MAISSA CHURCH - DISTRICT 8

Je me moquais toujours de ce que pouvait ressentir ma mère, le jour de la moisson. Je souriais inconsciemment en lui répétant que mon nom était noyé parmi des centaines d'autres. Aujourd'hui, j'ai cette angoisse qui grandi en moi, la même qui inondait ma maman quand elle me voyait vêtue d'une jolie robe. C'est la dernière année ou je suis éligible. Après, je serais saine et sauve pour toute ma vie. Je mènerais une vie calme et paisible. Jusqu'au douze ans de mon Amandita. Ma toute petite -fille, mon trésor et le fruit de mon premier amour. Être mère, si jeune, c'est interdit à Panem. Non qu'il y ait une loi le stipulant clairement, c'est juste très mal vu. C'est arrivé, il y a très longtemps d'après ma mère. La pauvre fille s'en était vu bâtir une réputation ignoble.

Mais je ne l'ai pas choisi, c'est arrivé, c'est tout. Nous avons présenté ma fille comme étant ma sœur aux habitants du district huit. Mes parents m'ont protégés et ont présentés cette enfant comme la leur. Je ne suis pas sortie de chez moi pendant cinq mois ainsi que ma maman. Elle s'est si bien occupée de moi... Seul Rodrick, Aston et sa copine, et Avery sont au courant. Je regarde dormir ma fille et caresse sa joue. J'ai peur pour son avenir. J'ai peur de devenir folle à l'idée de voir son visage parmi vingt-trois autres, prêts à tout pour la victoire, sur un piédestal près d'une corne d'abondance. Je m'imagine mal voir cette petite poupée se battre aux Hunger Games. J'en mourrais de chagrin. Comme ma mère mourrais de chagrin pour moi.

-Vous vous ressemblez tellement toutes les deux.

Je me retourne et regarde mon père.

-Tu avais la même façon de serrer des poings en dormant.

Cette phrase m'étonne. Mon père ne manifeste jamais ses sentiments, il est impassible. Je lui laisse un doux baiser sur sa joue. Je soupire et pars dans la cuisine à la recherche d'un morceau de pain ou d'un fruit à grignoter. Je décide de m'habiller maintenant. Cela fait très longtemps que je ne travaille plus. Mais j'aide beaucoup maman dans la maison. C'est une de mes façons de lui dire merci.

Je n'habite pas le plus pauvre des districts, mais je n'habite pas le plus riche non plus. Donc je me vêtis juste d'une robe simple et blanche qui reflète ma peau pâle, je ramasse ma masse de cheveux bruns en un chignon simple. Je m'observe dans le miroir et constate à quel point j'ai changé depuis la naissance de ma fille. J'ai pris des formes, généreuses, qui me manquaient avant. Seul mon visage n'a pas changé. A part mes yeux peut-être. Ils sont verts clairs et exprimaient de l'innocence. Ils sont toujours de la même couleur, mais reflètent un semblant de maturité et une dose d'amour illimité et insatiable. Amandita pleure. Je la prends tendrement dans mes bras et la berce désespérément afin qu'elle arrête et s'apaise. Rodrick arrive, les cheveux en bataille et un sourire boudeur au visage.

-Tu ne pourrais pas la faire taire. Je dormais.

-Désolée, petit frère. Retourne te coucher.

Il remarque que je suis déjà prête. Rodrick a toujours eu très peur de la moisson, plus que moi. Je me suis toujours appliquée à le rassurer et à le calmer. Mais à seize ans, Rodrick aura son nom écrit sur cinq bouts de papier. Je chante une berceuse à ma fille qui ferment les yeux et serrent les poings. Ses boucles brunes ressemblent à celle de Rodrick.

-Si jamais je meurs dans les Hunger games, Maîssa...

-Cela n'arrivera pas Rodrick. Je te le jure. Le coupé-je.

Mais je sais au fond de moi, que si jamais il est tiré au sort, il a toutes les chances de mourir. Nous ne sommes pas entraînés. Notre district produit le textile. Coudre ou fabriquer des vêtements ne tuera pas les tributs de carrières. Bien que quelques fois, presque tous les dix ans, un garçon ou une fille revient vainqueur des jeux. Il y a cinq ans, un garçon, Alkyle, a remporté la victoire et nous à tous rendu riche grâce aux dons du capitole. Il travaillait dans la même fabrique que moi.

-Quoiqu'il se passe, Rodrick, nous t'aimons.

-Je t'aime aussi Maîssa.

-Tu as peur ?

-Oui. Mais ta présence m'apaise. Et toi ?

-Je suis calme. Peut-être plus qu'il ne le faudrait, mais je le suis.

Je câline mon frère pendant un long moment en lui répétant que tout irait bien, que lui, irait bien. Qu'il grandirait, vieux, avec une magnifique femme et des enfants en bonne santé.

-Imagine-toi dans quelques années. Tu seras riche et en compagnie d'une femme.

Je cherche quelques instants dans ma mémoire, quelques filles de son âge qui pourrait lui plaire.

-Pourquoi pas avec Wilaya Sert ?

-Non, je la laisse à d'autre. Sourit-il. Je me verrais plutôt avec une fille comme Avery.

-Tu ne te crois pas un peu jeune ? Rie-je.

-L'amour n'a pas d'âge. Tu le sais mieux que quiconque.

On frappe à la porte. Ça doit être Aston. Je laisse un baiser sur le front de mon frère et me dirige vers la porte d'entrée. Amandita est toujours coincée dans mes bras et ne pleure plus, me regardant attentivement de ses yeux verts foncés. J'ouvre la porte et un garçon de dix-huit ans me fait face. Il est grand et fort. Il possède des yeux foncés, lui aussi, dont les couleurs changent en fonction des heures, un sourire blanc collée au visage et des cheveux blonds comme les blés. Tous ces atouts m'ont fait tomber amoureuse d'Aston. Il me sourit, m'embrasse sur les deux joues et me prend par le bras. Il m'entraîne vers l'usine désaffecté, ou il n'y a personne. Nous avons l'habitude de nous y retrouver avec un groupe d'amis proches. Nous nous asseyons contre le mur.

-Comment vas ma princesse?! Demande-t-il en prenant Amandita dans ses bras.

-Tu sais qu'elle ne peut pas parler, n'est-ce pas ? Lui fais-je en rigolant. Ou alors ce sera quelques gazouillements !

-Pas besoins de mots. Les gazouillements suffisent ! Ma fille et moi, nous nous comprenons sans parler. Hein, c'est vrai bébé ? Ajoute Aston en soulevant la petite dans les airs.

Il pose notre fille par terre, calée entre ses jambes. Je connais assez bien Aston, pour savoir que son air grave et ses sourcils froncés, signifient qu'il a quelque chose à me dire.

-Si ton nom est pigé...

-Ne pense pas à ça. Dis-je avec délicatesse.

-Non, je le sais, mais je voulais que tu saches que...

Une voix stridente l'appelle. C'est Bridjet Sert. La petite-amie d'Aston. Je ne peux pas la supporter. Non que je sois encore amoureuse de lui, je l'ai été. C'était intense et partagé mais trop de chose nous opposaient. Je venais d'une famille assez aisée et lui était le fils d'un pacificateur, donc une famille plutôt riche et égocentrique. Nous nous sommes aimés et Amandita est née. Il s'en est voulu au début, , puis il a assumé son rôle de père par obligation. Quand notre trésor est né, il y a de cela sept mois, Aston a posé ses yeux sur elle pour la première fois et j'ai su qu'il serait complètement gaga de sa fille.

Non, si je ne peux pas supporter Bridjet, c'est parce qu'elle n'est pas très futée ! Elle est la fille du maire, une fréquentation beaucoup plus avantageuse pour les parents d'Aston. Elle est gentille bien qu'un peu trop matérialiste. Je ne lui en veux pas, et suis très heureuse pour elle. Mais elle m'insupporte. C'est tout.

-Salut, les amis ! Lance Bridget avec enthousiasme. Oh, qu'elle est mignonne ! Tu as là une jolie fille Aston. On voit qu'elle tient de son père.

Aston se lève et me tends Amandita. Il l'embrasse langoureusement devant moi. Heureusement que ma meilleure-amie, Avery, arrive. Elle m'empêche de voir et d'entendre de long discours d'amour. Elle roule des yeux et les réprimande :

-Vous n'avez pas honte de faire ça devant un bébé ! Et en plus le tiens, Aston !

Cela les stoppe. Ils s'assoient, Bridjet prend place entre les jambes d'Aston, l'ancienne place de notre fille...

Avery prend le bambin et lui fait toute sorte de grimace. Amandita en ris, en un son cristallin. Je caresse ses boucles brunes en écoutant Bridjet parler de maquillage, de chaussures et de robes toute la matinée. Discrètement, Avery chuchote à mon oreille :

-Maîssa, je voudrais te demander quelque chose...

-Oui. Vas-y.

-Ressens-tu encore quelques choses pour Aston ? Demande-t-elle avec précaution.

-Je ressentirais toujours quelque chose, pour lui. C'est le père de ma fille et mon premier amour.

-Alors tu n'aimerais pas être à la place de Bridjet ? S'étonne-t-elle.

-Oh si. J'adorerais ! Mais je sais que quelqu'un de mieux, m'attends quelques parts. Et Aston est au passé. Il s'est passé beaucoup trop de mauvaises choses entre nous. Il y a trop de déception. Et je pense avoir vécue assez de choses émouvantes pour les trente prochaines années !

Quand l'heure vient, nous repartons chacun de nos coté pour nous préparer à la moisson. Rodrick est prêt et tremble un peu pendant le repas. Ma mère en fait tout autant et mon père se masque encore d'indifférence. Nous mangeons sans bruit, dans un silence religieux et pesant.

Le gong sonne subitement, et je me précipite de regarder ma petite fille en détaillant ses traits. Je me rappelle de sa naissance. Comme j'ai souffert... Mais quand on a posé sur mon sein, la petite merveille, tous les cris, la sueur et le mal ont disparus de mon esprit. Je l'aime tellement.

-Je serai toujours avec toi, princesse.

Ma mère et mon père, la prennent dans leur bras et l'emmènent avec eux sur la place. Ils hochent la tête en me promettant de s'occuper d'elle si jamais...

Je tiens la main de mon petit frère sur tout le chemin et lui murmure des paroles d'apaisements. Nous nous séparons, lui vers la file des garçons et moi, vers celle des filles. Je lui fais signe d'inspirer et d'expirer calmement. Un pacificateur prend une goutte de mon sang et m'identifie. Je vais vers ma section, ou il n'y a que des filles de mon âge. C'est la dernière fois que nous venons ici, et nous affichons presque toutes un sourire heureux. Je repère Avery qui grimace en écoutant Bridjet jacasser. Je me place à leur cotés et trouve mon frère et Aston dans les rangs dans face.

L'hôtesse du district huit, monte sur l'estrade. Elle s'appelle Dollie Pillsburby et affiche toujours sa perruque verte à la vue de tous. Le maire est sur l'estrade avec à sa droite deux vainqueurs des jeux. Le dernier en date Alkyle Stanias et une femme, ayant la trentaine que je n'identifie pas. Nous visionnons un court métrage sur le capitole et la grande rébellion. Puis, le moment vient grâce à la phrase que récite Dollie chaque année :

-Joyeux Hunger Games ! Et puisse le sort, vous être favorable ! Honneur aux filles !

Elle marche d'un petit pas, vers le bocal tout à droite. Il n'y a que des noms de filles à l'intérieur. Dollie tourne et tourne sa main dans le bocal, inlassablement. On dirait presque qu'elle le fait exprès. Cela l'amuse d'avoir le pouvoir de condamner des innocents ?

Elle finit par piocher un papier. Elle retourne au milieu de la scène en faisant claquer ses talons sur le bois. Mon cœur se cale à la cadence de ses pas. Je respire un grand coup. Elle déplie le papier et je pense à cette pauvre malheureuse qui va aller dans l'arène pour ne jamais en revenir.

-Maîssa Church ! Minaude Dollie Pillsburby.

Je n'arrive pas à réaliser que c'est mon nom, je crois. Un épais brouillard m'encercle la tête. Je vois juste Rodrick échapper une larme et Aston baisser la tête. Mes parents serrent Amandita dans leur bras, qui se met à pleurer. Avery, se tourne vers moi et me prend dans ses bras. Bridjet me regarde et me dit qu'elle est désolée en me prenant également dans ses bras. Quand j'observe tout cela, il y a un bourdonnement dans ma tête qui me tonne que tout cela est irréel et faux. Ça n'a duré que quelque seconde, mais l'éternité semble s'être installée. Je m'avance vers l'allée, d'un pas aérien et paisible, et monte sur l'estrade en me figeant dans un masque impassible, comme mon père. Je me regarde sur l'écran et constate que mon visage paraît doux et inoffensif. Je sais que c'est ce qu'il faut faire.

-Il y aurait-il des volontaires ? Demande Dollie, presque inutilement.

Deux secondes s'écoulent et mon sort en est jeté

-Veuillez applaudir notre tribut féminin des Quarante-sixième Hunger games ! Bravo Maîssa Churh !

Les applaudissements sont timides. Dollie prend un papier dans le bocal et je prie pour que cela ne soit pas Rodrick. Je ne supporterais pas de le voir mort avant moi. Mon tout petit frère... Si fragile, si tendre... Puis je pense à Aston et me mets à croiser les doigts pour qu'il ne soit pas pigé lui aussi, pour l'avenir de ma fille et pour le bonheur de ses proches. Quelqu'un a entendu mon appel. Car ce n'est ni le nom d'Aston ni celui de Rodrick qui est prononcés. C'est celui d'Aragorn Leasfer. Je le connais. C'est un ami assez proche de mon frère. Je vois un brun aux yeux noirs sortir de la section des seize ans en tapant amicalement sur l'épaule de trois garçons, dont mon frère. Il pleure silencieusement et me jette un coup d'œil.

-Aragorn Leasfer et Maîssa Church ! Nos tributs pour cette quarante-sixième édition des Hunger Games ! Serez-vous la main. Joyeux Hunger Games! Et puisse le sort vous être favorable !

Elle débale tout cela d'un trait, d'une voix enjouée. Pauvre fille...

Je serre distraitement la main d'Aragorn en constatant que la paume de mon adversaire est moite. On m'attrape par le bras et m'emmène dans une petite salle qui respire le luxe et l'intimité. Un sofa en velours rouge est posé à coté de deux splendides plantes luxuriantes et le luminaire est en cristal. Tout est somptueux. On entre précipitamment et j'ai juste le temps de voir Rodrick fondre sur moi.

-Oh Maîssa. Je suis désolé. Gagne ! C'est possible, n'est-ce pas papa ! C'est possible ?

-Oui, c'est possible Rodrick. Bien sûr ! Et elle gagnera. Sanglote mon père.

-Oh ma toute petite fille ! Comme je t'aime Maîssa... Reviens ! Reviens et gagne le plus vite possible !

-C'est tellement injuste !

-Je préfère que cela soit moi, plutôt qu'une pauvre enfant de douze ans...

-Ne dis pas des choses comme celle-ci Maîssa ! Voudrais-tu laisser Amandita orpheline ? Hurle mon frangin. Me laisser seul, moi ?

-Tu ne sera jamais seul, Rodrick ! Je serai toujours avec toi. Et si jamais je meure, je veillerai tout les jours sur toi et sur Amandita.

-Arrête de raconter des conneries pareilles !

-Langage jeune-homme ! Je n'ai pas l'intention de vous laisser. Je vais me battre, petit frère. Rien que pour revenir t'embêter !

Je les prends dans mes bras et les console du mieux que je peux. Je n'aime pas les voir tristes. Mon cœur saigne en les voyant pleurer et en me faisant à l'idée que je ne les reverrais peut-être plus jamais. Ainsi que ma fille, que je ne vois pas...

-Elle est avec Aston. Répond ma mère. Il attend derrière la porte.

Je les cajole contre moi très fort et leur dit à quel point je les aime. Puis on les arrache à moi, trop vite, trop tôt... La porte se referme en claquant et toute la tendresse c'est évaporée de cet endroit. Je m'assois sur le sofa et serre mes jambes contre moi. Aston entre avec Amandita. Je la prends et la serre à l'en étouffer et en la couvrant de baiser. Aston pleure. Je tiens Amandita d'un bras et essuie les larmes sur ses joues à l'aide de mon autre main. Il retient ma paume en la serrant.

-Maîssa. Murmure-t-il. Je suis tellement désolé... Je, bafouille-t-il. J'avais une surprise pour toi ce matin mais Bridjet est arrivée et je ne voulais pas le dire devant elle. Oh, Maîssa, dit moi que tout cela n'est qu'un cauchemar... Tout allait être si parfait !

Je le laisse continuer en caressant sa joue. Je savais bien qu'il avait quelque chose à me dire.

-Nous partons Maîssa. Mon père a été promu et nous emménageons au capitole. Définitivement. C'est une messure exptionelle, prise à cause d'un désistement de poste d'un des conseillers du Capitole. C'est une chance inédite. Nous avons le droit d'emméner de la famille, mais mes grand-parents sont morts et mon cousin également. J'avais prévu de vous emporter avec nous, toi et Amandita. Ainsi que Bridjet.

Je l'écoute et l'embrasse sur la joue, tellement je trouve son geste affectueux et gentil.

-Aston, je n'aurai jamais supporté être loin de Rodrick, de maman et de papa. Mais emmène Amandita avec toi. Fait qu'elle soit en sécurité, protège-la des Hunger Games et fait la vivre longtemps. Empêche-là le plus longtemps possible d'aimer toute cette barbarie. Parle lui un peu de moi aussi, qu'elle sache d'où elle vient...

-Ne parle pas comme si tu allais mourrir, Maîssa. Je te l'interdit.

J'enlève ma chaîne en or que je tiens de mon arrière-grand-mère et la mets au cou de ma petite. Aston caresse le bijou et promet qu'elle ne le quittera jamais.

-J'ai pensé, Maîssa, que ton frère pouvait venir avec nous maintenant que tu...

Il ne finit pas sa phrase et je l'embrasse sur les deux joues en collant un sourire niais sur mon visage tant je suis heureuse de l'entendre proposer cela.

-Aston je t'en remercie ! Ainsi Rodrick ne craindras plus jamais rien ! Oblige-le à venir avec vous. Je t'en serai éternellement reconnaissante Aston. Tire-le par la peau du cou s'il le faut, mais ne le laisse pas ici, s'il a l'opportunité de fuir ! C'est un de mes vœux les plus chers.

-Je te le dois bien. Tu m'as fait le plus beau bébé du monde.

-Tu as un peu participé à la conception. Je ris

Il échappe un rire et reprend sérieusement :

-Je t'aime Maîssa.

Je le regarde attentivement et serre ma fille et son père dans mes bras. J'ai peur de les perdre. Surtout ma petite princesse que je ne verrais pas grandir, avec qui je ne discuterais jamais...

-Maman t'aime aussi fort qu'il est possible d'aimer dans ce monde, Amandita. Tu sera la plus belle et la plus intelligente de toute. Je murmure en voyant ma fille me regardant curieusement de ses yeux verts.

-Mama ! Répond-t-elle.

C'est ses deux premières syllabes ! Mama. Sûrement un « Maman ». Je pense encore plus à toutes les étapes de sa vie que je vais rater si je ne rentre pas. Ses premiers pas, ses premiers bobos, son premier jours d'école, ses premiers amours, ses premiers enfants... Je ne verrais peut-être rien de tout cela. Et je suis persuadée qu'à ce moment-là, dans ce monde, personne n'est capable d'aimer aussi fort que moi.

-Maîssa, reviens... Sans toi, je serais incapable de la voir grandir. Tu es sa mère et je tiens beaucoup trop à toi. Tu vas tuer n'est-ce pas ? Tu vas te défendre, pas vrai ?

-Je ferai tout ce qu'il faut pour rentrer Aston. Mais dans le cas contraire, il te faudra l'élever avec deux fois plus d'amour qu'il n'en faut.

-Tout cet amour, c'est toi qui lui donne. Il me sera impossible de la regarder dans les yeux. Si jamais tu ne survis pas. Elle te ressemble déjà bien assez comme cela... Je la verrais trop en toi.

-En quoi est-ce un problème ? Froncé-je des sourcils. Je suis si moche que cela ?

-Oh non, au contraire Maîssa. Amandita sera la plus belle. La proie de tous les garçons. Désirable, mignonne et aimante. Comme sa maman.

Il replace une mèche de mes cheveux bruns et m'attire contre son torse dont je respire les odeurs. Café, lavande et romarin. Le romarin vient de Bridjet : c'est son parfum

-Je t'aime Maîssa. Répète-t-il.

-Aston... Je t'aime aussi.

Je hurle de chagrin quand ils doivent partir et je tiens la petite main potelée dans la mienne jusqu'au dernier moment. Je sais qu'elle sera saine et sauve toute sa vie grâce à Aston, ainsi que Rodrick.

-Tout ira bien Maîssa. Je te le promets ! Cris Aston derrière la porte.

Bridjet entre dans pièce, je suis surprise de l'y voir mais la serre contre moi en l'entendant échapper quelques larmes.

-Je te demande de prendre soins de ma fille comme de la tienne, de la chérir et de l'aimer, de lui parler souvent de moi, de lui dire comme je l'aimais, que je suis fière d'elle. Apprends-lui tout ce qu'il faut savoir. Empêche-la de souffrir et protège-la de tout ce qui pourrait lui faire de mal. Des garçons notamment, dis-je en souriant. Je te fais confiance Bridjet. Aime-là. Je t'en supplie, je t'en conjure !

Elle sait que je ne reviendrais pas vivante. Elle le sait donc je peux lui demander ça.

-Je le ferai Maîssa. Je te le promets, je te le jure ! Fait-elle en pleurant. Avery n'avait pas le courage de venir et je suis venue te donnais cela.

Elle me tend un bracelet de velours bleu roi qui trônait sur son poignée au début de la moisson.

-Je veux que tu le portes lors des Jeux. Pour nous représenter, moi, Aston et Avery.

-Je le porterais pour vous Bridjet !

-C'est si injuste...

-Mais c'est comme ça. Je ferais ce qu'il faut pour vivre.

-Arrête. Nous savons toutes deux qui tu es incapable de détester, donc encore moins de tuer, Maîssa. Tu n'as aucune once de colère en toi, même après ça ! Tu es trop naïve...

Je la vois sourire et je me dis que cette fille n'est pas si bête qu'elle ne le laisse croire.

-Je l'aime déjà. Ajoute-t-elle en parlant de ma fille. Elle te ressemble et elle est fantastique.

-Je sais c'est ma fille ! Plaisantais-je.

-Oh Maîssa. Gémit-elle en me tenant les mains. Tu vas beaucoup nous manquer. Reviens pour Amandita. Reviens pour nous.

« Vous aussi vous allez me manquer » je voudrais leur dire. Mais il est trop tard et les pacificateurs l'embarquent déjà. J'ai peur ce que me réserve l'avenir, mais je sais que celui de mes proches et plus sûr. Amandita vivras vieille avec pleins d'enfants au capitole. Avery trouveras le courage de parler à Neville et Bridjet aura des enfants d'Aston... L'idée que ma fille aimera sûrement les jeux quand elle sera plus grande, me donne le vertige. Je préfère tout de même savoir qu'elle les regardera au lieu d'y prendre part.

J'ai aussi peur de tuer. Tuer de pauvre innocent... Je m'en sens incapable, eux aussi ont des proches qui les attendent, qui ont de l'espoir et de l'amour pour eux. Et je m'en voudrais de le leur arracher. Je ne tuerais pas, j'attendrais patiemment, cachée en laissant faire les choses. On vient me chercher et on m'emmène dans une voiture, en compagnie de Aragorn que je regarde avec toute la douceur dont je suis capable : après tout, ce garçon pourrait être Rodrick. Et il vivra aussi longtemps que possible.

-Avez-vous entendu ce bébé pleurer tout à l'heure ?! Nous questionne Dollie. Les gens ne savent plus comment élever leurs enfants ! Au Capitole vous ne serez pas ennuyer par ce genre de créature !

Ce coup m'achève et une larme glisse le long de ma joue. Rodrick me jette un coup d'œil triste et me souris. Je rentrerais pour mon bébé. J'essaie de me le dire. Mais je sais que rien n'est plus faux que cette pensée. Je respire afin de ne pas pleurer plus que je ne le fais déjà tandis que Dollie et des Pacificateurs m'emmènent vers ma mort prochaine.

Maîssa Church, Tribut du District 8,

Est-ce que le sort sera en sa faveur ?