SOLAL REUZE - DISTRICT 10
-Arrête Solal ! Tu as presque faillit mettre le feu hier !
-Presque maman ! La, est le mot important : presque !
-Arrête Solal ! Tu aurais pu nous tuer ! Tous! Te rends-tu compte ?
Je ris sourdement et je l'entends gronder et rouspéter tandis qu'elle s'en va de ma chambre. Elle n'a même pas remarquée que je n'étais pas seul dans mon lit. Mais je pense qu'elle ne doit pas remarquer grand-chose quand il s'agit de moi. Shai bredouille quelques mots. Elle est toujours comme ça le matin. Ses cheveux sont en batailles et elle cherche à tâtons mon corps.
-Bonjour Shai.
-Jour' So'.
Je souris face à ses grognements. C'est du Shai tout craché ça. J'aime bien les matins comme ceux-ci. Shai dans mon lit, couverte par un drap fin, moi, qui lui caresse doucement les cheveux en fumant mon troisième joint de la matinée. D'ailleurs j'ai dû mal éteindre celui de la veille apparemment.
Je sens maintenant une légère odeur âcre, caractéristique du bois qui brûle. Une vapeur lourde et grise devait emplir presque tout l'air environnant. Je le sens un tout petit peu maintenant. J'aime bien cette odeur.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-On a dut oublier d'éteindre correctement nos joints d'hier...
-Merde !
-Y'a pas de morts à pleurer. On s'en fout.
Elle en ricane. C'est pour ça que la compagnie de Shai m'insupporte un peu moins que celle des autres habitants du district. Même si ce n'est pas la seule, elle me voue une admiration qui fait sa présence à mes côtés. Au moins, elle, elle rit de tout. Et j'adore rire : cela combat l'ennuie.
-Bon aller il est temps que tu t'en aille Shai.
Je la pousse hors du lit et elle se rhabille rapidement. Mon joint est presque totalement consumé alors j'en prends un autre en prenant soin de bien éteindre le dernier.
-On se voit tout à l'heure, Solal ?
-Ouais, peut-être que je viendrais.
-Peut-être ?
-Ouais, j'ai des trucs à faire avant.
-Sois prudent.
-Tu me connais !
-Justement So'.
Elle me fait un bref signe de la main et fredonne une mélodie qui rentre dans la tête tant elle est gaie. Je la sifflote moi aussi une fois qu'elle est partis. Et à peine a-t 'elle quitter les lieux que quelqu'un d'autres entre dans ma chambre. Impossible d'être seul...
-Ca vas Solal ?
-Ouais ça va. Répondis-je en pouffant de rire.
La drogue commence à faire son effet et toutes les lignes droites se courbent, toutes les couleurs fades et marrons, prennent une teinte plus vive et colorée. J'adore cette vision du monde. Non qu'elle soit meilleure que celle de mon monde actuel. J'apprécie juste le changement et cette sensation qui me donne l'impression d'être si léger, et de planer au-dessus du sol.
-C'est Shai que je viens d'entendre ?
-Ouais.
-Alors frangin, ça fait quoi de savoir que d'ici ce soir tu seras enfin libéré de ces maudits Hunger Games ?
-Je suis déjà libre Cal. La liberté on se la donne nous-même.
-Est-ce que tu comprends ce que tu dis ? Ou c'est juste l'herbe qui te donne cette poussée subite de philosophie ?
-Non pas du tout ! Je suis toujours comme ça. C'est juste que personne ne le voit !
Il affiche son air consterné. Comme il le fait depuis qu'il sait que la majorité de mon temps, je le passe au Bhang. J'aime bien cet endroit. On y respire les vapeurs de codéine ou cocaïne que les gens fument entre deux stands. Dés fois, on y croise des personnes en manque. On les voit désespérées avachis sur le sol en train de mendier pour récolter un peu d'argent. Les autres continuent leur marché. D'autres chiquent leur tabac en silence tandis que d'autres sont en pleins Bad trip. Le Bhang, c'est l'endroit où tout le monde fume.
C'est un peu l'endroit où l'on transgresse la loi devant les pacificateurs. Enfin, quand ils ne participent pas aux trafics je veux dire... Parce que les plus grands fournisseurs sont des pacificateurs. Ils sont beaucoup critiqués à cause de cela. Moi, je les comprends. Il faut bien qu'ils se fassent de l'argent, eux aussi. Les habitants du district 10 sont juste jaloux de ne pas gagner autant en s'occupant de vaches et cochons... Certains me traitent de larbin quand je dis ça. Je leur réponds que je connais le système du monde dans lequel on vit. On ne peut pas le changer. Donc je me suis adapté. Pas eux. Dommage pour eux. Moi, je m'en lave les mains.
-Tu es fou.
-Non je suis défoncé, Cal ! Ce n'est pas pareil.
-Arrête Solal.
-Arrêter quoi ?
-Ca !
-Ca quoi ?!
Il commence à perdre patience. Cela a toujours était mon jeu favori. Quand nous étions petits, je trouvais toujours mille moyens de l'embêter jusqu'à ce qu'il craque. C'était très drôle et je suppose que ça le sera toujours !
-Ça t'amuse de te faire du mal ?
-Qui parle de se faire du mal ? Tu n'as jamais testé, alors tu ne peux pas savoir. T'es un peu rabat-joie en fait !
Cal, le sérieux, l'intelligent, le malin, l'ambitieux qui n'a pas pu étudier car nos parents n'avaient pas l'argent… Cal qui crache sur les riches parce qu'il aurait pu en devenir un, de riche. Parce que mon frère est doué, charismatique mais que l'argent détermine nos places. Cal a toujours était le pauvre petit, de ceux qui nous font de la peine car ils méritent de tout avoir mais qui n'ont rien. Et puis il y a moi.
Solal, l'intrépide, l'irresponsable, le rêveur, le feignant qui ne voulait pas étudier car ses parents n'avaient pas l'argent. Solal qui défend les riches parce qu'eux s'en sont sortis et qu'il n'y a aucune raison d'être jaloux. Moi, j'ai toujours était le sale morveux, de ceux qui disent les vérités qui dérangent mais qui taisent les mensonges qui arrangent.
-Venant de la part de quelqu'un qui ne sait pas ce qui est bon ou mauvais pour lui, ce compliment me touche énormément !
Je voudrais répondre mais j'entends quelqu'un toquer à ma fenêtre. C'est Shai. Je suis toujours dans lit et j'ai la fainéantise de me lever pour aller lui ouvrir. Cal soupire et le fait à ma place.
Cal, le serviable, le généreux.
-En fait, t'es pas si chiant que ça quand tu le veux Cal.
-Franchement Solal, arrête de parler. Pour notre bien à tous les deux.
Shai rentre, un petit sourire collé au visage.
-Salut Cal.
-Salut Shai, ça vas ?
-Oui, et toi Cal ?
Je lèvre les yeux au plafond.
-Oui il va bien. Arrêtons avec ses mondanités. Qu'est-ce que tu fous là, Shai ?
-Solal !
Je regarde mon frère. Il a un petit air choqué, on dirait un poisson hors de l'eau.
-Euh... Désolée de te déranger, mais j'ai oublié quelque chose, alors je suis venue le chercher.
-Bah vas-y cherche le !
-Ne fais pas attention Shai. Il est de mauvaises humeurs à cause de la moisson.
-Il n'y a pas de problème, Cal. Je comprends.
Bien sûr que non ! Elle ne comprend pas. Sinon elle ne serait plus dans mon lit depuis longtemps. J'apprécie Shai. Mais je n'ai aucun sentiment amoureux pour elle. Et trop, c'est trop ! Je passe déjà la majorité de mes nuits avec elle !
Shai fouille la pièce des yeux. Elle finit par se pencher sous lit. Le regard que mon frère lui jette ne m'étonne même pas... C'est un peu pathétique. Shai se relève avec une boîte rose dans les mains. C'est là qu'elle cache sa cam. Je crois qu'elle a peur que sa mère lui en vole.
-C'est bon j'ai trouvé ! A tout à l'heure les gars !
-A plus Shai ! Réponds Cal.
Dès qu'elle a tourné les talons, j'éclate de rire.
-Ah ! Tu te serais vu Cal ! Arrête de faire ton mielleux ! Si tu la veux vraiment, faut lui demander ! En échange d'un petit billet je suis sûr qu'elle te laissera faire ce que tu as envie...
-C'est comme ça que tu l'a vois ?!
Cal, respectueux, vertueux…
Je hausse les épaules : Oui c'est comme ça que je la vois. Et c'est un peu comme ça qu'elle est. Faut bien qu'elle paye sa dose !
-Ta propre copine ?
-Ce n'est pas ma copine !
-Est-ce qu'elle le sait ?
-Oui, bien sûr. Elle n'est pas idiote à ce point !
-Je pense qu'elle l'est, alors. En tous cas, assez, pour qu'elle soit tombée amoureuse de toi !
-Amoureuse, amoureuse... Tout de suite les grands mots !
-Tu es le pire des...
Je lui crache ma fumée en pleins visage avant qu'il ne finisse sa phrase. Avant que la conversation tourne mal. On peut en dire ce qu'on veut c'est mon frère et y'a ce putain de lien du sang qui nous unit. Je ne peux pas le changer, c'est comme ça.
-Moi, aussi je t'aime frangin ! Maintenant, si tu avais l'amabilité de quitté ma chambre pour que je puisse m'habiller, ça serait vraiment cool de ta part...
-Allez, je m'en vais. Je n'ai rien à faire avec un drogué comme toi. Regarde toi : tu es pathétique... Ils ont vraiment fait de toi un pantin. Un misérable petit pantin.
-C'est maintenant que tu me le dis ?
-Oui. Parce qu'avant, tu ne méprisais pas les gens autour de toi. Maintenant si. Tu ne mérites pas l'amour de Shai, celui de maman et de papa, et encore moins le mien.
-C'est bien prétentieux ce que tu m'sort la, mon grand.
-La drogue t'a changé.
-Le changement a du bon...
-Pas dans ton cas.
-Sors de ma chambre, maintenant Cal. Tu me fatigues.
-Tu n'as pas d'ordres à me donner…
-Très bien. Reste alors.
Il sort. Enfin. Je quitte mon lit précipitamment avant d'aller me laver. Je prends tout mon temps. Ce n'est pas souvent que j'ai le droit de prendre un bain et puis, je suis sûr d'être vraiment seul l'espace d'un moment.
Je ne stresse pas. Ce n'est qu'une moisson. La dernière qui plus est ! Et puis, à quoi cela servirait de stresser ou d'avoir peur ? On est pigé ou pas. Notre humeur n'y changera rien. Tout le monde le sait qu'il y a les Hunger games. Rien ne changera ça. En tous cas, ça ne seras de pauvres malheureux habitants de Districts quel qu'onc qui y changeront quoique ce soit.
Ces dernier temps on entend beaucoup le chuchotement du mot "révolte". Surtout depuis l'arrivée de la famille Mieseprien. La benjamine de la famille a fichu une telle pagaille ! Elle a raconté tellement de chose sur la vie au Capitole... Cette fille était la personne la plus intéressante que ce district a jamais accueillie et ils l'ont fait taire. C'est bien dommage.
Je ne l'ai jamais vu au Bhang, contrairement à son frère, Philip. Ce mec est défoncé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Un vrai dieu, ce type ! Il a une de ces tolérances ! Je lui avais demandé un jour.
-Comment tu fais ?
-Je veux oublier.
-Quoi ?
-Ma vie. La tienne. Elles sont pourries.
-Ouais mais on n'y peut rien c'est comme ça.
-Oui ! Fumons en l'honneur de la fatalité !
Ce gars était comme nous et pourtant tout le monde le méprisait lui et toute sa famille. Peut-être à cause de ça… Parce qu'ils étaient comme nous et que les vérités devenaient mensonges.
Je plonge ma tête dans l'eau du bain et je compte combien de temps je peux tenir en apnée. C'est un jeu assez drôle... Quand l'oxygène vient à manquer on voit toutes sortes de choses. En tenant plus de vingt secondes, par exemple, on peut commencer à voir des paillettes blanches qui flottent autour de nous.
J'étais à deux doigts de battre mon record ! Mais évidemment, une main me forçant à remonter à la surface en avait décidé autrement ! Je reprends ma respiration, en prenant de grosses goulées d'air.
-Arrête Solal ! Mais tu es fou !
C'est ma mère.
-Mais à quoi pensais-tu ?
-C'était un jeu maman. Je voulais juste voir combien de temps je pouvais tenir.
-Ta vie n'est pas un jeu ! Quand est-ce que ça vas rentrer dans ton cerveaux, Solal ! Tu aurais pu te tuer !
-Aurais pu, maman. Là est la clé de ta phrase ! Ce n'est qu'une supposition !
-Tu n'es qu'un inconscient mon pauvre garçon. C'est les Hunger Games qui te font peur ?
Je ne réponds pas. Je n'ai pas envie de gaspiller ma salive. Pas cette fois. J'en ai marre des discours larmoyant de ma mère qui me dit tous les ans, que tout iras bien, que je vivrais vieux, que j'aurais une femme (tant que ce n'est pas Shai, cette version du futur n'est pas si mal !), des enfants et des petits-enfants... Brefs, la vie de tout le monde, quoi. Non que ce soit mal... Mais c'est ce qui m'attend et je le sais. Inutile de me le rappeler.
-Oh mon pauvre chéri ! Mon pauvre chéri... Ne t'inquiète pas tout vas bien se passer !
Elle me prend dans ses bras. Je culpabilise un peu, mais pas trop.
-Faut que tu te prépares maintenant, Solal.
-Ouais. J'allais le faire, maman.
-Bon je te laisse. Appelle-moi si tu as besoins d'aide.
Je hoche la tête. Je m'habille à la vas vite, en prenant tout de même soin de prendre mes meilleurs vêtements. Si jamais je suis moissonné, autant paraître à mon avantage ! Je décide de sortir, tout de suite après. J'ai besoins d'aller au Bhang.
En traversant la ville, on s'aperçoit que la vie est pauvre et riche à la fois. Il y a de tout dans ce district. Des pâturages, des boutiques, des petites maisons, de gigantesques demeures. La vie est comme ça. Il faut de tout pour peupler un monde. Sans le Capitole, nous n'aurions pas de rôle définis. Nous ne saurions même pas quoi faire... Il faut bien des personnes intelligentes pour nous diriger. Chaque troupeau de moutons à son berger.
-Hey ! Solal ! Je ne m'attendais pas à te revoir si vite.
Gen me passe ce que je lui ai demandé et je lui fourre dans les mains les quelques billets que j'ai chopé dans la chambre de Cal. Je ne sais pas comment il fait pour gagner autant d'argent...
-Joyeux Hunger Games Solal. Et que le sort te soit favorable !
-Merci Gen !
Je lui fais un bref signe de la main et cache dans ma veste ce que Gen m'a donné. Je ne sais pas exactement quand le trafic de drogue a commencé dans ce district et je me demande dés fois si dans les autres districts, c'est la même chose. C'est surement Gen qui a apporté tout ça, dans le district 10. Je me souviens qu'a une époque, la moindre trace de drogue trouvée était sévèrement punie. Maintenant, on dirait que tout le monde ferme les yeux. Depuis quand ?
Je décide d'aller près de la colline pour aller retrouver les autres. C'est un endroit un peu plus beau que les autres. Et puis, nous sommes toujours tranquilles ici. Il n'y a personnes pour vérifier ce qu'on fait et ce qu'on dit.
Sur le chemin, je croise Shai et le petit groupe que nous formons avec Harriet, Kurtis, Pierre et Macy. Nous avons tous grandis ensemble. Nous avons fait toutes les conneries possibles et imaginables tous les six. Je les connais par cœur... Shai est la plus gentille, Harriet la plus responsable, Kurtis le plus drôle, Pierre le plus intelligent et Macy la plus maligne. Nous formons un groupe assez soudé et personne ne nous juge.
-Salut Solal ! Tu reviens du Bhang ?
-Ouais. T'en veux un peu Kurtis ?
-Tu devrais réduire ta consommation, Solal. C'est mauvais tout ça... Tu donnes de l'argent au Capitole !
-Arrête de dire n'importe quoi Harriet !
-C'est vrai !
-Toi t'as trop écouté la princesse des menteuses !
-C'est peut-être vrai ce qu'elle dit. Elle sait de quoi elle parle ! On ne peut pas inventer autant de choses sans s'appuyer ou raconter simplement une parcelle de vérité !
-Il suffit d'un peu d'intelligence, Harriet !
-Moi j'y crois. C'est vrai, c'est qu'elle dit !
-Surement Pierre, que c'est vrai. C'est juste qu'on ne veut pas d'ennuis nous.
-Si les pacificateurs nous ont demandés de l'exclure de la société, elle et son frère, c'est qu'il y a une raison.
Tout le monde regarde Macy. Elle n'a pas tords. Personnellement, je crois plus la version de son père et des pacificateurs. C'est plus simple comme ça. C'est ce qu'ils veulent nous faire croire… Alors j'y crois ! Comme l'a dit Shai on ne veut pas d'ennui nous.
Je traine un peu des pieds. Macy se met à mon niveau et nous laissons les autres marcher plus loin.
-Tu n'y crois pas Solal. T'es plus intelligent que ça.
-Merci, Macy.
-Fermer les yeux, c'est plus simple, hein ?
-Tu voudrais qu'on fasse quoi ?
-Rien. C'est comme ça. T'as raison. Tu l'as toujours compris n'est-ce pas ? Que le système est nul, mais qu'il est comme ça et qu'il faut mieux vivre avec ?
-Ouais, j'ai toujours su. Mais ça s'apprend tu sais. Regardes-toi ! Tu parlais de rébellion il n'y a pas même deux semaines de ça !
-Ouais. Les choses changent vites en deux semaines.
Elle soupire et ferme les yeux en levant son visage vers le ciel. Le soleil révèle sa peau diaphane et ses cheveux très noirs.
-Tu sais Macy, je t'aime beaucoup.
Je le pense vraiment. Macy est la seule à avoir compris le truc. Je me sens moins seul quand elle est là. Elle ouvre les yeux. Ses yeux noirs percent les miens comme des coups de couteau. Je les sens dans mon ventre et ils me font grimacer.
-Solal... Et Shai ?
-Ca n'a rien à voir. Shai est Shai... Toi c'est différent.
Je passe une main dans ses cheveux bruns.
-Arrête Solal. Tu veux faire du mal à Shai ?
-Non mais je ne vais pas m'empêcher d'être avec la personne que j'aime juste à cause d'elle.
-Tu as joué avec ses sentiments, So...
-Tu sais que c'est faux. Je ne l'ai jamais forcé.
-Tu sais qu'elle t'aime. Pourquoi tu profites d'elle comme ça ?
-Parce que je me vois mal la secouer et lui dire que l'affection qu'elle cherche, personne ne peut lui donner. Nous ne sommes plus des bébés Shai. On doit prendre soin de nous maintenant et Shai est trop naïve pour ça. Elle croit qu'on peut vivre d'amour et d'eau fraiche !
-Et de drogues. N'oublie la drogue, So !
Elle ricane doucement. J'aime bien quand elle se moque de moi. Je lui prends la main et la regardent en laissant parler ma bouche. Cela fait longtemps que je ne contrôle plus rien.
-Je t'aime bien Macy.
-Bien Solal. La, est la clé de ton « je t'aime ».
-Non. La clé de cette phrase c'est justement le « je t'aime ».
-Tu es stone
-Tu manques cruellement de romantisme !
-Et toi de bon sens.
-Parce que je t'aime, je manque de bon sens ?
-Les gens qui aiment, manquent toujours de bon sens.
-Tu dis ça comme si c'était une loi universelle.
-En effet, So.
-Ca veut dire que tu ne m'aimes pas ?
-Si je t'aime. Mais je te le dirais quand tu seras prêt à l'entendre.
-Je suis prêt à l'entendre.
-Non, tu ne l'es pas.
-Ce n'est pas à toi de le décider.
-Tu n'aimes pas que l'on régisse ta vie. C'est pour ça que tu te drogues. Car, même si tu ne contrôle plus ce que tu fais, tu connais la cause de tes démences et tu sais que tu en es l'origine. Et pourtant, tu sais que nous sommes tous contrôlé par le Capitole. Et tu ne fais rien. Tu devrais être le premier à gueuler, toi, Solal, le prôneur de liberté…
Je la regarde. Après tout, Macy est la maligne. Je ris. Il n'y a que ça à faire de toute façon. Elle me suit vite et me coller un baiser sur la joue.
-Et, vous venez, vous deux ?
-Depuis quand vous faîtes bande à part ?
-On arrive !
Ils nous regardent tous. Ils ne sont pas surpris. Même Shai sait très bien, au fond d'elle-même que je ne l'aime pas et que Macy et moi, c'est tout autre chose. Comme je le dit souvent, il n'y a rien de prié ici. C'est trop souvent le cas.
-Le dernier arriver devra porter l'autre à l'aller-retour !
Macy détale en courant vers les autres en ravalant son rire. Elle sait très bien que je n'aime pas courir et qu'elle arrivera la première. Je prends mon temps. Je n'aime pas spécialement aller dans les champs. Je trouve que l'odeur nauséabonde qui s'y trouve à trop tendance à nous coller à la peau. Mais c'est ici que nous allons tous les ans avant la moisson, pour nous rappeler d'où nous venons. J'ai toujours suivis les autres. Cette année est la dernière, après je ne verrais plus ces maudits champs.
-Et regarde ! Y'a la princesse des menteuses !
Harriet pointe du doigt l'herbe sèche du champ dans lequel nous nous retrouvons. Tout le monde s'approche. Nous ne devrions pas. On nous l'a fortement déconseillé. Et pourtant la curiosité et l'adrénaline nous animent et nous forcent à approcher.
-Alors, princesse ?! Pas trop peur ?
Heidi ne réponds pas. On dirait qu'elle vit dans son monde et que rien ni personne ne l'en sortira.
-Ah, tu nous snobes maintenant ?
Je sais très bien comment la conversation va tourner. Mais je ne fais rien. La provocation va prendre le dessus et Pierre et Kurtis vont essayer de pousser Heidi dans ses derniers retranchements, comme nous le faisons souvent tous les trois. C'est ce qu'il faut faire quand on veut une réaction de la part de quelqu'un.
-Comment vas-tu Heidi ? Ta santé mentale s'améliore ? La folle du capitole n'as rien a nous dire ?
-Alors princesse, une autre histoire à nous raconter ? J'aimerais bien en réentendre quelques une avant ton départ pour les hunger games.
-Laissez la tranquille ! La pauvre, elle n'as pas toute sa tête.
Si l'on ne connait pas Harriet, on pourrait croire que c'est de l'ironie. Elle est si naïve, elle aussi. Elle l'a prend en pitié et essaye de la défendre comme elle peut. Mais c'est Harriet, et on sait très bien qu'elle a trop peur des conséquences pour réfléchir aux causes. Les provocations n'y changent rien. Heidi continue de nous ignorer royalement. On dirait qu'elle détient la clé d'un secret inestimable. Elle se moque de nous.
-Non mais regardez là ! La princesse des menteuses s'est permis de mettre sa belle petite robe !
Sa robe est blanche. On dirait un ange déchu. Ses cheveux trop blancs forment un halo au-dessus de sa tête. On dirait des nuages. Elle a la tête dans les nuages…
-Elle c'est fait belle pour rejoindre les siens.
Un son cristallin sort de sa bouche. Elle rit. Elle se moque bel et bien de nous. Pourquoi ?
-Qu'est-ce qui te fais rire ?
Je voudrais savoir. Moi aussi, je veux partir dans son monde.
-T'es stone ?
Je voudrais savoir. On ne peut pas être autant déconnecté de la réalité sans être stone. Je m'assois à côté d'elle tandis qu'elle pointe les nuages du doigt.
-Tu viens souvent ici ?
Je ne l'ai jamais vu ici.
-Nous venons tous les ans ici, pour la moisson. Le sort nous sera peut-être favorable !
J'ai l'impression de parler à une ombre.
-Harriet pense que ça nous porte chance !
Je me moque un peu d'Harriet et de ses croyances, mais au fond, j'y crois peut-être un peu moi aussi.
-Va-t'en princesse ! Toi, tu n'as pas besoins de chance !
Elle se rallonge dans l'herbe. Surement le geste de trop.
-Mais regardez-la ! La folle !
-Tu te prends pour qui ?
-Dégage de là ! C'est chez nous ici !
Ce n'est pas la première fois qu'on s'en prend à elle. Quand elle repart d'ici, sa robe est déchirée et elle pleure silencieusement.
- Pourquoi on n'aime pas la différence ici ?
-Parce qu'on ne peut pas la connaître sans prendre de risque, Macy.
Je la prends dans mes bras. Nous avons regardé les autres lui faire du mal sans rien faire. Passivement. Nous n'aurions rien pu faire pour les arrêter de toutes façon.
-Solal…
-Qu'est-ce qu'il y a Macy ?
-Pourquoi nous ne pouvons rien faire ?
-Je ne suis pas un guide spirituel, Macy. Je ne peux pas répondre à tes questions.
Elle est vexée. Je m'en fous. Je ne veux pas qu'elle me prenne pour ce que je ne suis pas.
-On aurait pu…
-Non, Macy.
Ses yeux noirs brillent. J'ai envie de la secouer. Je pensais qu'elle avait compris. Ça ne sert à rien de vouloir réagir… Je roule un joint et le lui tends.
-Je n'ai jamais pris de ces trucs So.
-Tu verras. Ça fait du bien.
Elle tremble quand elle porte le joint à ses lèvres. Il ne lui faut pas longtemps pour cracher douloureusement toute la fumée. Elle tousse violemment à s'en arracher la gorge. Je pouffe silencieusement en lui caressant le dos.
-Y'a une première fois à tout Macy chérie !
-Cette première n'est pas la meilleure.
-Les premières fois ne sont jamais réussies. C'est pour ça qu'on recommence.
-T'es bête Solal.
Je la prends dans mes bras.
-Faut que je rentre maintenant.
-Je te raccompagne ?
-Je ne suis pas une princesse.
-Non, c'est vrai. Mais on peut faire semblant.
-Nous ne sommes plus des enfants.
-Je serais toujours un enfant.
Quand je rentre chez moi pour manger, l'ambiance est tendue. Cal ne me regarde même pas et mes parents n'osent plus parler. J'entends juste les raclements des couverts dans les vieilles assiettes.
-Je risque de partir pour le Capitole est c'est comme ça que vous réagissez ?
-Tu n'es plus le centre de mes préoccupations Solal. Je me fiche de ce qu'il pourrait t'arriver, comme tu te fiche de moi.
-Je ne me fiche pas de toi, Cal.
-Ah oui ? Comment pourrait tu te soucier de moi quand tu te fiche même de ta propre personne ?
Il me regarde durement sous les yeux de nos parents.
-Les garçons… Arrêter maintenant.
-Pour Solal, ça n'a jamais commencer.
Je me lève de table et claque la porte en sortant de la maison. Je veux juste être seul et me défoncer une dernière fois avant cette moisson. Quand je rejoins la grande place tout est déjà prêt. Les pacificateurs sont déjà là. Ils nous attendent comme tous les ans. Ils le seront toujours. Je décide de m'enregistrer maintenant. Il faudra bien le faire tôt ou tard. Et même si la cloche n'a pas encore sonnée, elle sonnera. Ça ne sert à rien de se boucher les oreilles en espérant.
-T'es en avance mon garçon.
-On ne fait pas attendre la Capitole.
-T'es un vrai larbin, ma parole.
-C'est ce qui marche avec les gens comme vous.
Je n'attends pas sa réponse et part me réfugier seul dans la rangée des dix-huit ans. Je tire une dernière fois sur mon joint discrètement. Je les nargue tous, ces pacificateurs. Même si ils ne me voient pas, moi, je sais que je transgresse une partie de leurs lois.
Je me perds vite dans mes délires et voit sous mes yeux Heidi, avec des cheveux vaporeux et blanc. C'est des nuages. Je plane. Je n'entends pas un bruit autour de moi jusqu'à ce que j'ouvre les yeux et me retrouve entouré de garçon. Les murmures m'entourent. Immédiatement, je cherche Macy dans la rangée d'en face. Mais c'est Heidi que mes yeux voient en premiers. Ses nuages sont partis. Elle n'a plus ses cheveux longs.
-Joyeux Hunger Games ! Et puisse le sort... Vous être favorable !
Claria Dalyu, l'hôtesse de notre district nous fait son petit discours annuel avec son film et ses paroles mielleuses. Je connais la chanson. C'est ma routine. Les deux mentors de cette année sont les mêmes que ceux de mes onze ans… Une femme dont je ne retiens jamais le nom et un homme qui s'appeler Tomas et qui passe son temps au Bhang. Claria va vers le bocal des filles. J'aimerais qu'Harriet et Shai soient épargnées. Et Macy aussi. Surtout Macy.
-Heidi Mieseprien !
Je le savais. Elle rit. Du même rire que tout à l'heure. Elle n'est pas folle. Elle a compris depuis longtemps.
-Eh bien et bien ! Tu sembles très heureuse de l'honneur qui t'es fait !
Elle ne respire même plus tellement elle rit.
Quand L'hôtesse se dirige vers le bocal ou les noms des garçons sont écrits, je ne m'inquiète pas. Mon nom n'est écrit que sept fois. Le nom d'un autre garçon sera pigé, comme d'habitude. C'en est presque lassant.
- Solal Reuze !
Moi aussi j'ai envie de rire. J'aimerais me défiler mais je ne peux pas. C'est comme ça je le sais. Je ne peux pas foutre mon poing dans le visage du pacificateur que me regarde depuis tout à l'heure. Alors je sors du rang et rejoins l'estrade. Je n'ai jamais autant plané de ma vie. Et pourtant j'en ai pris des drogues… C'est drôle quand même…
-Veuillez applaudir nos tributs qui représenteront le district 10 pour ces Hunger Games ! Félicitations ! Serez-vous la main !
Quand je lui serre la main, j'ai l'impression de tenir quelque chose de fragile. Pourtant elle ne doit pas avoir peur. Elle n'a aucune différence à apprivoiser, elle connait déjà le Capitole. Dans son malheur, elle a de la chance.
-Tu rentres chez toi ! Tu dois être contente !
-Je n'ai pas de chez moi Solal.
Les pacificateurs m'emmènent dans une salle. Il y a un parfum de luxe. Je me suis presque chanceux de pouvoir être dans cette pièce.
-Oh Solal ! Mon pauvre garçon ! Pourquoi toi ?
-Parce que c'est comme ça, maman.
-Mon fils, mon tout petit fils !
Elle pleure. Mon père ne dit rien. Mon père ne fait rien. Comme d'habitude. Mais c'est Cal qui me fait le plus de peine. Je ressens à nouveau des coups de couteau quand ses yeux regardent tout sauf moi. Quand ils doivent partir, il ne m'adresse qu'un bref :
-Bon courage.
J'en aurais besoin, Cal. Merci. J'ai presque envie de pleurer. J'ai mal. Shai vient me voir aussi. Je ne lui dis rien et me laisse faire. Je n'ai pas envie de parler. Mais quand Macy vient, je sens les larmes qui perlent au coin de mes yeux.
-Même les guerriers les plus courageux pleurent, Solal.
-Tu crois que j'ai le droit de ma battre, Macy ?
-Oui, Solal. Et tu le dois.
-Même si je n'y crois pas ?
-Surtout si tu n'y crois pas.
-Je ne me suis jamais battu, Macy.
-Tu vas devoir apprendre.
-Il est trop tard.
-Je le sais.
C'est elle qui pleure. Elle sait que je vais mourir. Je le sais aussi. Je n'ai même pas envie de me rebeller contre le système. Il est comme ça et pas autrement. Et pourtant… Je le ferais quand même parce que j'ai peur de mourir. Je me battrais. Je mourrais quand même. Fatalité…
-Tu es prêt.
-A quoi ?
-A ce que je te dise « je t'aime ».
-Il n'aura fallu que deux heures ?
-Il peut s'en passer des choses en deux heures.
-Dis-le.
-Je t'aime, Solal.
Je l'embrasse violemment. Je n'ai pas envie de la quitter. Je sens sa main qui fouille dans ma poche. Elle me sourit à travers ses larmes. Elle tient mon sachet d'herbe entre ses mains.
-J'en aurai plus besoins que toi maintenant.
Je vais battre. Je vais quand même mourir. Fatalité… C'est ma vie. Et pas une autre.
Solal ReuzeTribut du Distrcit 10
Puisse le sort être en sa faveur !
