Je pose ça là...


Diana fut reveillée aux aurores le matin du 31 octobre. C'était la première sortie à Pré-au-Lard pour les élèves de l'école et les plus excités d'entre eux aboyaient déjà dans la salle commune. Elle tourna quelques minutes dans son lit cherchant une position confortable pour se rendormir mais poussa finalement la couverture, trainant les pieds jusqu'en bas des éscaliers qui menaient à la salle commune, résignée.

Le groupe d'élèves de trois et quatrième année qui étaient assis dans les canapés de cuir près de la cheminée arrêtèrent leur partie d'échecs pour se tourner vers elle. Gregory Goyle échappa un petit rire en voyant Diana emmitouflée dans son pyjama à motif écossais, ses longs cheveux emmêlés sur le haut de son crâne, rassemblant étrangement à un nid d'oiseau. Mais le garçon se reprit vite car le regard féroce qu'elle leur lançait était annonciateur de malheur.

- Il est 7h00, lança-t-elle simplement.

Elle eût à peine tourné le dos qu'elle les entendit éclater dans un fou-rire. Trois heures plus tard, Diana et Elisabeth franchissaient à leur tour les portes du hall d'entrée, ravie d'avoir une journée entière durant laquelle personne ne prononcerait le mot ASPIC.

La pluie tombait sans discontinuer depuis plusieurs jours, et la boue collait aux rangers de Diana, alourdissant chacun des ses pas. Quand elle s'engouffra dans la boutique de farces et attrapes Zonko, le constraste de température lui fit presque tourner la tête. La boutique était pleine de sorciers qui s'arrachaient les dernières nouveautés et derrière le comptoir, les propriétaires ne savaient plus où donner de la tête. Diana avança vers le fond de la boutique où se trouvaient les frères Weasley, en pleine négociation sur le nombre de boulepuantes necéssaires pour embaumer la Grande-Salle.

- Soyez gentils et prévenez-moi le jour où vous mettez votre plan à execution.

Les deux rouquins levèrent deux paires d'yeux pleins de malice vers la sorcière.

- En souvenir du bon vieux temps !

Ils ponctuèrent leur phrase d'un clin d'oeil parfaitement synchronisé et lui firent de la place. Diana s'installa entre ses deux compères qui la dépassait déjà d'une tête et Georges se pencha au dessus-d'elle.

- On a trouvé encore mieux que ce que tu espérais, chuchota le rouquin.

- Encore mieux, répéta son frère.

- Mais…

Diana les connaissait bien. S'ils l'aguichait avec de belles phrases, cela signifiait qu'ils n'allaient pas tarder à lui demander un service ou une compensation.

- Tu dois nous dire qui sera la victime, lança Fred.

- Nous respectons un code d'honneur, compléta Georges.

- Je ne peux rien vous dire, ça gâcherait la surprise !

Les jumeaux firent volte-face pour se concerter. Diana resta de son côté, les bras croisés, refusant de participer à leur mascarade. La vague de chuchotements qui parvenait à ses oreilles était inaudible malgré sa concentration et elle faillit défaillir quand ils se retournèrent d'un air théatral.

- C'est d'accord !

Après leurs emplètes, les serpentards avaient pris l'habitude de se retrouver autour d'une bierreaubeurre chez Mrs. Rosmerta, au Trois-Balais. Diana fut la dernière à arriver et prit place entre Vertoine Andrew et Gemma Farley. Elle bût une gorgée dans la pinte que ses camarades avaient commandé pour elle et frotta ses mains énergiquement, encore engourdies par le froid. Marcus s'indignait quant aux match de Quidditch qui arrivait, affirmant que Hagrid avait fait exprès de blesser Malfoy en début d'année pour déséquilibrer son équipe en faveur des lions.

Quand Diana et Elisabeth reprirent le chemin de Poudlard, la nuit s'apprêtait à tomber. De nombreux écriteaux placardés sur les vitrines des boutiques de Pré-au-Lard prévenaient les habitants que les détraqueurs rôdaient dans les rues à la nuit tombée et les jeunes femmes ne souhaitaient pas réitérer l'experience glaçante du début d'année.

Diana prit une douche longue brûlante qui délassa ses muscles fatigués. Quand elle sortie de la salle de bain, il était déjà l'heure de rejoindre la Grande-Salle pour le banquet d'Halloween.

Elle salua quelques connaissances d'un signe de main et s'éloigna rapidement. La jeune femme n'aimait pas les grands rassemblements et se sentait toujours obligée d'alimenter des conversations qui ne l'intéressait guère. Elisabeth au contraire, adorait pouvoir s'empiffrer de mets plus délicieux les uns que les autres et volait des confiseries qu'elle dévorait dans son dortoir pendant des semaines.

Les professeurs bavardaient gaiement au fond de la pièce, et Diana repéra le professeur Lupin au milieu de l'assemblée. Son visage était joyeux et il discutait avec le professeur Flitwick. Le professeur de défense contre les forces du mal avait toujours donné à Diana l'air d'un homme doux et bienveillant mais elle décela dans son regard une lueur nouvelle qu'elle apparenta à de la terreur.

Elle n'eut pas le loisir de se poser plus de questions car son regard fut capté par un mouvement de cape près de l'entrée. Marcus Flint et Olivier Dubois semblaient mettre fin à une conversation animée, et le gryffondor disparaissait à toute vitesse dans les couloirs. Diana se rappela que plus tôt dans la journée, Flint avait émis l'idée d'annuler la rencontre de Quidditch entre leurs deux maisons.

Sans réfléchir, elle partit à la recherche de Dubois qui filait probablement à son dortoir. Elle bifurqua à droite en passant la grande porte et fut soulagée de quitter le bourdonnement de la fête, s'enfonçant dans le château. Diana grimpait les marches deux par deux, atteignant le septième étage en quelques minutes.

Le calme règnait dans les couloirs et elle emprunta l'un d'eux au harsard, n'ayant plus en tête l'emplacement exacte du portrait de la Grosse Dame et donc de l'entrée de la salle commune des gryfondors.

Des éclats de voix retentirent au bout du couloir et Diana accelera le pas, s'attendant à voir se dessiner la silhouette élancée d'Oliver Dubois, mais il n'en fût rien. Face à la Grosse Dame, un homme rachétique au visage émacié hurlait au tableau de le laisser entrer. Diana se cacha in-extremis derrière une armure alors que l'inconnu jetait un oeil sévère par dessus son épaule.

- Le mot de passe, ne céda pas la Grosse Dame qui semblait outrée des manières du voyou.

L'Homme hurla de colère, sortit un petit poignard des guenilles qui lui servait de vêtements et lacéra le tableau avec une telle violence et une telle cruauté que les entrailles de Diana se tordirent dans son ventre. Sirius Black. Elle plaqua une main sur sa bouche, horrifiée, alors que les larmes embuaient ses yeux.

Et si Dubois se trouvait à l'intérieur ?

Diana était tétanisée. Il lui fallut de longues minutes pour récupérer l'usage de ses membres et elle osa un rapide coup d'oeil vers le tableau. Black avait disparu. Elle prit une respiration lente et profonde et courut à toutes jambes jusqu'au bureau de Dumbledore, surveillant à chaque tournant que le meurtrier ne la suivait pas. En traversant une petite passerelle de pierre, Diana entendit les serdaigles remonter dans leur dortoir et accélera le pas.

Elle se rappela soudain qu'elle ne connaissait même pas le mot de passe du bureau de Dumbledore et qu'elle se retrouverait coincée au pied de la statue sans pouvoir le prévenir. Mais il était trop tard pour faire marche arrière, les élèves de gryffondors couraient un grave danger. Diana manoeuvra son dernier virage dans une glissade brillante et fut soulagée de trouver le directeur qui s'apprêtait à rejoindre son bureau.

- Professeur !

Dumbledore se tourna vers la jeune femme, surpris de la trouver là, ruisselante de sueur, completement essouflée et les yeux écarquillés de terreur.

- Hé bien miss, que vous arrive-t-il ?

- Sirius Black, couina-t-elle alors que les larmes dévalaient sur ses joues, il a tué la Grosse Dame !

Diana resta enfermée de longues minutes dans le bureau de Dumbledore avant que le professeur Biggs vienne l'en sortir, un sourire rassurant sur les lèvres. Elle l'accompagna jusqu'à la Grande-Salle où tous les élèves étaient confiné sous la surveillance des Préfets-en-Chef. Dumbledore avait fait apparaître des centaines de sacs de couchage entre lesquels Diana zigzaguait à la recherche d'Elisabeth. Son amie était repliée dans un coin de la salle avec les autres sepentard de sa classe et discutait à voix basse.

Prise dans le tourbillons des ses pensées Diana ne vit pas le petit garçon entortillé dans son sac de couchage et trébucha, s'écrasant de tout son long. Son genou gauche était écorché et de la paume de ses mains coulaient quelques goutelettes de sang vermeille. Une main se pencha au-dessus de son nez et l'attrapa par le poignet, la hissant avec robustesse sur ses jambes.

Olivier Dubois se tenait face à elle, en chair et en os. Sans réfléchir, Diana s'accrocha à son cou et il tenta de la repousser, en vain.

- Qu'est-ce qui t'arrive Fox ? Tonna Olivier, agacé de la voir s'accrocher à lui comme une sangsue.

- J'ai cru que tu étais mort !

Quand elle le lâcha enfin, il épousseta sa veste et partit voir le petit garçon qui l'observait. Il s'agissait de Potter. Diana s'éloigna à son tour et rejoignit son groupe de serpentard. Quand Elisabeth la vit approcher au loin, elle éclata en sanglots.

- J'ai cru qu'il t'avait tué, hurlait-elle entre deux hoquets.

- Je suis vivante, répondit la jeune femme en lui tapotant la tête.

Percy hurla aux élèves qu'il était l'heure de se glisser dans leur sac de couchage et d'essayer de dormir. Cinq minutes plus tard les chandelles de la Grande-Salle furent éteintes d'un coup de baguette et seuls les murmures des étudiants perturbaient le calme de la nuit.

Diana sentit son lit tanguer et lorsqu'elle ouvrit les yeux, la Grande-Salle baignait dans la lumière du matin et la vilaine tête de Flint penchée au dessus-d'elle secouait son sac de couchage sans ménagement.

- Remontez dans vos dortoirs ! Ordonnait la voix de Percy au loin.

Diana frappa les jambes de Marcus qui la laissa tranquille et elle rampa hors son lit de fortune. La moitié des élèves avaient déjà disparu par les portes de la Grande-Salle et la jeune femme ne se fit pas prier pour en faire autant. Le professeur Dumbledore avait décrété que les cours de la matinée seraient exceptionellement suspendu et Diana en profita pour faire la grasse matinée.

Quand elle arriva en cours de potions cet après-midi là, Severus Rogue avait l'air encore plus renfrogné qu'à son habitude et deux heures plus tard, quand la cloche sonna, les serpentards soupiraient de soulagement d'être enfin libéré de leur tortionnaire. Ce fût de courte durée pour Diana qui entendit le maître des potions l'appeler alors qu'elle passait la porte du cachot.

- Montrez-vous utile pour une fois Miss Fox et apportez ça au professeur Lupin, sans en renverser.

Il lui tendit une coupe remplit d'une potion fûmante qu'elle ne connaissait pas.

- Et n'en buvez pas ! Ordonna-t-il alors qu'elle disparaissait.

La classe du professeur de défense contre les forces du mal était vide et Diana avança jusqu'à la porte de son bureau. Elle frappa sur le battant entrouvert et fût invitée à entrer par la voix de Lupin. Il était assis sur une bergère, emmitouflé dans sa cape et un thé aux odeurs épicés fumait sur un guéridon en bois sculpté. Son visage était livide et il semblait abbatu.

- Le professeur Rogue m'a demandé de vous apporter ça, lança Diana en montrant la coupe.

Lupin fit un petit signe de tête et elle approcha pour poser la coupe à côté de sa tasse. La pièce était grande, circulaire et pleins d'objets curieux étaient empilés sur les étagères. Moldus, sorciers, tous se mélangeaient dans un joyeux désordre.

- Etes-vous entrain de mourir ?

Lupin eut un petit rire face à son air inquiet.

- Même si cela arragerait les affaires de beaucoup de vos camarades, je crains que non, avait-t-il dit d'une voix enrouée.

Diana lui lança un sourire amusé. Au moins, le professeur n'avait pas perdu son sens de l'humour.

- Une tasse de thé ?

Elle hocha la tête et Lupin fit apparaître une deuxième tasse d'un coup de baguette. Diana s'approcha de l'aquarium où un strangulot faisait des grimaces derrière la paroi de verre. Elle fût tentée de lui répondre mais la présence du professeur à proximité l'en dissuada, et elle continua sa visite comme si elle se trouvait dans un cabinet de curiosités. Dans un alcove de la taille de son appartement moldu, un grand piano trônait avec fierté, attendant sagement son musicien.

- Ca alors, lâcha Diana, impressionée par la beauté de l'instrument.

Lupin s'était approché et se tenait appuyé contre le chambranle de la porte, observant la jeune femme.

- Il appartenait à une amie, élucida le professeur.

- Elle vous l'a offert ? S'étonna Diana.

Si elle avait eu en sa possession un si bel objet, elle ne l'aurait jamais cédé à quiconque.

- Elle me l'a légué.

Elle offrit à Lupin une moue désolée et s'approcha de l'objet. Elle frola le bois laqué de ses doigts, appréciant la sensation que l'instrument procurait à son toucher.

- Vous semblez familière, vous jouez ?

- Rosie enseigne le piano et le chant à la Royal Academy de Londres, elle me donnait des leçons tous les soirs après l'école.

Lupin ignorait qui était Rosie mais eut la galanterie de ne pas lui poser de questions.

- Allez-y, l'incita-t-il en tendant son bras vers le tabouret.

Diana voulut d'abord refuser mais l'envie était plus forte. Elle s'installa et fit glisser ses doigts sur les touches d'ivoire. L'air de la Nocturne No.20 de Chopin s'éleva de l'instrument. Les doigts habilent de la jeune femme sautaient d'accord en accord avec précision.

Le monde disparut autour d'elle et seule la musique persistait, emplissant son corps et son coeur d'une émotion qui lui avait manqué. La dernière note mourut dans le silence et la musicienne leva les yeux vers le professeur Lupin qui n'avait pas bougé.

- Votre amie devait être une incroyable pianiste pour posséder un tel intrument, remarqua Diana.

Lupin s'approcha du piano et fit courir ses doigts sur sa surface à la manière de la jeune fille, quelques minutes plus tôt.

- Son mari lui avait offert comme cadeau de mariage et vous avez raison, elle était remarquable, souffla-t-il.

- Que lui est-il arrivée ? S'autorisa la sorcière.

- La guerre les a emporté, elle et son mari.

Lupin se placa dans son dos et se pencha par-dessus son épaule, ses longs doigts fins se posant délicatement sur les touches. Diana fut électrisée par cette proximité mais ne bougea pas. Elle reconnut aussitôt les premiers accords: le Clair de Lune. Ses doigts couraient après les notes et il y'avait dans cette valse quelque chose d'hypnotisant, presque sensuel. Il laissa mourir ses accords avant la fin du morceau, sans pour autant retirer ses mains du clavier.

Diana refusait de voir s'éteindre un si belle mélodie et reprit la mesure. Ses doigts frolèrent ceux du professeur et un frisson la parcouru, si bien qu'il lui fallut toute la peine du monde pour rester concentrée sur le morceau. Lupin avait maintenant oté ses doigts du clavier pour écouter la jeune femme jouer mais ne s'était pas éloigné pour autant, ce qui n'aidait pas Diana.

- Vous êtes douée, fit remarquer Lupin à la fin du morceau.

- Je vous remercie, lança la jeune femme, le rouge jusqu'aux oreilles.

Les lueurs orangées du soleil déclinant, propre au soirée d'automne, tâchait les murs du bureau comme si quelqu'un avait projeté des éclats d'or à travers la pièce. La nuit ne tarderait pas à tomber et Diana devait rejoindre son dortoir avant le couvre-feu imposé par Dumbledore, suite à l'effraction de Sirius Black. Lupin sembla lire dans ses pensées et la congédia poliement, indiquant qu'il devait se reposer. Elle le remercia pour le thé et s'éloigna d'un pas léger.

Sur le chemin du retour, Diana ne put s'empêcher de revivre en boucle la soirée qu'elle avait passé avec le professeur Lupin, et notamment le moment où ses doigts avaient frolé les siens.