Enjoy :D
Chapitre 44
J'aide Esteban à remplir les carafes magiques des quelques jus de fruits que nous mettons à dispositions des élèves et des professeurs lors de notre petit goûter ayant pour but de manger un dernier moment ensemble avant de devoir se dire au-revoirs. Les élèves de Uagadou retournent chez eux en compagnie de leurs professeurs, et ça fait toujours un petit coup au cœur, mais c'était vraiment sympa de les revoir tous !
"Je viens prendre de quoi ravitailler les profs, s'annonce Sib en faisant léviter un plateau de petits gâteaux, ils ont déjà fini la première tournée…
-Tu veux dire que Murdock a tout dévoré ? suspecte Estéban.
-Par politesse, on ne va pas dévoiler les noms, commence Sib avant de souffler dans la confidence, mais oui."
Estéban et moi échangeons un regard amusé, et Sib s'en va en nous expliquant que si elle tarde trop, qui sait quelle catastrophe pourrait bien se produire, et je la suis du regard jusqu'à ce qu'elle délivre ses victuailles sur lesquels Oriag, Mrs Peters et Murdock se jettent, avec un contrôle de soi plus ou moins réussi. Comme a dit Sib, je ne dirai pas de nom… mais un certain demi-nain compte parmi les plus enthousiastes.
Murdock dépose naturellement un bras autour des épaules de Sib et je souris à ce retour à la normale, légèrement amélioré, entre eux. Ils ne se soucient plus du tout de dévoiler leur statut de couple aux yeux de tous et ça leur réussit pas mal !
"Au fait, Anak, m'interpelle Estéban et je quitte mes amis des yeux pour les porter sur celui-ci, j'ai euhm…"
Je fronce les sourcils devant son embarras. Il se racle la gorge tout en se grattant ses cheveux juste au-dessus de sa tempe, et ne me lance que de brefs regards papillonnant.
"J'ai appris que Valérian et toi, c'était du concret ?"
Il n'a toujours pas l'air entièrement sur de ses propos puisque j'entends clairement le côté interrogateur de sa phrase et je souris un peu avant d'opiner du menton. Son air change de tout au tout et il prend une mine repentante.
"Je suis tellement désolé pour ce que j'ai dit la dernière fois ! s'excuse-t-il. Je croyais vraiment que c'était une rumeur… les élèves sont si obsédés avec Valérian, ça n'arrête pas…
-Je sais ! l'interrompé-je pour le rassurer, Tu ne pouvais pas savoir, ne t'inquiète pas pour ça !
-Quand même… t'as dû me détester sur le moment…
-Un p'tit peu ?" offré-je avec humour.
Soulagé de ma réaction, il a un petit rire.
"Je ne le ferai plus ! me promet-il solennellement. Je croirai toutes les rumeurs à ton sujet, à partir de maintenant !
-Euh attends… et si on disait plutôt que tu croyais que les rumeurs flatteuses en ce qui me concernent ?
-Deal !"
On riait encore quand Pénélope me demande un jus de grenadine et que je me charge de la servir. C'est alors au tour de Valérian d'approcher, verre tendu avec un sourire qui me fait fondre instantanément.
"La même chose que la demoiselle, si possible," me demande-t-il.
La seule indication de son humeur joueuse est le coin subtile de son fin sourire et alors que Pénélope sourit de contentement à voir son professeur fétiche prendre la même boisson qu'elle, je m'exécute avec un "Tout de suite, professeur !" un brin enjôleur qui me vaut une oeillade amusé d'Estéban et un éclat de satisfaction dans le regard de Valérian.
Après que Pénélope se soit éloignée d'une démarche bondissante de joie, Valérian prend une petite gorgée de sa boisson et je le couve de toute mon admiration.
"Il y a un vernissage à Boston, m'apprend-il alors.
-Ah oui ?"
Il est quand même si beau, c'est à peine croyable.
"Oui, c'est une exposition d'art contemporain.
-Hm, vraiment ?"
Et ses yeux bleus… on dirait l'océan sous un ciel azuré…
"Ca te dirait d'y aller vendredi soir pour changer du yoga ?"
Yoga ? Pardon ? Devant son air expectatif, je comprends qu'il attend une réponse de ma part. Rembobinons en vitesse. Vernissage, contemporain…
"Bien sûr ! accepté-je sans plus de réflexion dérisoire, Avec plaisir, j'adore l'art !"
Il m'offre un sourire ravi qui compense mon mensonge éhonté. Notez bien que je connais la Joconde et…. le ciel d'été de Van quelque chose ?
Oui, ça devrait suffir.
OoOoOo
On fait de grands gestes des mains pour dire au-revoir à nos amis de Uagadou à bord du bateau qui décolle pour leur long voyage de retour et alors qu'ils rétrécissent dans le ciel, nous rabaissons nos bras en concert. Je pousse un soupir.
"J'me sens un peu triste…," avoué-je.
Finies les visites dans Salem et finis les goûters… c'est fou comme on prend vite le rythme. Sib rit et enroule un bras autour du mien alors qu'on fait volte-face pour rentrer dans l'enceinte d'Ilvermony.
"On fait un truc ce soir ? proposé-je à la cantonade.
-Et comment ! me rejoint Murdock. Ça fait trop longtemps qu'on a pas été boire un canon ! Vous étiez toujours en rencard avec joli-coeur…
-Tu peux parler ! rétorqué-je. Ces derniers temps, tu squattes encore plus l'appart de Sib que Nialh, c'est dire…"
Il fait mine d'être outré par la teneur de mes propos mais il n'a pas l'audace de contester leur véracité flagrante. Je lui lance un regard pas peu fier de moi avant de chercher Valérian des yeux. Je le trouve un peu plus loin à discuter avec Mrs Peters et Cornelius.
"Pour ma part, je ne pourrai pas venir, nous apprend Wanda, j'ai un rendez-vous. Galant.
-Ah ouais ? fait Murdock avant de s'adresser à Sib, Tu m'avais caché que ton frangin avait craqué pour notre divinatrice !
-Oh non, conteste l'intéressée en adoptant un air hautement satisfaite d'elle-même, Nialh est beaucoup trop immature pour moi… j'ai réalisé que je préfère les hommes plus âgés.
-T'as un nouveau copain, du coup ? demandé-je piquée par la curiosité.
-Oh, je ne vais pas te le présenter ! s'offusque Wanda instantanément. Hors de question que tu me le piques, celui-là !"
Je ris de son entêtement à me prendre pour la déesse de la séduction et décide de la taquiner en insistant :
"Oh alleeezzz…
-Non !" refuse-t-elle tout net.
Je pouffe. Elle est vraiment trop marrante !
"Et du coup, tu l'as rencontré où ? l'interroge Sib.
-Il est apothicaire dans le centre-ville de Salem… et il dit qu'il a eu le coup de foudre pour moi dès que j'ai passé le pas de sa boutique.
-C'est tellement romantique !" complimenté-je.
Elle me nargue des yeux l'air de dire "Et Valérian, il a eu le coup de foudre pour toi ? Je crois pas !" avant que Sib lui demande son nom et c'est avec des étoiles dans les yeux qu'elle répond :
"Célestin."
OoOoOo
Je suis fixée avec perplexité devant une banane géante d'un rose vif qui lévite au beau milieu de la pièce tout en tournant lentement sur elle-même et je me pose une question très sincère…
Qu'est-ce que c'est que ce binz ?!
Autour de moi, tout le monde parle tout bas et fait des "oh" et des "ah" dans la lumière tamisée de la grande pièce aux trois-quart vide, tandis que j'aimerais juste trouver quelqu'un à qui demander "pourquoi ?". Et il n'y a même pas de petits écriteaux descriptifs pour nous livrer le contexte de chaque œuvre comme dans les musées ! Ou même, je ne sais pas un guide touristique !
On est vraiment censé comprendre le sens d'une grosse banane volante au milieu du salon ?! Et je n'ose évidemment rien demander à Valérian qui observe tout avec l'intérêt muet des spécialistes… tout à l'heure, j'ai fait l'erreur de m'interroger à voix haute sur une voiture moldu qui fondait en permanence pour se reconstituer en boucle et il m'a répondu le plus simplement du monde qu'il s'agissait de la surconsommation, ou bien du cycle de vie d'un objet, ou je ne sais quoi. A vrai dire, j'ai déjà oublié la réponse ! Il m'a aussi cité des noms d'artistes visiblement très connus, vu le ton qu'il a employé, qui sonnaient plus comme des sortilèges… du genre Avada Kedavra… brrr, j'en ai encore des frissons !
Mais il est parti, il y a cinq minutes, en me promettant de revenir vite et j'ai beau regardé dans tous les coins de la galerie, je ne le vois pas revenir…
Bon…
Je reporte mes yeux sur la banane et tends le bras pour essayer de la toucher quand la voix de Valérian prononçant mon prénom me fait sursauter et je me retourne comme si on venait de me prendre la main dans le sac. J'avoue, j'avais un peu faim et je me demandais si y'avait moyen d'en chiper un morceau discretos.
Il n'est pas tout seul, une jeune femme est à ses côtés et sa vision me frappe aussitôt. Elle est magnifique, tant que je papillonne un moment des paupières comme pour chasser le mirage de ma vision, mais elle reste là, bien réelle. Elle est presque aussi grande que Valérian, qui fait un bon mètre 90, et une longue chevelure blonde encadre gracieusement son visage aux traits parfaits.
Ses yeux tombent à mes pieds avant de remonter le long de ma silhouette comme pour me scanner tandis qu'un sourire s'agrandit sur ses lèvres charnues, et statufiée, je lance un regard oblique vers Valérian qui paraît s'amuser très légèrement de la situation.
"Euh…, commencé-je.
-Je vois que tu ne l'as pas plus prévenue que moi ! devine l'inconnue à l'attention de Valérian.
-Ce n'est pas une affaire de ministre, minimise Valérian avec un sourire en coin, Anak, je te présente ma grande sœur, Laureline.
-Oh ! réagis-je avec surprise. C'est vrai ?"
La question m'a échappée sournoisement alors que je me remets avec maintes difficultés de cette stupéfiante information et un rire mélodieux émane d'Emilienne dont la beauté s'explique instantanément. Evidemment… c'est une vélane. Et à croire mon coeur qui me fait souffrir comme si je sortais d'un semi-marathon, ce n'est vraiment pas bon pour ma tension d'être face à leurs deux auras vélaniens en même temps. J'ai même des sueurs froides et la gorge sèche… Faut que je m'hydrate au plus vite où la prochaine œuvre d'art du coin ce sera moi dans le coma !
"Enchantée, Anak, me dit celle-ci en tendant une main amicale, je suis ravie de faire ta connaissance, je n'ai entendu que le plus grand bien à ton sujet."
J'accepte avec empressement la main tendue tout en riant nerveusement.
"Je… moi aussi."
Pas du tout. Je ne sais pas d'où me sort ce mensonge. Je ne savais même pas qu'il avait une sœur, ou même une famille d'ailleurs ! Je vois Valérian qui rit sous cape, très, très loin de me venir en aide… tiens, ses tendances sadiques ressortent enfin ! Je me demandais bien où elles étaient passées !
"Laureline est la coordinatrice de la galerie, m'apprend Valérian.
-C'est… impressionnant !" dis-je.
Bien que j'ignore complètement ce qu'un tel métier peut bien impliquer, mais le mot m'a l'air compliqué comme tous ceux associés aux carrières prestigieuses.
"Comment tu trouves l'expo ? m'interroge Laureline. On redoute un peu le retour du public sur celle-ci…
-J'adore ! assuré-je avec emphase. C'est tellement intriguant et… inspirant ! C'est la plus belle expo que j'ai vu de ma vie !
-Vraiment ?
-Ah oui, oui ! La meilleure !"
Et surtout, la seule et l'unique.
"Fantastique ! se réjouit Laureline avant de se tourner vers son frère, dis donc, tu l'as très bien choisie… une amatrice d'art !
-Le contraire aurait été rédhibitoire," plaisante mon copain.
De nous trois, c'est moi qui ris le plus fort mais il est vrai que je grince légèrement des dents. Est-ce que c'est le bon moment pour sortir les seules noms d'artistes que je connais pour essayer de me couvrir ? Du Picasso, du Dali ?
Hm, non, gardons ça pour plus tard…
Oui, voilà, en cas d'extrême, extrême urgence.
OoOoOo
"Oh, voilà le prince," nous accueille Chad.
Et il quitte même l'arrière du comptoir du bar pour saluer Valérian qui attire de son pouvoir magnétique toute l'attention du bar par sa seule présence. Je tente de faire discrètement signe à Chad de ne pas trop en faire mais alors qu'il appuie sa hanche contre le comptoir pour reluquer sans gêne aucune Valérian, je sais que c'est peine perdue. Moh bondit aussitôt sur l'occasion, se pendant presque à l'épaule de Valérian qui est d'une indulgence littéralement stupéfiante face à mon frère qui n'a pas fini de me surprendre - il a même accepté de faire un selfie avec lui pour approvisionner son compte insta-, et confirme les propos de Chad :
"Lui-même !
-Je ne pense pas mériter le titre de prince, débute Valérian et je l'interromps :
-Ne prends rien qui ne sort de la bouche de Chad au premier degré.
-Merci de faire les présentations, Nanouille, apprécie Chad, et qu'est-ce que je sers à sa majesté ?
-Un rhum-coca ! Tout passe par moi, je suis sa gouteuse, plaisanté-je.
-Moi qui attendais une occasion de t'empoisonner, rétorque Chad, prenez donc place dans mon humble demeure…"
Et l'on s'assoit comme à notre habitude sur les tabourets de bar pour pouvoir faire la causette à Chad pendant qu'il nous alcoolise. Moh commande une bière-au-beurre tandis que Valérian demande un kir cassis. Les deux collègues de Chad essayent de piquer la préparation du kir bénit pour avoir le privilège de servir le seul vélane des environs, mais Chad les envoie bouler en les informant que c'est chasse gardée tout en me lançant un clin d'oeil de solidarité et que Valérian ne sait plus où se mettre.
"Ne fais pas gaffe à ces nymphos, le rassure Chad en lui présentant son kir, elles ne savent pas se tenir !"
Il a le droit à un lancé particulièrement précis de torchon qui lui atterrit en travers de la figure de la part d'une de ses collègues et des gloussements de la seconde.
"Preuve à l'appui, continue-t-il en se débarrassant du torchon. Après, on ne peut pas leur en vouloir… la majorité de nos clients sont des quadra divorcés et alcooliques, alors, bon qu'elles se jettent sur le premier vélane venu, ça peut se comprendre !
-Bon, Chad, il arrive mon rhum-coca ?" le pressé-je pour couper court.
Valérian me remercie d'un regard et j'enveloppe sa main posée sur sa cuisse de la mienne pour lui partager mon soutien.
"Je ne te pensais pas si possessive, Nanouille, remarque Chad en empoignant la bouteille de rhum, tu remontes dans mon estime.
-Bon, parlons des vrais sujets, s'impatiente Moh, comment était votre rencard d'hier ?!
-Génial ! m'excité-je. J'ai rencontré la grande sœur de Valérian !
-Woooow ! réagit Moh, Faudra qu'on fasse une réunion de famille au plus vite !
-C'est la même mais en meuf ? s'intéresse Chad en faisant glisser ma boisson vers moi, Parce que c'est vrai que j'ai une préférence pour les mecs, maaiiiis…
-Elle est mariée avec deux enfants, le coupe Valérian avec toute la simplicité du monde.
-Je suis pas contre le partage, prétend Chad.
-Mytho," le vendé-je.
Il rit à mon accusation mais n'en rajoute pas davantage, se concentrant sur la préparation de la bière-au-beurre de mon frère qui n'a qu'une idée en tête :
"Et comment c'était l'expo ? m'interroge-t-il. C'est instragamable ? Ca vaut le coup que j'y aille ?
-Une expo d'art ? s'enquit Chad en me regardant avec indignation, t'es allée à une galerie d'art alors que t'en avais rien à foutre de mes croquis ?!
-Euh…, fais-je, piquée, ça n'a rien à voir…
-Mon cul que ça n'ait rien à voir ! T'arrivais même pas à faire semblant de t'intéresser à mes dessins et tu trouvais toutes les excuses pour pas m'accompagner aux expos !"
J'essayais de faire comprendre à Chad d'une grimace d'arrêter de parler mais j'oubliais que lui demander de se taire revenait à essayer de faire avancer un éléphant qui a une envie de sieste. Je tourne un regard gêné vers Valérian qui m'inspecte comme pour tirer le vrai du faux…
"C'est vrai ? me demande-t-il alors. Tu n'aimes pas l'art ?
-Bah si… j'aime bien Picasso ou…, improvisé-je, Dali ?"
C'était une situation d'extrême, extrême urgence mais à la tête qu'il fait, je crois que j'ai surévalué mon joker…
"Et attends un peu qu'elle te parle de la Joconde, intervient Chad goguenard en direction de Valérian, tu vas pas revenir du niveau d'expertise…"
Putain, enfoiré…
La Joconde, c'était la dernière carte dans ma manche.
