Cette suite a été demandé par T_vn sur AO3, j'espère qu'elle vous plaira.
...
Eddie sentit qu'on le secouait.
Il avait dû mal à immerger et il inspira l'odeur du bois des lits du dortoir de la caserne. Il était en plein milieu de son quart mais il continuait à être secoué avec frénésie.
– Allez Eddie, chuchota-t-il. S'il te plait, réveille-toi !
– 'core un' m'nute, marmonna-t-il peut désireux de quitter le sommeil encore à portée de main.
Buck ne s'en souvenait pas encore mais il savait quand même qu'il n'était pas du matin, surtout après une si courte nuit.
– Allez, s'il-te-plait, le supplia-t-il. J'ai eu un souvenir.
Eddie se redressa d'un seul coup les yeux grands ouverts.
Il croisa le regard excité de Buck, qui se trouvait à genoux à côté de son lit. Cela faisait plus d'un an depuis le tsunami. Buck avait repris sa vie et sa place à la caserne. Certains souvenirs avaient rapidement refait surface avec leurs lots de cauchemars terrifiants, comme l'explosion du camion, l'embolie et l'arrivée de la vague.
Plus d'une fois, Buck était venu le rejoindre chez lui en courant et en pleurant, tambourinant comme un fou sur la porte avec le besoin de vérifier que Christopher allait bien. Et Eddie avait fini par lui rendre sa clé pour lui éviter de le réveiller lorsqu'il n'était pas avec lui.
Buck en avait fait l'usage plusieurs fois et Eddie l'avait ensuite apaisé en l'écoutant et en le serrant contre lui avant de le laisser dormir sur le canapé. Il avait été heureux de constater qu'il se réveillait toujours avec le jeune homme enroulé autour de lui.
Il avait dit qu'il se sentait en sécurité avec lui.
Buck se souvenait aussi de certains évènements incluant Christopher, comme le jour où il avait construit la structure permettant à leur fils de faire du skateboard, ou un concours de science pour lequel leur projet avait remporté le deuxième prix.
Mais ses souvenirs restaient aléatoires et peu nombreux.
Il ne se souvenait pas de ses parents, ni de Maddie, même s'il l'acceptait pleinement à ses côtés. Il avait un sentiment d'appartenance concernant Athena et beaucoup de tendresse pour Hen mais ne se souvenait de rien concernant Chimney ou Bobby.
Malgré leur douleur, les deux hommes avaient décidé de tout faire pour que Buck se sente chez lui, en famille et Bobby se rapprochait lentement de son fils de cœur tentant de reconstruire leur relation.
C'était difficile pour tout le monde mais il lui avait dit avec un sourire triste et un regard déterminé que si Eddie était parvenu à se faire aimer de nouveau par le jeune homme, il parviendrait à retrouver leur relation.
Et pour se faire aimer par Buck, Eddie était aimé.
Il ne savait pas comment il avait réussi ce coup-là, mais Buck était de nouveau amoureux de lui, même s'il ne gardait pas vraiment de souvenir de leur passé en commun.
Ça n'avait pas été facile de briser sa méfiance et de l'amener à lui faire confiance mais ils avaient pris le temps de refaire connaissance et Buck s'était rapproché jusqu'à ne plus le lâcher, comme à l'époque de leur rencontre.
Un nouveau souvenir était une bénédiction et ça n'arrivait pas souvent.
Les médecins trouvaient déjà formidable qu'il en ait quelques-uns, même hachés et terrifiants, pour eux c'était une avancée. Malgré tout, ils restaient assez pessimistes sur la suite.
Ça faisait déjà un an et ils doutaient que Buck retrouve sa mémoire complète.
Mais c'était sans compter la force de volonté de son petit-ami qui s'était battu pour retrouver sa vie, souvenirs ou pas. Il avait repris l'entrainement et repassé sa certification pour retrouver sa place à la 118, il avait témoigné contre Meg pour que plus jamais elle ne puisse s'approcher de lui ou de leur fils, et il avait pris sa relation avec lui très au sérieux, même s'ils ne couchaient pas ensemble.
Eddie devait admettre que les baisers et les câlins lui suffisaient.
Non, c'était faux mais il se contentait de sa main parce que Buck n'était pas prêt à plus et ça le faisait s'interroger sur ce que cette femme lui avait vraiment fait pendant ces trois mois. Buck avait dit qu'ils n'avaient pas été intime mais il avait ce blocage difficile à expliquer et ça l'inquiétait.
Eddie passa une main sur son visage pour recroiser les yeux impatients de Buck qui posa un index sur ses lèvres en lui indiquant d'un signe de tête que tout le monde dormait.
Il se redressa et quitta la pièce silencieusement.
Eddie prit le temps de respirer calmement avant de s'extirper des draps et de le suivre. Il se figea une seconde en croisant le regard inquiet de leur capitaine mais il lui fit un signe de tête et Bobby referma les yeux, même s'il savait qu'il ne se rendormirait pas.
Il retrouva Buck dans la cuisine où il versait deux tasses de café.
Eddie consulta sa montre. Il était trois heures du matin et il se demandait si le café était une bonne idée avant de comprendre que de toute façon il ne se rendormirait pas. Il s'approcha de Buck qui lui tendit sa tasse et il le remercia en le regardant boire une gorgée de la sienne.
Il semblait soudainement si nerveux et incertain.
– Je t'écoute Buck, souffla-t-il. Prends ton temps, je ne vais nulle part.
Buck croisa son regard et lui sourit tendrement.
Il lui montra le canapé en silence et ils s'y installèrent l'un contre l'autre, leur tasse de café, emprisonnée entre leurs mains.
– Je suis désolé de t'avoir réveillé, mais j'ai besoin de savoir, de comprendre…
– Tout va bien Buck, je suis là pour toi à tout moment. Tu te souviens ?
– Je ne sais pas encore si… c'est un vrai souvenir ou si c'est un rêve parti de ce que vous m'avez raconté. J'ai besoin de faire le tri, de comprendre et je pense que tu peux m'aider.
– Si je le peux, je le ferai, affirma-t-il en posant sa main sur la sienne.
– Oui, je sais.
Buck se recala dans le canapé pour lui faire face et Eddie l'imita ne lâchant pas sa main pour l'assurer de son soutient et de son écoute.
– Tu m'as raconté cette histoire dans l'ambulance avec ce type qui avait une grenade dans la jambe.
– Oui ?
– J'étais dans cette ambulance avec toi. J'essayais de t'impressionner alors qu'en réalité j'étais mort de trouille mais j'avais le sentiment que tu savais ce que tu faisais et que j'étais en sécurité avec toi.
Eddie lui fit un signe de tête pour lui confirmer qu'il écoutait et qu'il attendait qu'il poursuive.
– On a retiré cet engin de mort et on a sorti le gars et on était dehors avec Bobby en train de débriefer et tu… Tu m'as dit que j'étais un dur à cuire sous la pression et, je sais que tu essayais de me flatter mais j'avais l'impression que tu flirtais avec moi.
– Je flirtais avec toi, confirma Eddie les yeux brillants face à ce nouveau souvenir douloureusement réel de Buck.
Ça faisait mal parce que Buck semblait ne pas se souvenir de beaucoup plus mais c'était si bon qu'il ait enfin un nouveau souvenir d'eux deux.
Un merveilleux souvenir en plus.
– C'était le jour de mon arrivée au 118, lui rappela-t-il. Et tu avais cette façon de marquer ton territoire, de me voir comme un rival et j'aurais dû être en colère de ton comportement mais je trouvais ça adorablement puéril. J'ai essayé de t'impressionner, d'arrondir les angles pour briser la glace et j'ai finalement opté pour le flirt, ce qui a le mieux fonctionné sur toi.
– T'es un sacré manipulateur, se moqua-t-il le faisant rire.
– Blague à part, j'ai compris qu'on fonctionnait bien ensemble et qu'on pourrait faire une sacrée bonne équipe, je ne suis pas du genre à laisser passer un bon partenaire quand j'en croise un.
– C'est pour ça que tu m'as proposé d'assurer mes arrières en toutes circonstances ?
– Tu as fait la même chose, lui rappela-t-il.
– Je crois que j'ai fait bien plus que ça Eddie, je t'ai confié ma vie, cette nuit-là. Et ton sourire quand tu as vu qu'enfin j'acceptais de te laisser en faire partie… c'était putain de chaud.
– Quoi ?
– Blâme l'adrénaline mais on n'a pas idée d'être aussi sexy. Tes yeux brillants et ton sourire ça m'a fait quelque chose et ce n'était pas que mon rêve hein ? Ça s'est vraiment produit ?
– Ce n'était pas seulement un rêve, confirma-t-il.
– Je le savais. On ne peut pas rêver de sentiments aussi forts. Et après l'explosion de l'ambulance, quand tu as seulement dit que tu mourrais de faim…, se moqua-t-il.
– Blâme l'adrénaline, grogna-t-il, gêné d'avoir été aussi prétentieux à l'époque.
– J'avais envie de t'embrasser, termina Buck en plongeant son regard dans le sien. Je ne sais pas quand je suis tombé amoureux de toi la première fois mais mon désir pour toi s'est manifesté exactement à ce moment-là.
– Le mien était là aussi, confirma sincèrement Eddie. Pas que j'ai su le comprendre de la bonne façon mais il était là.
– Et ton amour ? Je veux dire… quand as-tu su que tu étais amoureux de moi ?
– Quand tu m'as présenté Carla, admit-il honnêtement. J'ai cru que c'était seulement de l'amitié mais avec le recul, c'est à ce moment précis que j'ai su que c'était toi.
– J'espère que je me souviendrai un jour de la première fois que je suis tombé amoureux de toi.
– Temps que tu m'aimes, c'est tout ce qui compte pour moi.
Buck baissa les yeux sur ses mains et Eddie posa un doigt sous son menton pour lui faire relever les yeux sur lui.
– Je suis tombé amoureux de l'ancien Buck, admit-il. Mais, je suis de plus en plus fou amoureux de celui que tu es aujourd'hui. Je t'aime Buck, toi pas ce que tu as été et je crois que ce que je regrette le plus c'est l'ami que tu étais. Ce que nous avons, ce que nous construisons aujourd'hui, c'est aussi nouveau pour moi que ça ne l'est pour toi. Et je suis terrifié à la simple idée de ne pas te suffire, que tu décides que je ne suis pas assez pour toi.
– Tu seras toujours assez, Eddie. J'avais peur que ce soit toi qui te lasses de moi. Que mon passé oublié soit un frein à notre relation.
– Je prendrais tous les souvenirs que tu pourras avoir mais leurs absences n'agiront en rien sur l'amour que j'ai pour toi. Je chérie chaque nouveau jour que j'ai la chance de passer à tes côtés, Buck. Je t'aime.
Buck se pencha vivement sur ses lèvres et Eddie savoura le baiser à sa juste valeur.
– Je t'aime aussi Eddie, souffla-t-il.
Il se dégagea, les débarrassa de leurs cafés et l'aida à se lever avant de l'entrainer vers la baie.
– On va où ? demanda Eddie en le suivant.
– Dans le camion, répondit Buck. J'ai besoin qu'on ait un peu d'intimité.
– Dans le camion ?
– Ça sera plus confortable, affirma-t-il en ouvrant la porte.
– On ne va pas… enfin pas dans le camion, pas comme ça, le gronda Eddie.
– Je…, rougit-il. Non Eddie, je… Je voulais… te toucher, te découvrir pas… enfin tu sais.
– Bien, parce que je ne veux pas faire ça entre deux portes, je veux prendre mon temps, souffla-t-il en déposant un chaste baiser sur ses lèvres.
– Moi aussi.
– Mais je suis d'accord pour explorer alors, viens avec moi, sourit Eddie en le tirant vers lui. Allons, explorer sous la douche.
