À peine fut-il revenu à lui que Percival Graves sentit une main robuste, mais douce, se refermer sur son bras. Cette poigne, celle de Monsieur Wyllt, répandait une chaleur bienfaisante à travers sa paume, qui pénétrait jusque dans les tréfonds de son être. Graves, figé dans l'instant, se trouva transporté dans un rêve éveillé, se demandant si tout ce qu'il avait vécu n'était qu'un cauchemar. Des souvenirs fragmentés, épars comme des éclats de miroir brisé, se reflétaient dans son esprit embrouillé en des images distordues et incohérentes. Il se souvint des symboles taillés dans la roche incarnate qui semblaient s'animer sous ses pieds, alors que Gellert Grindelwald, furieux d'avoir percé le simulacre, le poignardait sans relâche.
Dans un cri de détresse étouffé, Graves s'effondra en arrière, son corps tordu par une douleur insoutenable. Sa main se crispa contre sa poitrine, en vain, cherchant à contenir la blessure déchirante. Sa respiration bruyante témoignait de son angoisse grandissante, tel un homme conscient de l'imminence de sa fin. Graves se retrouvait seul, confronté à l'inéluctable, et la terreur le consumait.
Il sombra dans une profonde réflexion, emporté par une tempête d'interrogations insaisissables. Était-il le funeste artisan de cette destinée macabre ? Était-ce sa propre folie ou bien un maléfice qui s'abattait sur lui tel un fléau ? Le doute l'étreignait, suscitant une confusion intense dans son esprit déjà fragile. Bientôt, un frisson glacial le saisit, suivi d'un vertige qui le serra de toutes parts.
L'ombre de Jolly Cotton flottait devant ses yeux hantés, son visage empreint d'une tristesse infinie. Graves sentait sa responsabilité peser sur ses épaules en un fardeau insoutenable. Les remords le rongeaient, les souvenirs se déversaient en cascade avec une intensité cruelle, telle une bête féroce avide de dévorer son âme éplorée. Les mots échangés, les regards éperdus de vérité, tout cela s'était désormais métamorphosé en un chaos infernal, menaçant de le submerger à tout instant.
Les pensées lugubres et les chimères effrayantes s'acharnaient sans relâche sur l'esprit chancelant de Graves, provoquant des souffrances dans sa tête qui résonnaient en une cadence régulière d'un tambour funèbre. Sa poitrine se contractait, écrasée sous le poids de l'épouvante qui le prenait, telle une marée sombre qui s'étalait sur la plage et souillait tout sur son passage. L'horreur grandissait en lui, les images terrifiantes se superposant les unes aux autres avec une violence sans pareille.
Dans l'étau des ténèbres, Graves se sentait inéluctablement attiré. Les abîmes l'appelaient de leur voix séduisante, lui murmurant d'abandonner tout espoir. S'il fermait les yeux, le spectre de Madame Sayre surgissait devant lui tel un firmament lointain dont la froideur aurorale aurait pu faire chavirer l'univers tout entier. Alors, son cœur affligé s'emballait davantage, subjugué par la force divine de cette femme ailée qui le surpassait en puissance.
Ainsi donc, Monsieur Wyllt, dont la prestance était devenue un rempart contre l'obscurité, se pencha vers lui. Cependant, le temps pressait ; depuis une heure déjà, ils se trouvaient seuls sur les lieux du crime. Jolly Cotton, étendu de tout son long sur le sol, se noyait dans un flot de sang qui prenait forme devant leurs yeux. Graves était saisi de tremblements à la vue de cette mort violente qui lui rappelait les heures les plus sombres de sa propre existence.
Tandis que Monsieur Wyllt dévêtait avec précaution le corps meurtri de Graves pour examiner la plaie qui le ravageait, ce dernier luttait pour recouvrer ses forces et prononcer les mots qui brûlaient ses lèvres. Les syllabes se livraient un combat acharné les unes contre les autres, cherchant à se frayer un chemin dans l'océan tumultueux de la confusion. Enfin, après un effort surhumain, une voix à peine perceptible s'éleva dans un souffle ténu, tel le dernier soupir d'un condamné :
« La victime...Grindelwald...Il... »
Mais Monsieur Wyllt, dans son mépris, n'accorda point d'oreille aux paroles vacillantes de Graves. D'un regard froid, il le somma avec brutalité de se taire, de ménager ses forces pour les épreuves à venir, comme si le silence était la seule réponse admissible à ses questions ardentes. Graves, enserré dans les rets de sa propre détresse, se trouva impuissant, pétrifié par l'effroi et la souffrance.
Lorsque Monsieur Wyllt ouvrit la chemise de Graves, il fut saisi d'étonnement. Au-delà de la médaille étincelante sur sa peau blanche, de profonds cicatrices étaient gravées sur sa poitrine comme les entailles que les vagues creusent sur les rochers les plus vaillants. À cette pensée, notre auteur esquisse un sourire en imaginant les ravages que la Bataille des Trois Dragons* causeraient en lui.
« Est-ce le fait de votre mentor ? demanda Monsieur Wyllt.
Mais Graves garda le silence, bien que son regard révélât la réponse à cette question. Il baissa les yeux et aperçut une nouvelle blessure venait d'émerger sur son abdomen. Pourtant, il semblait qu'elle avait été soignée, mais d'étranges veines, semblables à des racines noires, s'enchevêtraient autour d'elle. En les observant, il s'agrippa instinctivement à sa chaîne en or, et sa cage thoracique se souleva dangereusement.
Dans une pesanteur de silence, les regards des deux hommes se rencontrèrent. Au tréfonds de son être, Monsieur Wyllt ne pouvait réprimer sa curiosité. Il détenait le pouvoir de soulager les tourments de son compagnon d'un simple geste, mais il aspirait à découvrir les limites que Graves était prêt de dépasser. Tel un oracle, il brisa le silence, sans évoquer le moins du monde la nature de l'événement qui les avait amenés en cette situation. D'une voix pleine d'assurance, il interrogea :
« Seriez-vous capable de marcher ? Aucune magie ne nous sortira de ce bourbier sans risquer d'éveiller les soupçons des nazis. Nous devons rapidement faire part de notre situation avant l'arrivée de la Gestapo. »
Graves acquiesça d'un mouvement de tête en signe d'assentiment. Mais une interrogation le tourmentait :
« Et cette blessure au ventre de la victime ? Que doit-on en faire ? »
Graves était admirable dans sa quête scrupuleuse de justice, mais pour l'heure, leur survie et leur mission demeuraient la priorité. Monsieur Wyllt, animé d'une détermination inébranlable, détourna son regard du cadavre sans vie à ses pieds et plongea une main dans le vide. Pour le profane, ce geste aurait été incompréhensible, mais pour Graves, la magie ambiante exaltant ses sens, chaque mouvement de Wyllt était un spectacle fascinant. Des éclats de lumière jaillissaient de chaque pore de sa peau, tels des flots déchaînés qui auraient pu se changer en une mer sombre et agitée. Ces lueurs semblaient capables de guérir les blessures les plus mortelles. Alors que l'homme fermait les yeux pour se concentrer, puisant dans sa propre énergie, la plaie qui avait emporté Jolly Cotton se referma, donnant l'impression qu'elle n'avait jamais existé. Le corps du défunt reposait maintenant sur le sol, et ses yeux, jadis empreints de ténèbres, étaient à présent sereins, tels ceux d'un homme ayant accueilli la mort avec une paisible acceptation.
Graves, épuisé et blessé, contemplait Monsieur Wyllt avec un mélange d'émerveillement et de crainte. Sa puissance était telle qu'elle en était presque effrayante, et pourtant, il était incapable de détourner son regard de cet être mystérieux. Il osa finalement lui poser la question le brûlait d'impatience : « Qui êtes-vous réellement ? » Les réponses se firent attendre ; elles étaient en lui, cela ne faisait aucun doute, mais il n'était pas encore temps de les dévoiler. Pour l'instant, leur attention était entièrement focalisée sur une urgence pressante : fuir les lieux maudits de la Hofbräuhaus avant qu'il ne fût trop tard.
Pendant que Monsieur Wyllt s'employait à relever Graves de sa chute, son esprit s'évadait ailleurs, captivé par la scène de crime. Il scrutait les environs avec une acuité méticuleuse, veillant à ce que chaque détail fût en place, que son récit fictif de l'assassinait – élaboré avec finesse depuis son arrivé – ne présentât aucune faille.
Mais lorsque son regard se posa sur le corps inerte de Jolly Cotton, une vague de mélancolie engloutit toute son âme. Était-ce la lueur éclatante de l'été qui pénétrait à travers les vitraux de la brasserie ou bien la prise de conscience de la vie brisée et des promesses inachevées qui l'avait saisie ?
Monsieur Wyllt sombrait dans ses réflexions. Graves, lui, se focalisait sur la tâche imminente. Il ferma brièvement les paupières, inspirant profondément pour puiser les ressources nécessaires à son entreprise. Il se tenait là, noble et fier, prêt à accomplir un exploit, une prouesse extraordinaire. Lorsqu'il songeait à la horde de nazis qui les attendait en contrebas, son pouls s'accélérait, mais il s'efforçait de le maîtriser, de rester calme et serein. Maître dans l'art de contrôler ses émotions, de donner l'illusion de les avoir toutes éteintes, il comptait bien tirer parti de cette capacité.
Il s'avança d'un pas ferme, malgré les légers vacillements qui trahissaient son état de fatigue. Monsieur Wyllt ne put réprimer un sourire en l'observant : il reconnaissait là l'enseignement de Madame Sayre, cette habilité à maîtriser ses craintes et à avancer avec confiance, même dans les moments les plus périlleux.
Pendant que Graves descendait les marches, il ressentit la sensation de plonger dans les abîmes infernaux. La frénésie qui s'était emparée de la brasserie était devenue plus intense, transformant les soldats en rapaces à l'affût du moindre indice. Les sons discordants emplissaient l'atmosphère, un vacarme assourdissant qui contrastait avec la quiétude presque divine qui avait régné à l'étage supérieur. Graves supposa que Monsieur Wyllt avait eu la bonté de les préserver de cette agitation frénétique, leur offrant ainsi la possibilité de se concentrer sans être interrompus.
Les marches semblaient s'étendre à l'infini, leur descente incessante faisant grandir de l'angoisse qui tenaillait Graves. À chaque instant, son approche vers le sol le poussait à dompter chacun de ses gestes pour dissimuler la frayeur qui le consumait. Les nazis qui les attendaient ne présageaient rien de bon, c'était une certitude. Et pourtant, Graves se forçait à demeurer impassible, cachant la tempête qui faisait rage en lui. En ces temps troublés, même Monsieur Wyllt, fin stratège qu'il était, ne pouvait baisser sa garde, car le moindre faux-pas avait le pouvoir de se révéler mortel.
Graves sentit une irascibilité grandissante face à l'incessant salut des soldats. Monsieur Wyllt, pour sa part, demeurait imperturbable, fidèle à sa nature stoïque. Les uniformes des officiers étincelaient sous les lanternes imposantes qui se balançaient aux plafonds voûtés de la brasserie, là où des croix gammées avaient été peintes. Le regard de Wyllt attirait l'attention de tous les regards, mystérieux et ensorcelant, suscitant admiration et crainte chez ses subordonnés. Brillant d'une étrange lueur, semblable à celle que Graves avait aperçue juste avant de plonger dans les souvenirs de Jolly Cotton, ses yeux arboraient une teinte si envoûtante qu'ils captivaient autant qu'ils imposaient le respect.
La chaleur suffocante qui les assaillait semblait s'intensifier à mesure qu'ils approchaient de la sortie de la Hofbräuhaus. La liberté leur tendait les bras, mais le destin, implacable, avait d'autres desseins. Arthur Nebe*, le directeur de la Kripo, et l'un des membres éminents de la Schutzstaffel, se dressa devant eux. Son sourire perfide et ses yeux glacés annonçaient le pire. Graves sentit son corps se raidir, prêt à affronter cet individu sinistre, car il savait que cet homme avait acquis la réputation d'être un bourreau impitoyable, se délectant de la souffrance de ses victimes. Sa cruauté n'avait d'égale que sa haine farouche envers les affligés d'esprit qu'il considérait comme des êtres inférieurs, indignes de la vie. Pourtant, il fut l'un des premiers à contribuer à la mise en place d'une méthode pour les anéantir par le gaz, en plus de sa participation à la mise en œuvre de la « Solution finale* ».
À leurs côtés se tenait un homme étranger, dont l'apparence était saisissante. Plus imposant qu'Arthur Nebe, il arborait une allure menaçante et un visage inquiétant. Son regard noir, profondément plissé, reflétait son âme perverse, tandis que ses cheveux, de la même couleur, coupés courts, laissaient entrevoir un front démesuré, signe d'une intelligence remarquable. L'ennemi redoutable qui leur faisait face ne laissait aucun doute quant à sa dangerosité : sa posture altière et son regard incisif témoignaient de sa supériorité.
Monsieur Wyllt s'avança, résolu, le visage empreint d'une gravité qui reflétait l'ampleur de la situation, en direction de ces sinistres individus revêtus de leurs uniformes nazis réglementaires, telles des gargouilles menaçantes perchées sur les remparts d'une forteresse. Cependant, Wyllt ne se laissa pas intimider. D'une voix assurée, il prononça les mots fatidiques « Gruppenführer*, Vogelstein... » comme s'il avait l'habitude de frayer avec ce genre de dignitaires suprêmes en toute circonstance.
Sa prestance majestueuse ne trahissait rien de ses véritables intentions. Il entendait établir une apparence de sincérité de confiance entre eux, afin de mieux tromper l'adversaire. Il était conscient de l'audacieux stratagème qu'il avait ourdi, mais il ne pouvait faire autrement que de marcher sur la corde raide de la ruse pour assurer le succès de leur mission.
Graves s'empressa de suivre le mouvement, se pliant à la même démonstration de respect que les autres. Pourtant, malgré son apparente résignation, une blessure profonde le rongeait, menaçant de faire vaciller sa détermination. La réalité s'imposa à lui avec une force implacable : Vogelstein, dont l'uniforme et l'insigne ne laissaient aucun doute, était un membre de la Gestapo. Un frisson glacial parcourut l'échine de Graves, mais il lutta farouchement pour ne rien laisser paraître de ses émotions.
Monsieur Wyllt, quant à lui, demeurait impassible, gardant son calme à toute épreuve. Ils se trouvaient au seuil d'une étape décisive de leur entreprise et ne pouvaient se permettre de flancher dès maintenant. Si ce n'était sans l'intervention de son compagnon, leur projet aurait sombré avec Graves. Il se maudissait alors pour son imprudence, sa vanité d'avoir cru qu'ils pouvaient échapper aux griffes de la police secrète allemande.
« Quelles sont donc vos conclusions ? » s'enquit Vogelstein d'une voix inquisitrice, parcourant Graves du regard, de la tête aux pieds.
Soudain, Graves se sentit dépouillé de sa grandeur, ébranlé par une lumière crue qui dévoilait sa condition. L'intonation particulière de Vogelstein, lourde de méfiance, trahissait sa certitude quant à leur imposture. Cette voix, si singulière, si révélatrice des intentions de l'ennemi, était comme un couteau affûté glissant sur le tranchant du rasoir, prêt à scinder leur destinée en un instant.
Monsieur Wyllt prit la parole, osant même s'adresser directement à Arthur Nebe. Il avait l'audace d'un héros, et sa parole, portée par la grâce et le courage, s'envola dans les airs tel un aigle qui se lançait à l'assaut du ciel :
« Vos hommes n'auraient pas dû parcourir un si long chemin, s'exclama-t-il avec une hardiesse qui ébranla toutes les certitudes Graves. La victime a bien été assassinée, nul ne peut en douter, mais contrairement aux affirmations des premiers officiers dépêchés sur les lieux, la scène de crime n'est pas vierge de toute trace. Il importe de procéder à un examen, car il est presque certain que la mort a été causée par un empoisonnement. L'aubergiste Hans Bacherl a indiqué qu'il s'agissait d'un habitué des lieux, n'est-ce pas ? Il est fort probable que le poison utilisé soit du sénécie, versé dans sa boisson. »
Arthur Nebe, dans son ignorance, arqua un sourcil. La tension était palpable, et chacun attendait la réponse du directeur de la Kripo.
« Du sénécie ? » redit-t-il avec curiosité.
Graves, tout en silence, prêta une oreille attentive aux paroles de Monsieur Wyllt. Bien qu'il ignorât la teneur exacte du sénécie, il pressentit que cette notion n'était qu'une création de son imagination. Et il ne se trompait pas.
Monsieur Wyllt, en habile orateur, se mit à détailler les propriétés du poison en question :
« Il s'agit d'une substance rare, capable d'altérer un corps à une vitesse effrayante en quelques heures à peine, jusqu'à ce que la mort survienne. Qui plus est, elle se glisse sans laisser la moindre empreinte et sa détection relève d'une difficulté extrême. Attendez le troisième jour de la décomposition. Si, après ces trois jours, la langue de la victime est devenue noire, alors vous obtiendrez la réponse à vos questions. »
Arthur Nebe, trompé par l'art de la persuasion de Monsieur Wyllt, ne put résister à la tentation de réclamer davantage de précisions, avide de connaître les tenants et les aboutissants de cette affaire.
« Mais comment peut-on se procurer pareil poison ? interrogea-t-il.
— Il est extrait d'une plante, la Sénécie noire, qui ne se rencontre qu'en des lieux montagneux disséminés à travers l'Europe. Toutefois, elle est si rare qu'il ne saurait y avoir qu'un seul lieu d'origine. »
Vogelstein, piqué d'un vif intérêt, ne put taire sa curiosité :
« Pour quelle raison utiliser un poison tel que celui-ci ?
— Les raisons qui conduisent un homme à en tuer un autre sont souvent impénétrables, mais dans notre cas présent, il appert que des motifs d'ordre politique sont à l'œuvre. Il serait bien naïf de croire qu'un serviteur de la maison de Hanovre ait été la victime d'une destin funeste par le seul jeu des hasards et qui plus est, dans un lieu aussi symbolique que la Hofbräuhaus. Notre Führer porte une importance toute particulière* à cette brasserie, les eaux qui y sont entreposées étant même sous la garde vigilante de deux officiers de la Schutzstaffel. Il est donc permis de supposer que la victime n'ait pas été choisie au hasard, mais plutôt sélectionnée pour servir de cobaye à une tentative d'attentat contre lui, ou bien pour atteindre les Hanovre », énonça-t-il, levant ainsi le voile sur les mobiles qui se dissimulaient derrière ce crime infâme.
Il fut un temps, une pause que Graves ressentit d'une longueur interminable, où une tension électrique s'empara de la pièce, comme si le moindre faux pas pouvait déclencher une explosion. Il observait les nazis, guettant le moindre signe de méfiance ou de calcul. Les paroles de Monsieur Wyllt semblaient avoir semé le trouble chez Arthur Nebe, mais Vogelstein, lui, affichait un regard tranchant et glacial.
Finalement, Vogelstein tira de sa poche un carnet noir, emblème de ses pensées les plus intimes, et l'interrogea avec une soif de connaissances :
« Comment avez-vous dit que cette plante s'appelait, Monsieur Ambros ? La Sénésie noire ? » répéta-t-il consciencieusement en prenant note de tout.
Monsieur Wyllt approuva d'un mouvement de tête tandis que Vogelstein poursuivait son interrogatoire :
« Et où cette plante pousse-t-elle ?
— Dans les Alpes, répondit Monsieur Wyllt avec assurance. Dans des zones boisées et humides, sur des versants tournés vers le nord, à une altitude comprise entre huit cents et mille cinq cents mètres. Les sols riches en matière organique et en minéraux sont également propices à sa croissance.
— Vous avez l'air de beaucoup vous y connaître », fit remarquer Vogelstein avec le sourire.
Les paroles de Monsieur Wyllt exerçaient une irrésistible attraction sur Vogelstein, lequel poursuivait sa prise de notes, tandis qu'Arthur Nebe prenait une décision importante :
« Fort bien, approuva-t-il. Il serait préférable d'informer le Führer de cette hypothèse. Après tout, ce soir, il doit se rendre au château de Neuschwanstein pour une soirée organisée par les Hanovre. »
Graves fut saisi d'un étonnement profond à l'annonce de cette nouvelle. Il se mit à envisager la possibilité que son ancienne promise assistât à la réception.
La tension avait décru, telle une tempête qui s'éloigne lentement, mais il savait que le calme n'était qu'éphémère et qu'un danger latent se tapissait toujours dans l'ombre, prêt à jaillir à tout moment. Mais sa blessure le faisait souffrir et il commençait à s'impatienter. Son front ruisselait de sueur, non pas à cause de la chaleur, mais bien de la douleur. Avec un geste vif, il prit les devants, résolu à poursuivre leur quête de vérité :
« En réalité, nous étions en chemin pour Neuschwanstein afin d'interroger la famille, puisque la victime était à leur service », déclara-t-il d'une voix claire et ferme.
Soudain, Vogelstein, qui ne cessait de s'enflammer pour les propos qu'il venait d'entendre, s'exclama avec fougue :
— Oh ! Il semble que nous aurons l'occasion de nous réunir tous ce soir. Mais avant de vous laisser partir, j'aurais d'autres questions, si vous permettez...
— Prenez une voiture, dit Monsieur Wyllt sans broncher en s'adressant à Graves. Je vous rejoindrai plus tard. »
Avec une gravité profonde, Graves étudiait Monsieur Wyllt, scrutant soigneusement chacun de ses gestes et comportements. Il était frappé par sa capacité à donner des ordres avec une confiance inébranlable, sans jamais vaciller, ce qui évoquait étrangement celle de son mentor. Pourquoi cette facette de sa personnalité l'interpellait-t-il autant chez Monsieur Wyllt ? Était-ce dû à la nature de leurs liens particuliers ? Ou peut-être était-ce la similitude de leur tempérament et de leurs manières qui créait une telle résonance entre eux ? Graves se demandait si Madame Sayre, elle aussi, avait hérité de cette même assurance, ou si c'était cette qualité qui avait forgé une telle proximité entre eux dès le début.
Lorsque les salutations furent échangées avec Arthur Nebe, Vogelstein et celui qui l'avait tiré d'une situation des plus délicates, Graves se mit en marche d'un pas décidé, disparaissant peu à peu de leur vue. Bien qu'il eût pris soin de les saluer avec politesse avant de s'éloigner, son empressement témoignait d'un désir ardent de solitude, d'une nécessité pressante de se retrouver enfin seul avec ses pensées – et sa souffrance.
* BATAILLE DES TROIS DRAGONS : La Bataille des Trois Dragons, rendue célèbre par le légendaire duel entre Albus Dumbledore et Gellert Grindelwald, est une guerre qui a pris fin à l'aube du 2 novembre 1945, et dans laquelle Dumbledore a triomphé de son ancien ami, mettant fin à sa tyrannie. Il a récupéré la Baguette de Sureau, l'une des trois Reliques de la Mort, qui a autrefois appartenu à Antioche Peverell, selon le Conte des Trois Frères de Beedle le Barde.
* ARTHUR NEBE : Arthur Nebe (1894-1945) était un haut fonctionnaire de la police allemande pendant la période nazie, qui a été impliqué dans la mise en œuvre de la « Solution finale » visant à exterminer les Juifs pendant l'Holocauste.
* « SOLUTION FINALE » : La « Solution finale » était le plan mis en place par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale pour exterminer systématiquement les Juifs d'Europe, ainsi que d'autres groupes considérés comme indésirables tels que les Roms et les personnes handicapées. Cela a impliqué la déportation de millions de personnes vers des camps de concentration et d'extermination où elles ont été tuées en masse, principalement par gazage.
* GRUPPENFÜHRER : « Gruppenführer » est un terme allemand qui signifie « chef de groupe » ou « chef de section » en français. Dans le contexte de l'Allemagne nazie, c'était un grade de la Schutzstaffel (SS) qui était équivalent à celui de général de brigade dans l'armée. Les Gruppenführer étaient responsables de la supervision de plusieurs unités de la SS, et étaient généralement subordonnés à des officiers supérieurs tels que les Obergruppenführer ou les Reichsführer-SS.
* HOFBRÄUHAUS : La Hofbräuhaus est devenue importante pour Hitler dans les années 1920, lorsque le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), plus connu sous le nom de parti nazi, y a commencé à tenir des réunions publiques. Hitler y a prononcé plusieurs discours importants qui ont contribué à renforcer sa popularité et à attirer des partisans au parti nazi. La Hofbräuhaus est donc devenue un lieu symbolique pour le mouvement nazi et a joué un rôle clé dans l'ascension de Hitler au pouvoir. Après la prise de contrôle nazie de l'Allemagne en 1933, la brasserie est devenue la propriété du parti et a continué à servir de lieu de rassemblement pour les nazis.
