ARC II - LA POUSSE
CHAPITRE 14
« So little time
Try to understand that I'm
Trying to make a move just to stay in the game
I try to stay awake and remember my name
But Everybody's Changing, and I don't feel the same » — Everybody's Changing, Keane
La peur est une émotion bien étonnante.
Le plaisir réveille la moindre parcelle de peau, la joie transforme chaque bouffée d'air en expérience précieuse, la tristesse enveloppe dans sa lourde étreinte, la colère teinte de rouge la vision…
Mais la peur, elle, préfère être imprévisible. Pour Ron, la peur candide des araignées avait pris le visage mourant de son père à St Mangouste. Pour Hermione, l'anxiété de ne pas rendre ses parents fiers — les notes, c'était la seule chose qu'ils pouvaient comprendre de Poudlard —, de ne pas avoir de quoi compenser sa petite naissance et se trouver une place dans la société sorcière, la poussait à dépasser ses limites et affûter sa mémoire. C'était l'appréhension qui avait nourrit la bravoure de Neville de se dresser contre ses amis qui courraient sans réfléchir dans la gueule d'un chien à trois têtes. La crainte du rejet, elle, avait essayé de tourmenter Luna, mais elle avait fait de la solitude une amie. Les cauchemars de retrouver un jour leurs parents Moldus sans défense, attaqués par des Mangemorts, avait convaincu de nombreux élèves de fuir loin avec eux, très loin.
La peur développe les volontés, pousse à choisir.
Mais, parfois, la peur trouve un cœur confortable où s'installer durablement, et l'empoisonne. Alors, son hôte se retire loin des battements de cœur insupportables, dans une zone de confort où rien ne vient nourrir la peur. Cette zone rétrécit jour après jour, grignotée par l'angoisse, rongée par l'aide contre-productive — "je vais le faire pour toi si ça te stresse tant !" —, dévorée par le désespoir, et, plongé dans un cercle vicieux, l'hôte perd toute volonté.
Harry aurait pu tomber dans ce piège. Chaque été, cette menace planait au dessus de lui, et gagnait, parfois.
A Poudlard, il tenait pourtant l'angoisse en respect, lui faisant face avec entêtement, mettant volontairement ses pieds de plus en plus loin de sa zone de confort, dans un affront personnel.
Il cherchait les ennuis comme s'ils étaient des remèdes. Alors, les yeux fixés sur le petit grimoire récupéré au grenier des Black, Harry combattait l'habituel nœud dans sa poitrine.
« ᛏ », répétait-il au point que le son avait perdu son sens, la litanie devenue berceuse.
Sa voix, aussi douce qu'un murmure, fut stoppé par la brise froide qui secouait les grands sapins au loin, sur les collines de Poudlard. Il frissonna. Assis sur un des larges rochers plats face au lac, Harry observait la glace et le givre fondre un peu plus chaque jour. L'air se réchauffait, mais ses mains étaient aussi gelée qu'à Yule. Il les protégea dans les larges poches de sa robe aux broderies vertes, qu'il aimait beaucoup porter aux heures où l'uniforme n'était pas obligatoire Sirius avait bon goût. S'il avait bien cerné l'importance qu'accordait Harry au confort, il lui avait élégamment démontré que ce besoin ne s'accompagnait pas nécessairement de pulls informes et de joggings délavés.
Plusieurs semaines avaient passé depuis les vacances d'hiver, et son parrain lui manquait. L'ambiance à la demeure des Black était rarement au beau fixe pour tous ces habitants, mais quitter cette grande maison, tout en hauteur et tout aussi étrangement agencée que le Terrier, lui avait laissé un goût doux amère. Mais il respirait mieux ici. C'était avec plaisir qu'il avait retrouvé les immenses et tortueux couloirs de l'école, les cent quarante-deux escaliers, et les différentes aires du château, tantôt étroites et seulement éclairées de torches, tantôt grandioses aux plafonds enchantés, moulures en marbre, et chandeliers finement forgés.
Il y respirait mieux, parce que quelque chose à Grimmaurd lui rappelait son placard.
Face à la vaste étendue des plaines écossaises, ses poumons se gonflèrent d'air pur, et Harry se promit d'écrire plus souvent à son parrain.
Son regard se baissa à nouveau sur son livre.
Tyr est l'Ase manchot
et reste du loup
et prince des temples.
Harry avait chipé quelques vieux examens d'Hermione, la seule ayant eu la curiosité de prendre Étude des Runes. Et il osait ça et là poser quelques questions à Ron sur les coutumes et contes sorciers, qui répondait sans grande passion. Draco lui, en aurait parlé des heures s'il l'avait lancé le sujet, trop content de pouvoir disserter sur les variations des mythes et l'éclectisme des croyances sorcières, mais Draco…
Harry soupira et rangea ces pensées dans un coin de sa tête, revenant sur son exercice.
Le Seidr avait un coût, il le sentait dans son corps, mais chaque jour le rapprochait du moment où il serait prêt à accomplir ce pour quoi il avait survécu, cette nuit de Samhain mille neuf cent huitante-et-un.
Snape lui répétait régulièrement qu'une prophétie n'était pas exacte, qu'elle était soumise à interprétation, que sa victoire sur le Seigneur des Ténèbres pouvait se comprendre en terme métaphorique, qu'il ne devait pas s'imaginer le vaincre seul, qu'il aurait simplement un rôle à jouer dans l'Ordre...
Et pourtant, il refusait toujours de lui révéler les phrases exactes de la prophétie, ni comment il en avait eu connaissance.
Tu te déconcentres.
Harry reprit sa litanie, sans bien comprendre quelque chose à l' « enseignement » qu'il était sensé en tirer.
Tyr est l'Ase manchot
et reste du loup
et prince des temples.
Il poussa un bruyant soupir et se frotta les yeux.
Snape était un très mauvais pédagogue. Il lui avait tout juste expliqué que chaque rune était liée à un poème, et qu'ensemble ils formaient une histoire, un parcours initiatique. Mais ce genre de réflexion, c'était pour Snape et ses expériences douteuses, pour Hermione et sa finesse d'esprit, pour Draco et son éducation raffinée, pour Ron et ses stratégies astucieuses, pas pour lui… Harry se sentait si lourdaud, juste bon à foncer dans le tas sans réfléchir.
Fatigué, il cessa sa psalmodie et, sur un coup de tête, oublia ses réticences à la magie corporelle et choisit la facilité.
« Diffindo », murmura t'il avec précaution.
Comme sous une feuille de papier, sa peau s'ouvrit finement. Harry pressa le dos de sa main légèrement blessée contre le petit disque poli qu'il portait au poignet. Charlie avait ramené des bijoux enchantés en bois de hêtre de Roumanie à toute la famille (Harry avait rougit de plaisir en s'en voyant offrir un et le dragonnier lui avait ébouriffé les cheveux, attendrit). Il avait très vite trouvé une utilité au bracelet.
« ᛏ », répéta t-il en étalant une goutte de son sang sur le rond de bois, et Harry fut surprit que l'invocation fonctionne soudainement si bien.
(S'il avait pris l'option Étude des runes, ou s'il avait parlé allemand, il y aurait apprit que le bois de hêtre était le bois sur lequel les anciens sorciers gravaient leurs runes) (d'où l'autre nom de ce bois, 'fou', que Harry aurait peut-être su s'il parlait l'ancien français) (mais comme il n'avait pas pris l'option Étude des runes, et qu'il ne parlait ni allemand, ni l'ancien français, Harry ne comprit pas pourquoi son invocation fonctionna si bien).
Une petite boule de lumière, pas plus grosse qu'une luciole, se fraya un chemin hors des nervures de l'amulette. Charmé, Harry sourit et l'observa tournicoter autour de lui, avant de la saisir d'un agile mouvement de poignet.
Le grimoire de Þuríðr Sundafyllir insistait sur l'importance d'être clair dans ses attentes concernant les invocations. S'il ne s'était pas trompé dans son intention, Harry avait convoqué un Vörðr, un gardien créé des forces de vie environnantes. Mais les varðir n'avaient — d'après la vieille sorcière — aucun discernement. Il lui fallait être précis. Très précis. Il avait bien retenu les enseignements de Monsieur Weasley.
Harry entrouvrit délicatement ses mains et chuchota à la petite lueur captive dans la prison de ses doigts :
« Apparais à chaque fois que je t'appellerai en frottant cette amulette. Tu me donneras de l'énergie, que tu trouveras où tu peux, mais » son ton devient plus sérieux, comme s'il menaçait un enfant turbulent, « fais en sorte de ne blesser personne. Ni humain, ni créature, ni animal. »
Méfiant, Harry réfléchit aux éventuelles failles dans sa demande, puis relâcha le gardien. Sans attendre, la petite boule d'énergie s'approcha de la fine plaie et guérit sa main sans laisser de cicatrice.
Satisfait, Harry se releva et se dirigea vers le château sans regarder en arrière.
A ses pieds, une fleur de crocus avait soudainement flétrit.
Tyr est le dieu manchot
Souvent, le forgeron doit souffler.
Ils avaient décidé de fragmenter leurs leçons : dix minutes d'occlumancie au début, dix minutes d'occlumancie à la fin, et quarante minutes d'étude magique entre les deux.
Parfois, Snape le laissait simplement lire son livre ou psalmodier des runes à voix basse. Rarement, il se penchait par dessus son épaule pour lui préciser de lui-même certains détails. Le plus souvent, il le toisait d'un regard indéchiffrable et exigeait qu'il lui restitue ce qu'il avait apprit.
Ce samedi, le matin frisquet poussait Harry à se blottir dans son épais manteau qu'il essayait de ne pas salir avec les miettes de tarte à la mélasse que Snape le forçait à engloutir sous son œil vigilant. Harry avait vite pris l'habitude d'être accueilli dans ses quartiers par une pâtisserie posée sur la table basse. Une fois, Harry avait raillé son professeur d'un « je ne suis pas le seul à avoir besoin de grossir un peu » mais un regard glacial l'avait vite fait avaler son pudding. Il tenait de son autre main son grimoire mais son regard s'était perdu dans le petit arbre mort encapsulé sur l'étagère au dessus de l'âtre.
« Quand est-ce que je pourrai commencer la métamorphose animale ? »
Snape, assis sur le canapé, corrigeait ses copies en risquant la casse de sa plume à chaque rature acerbe. Les manches de sa robe déboutonnées et roulées sur ses avant-bras dévoilaient la Marque et quelques tâches d'encre rouge.
« Le Voyage de l'Hamr, il ne s'agit pas de métamorphose », le corrigea Snape d'une voix absente. Après avoir fait craquer ses doigts, il fit voleter l'impressionnante pile de parchemins sur son secrétaire et s'installa plus confortablement.
« Oui, oui. Mais sans l'avoir pratiqué, je ne vois pas bien l'intérêt de… Voyager, dans un combat.
— Tu t'entraînera bien assez tôt. Je veux d'abord que tu comprennes bien la théorie, c'est important pour ne pas se perdre.
— Sans vouloir vous offenser » les lèvres de Snape tressautèrent « peut-être que vous devriez… me l'expliquer ? La théorie ? »
Son professeur le fixa de longues secondes, et Harry aurait pu jurer qu'à l'exaspération se disputait l'amusement.
« Je suppose que les théories de l'esprit ne sont plus enseignées à Poudlard depuis bien longtemps… Chaque culture a sa façon de conceptualiser la magie, l'esprit, ou encore l'âme », commença à expliquer Snape de son ton professoral. « Chez les scandinaves — puisque la magie que vous étudiez vient de là — la conceptualisation de ces différents domaines est répartie en cinq corps. Après le corps physique, nous aurions en premier lieu un corps éthérique, le Vörðr. Il s'agit de la force vitale, que possèdent tous les êtres vivants, c'est la plus petite matérialisation de l'esprit. Ensuite viendrait le corps astral, le Hamr, c'est à dire la conscience, le sens de soi, que tous les animaux — humains compris — partagent. » Snape leva son regard sur lui, vérifiant qu'il l'écoutait bien. « Puis, les ouvrages parlent du corps mental, le Hugr, un niveau de conscience plus élevé, la psyché, l'intellect. Et enfin, le corps spirituel, ou l'âme, le sacré en chaque personne, le Ánd. »
Harry chipa un bout de parchemin sur la table basse et conjura un petit crayon de papier pour noter ces précieuses informations, sous l'œil appréciateur de son professeur.
« Libérer le Hamr, ou Voyager, est un art peu enseigné de nos jours, à part à Durmstrang et Uagadou.
— Je croyais que les élèves de Uagadou étaient des Animagi ? se rappela vaguement Harry.
— Certains étudient également le chamanisme », rajouta Snape, d'un ton effacé. Son attention déjà repartie.
Harry ne posa pas plus de questions, ne souhaitant pas embrouiller son esprit davantage. Le Potionniste, lui, abandonna ses copies pour extirper un livre dans ses étagères chargées, et se plongea dans Asanbosam et Sasabonsam, typologie des vampires d'Afrique de l'Ouest avec un visage concentré. Harry reporta son attention sur son propre ouvrage.
Après ce qui lui paru être seulement quelques minutes, un rayon de soleil s'échappant de la petite fenêtre enchantée l'éblouit et le gêna dans sa lecture. Il était presque midi, il n'avait pas vu le temps passer.
« Je vais dans la Grande Salle », indiqua Harry à voix basse. Debout, il replaça correctement son manteau sur ses épaules et hésita quelques instants. Snape était voûté au dessus de son livre et ne lui adressa qu'un vague mouvement de main qu'il interpréta comme une autorisation à prendre congé. Il chercha en vain le regard de l'adulte et quitta les appartements.
« Tu ne manges pas, Harry ? » fit soudainement la voix de Ron.
Il rouvrit les yeux. Contractés sur sa fourchette et son couteau, les jointures de ses doigts viraient au blanc et le crissement des couverts sur son assiette bien entamée le ramena brusquement à la réalité.
« J'ai entendu dire que Fred et George vendaient des Plumes à Réponses Intégrées… »
Harry ignora la voix plaintive de Lavande accoudée à la longue tablée des Gryffondor et cligna plusieurs fois des yeux. Quand était-il arrivé dans la Grande Salle ?
« Je ne comprends pas ceux qui trichent, si tu dois tes BUSE à un Rapeltout ou à une Manchette Copieuse, alors… alors ça ne veut rien dire ! Il n'y a aucune fierté à en tirer, ça ne représente pas ton niveau », rétorqua Hermione en se rongeant les ongles.
Il desserra les mains. Elles étaient moites. En s'essuyant les paumes sur les pans de son manteau, Harry parcouru du regard l'immense pièce en tâchant de se rappeler des dernières minutes qui semblaient s'être effacées de sa mémoire, sans succès.
« Tout le monde n'a pas ton niveau, Hermione, c'est facile pour toi », répliqua sèchement l'autre jeune femme, lâchant le fanion rouge et or qu'elle avait déjà préparé pour le match du jour.
Harry entendit distraitement un « facile ? » estomaqué mais la suite de la réponse se noya dans l'acouphène qui lui limait le cerveau comme un fin fil de fer.
Attablé un peu plus loin, Draco semblait rédiger un devoir — sûrement le dernier de Métamorphose, vu son air dépité. Le Serpentard se tenait à l'écart des autres élèves, ce qui intrigua Harry. Ce n'était pas très visible — les tables avaient beau être longues, il y avait beaucoup d'élèves — mais personne n'était tourné dans la direction de l'héritier Malfoy, et personne ne lui adressait la parole, pas même Zabini ou Nott.
Harry et lui n'avaient pas échangé un mot depuis les vacances de Yule. Ce n'était pas faute de ne pas avoir essayé, mais Draco semblait déterminé à l'ignorer autant que possible. Ils avaient été placés ensemble par Snape pour préparer une potion d'Éveil. Il grimaça en se remémorant le sursaut qu'avait eu Draco quand Harry avait effleuré son bras gauche.
A la vue de ses cernes grises et de ses joues plus creuses, le ventre de Harry se tordit et il sentit une colère tout à fait déplacée devant l'évitement de Draco.
« Hermione a raison », ajouta Ron au débat en cours, attirant l'attention de Harry par une main dans son dos. « Les plumes à correction d'orthographe, c'est une chose, mais on ne triche pas sur ses connaissances. Si Percy n'avait pas eu ses douze BUSE honnêtement, ça se serait vu au ministère, ils auraient vite compris qu'il ne savait pas ce qu'il foutait là et il aurait eu l'air complètement idiot. »
Fred ricana quelque chose qui ressemblait à un « pour ça, il n'avait pas besoin de tricher » mais Ron ne l'écouta pas, fixant ses yeux bleus sur les siens.
« Ça va Harry ? » chuchota t-il en pressant un peu plus sa main au creux de son dos. Harry se surprit à s'appuyer sur ce contact. La main chaude de son meilleur ami était comme un arbre solide qui l'aidait à revenir pleinement à lui.
Je suis là, pensa t-il avec un étrange soulagement. Je suis là.
« Oui, j'ai juste mal à la tête », expliqua t-il en se pressant les tempes. Ron fronça les sourcils et sa paume dessina de petits cercles entre ses omoplates, un réflexe qu'il avait hérité de ses parents.
« T'as eu des visions ? »
Le murmure du roux ne trouva pas d'écho, car un bout de parchemin atterrit avec un petit 'pop' à côté de son assiette. Intrigué, Harry s'en saisit avec un fol espoir. Le papier était de bonne facture, l'écriture, qu'il voyait par transparence, était élégante, ça pourrait être Draco… il le déplia et poussa un soupir déçu.
Messieurs Potter et Finnigan, ne croyez pas que votre retenue ait été oubliée.
Vous allez pouvoir utiliser votre énergie à d'autres activités que vos querelles intestines.
Rendez-vous mardi soir à l'orée de la forêt interdite.
Prenez des affaires chaudes et votre nécessaire à récolte.
Pr. Mensah
Harry fourra le mot dans la poche de sa robe et croisa le regard maussade de Seamus qui froissait son propre morceau de parchemin.
« Ça sera vite passé » le rassura Ron d'une dernière tape sur l'épaule.
Ron avait toujours eu un drôle de talent pour la divination.
La plupart des élèves avaient déjà quitté le château en trottinant gaiement au Sud-Est du domaine, vers le terrain de Quidditch, pour le match qui opposait Gryffondor à Poufsouffle.
Sous le jet d'eau d'une des cabines de douche de son dortoir, Harry, lui, laissait son dos devenir de plus en rouge. Il glissa ses doigts dans ses cheveux emmêlés et se massa le crâne avec un peu plus de force que nécessaire.
Je suis là.
Je suis là.
Je suis là.
Il n'avait pas assisté aux précédents matchs de l'année, par pudeur et par crainte de douter de sa décision d'arrêter le Quidditch. Mais Ron avait obtenu le poste de gardien, remplaçant Olivier Dubois, au grand étonnement de pratiquement tout le monde. Ses débuts n'avaient pas été des plus glorieux, mais Angelina Johnson était une capitaine aussi passionnée qu'Olivier et savait motiver ses troupes. Notamment à grand coup de pression morale et d'entraînements intensifs, mais c'était efficace. L'équipe de Gryffondor était pour l'instant en troisième place compte tenu des points accordés à leur maison depuis le début de l'année, et des autres matchs de la saison.
L'idée d'observer le match de sa propre équipe depuis les gradins lui laissait un désagréable goût en bouche. Mais il avait décidé d'affronter sa décision et d'encourager ses camarades.
Harry compta jusqu'à dix et ferma le robinet. Son regard se perdit dans les ondulations de l'eau qui se transformaient en spirales infinies, infinies, infinies, attirées par le siphon.
Là. Là. Là.
Ses poumons se remplirent d'air et il expira doucement, tâchant de contrôler les légers tremblements de ses mains. Les rêves, les visions et les séances d'occlumancie se mélangeaient. Les céphalées faisaient dorénavant partie de son quotidien, et l'effet de l'épuisement sur son esprit l'inquiétait.
Harry épongea ses cheveux et les sécha d'un coup de baguette. Les informulés lui étaient de moins en moins difficiles, son étude de l'ancienne magie l'aidant à mieux saisir son fonctionnement général. Son aptitude se développait au fur et à mesure qu'il apprenait à discerner la sensation de la magie à l'intérieur et autour de lui. Il commençait à en esquisser plus franchement les contours, la couleur, le parfum… avec un sens qu'il ne pouvait pas vraiment définir avec des mots plus justes.
Juste au moment où Harry finissait de s'habiller, la tête encore coincée dans son pull, Hermione débaroula dans son dortoir et éclata la bulle de ses pensées.
« Harry ? Harry tu es là ? Tout le monde te cherche !
— Hermione ! siffla t-il. Il faut vraiment que tu arrêtes de monter chez les garçons comme ça sans prévenir ! » gronda Harry, cachant vite son ventre à l'air et sa braguette encore ouverte.
La jeune femme leva les yeux au ciel, peu soucieuse de son intimité. Son expression amusée le fit sourire malgré lui. Elle dénicha dans la poche de sa cape un papier recouvert de son écriture serrée.
« J'ai fait des recherches sur tes visions », dit-elle avec des yeux brillants d'excitation malgré la gravité du sujet.
Sachant qu'un long monologue passionné et bien au dessus de ses compétences l'attendait, Harry capitula et s'attela à enfiler ses chaussettes tout en essayant de garder l'équilibre.
« Alors, bon — ses yeux bruns parcoururent ses notes — la plupart des livres sur le sujet parlaient de capacités de voyants et de médiums, mais c'est pas ton cas, donc j'ai essayé de trouver des choses plus spécifiques qui ne lient que deux personnes entre elles. C'était compliqué de savoir dans quelle session chercher, ça peut concerner tout et n'importe quoi, des potions aux sortilèges en passant par la défense... »
Il l'invita à poursuivre d'un petit hm-hm et s'appuya contre un des piliers de son lit, les bras croisés.
« …Donc j'ai divisé mes recherches en plusieurs domaines : ce qui se rapprochait le plus de ta situation c'était les possessions de fantômes et d'esprits frappeurs comme nous en avait parlé Remus, mais ce n'est pas vraiment ça. Il y avait aussi les maléfices qui enchaînent des esclaves à leur maître, ça j'ai pensé que c'était peut-être plus valable pour les Mangemorts — je pense que Voldemort a du leur jeter un sort semblable pour la Marque — et j'ai aussi trouvé un rituel à propos de bouts d'âmes placés dans des objets, mais là encore c'est pas ça. »
Harry déglutit, aucune de ses trouvailles ne le rassurait.
« Mais je pense que j'irai faire un tour à la Réserve, il doit bien y avoir des écrits à propos de legilimancie à distance ! Je pense que c'est dans cette direction qu'il faut se pencher ! »
Il frotta une main fatiguée sur son visage, attrapa son écharpe rouge-et-or et la passa autour de son cou.
« D'accord », marmonna t-il.
Hermione repartait déjà en direction des escaliers.
« Mince, j'ai oublié mon étendard ! » Elle s'arrêta subitement, puis fit demi-tour pour le serrer brièvement dans les bras. « Retrouve moi devant la Grosse Dame, je fais vite », murmura t-elle contre lui.
Harry profita du bref moment d'accalmie qu'elle lui laissa pour s'asseoir quelques instants sur son lit. Il admirait l'enthousiasme et la soif de connaissance d'Hermione, vraiment. Mais Harry était trop honnête pour se mentir à lui-même. Il avait un peu peur de ce qu'elle pourrait découvrir.
C'était un problème pour un autre jour. Harry remonta ses chaussettes — d'un charmant rouge décoré de petits serpents brodés, une plaisanterie de Sirius —, laça ses chaussures, attacha sa baguette à son poignet, et descendit les marches de la tourelle des dortoirs pour retrouver la sorcière la plus brillante de sa génération.
Les deux amis descendirent les sept étages qui les séparaient du sol de Poudlard et trottinèrent dans le parc. Les arbres nus avaient une allure lugubre, et de la buée s'échappait de leurs lèvres. Mais le brouhaha des gradins réchauffait l'atmosphère.
« Il y a des places au milieu, viens », dit Hermione en le tirant de sa main libre, l'autre agitant en l'air son drapeau encourageant leur maison.
Harry distingua Neville et Lavande dans les tribunes, au milieu d'une marée de Gryffondor. Quelques touches de bleu et de vert — pas énormément, mais tout de même — coloraient aussi la foule de ce côté des gradins. Padma était aux côtés de sa sœur, supportant aussi son équipe, pour l'instant. Ils s'assirent devant elles et Harry essuya ses lunettes avec son écharpe pour mieux voir le terrain.
« Je suis flatté, mais je sais me tenir, vous êtes pas obligée de toujours vous mettre à côté de moi », rouspéta Lee Jordan derrière son mégaphone doré, plus loin. McGonagall haussa un sourcil.
« C'est chouette que tu sois venu Harry, souffla Padma en se penchant derrière lui.
— Enfin », rajouta Parvati d'un ton sec.
Harry fit un petit sourire crispé à Padma et évita le regard de Parvati, encore un peu mal à l'aise avec elle suite au fiasco du bal de Yule, l'année passée.
« Regardez, ils arrivent ! »
Les élèves tendirent le cou pour observer les quatorze joueurs avancer vers le milieu du stade. Les membres de la chorale commencèrent à taper dans leurs tambourins, en bas de l'estrade des professeurs. Depuis l'arrivée de Ginny comme nouvelle attrapeuse, l'équipe de Gryffondor était maintenant fortement colorée d'orange, entre les Weasley et Katie Bell. Harry les suivi du regard et sentit l'excitation du match le gagner.
Zacharias Smith et Angelina se détachèrent des deux groupes pour se serrer la main et chacun enfourcha son balais. Madame Bibine siffla et les deux équipes frappèrent le sol, décollant dans les airs plus ou moins rapidement, selon la qualité du bois. Enfin, l'arbitre relâcha les balles dans le ciel et les joueurs fusèrent dans des directions différentes.
« Cinq Gallions que Finch-Fletchley ne touchera pas un Cognard correctement une seule fois du match — oups, j'avais oublié le micro — et c'est Alicia Spinnet qui s'empare en première du Souafle ! Belle entrée en jeu ! » s'enthousiasma Lee alors que McGonagall se pinçait déjà l'arrête du nez.
L'épaisse tresse de la poursuiveuse voletait avec force dans son dos. Contre la vitesse, elle évita de peu les batteurs de Poufsouffle et fit une passe à Katie qui fut vite encerclée par les joueurs adverses.
« Aïe ! Un bon Cognard lancé par Macmillan ! Mais Bell réussit à se redresser sur son balais ! Quelle allure ! Ah, et évidemment, Cadwallader se prend son propre balais dans l'œil, le crétin.
— Monsieur Jordan…
— Pardon Professeur McGonagall, je voulais dire que Cadwallader est, comme chacun le sait, un petit peu limité intellectuellement.
— Jordan, votre rôle est de commenter le match avec objectivité, pas de vous moquer de vos camarades !
— Très bien, très bien, Cadwallader a tenté un Plongeon de Dionysos à l'exécution un peu douteuse, figure qui a manqué de se transformer en faute lorsqu'il a tenté — sans succès —d'attraper le balais de Bell pour se stabiliser, puis Cadwallader a perdu l'équilibre et son balais s'est retrouvé planté dans son visage, ce qui pourrait arriver à tout le monde, bien entendu ! »
Harry pouffa en entendant la remontrance de McGonagall et s'aperçut que Ginny voletait un peu partout entre les joueurs, sûrement à la recherche du vif d'or. Il fit une petite moue désapprobatrice.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Hermione.
— Elle gigote trop, commenta Harry d'un air concentré. Un attrapeur trop statique ou trop mouvant c'est pareil, c'est une mauvaise tactique. Le mieux c'est d'alterner, de garder son œil mobile mais d'avoir une bonne vision d'ensemble pour ne pas le rater…
— Il faudrait que tu lui donne des conseils, proposa Ritchie Coote, accoudé sur ses genoux, le cou tiré vers le terrain.
— C'est une bonne idée, confirma Parvati, à la surprise de Harry. Sans toi dans l'équipe, on a du mal à garder la coupe, et McGonagall ne veut surtout pas qu'elle retourne chez Serpentard… »
Harry chercha des yeux la silhouette de Draco, de l'autre côté des gradins, mais il ne distingua pas sa chevelure blonde.
DING
« Mince, Poufsouffle marque ! Dix zéro pour Poufsouffle ! »
En se moquant du violet qui cerclait son œil gauche, Cadwallader brandissait son poing en l'air, fier de son but, et ne vit pas venir le Cognard envoyé par George dans son dos.
« Voilà une TRÈS BELLE RÉPONSE de Weasley numéro deux ! En plein dans son nouveau Comète 270, j'espère qu'il est cassé — je plaisante professeur. »
George tira la langue à son ami et frappa dans la main de Fred qui volait vers lui.
« Oh c'est pas vrai… »
Harry fronça les sourcils et suivit le regard courroucé d'Hermione. De l'autre côté du terrain, les supporters de Serpentard — et quelques Poufsouffle — semblaient chanter à tue-tête.
« Weasley est notre roi, il laisse le Souafle entrer tout droit, Weasley est notre roi ! »
Il avait entendu dire que les Serpentard s'était bien moqués de Ron au dernier match. Il s'était même disputé avec Draco à ce sujet — qui avait juré n'y être pour rien, mais le petit sourire mesquin de son petit-ami l'avait très peu convaincu. Reportant son regard vers les buts, il vit que Ron se tenait droit et ignorait la chanson.
« Spinnet récupère le Souafle, passe à Johnson, Finch-Fletchley file vers Johnson… »
Un sifflement strident retentit et le balais de Madame Bibine fila dans les airs. Elle criait sur le batteur de Poufsouffle.
« Qui veut jouer à Qui Suis-Je ? 'Je suis une faute qui commence par un H'. Si vous avez deviné 'un Hochequeue désastreux et bien visible de Finch-Fletchley', félicitations ! Ben oui Finch, c'est ta batte qui est sensée être entre tes mains, pas le balais d'une ravissante adversaire. PENALTY !
— J'aimerais bien commenter le match un jour. Et c'est vrai qu'Angelina est très jolie », murmura Luna, à la gauche de Harry.
Il grimaça et jaugea l'immense tête de lion qui recouvrait ses cheveux blonds emmêlés, aujourd'hui parsemés de petites tresses en laine. Il ne voyait pas bien le rapport entre les deux commentaires de la Serdaigle.
DING !
« ET GRYFFONDOR MARQUE ! Grâce à une SUBLIME passe arrière de Johnson à Bell, dix à dix ! »
Harry observa le vol en piquet de Ginny, qui semblait bien décidée à pratiquer sa feinte de Wronski. Il devait bien admettre qu'elle se débrouillait bien, en vérité. Ses cuisses fuselées entouraient fermement son balais et ses cheveux roux volaient autour d'elle comme un feu ardent. Hermione lui donna un petit coup de coude.
Harry détourna le regard, les joues roses.
« Il va falloir que tu te décides », susurra Luna. Son regard était appuyé et Harry aurait pu jurer qu'elle en savait un peu trop sur ses déboires amoureux. A sa droite, Hermione surenchérit.
« Ron n'arrête pas de me dire à quel point ça serait merveilleux que vous soyez ensemble tous les deux, que tu es la seule personne à qui il ferait confiance pour être avec Ginny — ne le prend pas mal Dean — et caetera, et caetera. Ça devient un poil pénible. » Elle rajouta en baissant la voix : « Il va falloir que tu lui dises qu'il se fait des idées et que tu as déjà quelqu'un.
— Parle moins fort tu veux ? souffla t-il à Hermione. Je te rappelle qu'on a des pipelettes adoratrices de ragots à côté. » Il haussa le menton en direction de Parvati et Lavande.
Le visage de Harry se teinta franchement de rouge et il fit semblant de s'intéresser au match. Une joueuse venait de se prendre un violent Cognard dans le ventre et s'accrochait d'une main à son balais en tentant d'atterrir en sécurité.
« BRAVO ! Et un nouveau Cognard, de Weasley numéro deux ! Un joueur hors-jeu, un !» jubila Lee sous le regard désapprobateur, mais au fond ravi, de McGonagall.
Parvati et Leanne gloussèrent en faisant une blague mauvais goût sur la joueuse qui se tenait le ventre.
Ron bloqua un Souafle et Harry entendit la clameur des Gryffondor qui reprenaient Weasley est notre roi à leur avantage.
« Et si j'essayais de deviner de qui il s'agit ? » glissa Hermione.
Harry ricana. Qu'elle essaie.
« Pansy », proposa t-elle.
Il s'étouffa dans sa salive et fit de gros yeux à sa meilleure amie.
« Tu plaisante j'espère ?!
— C'est quelqu'un qu'on n'aimerait pas, c'est sûr ! » rétorqua Hermione d'un air goguenard.
Il se mordit la langue. Ron n'accepterait jamais, au grand jamais, Draco. Et Hermione… il ne se souvenait qu'avec trop de peine ses yeux pleins de larmes en première année, pas encore habituée à être insultée sur la « souillure » de son sang. Il se souvenait aussi de sa fierté quand elle avait décoché un coup de poing bien mérité dans la joue du Sang Pur.
C'était difficile d'apprécier Draco. Il lui avait fallut beaucoup de temps, de vulnérabilité, et de nuits blanches communes, pour percevoir les qualités sous son vernis méprisant. Ses traits d'esprit, son penchant espiègle, sa pudeur, la douceur de ses caresses, la complexité de leurs conversations, la force avec laquelle il le serrait contre lui, à l'abri des regards, comme s'il risquait de disparaître à tout moment. L'intensité de ses yeux gris. Ses dents sur sa nuque.
Harry prit une grande inspiration et croisa les jambes.
Le match se conclut rapidement. Ginny attrapa le vif d'or sous le nez de Summerby — Si Summerby est aussi doué pour repérer le vif d'or que pour repérer les regards en coin des filles, je comprends qu'il soit le seul à ne pas avoir compris ce que lui voulait Bones, avait commenté Lee—, et les acclamations des Gryffondor firent vibrer les gradins.
« LES GRYFFONDOR CHANTENT AVEC JOIE, WEASLEY EST NOTRE REINE, WEASLEY EST NOTRE REINE ! »
Harry sourit, la fierté lui réchauffant la poitrine.
« T'as vu Harry, c'était génial ! » cria Ron, le visage rouge et les yeux brillant. Le gardien de l'équipe voletait à faible allure au bord des gradins à ses côtés. Leurs camarades descendaient les marches dans un joyeux brouhaha.
« C'était brillant », confirma t-il avec un sourire sincère. « Quand tu as serpenté entre les anneaux pour repousser le Souafle, c'était—
— Ouais, je me suis entraîné au Double huit, je pensais vraiment pas y arriver, mais je l'ai fait ! Et Ginny s'est sacrément améliorée ! Enfin, j'ai hâte que tu reviennes, hein, mais— »
Il épargna le reste à Ron en lui serrant l'épaule dans une franche accolade.
Tous les deux déblatérèrent sur les différentes techniques à perfectionner et la meilleure stratégie à adopter lors du prochain match contre Serdaigle. Le doux soleil se couchait déjà, et Harry serra son écharpe contre son cou. Il jeta un dernier coup d'œil aux gradins presque vides, mais toujours aucun signe de Draco.
Près des vestiaires, le reste de l'équipe chantait à tue-tête et Angelina faisait tournoyer Ginny dans les airs. Ses yeux noisette débordaient de fierté et le rouge colorait ses pommettes rondes.
« T'étais super Ginny, bravo ! » Harry se souvenu des paroles de Hermione et compensa son compliment par quelques remarques et conseils que la cadette Weasley recueillit avec attention.
Les joueuses allèrent se changer dans l'espace qui leur était dédié, et Harry accompagna Ron et les jumeaux dans la partie des vestiaires qu'il connaissait par cœur. L'odeur caractéristique de l'adrénaline et de l'effort physique — rester en gainage sur un balais n'était pas reposant — le prit au nez et il se laissa porter par la nostalgie en observant la petite pièce. La petite encoche sur le banc, là, c'est lui qui l'avait faite, un jour où il s'était laissé tomber avec rage après une défaite contre Serpentard.
Fred et George se chamaillaient dans un coin, avec Lee qui les avait rejoint et imitait — plutôt bien — la voix cassante de McGonagall. Harry s'assit aux côtés de Ron.
« Comment ça se passe avec Hermione ? » lui demanda Harry sans réfléchir.
Harry, qui n'avait pas tendance à réfléchir au long terme, ne se doutait pas d'où cette conversation pouvait les mener. Ron, pour qui penser à plusieurs coups d'avance était une seconde nature, d'où son talent aux échecs, oui.
« Comme d'hab. Elle trouve que je pense pas suffisamment à la condition des Elfes de maison, aux discriminations des loups-garous, que je révise pas assez dur, et que je devrais commencer à réfléchir à quel métier je voudrais faire pour bien choisir mes ASPIC. » Il rougit et Harry se pencha pour mieux l'entendre. « Mais je la fait rire et penser un peu au présent… », l'entendit-il ajouter. « Elle sera ministre de la magie un jour, tu sais.
— Je sais », confirma Harry, qui prit tout juste conscience qu'il partageait sa conviction.
Ses pensées vagabondèrent vers son propre futur, très incertain, et celui de Draco, qu'il imaginait très bien travailler au ministère. Mais Ron avait une idée en tête.
« Et toi ? » Demanda le roux, l'air de rien.
Il détourna le regard des pitreries de Lee. Les yeux bleus de Ron étaient rivés sur ses lacets, et sa bouche se pinçait en une fine ligne.
Harry fit le choix de toucher l'eau avant de plonger.
« Pas grand chose de neuf… C'est bizarre, quand on y pense, qu'on ai demandé à Padma et Parvati de venir au bal avec nous. Tu te souviens comme Dean était fou, il ne comprenait pas qu'on ai réussit à les convaincre. » Ron sourit au souvenir. « T'osais pas demander à Hermione et au final tout le monde a passé une mauvaise soirée, surtout les jumelles.
— C'était horrible.
— C'est bête, ajouta Harry, on aurait pu y aller tous les deux, ça aurait été plus drôle. Comme Dean et Seamus. »
Son ami pouffa et lui donna un petit coup de coude.
« Dean était avec Ginny, le contra Ron.
— Hm, moi j'ai le souvenir qu'il préférait danser avec Seamus. »
Il vit du coin de l'œil Ron tourner la tête pour le dévisager, et, un instant, ils ne dirent plus un mot et restèrent immobiles. Seuls les bavardages de leurs trois camarades remplissaient l'air.
« Ils dansaient bien », dit Ron du bout des lèvres, finalement. « Avec qui tu aurais voulu aller au bal, toi ? »
Harry osa observer son ami, détaillant son expression. Les traits de son visage s'étaient détendus, et un petit sourire espiègle l'animait.
Il s'autorisa à respirer, rassuré, mais décida que l'eau lui faisait encore un peu peur, alors il ne répondit pas. Ron respecta son silence, et passa son bras autour de ses épaules avant de lui ébouriffer les cheveux.
« Tant que tu ne pars pas dresser des dragons à l'autre bout du monde toi aussi, tout me va », plaisanta t-il avec une petite gêne.
Oh.
Avec embarras, il rendit son étreinte à Ron et tous deux se mêlèrent à l'échange passionné des autres garçons — quelque chose à propos du Club de Flaquemare, mais ni Harry ni Ron n'écoutaient vraiment. La main chaude et contenante de Ron était toujours pressée entre ses épaules, et Harry se sourit à lui-même.
Un peu plus tard, alors qu'il trottinait avec le reste des élèves dans les grands escaliers — Rusard eu bien de la peine à faire taire les chansons à la gloire des vainqueurs —, il aperçut Luna qui se détachait du groupe pour rejoindre sa propre salle commune. Harry s'arrêta pour lui dire au revoir. Elle lui souhaita bonne nuit avant de se retourner vers Eloise Midgen, qui jouait distraitement avec les tresses étranges que Luna s'était faite pour le match. La blonde rit et rassembla sa longue chevelure en un chignon autour de sa baguette, puis glissa sa main dans celle de la Poufsouffle. Les deux filles s'éloignèrent et leur discussion avait le parfum du miel. Harry resta bouche-bée.
Oh…
Peut-être bien que Draco et lui n'étaient pas les seuls, finalement.
« C'est répugnant… »
Harry leva les yeux au ciel. S'il entendait encore une fois Draco se plaindre, que Merlin le protège... Mordant sa langue, il se concentra sur ses propres jusquiames qui s'étaient bien développées et nécessitaient un rempotage.
Le soleil, encore un peu faiblard, traversait les centaines de carreaux de verre de la serre arrondie. Les chaussures des élèves crissaient sur le terreau tombé des bacs en argile. Enroulées autour des voûtes de fer, des longues tiges de menthe poivrée embaumaient la salle de classe.
Cette atmosphère apaisante de lundi matin était néanmoins rompue par les chocs du couteau de son petit ami sur le plan de travail. Il allait détruire les racines de sa fleur à force de ses broyer.
« Passe-moi le machin, là », lui demanda Harry.
Draco haussa un sourcil.
« Le truc pour broyer.
— Le mortier ? » railla Draco.
Harry grogna et se pencha pour saisir le petit bol et le pilon. Leurs mains se frôlèrent et Draco tressaillit, mais il lâcha enfin son couteau pour se curer les ongles avec une expression indéchiffrable. Les rayons de lumière enveloppaient le jeune homme d'un léger halo, et Harry vit que le duvet de ses poignets était hérissé. Malgré la tâche salissante que leur avait confié Chourave, ses manches restaient serrées autour de ses avant-bras, et Harry se mordit encore la langue en les fixant.
Depuis la rentrée, les non-dits planaient entre eux.
« Arrête », souffla Draco, les doigts serrés sur le rebord de leur paillasse.
Avec pudeur, Harry détourna le regard de ses manches, et observa son visage. Les cernes creusaient ses yeux, sa mâchoire semblait se contracter au rythme de son cœur, et il flottait dans ses vêtements.
« T'étais où, ce week-end ? Je ne t'ai pas vu au match », dit Harry à voix basse.
D'un mouvement vif, les yeux gris de Draco percèrent les siens mais il ne répondit pas.
« On devrait parler, tu crois pas ?, proposa t-il.
— Au contraire, je crois que nous devrions parler le moins possible. »
Il ne se laissa pas démonter par la voix froide de son petit ami, Snape l'avait habitué.
« J'ai besoin de parler, insista Harry.
— Oh, mais je ne t'empêche pas de parler.
— Parler avec toi, crétin.
— On me laisse rarement seul au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. »
Draco jeta un coup d'œil de l'autre côté de la salle, où Nott et Parkinson se disputaient à voix basse.
« Je sais que ce genre de considérations ne traverse jamais l'esprit du héros du monde magique, mais je ne suis pas en position de me permettre la moindre relation compromettante, Potter. »
Les mots étaient secs, mais le ton était las.
Harry repoussa au fond de son esprit le souvenir d'un Draco rongé par le Doloris et ouvrit la bouche pour répondre—
« Bien, ça suffira pour aujourd'hui ! annonça la voix claironnante de Professeur Chourave. Pour la prochaine fois, vous me rédigerez un parchemin de soixante centimètres sur les différentes propriétés de la jusquiame noire. Ah ! Merci Monsieur Londubat, vous pouvez reposer l'engrais sur l'établit du fond. »
Il vit Draco se laver les mains au petit robinet de l'avant-serre, mais l'instant d'après sa silhouette disparu dans le petit groupe d'élèves.
« On y va ? »
Harry sursauta à la voix de Ron, qui rit et lui claqua l'épaule. La bonne humeur du match de samedi ne l'avait pas quitté. Pour la forme, il le poussa un peu puis boutonna le col de sa robe et de sa cape avant de sortir, et bailla. La journée allait être longue.
Accrochées côte à côte sur toute la longueur du couloir, les flammes des torches créaient des ombres inquiétantes. Là, on pouvait croire voir un dragon bondissant, ici, une bête prête à bondir, et plus loin, une cape élimée et des mains crochues qui pouvaient saisir l'âme.
Un frisson parcouru l'échine de Harry, qui se demanda ce qu'il fichait là.
Sa tête lui faisait mal et tournait, les flammes le faisaient penser à son rêve, et… Comment était-il arrivé ici ? A sa gauche, le portrait de Boris le Hagard le fixait de son air perdu. Harry en déduisit qu'il était au cinquième étage, près de la salle de bain des préfets. D'un pas hésitant, il avança vers le tableau.
« Ne m'oublie pas », chuchota t-il, croyant se souvenir du mot de passe.
Rien ne se passa. Il haussa les épaules et se massa les tempes, tentant de se souvenir précisément du rêve qui l'avait tiré du lit, mais ses pensées furent interrompues par un bruit de cliquetis de ferraille.
Harry se retourna sur le couloir, vide.
La nuit enveloppait le dédale des corridors et coursives, et les ombres des torches agrandissait les silhouettes des deux armures qui encadraient une alcôve. L'une d'elle tourna la tête vers lui dans un grincement, et il réfréna un sursaut en entendant le gloussement le plus détesté de Poudlard.
« Va t-en Peeves, j'ai pas le temps pour tes conneries, cracha Harry en tournant le dos pour rebrousser chemin.
— Oh, mais j'entends mon petit pote Potter… »
La voix jubilatrice de l'esprit frappeur résonna entre les murs. Dans un élan de magie, Peeves quitta l'armure et fondit sur Harry, qu'il traversa avec difficulté. Contrairement aux fantômes, le corps de Peeves n'était pas froid, mais être traversé restait une expérience tout aussi désagréable.
« Oups, je t'avais pas vu, hi hi hi ! »
Sa main tint par réflexe le pan de tissu que Peeves venait d'agripper et Harry fronça les sourcils. Il n'avait pas réalisé qu'il portait sa cape d'invisibilité. L'esprit tira un peu plus et souleva la capuche, révélant son visage.
« Monsieur Poteau se cache ? De qui ? De quoi ? » caqueta Peeves en flottant autour de lui. « On entend des voix ? On parle dans de drôles de langues ? » Ses yeux brillaient de malice. « Qu'est-ce que c'est cette fois, on a des visions ?
— La ferme…
— Oooooh, Poti Potter est grognon. Ou zinzin. » Harry leva les yeux au plafond et accéléra le pas. « Il paraît que Potter est encore parano, que Potter voit des mages noirs partout, même dans les grands et illustres professeurs de cette merveilleuse école… »
Le sourire goguenard de Peeves intrigua Harry.
« De quoi tu parles ?
— Mais qui peut blâmer le glorieux sauveur des sorciers, hm ? Il a vu un prof à deux faces, un gros vilain menteur, un monstre—
— Ne parle pas du professeur Lupin, Peeves, rugit Harry.
— Un Mangemort… » poursuit-il comme s'il n'avait pas été interrompu, « C'est normal que Maboul soit devenu encore un peu plus Maboul », ajouta Peeves d'un ton faussement grave en secouant la tête, faisant cliqueter les clochettes de son chapeau. « Mais peut-être que les plus fous sont les moins stupides, qui sait ? »
Harry inspira, agacé par les sous-entendus sans réels indices de cette peste d'esprit frappeur.
« Peeves. Est-ce que tu sais quelque chose ? Tu sais toujours quelque chose, à mettre ton nez partout…
— La flatterie ne te mènera nulle part, mon cher— »
Sa voix se bloqua soudain, car un bruit distinctif de chaînes traînant au sol résonna non loin. Il aurait blêmit, si un visage translucide et sans vie le pouvait, mais Harry n'en avait pas besoin pour comprendre que le Baron Sanglant était dans les parages.
« Non, non, non, Peeves, reste là ! » implora le Gryffondor — ce n'était pas quelque chose que l'esprit frappeur devait entendre souvent —, mais Peeves fila sans demander son reste, et en le traversant une nouvelle fois. Harry grimaça et calma la nausée qui lui prit le ventre en maudissant de tous les noms cet idiot.
De nouveau seul, il réfréna dans sa gorge un grognement rageur et serra les poings.
Respire, se dit-il, et il fit de son mieux pour se détendre. Il réalisa qu'il avait froid. Dans son escapade nocturne inconsciente, s'il avait par il ne savait quel miracle pensé à se camoufler sous sa cape d'invisibilité, il avait oublié ses chaussons. Le contact de la pierre taillée était mordant et son corps grelotta.
Mais qu'est-ce que je fais là ?
Son regard glissa dans celui du portrait, tout aussi perdu que lui, et il y vit un miroir qui lui fit peur. Fuyant les yeux tristes du Hagard, Harry prit une grande inspiration et pris la décision de retourner à la tour de Gryffondor grappiller quelques heures de sommeil. Il replaça la capuche de la cape sur sa tête, rehaussa ses lunettes, et repris son chemin. Ses pieds gelés ne le menèrent qu'au bout du couloir — il évita soigneusement les deux armures, par habitude — avant qu'un petit bruit ne l'arrête.
Le bruit étouffé d'une porte qui s'ouvre et se referme. Et un sanglot, faible, contenu, fatigué.
Entre l'arche du couloir et le début d'un autre, Harry observa bouche bée le jeune homme aux traits tirés qui s'appuyait contre le mur froid. Il séchait ses joues de sa main fine, et tournait le visage vers une des petites lucarnes. La lumière de la lune se reflétait sur ses cheveux presque blancs qui lui caressaient la mâchoire. Fragile, drapé dans une robe de chambre aux couleurs de sa maison, Draco paraissait pris dans la vision d'un épouvantard. Harry cru être revenu une année en arrière, à le cueillir par hasard à l'heure la plus vulnérable.
Le nez de Draco se fronça et sa posture devint soudain plus droite, tendue.
« Qui est là ? » murmura t-il en dénichant sa baguette, la main cachée contre sa cuisse.
Chacun sait comment se comporter avec une bête effrayé qui ouvre la gueule et découvre ses dents. Se montrer avenant, tendre les mains ouvertes devant soi, chuchoter des paroles rassurantes, et attendre que la bête se calme. Mais comme bêtes, Harry n'avait connu qu'un chien à trois têtes qui aimait la flûte, un bébé dragon seulement rassuré par la chaleur des braises, et les douze bouledogues de Marge, adorateurs de ses tibias. Qui pourrait alors juger son manque de jugeote ?
Encore un peu perdu dans son étrange torpeur, il s'approcha de Draco, qui entendit son pas feutré et brandit sa baguette sans hésitation.
« Incarcerem ! »
Harry eut à peine le temps d'entendre le sifflement de Draco avant de sentir des cordes lier ses chevilles et ses poignets, appuyant dangereusement sur sa baguette désormais inaccessible.
« Diffindo ! »
La brusque douleur cuisante d'une lacération le fit haleter et tomber à genoux. Draco écarquilla les yeux et perdit toute couleur, avant de se précipiter dans sa direction.
« Harry… » murmura t-il en avançant prudemment ses mains dans le vide, jusqu'à toucher du bout des doigts sa cape. Draco la souleva délicatement et glissa le pan par dessus sa tête, avant de défaire les cordes qui l'entravait.
« Désolé, gémit Harry, j'aurais dû te dire que j'étais là—
— Chut, montre-moi. »
Harry tourna la tête vers son épaule et la ligne nette découpé dans son pyjama. Le rouge commençait à s'étendre sur le tissu, mais la plaie n'était pas très profonde. Dans un soupir, Draco agita sa baguette et referma la blessure.
Harry n'aimait pas penser à pourquoi Draco était si à l'aise avec la magie médicale. Draco n'aimait pas beaucoup parler de son père, de toute façon.
Sans un mot, le jeune serpent entra dans la petite cloche d'invisibilité et s'assit, une jambe à demi sous lui, l'autre repliée contre sa poitrine. Aussi proche, Harry pouvait voir les marques humides sur ses joues, et ses yeux rougis qui en faisaient ressortir l'argent. Leur souffle se mélangeait. Il faisait presque chaud, maintenant.
Draco fit couler son regard sur ses mains qui jouaient distraitement avec la texture si étrange et nacrée de la cape. Quelques minuscules étoiles y étaient brodées, pour ceux qui souhaitaient les voir.
« C'est ton odeur, j'ai cru… ta magie est différente, depuis quelques temps. » Harry fronça les sourcils, perplexe. « Tu sens comme le manoir. »
La voix éreintée de Draco lui serra le cœur.
« J'étais là… Quand Volde—commença Harry.
— Tais-toi… supplia l'autre adolescent. Mais Harry ne voulait plus se taire et les yeux mouillés de Draco lui étaient insupportables.
— Pourquoi tu as résisté ? »
Le blond fouilla son regard de longues secondes, puis sembla se détendre et il répondit.
« C'était humiliant. »
C'était trop, entendit plutôt Harry.
Draco connaissait la docilité, l'obéissance, l'adoration aveugle. Mais à Poudlard, il s'était découvert un pouvoir, magique et social, auquel il avait prit goût. Il avait pu accepter la soumission pendant les vacances, c'était normal, c'était son père, magnifique, puissant, juste. Il avait pu tolérer la soumission plus tard, quand le patriarche s'était révélé n'être qu'un simple homme. Mais souffrir d'un inconnu maniaque qui était venu jusque dans leur tanière pour le déposséder de tout ?
C'était trop.
« Qu'est-ce que tu as vu ? » lui demanda Draco.
Le dernier reste de vulnérabilité que Draco n'avait pas encore consentit de lui offrir.
« J'ai vu les Doloris, avoua Harry. Tu as été très courageux Draco... »
Un rire amer s'échappa de la gorge du serpent, qui agaça Harry. Il disait la vérité. Il n'aurait jamais pu supporter plus de douleur que les quelques secondes de ce sort dans le cimetière.
Draco s'était à nouveau tendu et se mordillait la joue.
Harry voulait savoir ce qu'il s'était passé après cette scène de torture, il voulait savoir ce qu'avait fait Voldemort, combien de temps il s'était amusé avec Draco, s'il l'avait forcé à prendre la Marque, il voulait l'aider, il voulait le pousser à parler… Mais il se souvenu qu'il avait connu d'autres bêtes, un fier hippogriffe, un dangereux loup, et un chien aussi fou que loyal. Qu'il savait que certaines choses ne se forçaient pas. Alors il ravala avec difficulté la question qui lui brûlait les lèvres et posa doucement sa main sur l'avant bras de Draco, par dessus la laine de sa robe de chambre épaisse. Il tendit délicatement son autre main vers la joue de l'adolescent, qui ferma les yeux et se lova contre elle.
« Je suis tellement fatigué… » souffla le blond.
Mu par une bouffée de tendresse, Harry l'attira contre son torse et ils se blottirent l'un contre l'autre, à même le sol froid, invisibles pour quelconque âme qui passerait par là. Son mal de tête s'apaisa, lui aussi.
« Pourquoi tu sens comme le manoir ? demanda Draco contre son cou.
— Les leçons avec Snape ont un peu changé… Tu sais que je ne peux pas me défendre avec des sorts normaux. » Harry marqua une pause, hésita. Mais comment s'attendre à ce que Draco se confie s'il ne le faisait pas en premier ? Ça avait toujours été comme ça entre eux, Harry qui baissait les armes d'abord. « Il y a une prophétie. »
Draco s'étrangla sur un rire.
« Évidemment, il y a une prophétie, railla t-il. » Harry fit claquer sa langue et il redevint sérieux. « Qu'est-ce qu'elle dit, cette prophétie ?
— Qu'il va essayer de me tuer, encore et encore… Parce que c'est moi qui doit, qui peut, l'arrêter. »
Draco soupira, resserrant ses doigts dans son dos. Harry sentait presque ses ongles, comme s'il voulait le retenir.
« Fais attention. La magie noire—
— Non, non pas de magie noire, le rassura t-il. De l'ancienne magie. Des choses en lien avec l'esprit, les animaux, les runes. Pas de… pas d'impardonnables ou de choses comme ça.
— Hm », fit Draco, incertain.
Il restèrent longtemps blottis l'un contre l'autre. Tous deux savourèrent ce contact retrouvé, qui devenait trop rare. L'obscurité du château n'était plus effrayante à présent, mais protectrice. Aucune Miss Teigne ni aucun Rusard ne vint les déranger, et Harry caressa distraitement le dos de Draco pendant que celui-ci couvrait son cou de baisers timides.
Le blond se dégagea délicatement de ses bras et se redressa, faisant glisser la cape au sol. Harry leva un sourcil interrogateur, et Draco lui tendit la main pour le relever, puis entrelaça leurs doigts ensemble. Il le suivit jusqu'au tableau de Boris le Hagard, contre lequel Draco approcha ses lèvres.
« Ne m'oublie jamais. »
A son murmure, la porte s'ouvrit pour eux, et ils laissèrent le couloir à ses ombres.
Voici donc la suite de notre aventure !
Harry commence sérieusement à s'avancer dans la découverte du Seidr, ne va pas très très bien, Draco non plus, et quelque chose se prépare.
J'ai beaucoup d'affection pour Ron, que j'imagine doux et très alerte sur l'état de ses amis. Peut-être que pour Hermione il n'a "que l'intelligence émotionnelle d'une petite cuillère", mais je crois que sa sensibilité ne passe pas par les mots, et qu'elle marche mieux avec Harry... J'aime imaginer que grandir dans une grande famille soudée lui a donné cette faculté de faire attention à ses proches et d'être là, même si ce n'est qu'avec des petits gestes réconfortants.
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? :)
Symboles des plantes :
Crocus = joie et jeunesse
Hêtre = Le nom latin du hêtre, fāgus, a donné fou en ancien français et en occitan. Les Germains ont utilisé des bâtonnets en bois de hêtre pour écrire les runes, d'où l'allemand Buchstabe (lettre) littéralement « bâton de hêtre », et Buch (livre), littéralement « hêtre ». Il se trouve que le hêtre, comme le Magnolia, appartient à la sous-classe des Magnoliidae ;)
