectif. Je m'appuie sur la balustrade en bois vernis et je la fixe. Je sais que je la mets mal à l'aise. Ses jolis yeux verts m'interrogent. J'attends qu'elle raccroche.
- Ecoute, je dois te laisser. Il y a quelqu'un qui veut me demander quelque chose. Je te rappelle ok ?
- Excusez-moi de vous interrompre comme cela. C'est très impoli n'est-ce pas ? lui dis-je avec un petit sourire amusé.
- Oui, très, me répond-elle en souriant.
- Vous êtes Aria, n'est-ce pas ? Et je suis Alice. Je peux m'asseoir ? Toujours additionner les questions quand on ne veut pas répondre.
- Je vous en prie, répond-elle intriguée.
Je prends le temps de contourner la barrière. En fait, je gagne du temps. Où est Edward ?
Avant qu'elle ne me demande comment je connais son nom, j'enchaîne :
- Vous êtes en escale vous aussi ? dis-je en m'asseyant à côté d'elle. Je prends soin de laisser libre la chaise en face d'elle pour Edward.
- Comment connaissez-vous mon nom … Alice ?
- Oui Alice. Oh vous ne me croiriez pas si je vous racontais.
- Essayez quand même, me répond-elle avec tact.
La fille est coriace.
- Je voudrais vous faire rencontrer mon frère, Aria. Et comme j'avais peur de vous perdre dans la foule, je me suis permise de vous accoster assez rudement en attendant qu'il arrive. C'est assez gênant, j'avoue.
Je regarde un peu partout tout autour pour fuir sa question. Gagner du temps. D'habitude, lorsqu'on est gênée devant une personne, la bienséance fait que la personne n'en profite pas pour vous mettre à mal. Mais c'était l'habitude en 1920. Les temps changent.
- Je ne sais pas ce que vous me voulez mais je ne suis pas intéressée. La seule chose qui m'intéresse c'est de savoir comment vous connaissez mon nom.
- Je comprends. Je suis désolée mais je ne peux pas vous le dire tout de suite. Voulez-vous que je parte ? Il ne devrait plus tarder. Oh, votre père appelle. Il vous demande à qu'elle heure il doit être à l'aéroport de Dublin.
Elle me regarde amusée mais la mention de Dublin sème le doute en son esprit. Lorsque son téléphone vibre sur la table, elle ne sourit plus vraiment.
- Allo ?
- Salut Aria, C'est à quelle heure ton vol ?
- 17 :35
- 18 :20, ce sera bon, le temps de récupérer vos valises, lui dis-je en souriant.
- Mais tu peux venir à 18 :20 car j'ai mes bagages à récupérer, lui dit-elle.
- Ok Chérie. A bientôt.
- Kiss, dit-elle en raccrochant. Son regard reste fixé sur son téléphone. Elle est perplexe, inquiète même.
Edward sera là dans vingt secondes
- Ne vous faîtes pas de soucis à propos de mon instinct. Tout cela vous paraîtra totalement inoffensif très bientôt, croyez-moi. Maintenant, laissez-moi vous présenter mon frère Edward, lui dis-je en le désignant de la main dans mon dos sans me retourner.
- …
- Edward, je te présente Aria qui habite Dublin.
Je me lève et je m'éclipse pendant d'Edward s'assied. Il va lui faire son numéro de charme habituel.
Derrière la petite balustrade de bois, ma magnifique Bella m'attend. La vie est belle.
- Je n'ai pas trouvé Jasper, me dit-elle.
- Finalement c'est tant mieux. Utiliser Jasper pour une première rencontre, ce serait tricher.
.
.
Bergen est une ville moyenne sur la côte ouest de la Norvège. Coincée entre l'océan et la montagne, la ville est avant tout un port. Elle s'étend sur les flancs des montagnes et les dernières maisons se retrouvent entourées de grands sapins. J'aime cette ambiance. J'aime toutes ces couleurs sur les façades des maisons et sur les toits. Cela ressemble beaucoup à l'Islande. La nature est omniprésente et la présence humaine n'y est pas laide, au contraire. Ces tâches de couleur qui parsèment le vert sombre de la forêt semblent égayer le paysage et la vie des habitants. Pas de stress ici. Les gens sont heureux. Ils vivent en harmonie.
Rosalie est heureuse. Elle se sent bien ici. Je ne l'ai jamais vue danser autour d'Emett comme cela en pleine rue. Je ne la reconnais plus et sa joie se communique à tout le clan ou presque.
Presque, puisqu'Edward s'est trouvé un nouveau motif de faire la tête. Il vient de rencontrer Aria et ses pensées ne tournent plus qu'autour d'elle. Son absence lui manque déjà. Pas besoin d'être télépathe pour le savoir.
La main de Bella dans la mienne, je suis au paradis comme aux premiers jours, comme ce jour où nous étions allongées sur la tôle ondulée de son vieux pick-up.
- Heureusement que je suis morte sinon je me ferais une crise cardiaque tellement je suis heureuse d'être là avec toi Bella.
- Merci, me répond-elle, mais … ferme les yeux un instant Alice.
Je me fonds dans ses bras, le visage dans son cou et je ferme les yeux.
- Maintenant imagine notre chalet.
- Ok
- Imagine notre chambre.
- Ouais…
- Imagine la vapeur qui s'échappe du jacuzzi.
- Oh ! Tu es trop cruelle Bella !
Et elle s'enfuit en riant dans les rues de Bergen.
- Je t'aurais, Bella !
.
- Alice ? Que penses-tu d'un bâtiment en pierres au sommet de la colline qui surplombe la ville ? me demande Esmée.
- Si cela ne dénature pas le paysage, oui, ce serait bien. Il ne faudrait pas qu'il soit visible sur les futures cartes postales. Il faudrait en parler à Bree. Je crois qu'elle a déjà les plans en tête avec son appartement au premier étage.
- Il faut aussi le rendre autonome. Au moins en énergie et en eau. Et pour des siècles. Et lui assurer une connexion internet directe et fiable, ajoute-t-elle.
- Plusieurs connexions même. Et il faudrait s'assurer d'être reliés au deuxième internet avant la perte des satellites.
- Les ballons-sondes ?
- Oui, mais les nôtres. Il faudra investir Esmée, sinon c'est notre démocratie participative qui tombera.
- Quel délai ?
- Avant l'effondrement. On va utiliser les dons et l'impôt. Si on attend l'effondrement, l'économie sera moribonde et les vampires seront ruinés. Et nous aussi d'ailleurs. La Norvège a déjà prévu la fin du pétrole qui la fait vivre. Ils ont diversifié leurs investissements dans le monde entier. Mais toutes ces entreprises dans lesquelles ils ont investi l'argent du pétrole seront touchées. Ce sera la crise ici aussi mais un peu moins forte, c'est tout.
- On fera comme d'habitude pour les investissements ? Tu me diras quelles seront les hausses et les baisses ?
- Tant que le système boursier sera sur pied oui, mais en 2052, il faudra que nous soyons tous autonomes. Donc chaque clan devra investir localement dans les énergies alternatives, l'eau, la nourriture humaine, …etc. Ce sera à nous, le gouvernement, d'investir dans la recherche. Les autres clans ne pourront pas. Donc les ballons-sondes, la médecineV, le sang de substitution… tout ça, c'est à nous de le financer.
- Il va me falloir de l'aide Alice.
- Tu en auras. Les dons des clans seront vite supérieurs à nos besoins. Et dès notre retour à Forks, on travaillera quelques jours ensemble pour booster nos capitaux boursiers. On pourra financer la moitié du palais en moins d'une semaine avec les visions. Ensuite, on diminuera progressivement nos investissements en bourse jusqu'à ne plus en avoir aucun à l'effondrement. On basculera tout sur de l'immobilier et des biens de consommation courante.
- On dira aux autres clans de faire pareil, mais il faudrait créer un fond d'investissement commun pour assurer leurs revenus.
- Ok, mais ce n'est pas très démocratique.
- Une fois que les vampires sauront que nous avons les visions pour gérer les investissements, la question ne se posera plus.
- En effet.
- Edward ne rentrera pas à Forks tout de suite, ajoutai-je.
- Dublin ?
- Oui, juste une semaine.
