Chap. IX : « une vraie boucherie »
Ma nuit avait été courte, parsemée de cauchemars où des morceaux de corps côtoyés des parts de tarte et où des écorchés travaillaient au labo. Ce n'était pas franchement reposée que j'arrivais au Jefferson avec une mine pouvant rivaliser avec celle d'une momie précolombienne, les bandages en moins.
- Et bin dis moi Sweetie, la nuit a été courte, je me trompe ?
Angela et ses insinuations… Ce genre de personne n'exaspérait. S'immiscer dans la vie privée des gens : une attitude horripilante à mes yeux. Mais voilà, Angela était ma meilleure amie.
- Oui Ange, très courte. Mais je l'ai passée seule dans mon lit si tu veux savoir.
- Dommage… fit-elle en levant les yeux au ciel. Me tendant un dossier : - Tiens voilà les conclusions de Cam pour la toxico.
- Même anesthésiques ?
- Oui, curare. Concordance parfaite avec le premier cas.
- Je vais aller aider Clark pour l'examen des os.
- Et Booth, où est-il ?
Levant les yeux au ciel, voyant très bien où mon amie voulait en venir : - dans son bureau j'imagine, à travailler comme tu devrais le faire, non ?
- Hé, pas de tête, pas de travail ! Trouves une tête ma chérie et je ne lèverai plus la mienne de mon clavier…
Nous sortîmes de mon bureau le sourire aux lèvres, chose rare et précieuse dans pareille enquête.
Alors qu'Angela gagnait son bureau, je grimpai sur la plateforme pour rejoindre mon assistant.
- Du nouveau Clark ?
- J'ai confirmé le sexe de la victime. C'est bien une femme. Moins de 25 ans selon moi. J'acquiesçai et commençai à examiner les os.
- Pas de trace d'un accouchement. Plutôt en bonne santé. J'ai seulement constaté une usure anormale des rotules et une élongation des os du bras droit.
- Comment ça une élongation ?
- Une sorte d'étirement. Comme si elle avait porté un poids très lourd pendant très longtemps.
- Usure des rotules…. Étirement du bras droit… Montres moi les phalanges et les métacarpes.
Clark les plaça sous le microscope. Ils présentaient bien une longueur anormale.
- Et le radius et le cubitus ?
- Tout de suite Docteur Brennan.
Je constatai le même allongement anormal. Une idée se forma dans mon esprit sans que je puisse la cerner.
- As-tu observer le poignet ? Comment est le scaphoïde ?
- Je n'y est rien trouvé d'anormal.
Relevant la tête du microscope : - Regardes. Il présente des marques d'usures à la jonction entre le carpe et le radius. Usure due à un mouvement rotatif sec et répété.
Je poursuivit, tenant mon idée : - je vais demander plusieurs scénarios à Angela, mais je pense que notre victime pratiquait le bowling à haut niveau.
- Le poids de la boule ! s'exclama Clark.
- Expliquerait l'élongation des os et l'usure de scaphoïde si le bowling a été pratiqué pendant plusieurs années. J'appelle Booth.
Mon partenaire décrocha dès la seconde tonalité.
- Booth.
- J'ai de quoi identifier la deuxième victime. Chercher une championne de bowling de moins de 25 ans, droitière.
- Bien, Charlie s'en chargera. Je viens te chercher.
Son ton froid n'augurait rien de bon.
- Oh non pas encore…
- Si. J'arrive.
Il raccrocha sans plus d'explication. L'annonce d'un troisième corps jeta un froid dans le labo.
- Cette fois il a fait dans la poésie : pendu à un crochet de boucher. Comme un vulgaire morceau de viande.
Booth et moi étions dans le SUV. Notre présence sur la scène de crime avait été de courte durée. Les premières constations faites, nous étions déjà sur le chemin du retour vers le labo.
Installé derrière son volant, Booth bouillait.
- Il maîtrise tout, de bout en bout. Ne nous laisse aucune marge de manœuvre. C'est sa façon d'affirmer sa supériorité sur nous, tentai-je d'expliquer.
- Ouais bin sa supériorité il peut se la mettre où je pense.
Le sang battait au niveau de ses tempes et ses mains cramponnaient le volant, le martyrisant à chaque feu rouge.
- Ne t'énerves pas. On va l'avoir comme à chaque fois.
- Je suis calme, lança-t-il. Mais son ton trahissait sa nervosité. Je suis calme mais savoir un malade dehors, tuant aussi facilement que l'on va acheter du pain et continuant son petit jeu contre toi, tu vois, ça me met légèrement mal à l'aise.
- Son message va peut-être nous donner d'autres indices ? Ou bien l'os qu'il avait dans la bouche…
Mon optimisme forcé ne le trompa pas. Nous étions dans une impasse. Booth le savait. Il lança tout de même : - Ouais, espérons le.
Mais il avait dit ses mots sans grande conviction. A raison…
