Chapitre 25 : Une autre question d'identité

Cette cérémonie et la fermeté de McGonagall rétablirent dans l'école un calme presque inespéré. Je me berçais de l'illusion qu'une fin d'année plus tranquille allait enfin me donner le temps de trouver une solution à l'énigme que m'avait posée Firenze plusieurs mois auparavant. A condition qu'une telle solution existe bien évidemment. Mais cet espoir fut balayé moins de deux semaines après notre retour à l'école.

Nous étions vendredi soir, je me hâtais de remonter des cachots, car j'étais un peu en retard pour le dîner. J'aperçus Lupin qui de son côté se dépêchait de descendre de la tour de Gryffondor. Alors que nous arrivions en même temps dans le hall, nous fûmes interpelés par Flitwick :

« Remus, Severus, je suis soulagé de vous rencontrer. Je voudrais vous dire un mot avant que nous allions dîner. »

Je m'arrêtais de mauvaise grâce, pressé d'aller manger pour pouvoir reprendre la correction du tas de devoirs qui m'attendait.

« Je crains d'avoir fait une grave erreur psychologique avec l'un de vos élèves, Remus. Une erreur qui pourrait aussi avoir des répercussions dans votre maison, Severus. »

J'allais lui objecter que tous les jours, je tenais des propos que certains auraient pu qualifier d'erreurs psychologiques, mais que l'expérience était là pour prouver que les élèves s'en remettaient fort bien, quand Filius prononça le nom de James Potter :

« Je me suis agacé parce qu'il bavardait au lieu de m'écouter en dépit de mes remarques et que quand je lui ai demandé de réaliser un sort assez simple, il a échoué. Je lui ai enlevé cinq points et j'aurais dû me limiter à ça. Malheureusement, du fait de mon agacement, j'ai rajouté que son frère Albus n'avait quant à lui aucune difficulté à réaliser ce sort. Clairement, James Potter en a été mortifié, d'autant plus qu'un ou deux ricanements se sont faits entendre. »

Je n'étais certainement pas ravi de ce que Flitwck venait de nous expliquer, mais à ce stade le problème ne concernait que Lupin.

« Il y a moins d'une heure » poursuivit Flitwick « J'ai assisté à distance à une scène qui est peut-être la conséquence de ce que j'ai dit à James Potter. J'ai en effet aperçu une altercation entre les deux frères. J'étais trop loin pour entendre ce qu'ils se disaient, mais j'ai vu James pousser son frère dans un escalier. Heureusement, Albus a réussi à se rattraper à la rampe, ensuite il s'est retourné et a sorti sa baguette. Mais, à ce moment-là, les escaliers ont bougé me masquant les deux garçons et quand j'ai pu voir l'endroit à nouveau, ils n'étaient plus là ni l'un ni l'autre. »

J'échangeai un regard extrêmement ennuyé avec Lupin. Il ne nous fallut qu'un coup d'œil dans la Grande Salle pour voir qu'aucun des deux frères n'était présent au dîner. Après avoir prié Flitwick d'informer discrètement McGonagall de la situation, nous ressortîmes Lupin et moi de la Grande Salle.

J'étais furieux après Flitwick et j'essayais de ne pas me laisser gagner par l'inquiétude, Albus ne pouvait pas être loin.

« Je remonte dans la tour pour voir si James est quelque part dans notre Maison. » dit Lupin interrompant mes pensées « J'imagine que de votre côté vous redescendez dans la vôtre pour chercher Albus. »

Après un bref signe de tête, je repris à grands pas la direction des cachots. Mais Albus n'était ni dans la salle commune, ni dans son dortoir. Peut-être avait-il voulu me parler auquel cas, il pouvait être devant mon bureau ou devant mon appartement. Malheureusement, il ne m'attendait dans aucun des deux couloirs. De plus en plus affolé, je repris la direction de notre Maison que je n'avais pas assez fouillé, puisque je n'avais pas regardé dans la salle d'entrainement, ni dans les douches, mais il pouvait être aussi ailleurs dans les cachots qui constituaient un dédale presque infini sous l'école.

Je retrouvai un peu de sang froid en apercevant, l'entrée de notre salle commune, Scorpius qui redescendait de la bibliothèque avec les 3 F. Si Albus s'était confié à quelqu'un, c'était bien à lui. Je fondis sur le gamin.

« Je ne sais pas où est Albus. » affirma Scorpius en secouant la tête « Mais il m'a laissé quelque chose qu'il m'a dit de vous donner, si vous demandiez après lui. C'est dans mon dortoir, voulez-vous que j'aille le chercher, Monsieur ? »

J'allais lui dire que je l'accompagnais jusqu'à son dortoir quand j'aperçus Lupin et Harry Potter qui venaient à ma rencontre. J'étais agacé que Lupin ait prévenu Harry sans solliciter mon avis.

« Oui Scorpius, merci de m'apporter ça rapidement » répondis-je au gamin.

Quand les deux gryffondors m'eurent rejoint devant la porte de la salle commune des serpentards, nous fîmes un rapide point de la situation. De leur côté, ils avaient retrouvé James Potter dans son dortoir, celui-ci avait refusé de leur dire quoique ce soit sur son échange avec son frère, et ils n'avaient pas insisté pour le faire parler pensant que ça ne nous aiderait de toutes façons pas à retrouver Albus. Je leur expliquais que mes recherches étaient restées vaines, si ce n'est le « message » qu'Albus avait laissé pour moi à Scorpius Malefoy. C'est alors que ce dernier me glissa une petite boîte dans la main, avant de s'empresser de s'engouffrer à nouveau dans la salle commune. J'en conclus qu'il devait savoir ce que j'allais trouver dans la boîte.

J'en sortis une fiole remplie d'un liquide rubis parfaitement limpide et un papier plié en quatre que je dépliais d'une main tremblante en oubliant de respirer. Le contenu était des plus factuels.

J'ai récupéré votre sang quand vous vous êtes coupé pendant le cours de potion de la semaine dernière.

J'ai rajouté le mien et, maintenant, j'ai besoin de comprendre.

Albus

« Quelque chose qui permette de retrouver Albus ? » demanda Harry Potter en jetant un coup d'œil distrait à la fiole et en lisant le mot sans prendre le temps d'en comprendre la signification.

Je secouai négativement la tête, incapable d'émettre le moindre mot.

« Alors, je propose que nous remontions dans le bureau de Remus pour consulter la Carte du Maraudeur, où qu'Albus soit dans le château nous le verrons » enchaîna-t-il.

J'emboîtai mécaniquement le pas des deux gryffondors en essayant de rassembler mes idées éparses. Si Albus s'était procuré un test de lignage - avec l'aide d'un imbécile qui n'avait même pas jugé bon de prévenir et qui allait m'entendre, car je n'avais pas d'hésitation sur son identité – c'est qu'il se doutait bien du résultat : Comment l'avait-il compris ? Depuis combien de temps le savait-il ? Pourquoi s'est-il décidé à faire ce test ce soir ? Est-ce qu'il m'en voulait de ne pas lui avoir dit la vérité ? J'essayais de me rassurer en me disant que son message ne traduisait aucune colère.

Pendant que j'agitais ces pensées sans queue ni tête, nous étions arrivés dans le bureau de Lupin. Après que le loup-garou ait sorti d'un tiroir sa carte de malheur, il lui assura que ses intentions étaient mauvaises – ce dont j'avais toujours été persuadé. En quelques instants, Lupin conclus qu'Albus n'était nulle part dans le château.

« Mais comment est-il sorti ? Et où a-t-il bien pu aller ? » s'alarma Harry Potter avant de proférer des malédictions à l'égard de Flitwick que je n'aurais jamais imaginé entendre de la part d'un gentil gryffondor.

Peut-être est-ce ce qui me fit enfin sortir de ma torpeur.

« J'ai une idée » m'écriais-je « Remus, puis-je emprunter votre cheminée ? »

Après que Lupin m'ait assuré que oui, je rentrai dans la cheminée pour faire apparaître ma tête dans la cheminée du hall du manoir des Prince et j'appelai Tinny.

« Tinny, as-tu vu Albus ? » demandai-je dès que l'elfe apparut dans un pop sonore.

« Oui, le jeune Maître est arrivé en début de soirée. Tinny s'en est occupée. » couina-t-elle.

« J'arrive bientôt, Tinny » indiquai-je la voix cassée tellement j'étais soulagé de le savoir en sécurité.

Je me retournai pour rassurer les deux gryffondors.

« Il est chez moi. » leur expliquai-je avant de me tourner vers Harry Potter « Je vous propose que nous le rejoignons. Remus ne manquera pas de s'occuper de votre fils James au besoin. »

Après que Remus l'ait encouragé à m'accompagner, Harry m'assura qu'il me suivait. Quand je sortis de la cheminée du hall, Harry sur mes talons, Tinny était restée sur place pour nous accueillir :

« Bonsoir Maître. Le jeune Maître a dîné et prit une douche avant de se coucher. Maintenant il dort. »

« Parfait Tinny » répondis-je distraitement concentré que j'étais sur la manière dont j'allais bien pouvoir entamer avec Harry la discussion qui allait bientôt suivre.

Mais, en bonne elfe de maison, Tinny simplifia mon problème.

« Est-ce que le fils du Maître reste lui aussi dormir au manoir ce soir? » demanda-t-elle en me fixant d'un air interrogatif.

Même en évitant de me retourner vers Harry, je l'aperçus du coin de l'œil qui palissait, avant que ses mains ne viennent s'accrocher au rebord d'une table. C'est comme si j'avais vu les rouages de son cerveau se mettre en marche pour relier entre eux les différents évènements de la soirée. Je donnais un coup de pouce à ses réflexions en répondant à l'elfe :

« Oui, Harry va rester aussi. »

« Je vais lui préparer une chambre alors. » dit tranquillement Tinny.

« Oui, mais apporte nous d'abord du thé et quelques sandwichs dans le salon. Nous mangerons après être allés voir Albus » répondis-je.

« Il ne faut pas réveiller le jeune Maître » objecta l'elfe tellement coiffée du gamin qu'elle était prête à s'opposer à moi pour le défendre.

« Le voir, Tinny, pas le réveiller » soupirai-je.

Je montais l'escalier, Harry sur mes talons, sans dire un mot. J'ouvris sans bruit la porte de la chambre d'Albus, pour apercevoir le garçon endormi dans son baldaquin à la lueur du Lumos de ma baguette. Les yeux d'Harry faisaient le tour de la chambre tendue aux couleurs vert et argent de Serpentard, et s'arrêtaient sur les livres et les quelques affaires que le gamin avait déjà sorties. Tous ces petits détails qui disaient combien cette chambre était SA chambre. A son froncement de sourcils, je devinai que l'explication qui allait suivre, ne serait pas que confortable.

En arrivant dans le salon, et avant de m'écrouler dans mon fauteuil préféré face à la cheminée, j'utilisai ma baguette pour faire venir sur la table basse une bouteille de Whisky Pur Feu de 100 ans d'âge et deux verres. Le thé ne serait sûrement pas suffisant pour accompagner notre discussion. Je versais deux doses généreuses de liquide ambré dans les verres en attendant qu'Harry entame les hostilités.

« Vous le savez depuis quand ? » cracha celui-ci après un moment de silence pesant.

Enfin, je me décidai à lever les yeux vers lui. Je n'avais jamais été un lâche, il n'était pas question de commencer aujourd'hui.

« Que je suis votre père ? Je l'ai toujours su. » lâchai-je en scrutant sa réaction.

La réaction en question me prouva que j'avais bien fait de lancer discrètement un Assurdio dans le salon. En poussant un beuglement d'hyppocriffe auquel on aurait arraché les plumes, Harry envoya valdinguer son verre dans la cheminée, produisant de hautes flammes d'un rose scintillant.

Je m'empressai de récupérer mon propre verre sur la table – du Whisky Pur Feu de 100 ans d'âge quand même – puis d'en faire réapparaître un autre pour lui. Et j'attendis la suite.

Harry traversa à plusieurs reprises le salon de long en large, probablement pour retrouver un semblant de calme, avant de revenir vers moi.

« POURQUOI ? Pourquoi vous ne me l'avez jamais dit ? » ragea-t-il.

« Parce ce qu'il a toujours été trop tôt ou trop tard. » répondis-je d'une voix moins ferme que je ne l'aurais voulu.

Comme Harry restait planté devant moi sans rien dire, je m'expliquai :

« Avant la bataille de Poudlard, il était trop tôt. J'aurais pris le risque que le secret soit révélé, ce qui aurait immanquablement provoqué l'échec des plans de Dumbledore. Nous aurions été tué tous les deux et le Seig… - je me retins car je savais qu'il détestait le titre de Seigneur des Ténèbres – Voldemort aurait gagné. Après il était trop tard pour vous le dire. »

« Trop tard ! Trop tard pour qui ? Pour vous ou pour moi ? » articula-t-il d'un ton glacial.

« Trop tard pour tous les deux. » esquivai-je.

« Vous ne vous êtes jamais dit que je pourrais avoir besoin de le savoir ? Que je pourrais avoir besoin de mon père ? » cria-t-il.

« Non, je ne me le suis jamais dit. Mieux vaut être le fils d'un héros que d'un salaud. » affirmai-je.

« Mon père n'est un salaud ! » hurla-t-il sur le ton qu'il avait eu quinze ans plutôt pour me balancer cette même phrase dans les cachots de Poudlard.

« Je vous rappelle Pot … Harry que nous ne parlons plus de James, mais de moi. Envie de réévaluer votre appréciation ? » le provoquai-je malgré moi.

Harry se laissa tomber dans le fauteuil en face du mien. Nous nous toisâmes un moment sans rien dire. Derrière les lunettes d'Harry, les yeux émeraudes, les yeux de Lily, les yeux d'Albus, me fixaient sans bienveillance.

« Je ne sais pas si mon père est un salaud, mais c'est clairement un sale menteur. » finit-il par dire d'un ton dégoûté en récupérant le verre de Whisky Pur Feu posé devant lui.

« Un sale menteur, mais aussi un ex-mangemort meurtrie.r » assenai-je d'une voix forte avant d'enchaîner presque malgré moi « Au moins James a-t-il eu la chance de mourir assez jeune pour n'avoir pas pu commettre trop de crimes... »

Harry ouvrit la bouche pour répliquer, mais il la referma sans avoir rien dit. Quand il la rouvrit après plusieurs minutes de silence, ce fût pour demander en désignant de la main son visage :

« Mais comment ça se fait que… ? »

« Votre ressemblance avec James Potter senior ? Dumbledore a utilisé une magie dont je n'avais même pas connaissance. Bien autre chose qu'un Glamour. D'après mes recherches et même si certains détails m'échappent encore, il s'agit probablement de la combinaison d'une potion et d'un sortilège qui ont produit un changement d'apparence irréversible. » répondis-je avec une amertume qui me surprit moi-même.

« Mais mes enfants, James et Lily … » articula-t-il sans finir sa question.

« Pourquoi ont-ils hérité à travers vous de certaines caractéristiques physiques de James Potter ? Il faut rendre hommage à la magie extraordinaire de ce vieux fou. » grinçai-je.

« Et Albus ? » murmura-t-il.

« Ça fait des mois que je me pose la question. C'est même pour cela que j'ai entrepris des recherches sur cette magie que Dumbledore a bien pu employer. » avouai-je « Ce que j'ai appris me laisse à penser que la propre magie d'Albus est tellement puissante qu'elle a contourné celle mise en place pour votre changement d'apparence. Ensuite, comme il n'a pas hérité grand-chose du côté de Ginny … »

« Vous voulez dire que c'est à moi qu'il ressemble ! » m'interrompit brutalement Harry.

« A ce que vous auriez pu être. Oui, c'est mon interprétation et je… » commençai-je avant de me rendre compte du choc que ma réponse provoquait chez Harry

Instinctivement, je tournai les yeux vers les photos d'Albus, des photos prises au cours des dernières vacances que Tinny avait pris sur elle d'installer sur la cheminée. Il n'allait décidément pas falloir que je lui confie trop souvent le gamin, si je voulais qu'il reste convenablement éduqué. Une question qui ne se poserait d'ailleurs que si Harry permettait qu'il revienne ici un jour …

« Heureusement, il tient surtout de Lily pour son plus grand avantage » remarquai-je en détaillant la photo la plus proche. « Bon, il a mes cheveux, quelque chose dans la forme générale du visage et peut-être dans la silhouette en grandissant, mais pour le reste… »

Je m'interrompis et dû faire appel à toutes les ressources de presque quarante ans d'occlumencie pour ne pas rougir devant l'expression narquoise d'Harry un peu trop réjoui à mon goût de m'avoir pris en flagrant délit de gâtisme avancé à propos d'Albus. Je lui fus reconnaissant de s'abstenir de tout commentaire.

« Tinny l'a reconnu au premier coup d'œil sans que je lui ai rien dit. » racontai-je pour changer de sujet « Pas plus qu'elle n'a eu d'hésitation à vous identifier tout à l'heure, comme nous avons pu le constater. »

« Comment a-t-elle pu ? » demanda Harry

« Je ne sais pas exactement. Mais les elfes ont leur propre magie. Une magie bien plus puissante que la nôtre à certains égards. Manifestement, elle est totalement insensible aux sortilèges d'apparence mis en place par Dumbeldore. » répondis-je tout en songeant à quel point il était heureux que le Seigneur des Ténèbres ait toujours méprisé ces créatures « inférieures », sinon il aurait pu se servir d'elles pour percer ce mystère-là et bien d'autres.

« Mais la vraie question pour le moment… » murmurais-je après un silence.

« … c'est de savoir comment Albus lui l'a compris. » termina Harry.