Chapitre 24 : Une question d'identité
Comme d'habitude, je devais rentrer à l'école avant les élèves. Nous passâmes donc Albus et moi par le réseau des cheminées le matin du jour où les autres élèves prendraient le Pourdlard Express. Tinny se montra désolée de notre départ, surtout de celui d'Albus dont elle s'était entichée au point que je me sentis obligé de lui promettre qu'il reviendrait bientôt en espérant pouvoir tenir ma promesse. Je ne doutais pas que le gamin qui trainait des pieds pour partir, serait d'accord pour revenir dès que l'occasion s'en présenterait, mais encore faudrait-il que ses parents soient d'accord, que son père soit d'accord.
Pour l'instant, c'est un autre père inquiet que je devais gérer, Drago Malefoy. Ce dernier avait obtenu de notre Directrice d'accompagner Scorpius qui rentrerait lui aussi par le réseau des cheminées plutôt que par le train. Sur la recommandation du Medicomage consulté pour son fils, Drago s'était en effet résolu à donner en ce jour de rentrée une preuve publique de leur lien de parenté. Il voulait ainsi mettre un terme définitif aux rumeurs qui faisaient de son fils celui de Voldemort, pour assurer à Scorpius une scolarité sereine.
A l'heure du thé, j'utilisai un sortilège pour connecter exceptionnellement la cheminée de la salle commune des serpentards au réseau des cheminées. Scorpius et Drago Malefoy débarquèrent dans une salle commune qui n'abritait encore qu'Albus et moi, puisque les autres élèves étaient encore dans le train à cette heure. J'avais demandé aux elfes de servir le thé dans cette pièce où Drago et moi avions tant de souvenirs, bons et mauvais, et où Albus et Scorpius forgeaient les leurs. Cette salle commune était le trait d'union entre toutes les générations serpentards, et j'espérais qu'elle serait propice à une discussion détendue. Mais je dus vite me rendre à l'évidence, Scorpius et Drago seraient peu loquaces. Scorpius semblait inquiet, pendant que son père masquait mal son infinie tristesse. Pour meubler la conversation, j'encourageai donc Albus à parler de notre séjour en Egypte et naturellement de Pyt, en illustrant son récit des photos que j'avais prises avec eux deux.
Laissant les deux garçons ranger leurs affaires dans leur dortoir, je me dirigeai ensuite avec Drago vers le bureau de notre Directrice. Une réunion y était organisée avec Lupin et McGonagall pour faire le point sur l'évènement qui aurait lieu juste avant le dîner et qui devait mettre un terme définitif à l'agitation et aux rumeurs des mois précédents. Albus et Drago Malefoy allaient tout d'abord procéder publiquement à un test de lignage pour prouver leur lien familial. Il s'agirait d'un test « objectif » puisque Lupin se l'était procuré à l'extérieur, et, de ce fait, d'un test de moindre qualité que celui que j'aurais pu brasser moi-même. J'en étais franchement ulcéré et ne manquai pas de dire mon sentiment à McGonagall :
« En utilisant pour faire ce test, une potion moins bonne que celle que j'aurais pu brasser moi-même, sous prétexte que je suis le directeur de la Maison Serpentard et qu'à ce titre je pourrais chercher à biaiser les résultats du test, c'est vous qui contribuez à entretenir la suspicion dont souffre notre Maison ! »
McGonagall soupira :
« Vous n'avez pas totalement tort, Severus. Mais la question du jour est de faire taire définitivement les rumeurs qui affectent Scorpius Malefoy, et je souhaite faire au mieux dans cet objectif. Nous nous occuperons une autre fois des états d'âme de la Maison Serpentard. »
Etats d'âme ! Tu parles. S'il n'y avait eu les préoccupations de Drago, j'aurais répliqué vertement à Minerva, mais je trouverais bien une autre occasion de lui dire ma façon de penser.
« Pour que le test soit probant, j'en ferai un parallèlement avec Teddy. Comme ça, cela prouvera à tout le monde que le résultat du test montre bien que Scorpius et Drago sont père et fils. » intervint Lupin
Pour la première fois en quarante ans, je le trouvais presque sympathique.
Notre directrice reprit son explication de ce qui allait se passer ensuite :
« Une fois que tout le monde aura pu observer les résultats des deux tests, nous afficherons dans le hall les six textes écrits par les élèves qui s'en sont pris à Scorpius Malefoy et Albus Potter. Des textes par lesquels ils expriment leurs regrets de ce qu'ils ont fait. »
Je tiquai :
« Je croyais qu'ils devaient reconnaître oralement leurs torts. »
McGonagall secoua la tête :
« J'ai reçu plusieurs hiboux des parents des uns et des autres pour m'expliquer à quel point ils allaient mal. Je souhaite donc leur éviter d'avoir à s'exprimer oralement. Il me semble que l'affichage de leurs écrits une semaine durant dans le hall suffira à rétablir la vérité tout en les préservant un peu. »
J'émis un grognement réprobateur, mais Drago exprima ses remerciements à McGonagall pour une solution qui lui paraissait équilibrée.
« En parlant de regrets écrits, Albus Potter m'a déposé son devoir tout à l'heure. » m'interpella notre Directrice avec un petit sourire « Je n'aurais jamais cru que vous pensiez autant de mal de la magie noire, Severus. »
« Comme quoi je peux encore vous surprendre, Minerva ! » ironisai-je « Je veux quand même préciser que je me suis contenté de discuter avec Albus de la problématique de la magie noire, mais qu'il a rédigé le devoir qu'il vous devait entièrement seul. Je l'ai certes relu, mais sans lui demander d'apporter de modification. »
« Vos leçons auront donc portées leurs fruits. » conclut McGonagall
Dans mon for intérieur, je louais surtout la lucidité d'Albus qui s'y connaissait en effet très bien en matière de psychologie des lions.
….
La soirée se déroula comme prévue. Les deux tests de lignage eurent lieu dans le hall sous l'œil réprobateur d'Albus. Ce dernier m'avait clairement exprimé le fait qu'il trouvait très humiliant pour son ami qu'il doive se livrer à une mascarade pareille pour qu'on le laisse tranquille. Je ne doutais pas que le Baron Sanglant qui voletait près d'Albus avec une moue dégoûtée soit exactement du même avis. Des deux, c'est cependant le garçon que je toisai de mon regard le plus noir quand la vitre d'une des fenêtres du hall explosa. Il n'était pas question qu'il se permette de perdre le contrôle de sa magie dès qu'il était contrarié.
Pour mettre fin aux lamentations de Rusard et pouvoir me concentrer sur la cérémonie qui se déroulait, je réparai le carreau d'un discret coup de baguette. Drago et Scorpius se piquèrent le doigt avec une aiguille, puis laissèrent couler chacun une goutte de sang dans la potion de lignage qui allait servir à prouver leur relation familiale. Remus et Teddy Lupin en firent autant au-dessus d'une autre potion. Au début les deux potions aussi transparentes que de l'eau ne furent même pas colorées par des gouttes de sang déposées, mais après quelques minutes chaque potion tout en gardant sa transparence prit une riche teinte rubis.
« Voilà la preuve que Scorpius est bien le fils de Drago Malefoy, tout comme Teddy est le mien ! » commenta Lupin face à la foule des élèves qui se pressaient pour mieux voir.
Ensuite de quoi, notre Directrice ordonna à Rusard d'afficher sur le mur du hall les six écrits par lesquels les assaillants de Scorpius et d'Albus reconnaissaient leurs erreurs et exprimaient leurs regrets. Après avoir laissé quelques minutes aux élèves qui le souhaitaient pour parcourir ces textes, McGonagall ordonna à tout le monde de rentrer dans la Grande Salle pour écouter le discours qu'elle comptait faire avant le dîner. Dès les premiers mots, je constatai avec soulagement qu'elle avait enfin pris la mesure de la gravité du problème.
« Au cours du dernier trimestre de graves évènements se sont déroulés dans notre école. » commença notre Directrice « Ils reposaient sur des rumeurs tellement stupides que je n'y ai pas immédiatement accordé toute l'attention qu'elles méritaient. Toutes stupides et infondées que soient ses rumeurs, elles ont abouti à l'agression de deux de vos camarades. Et si tout s'est bien terminé, je n'oublie pas que cette agression aurait pu avoir des conséquences tragiques. Aussi, je tiens à prévenir chacun d'entre vous que je serai à l'avenir intransigeante. Celui ou celle qui s'autoriserait à répandre des médisances, serait immédiatement renvoyé de l'école, et pas pour quelques jours. Dé. . .ment ! Sur ce, je vous souhaite à tous un bon appétit. »
Les derniers mots de McGonagall tombèrent dans un silence de plomb, chacun mesurant bien la gravité de ce qui venait d'être dit. Petit à petit quelques bruit de couverts, puis un petit brouhaha de paroles se firent à nouveau entendre mais le dîner resta essentiellement silencieux. Lupin qui était assis entre McGonagall et moi, murmura à notre intention à tous les deux en désignant du menton la table des gryffondors puis celle des poufsouffles :
« Ça risque de ne pas être très facile pour eux au cours des prochains jours. »
Je remarquai en effet que les six agresseurs comme les avaient indirectement désignés McGonagall, semblaient moins populaires que d'habitude auprès des camarades de leur maison respective.
« Certes » murmurai-je en me penchant dans leur direction pour n'être entendu que du loup-garou et de Minerva « mais n'oublions pas que ces six imbéciles, et bien qu'ils l'ignorent, ne doivent la chance de ne pas être devenus six meurtriers qu'aux pouvoirs un peu spécifiques d'Albus Potter. »
« Je ne l'oublie pas. » assura McGonagall inhabituellement pale.
