Chap. XV « Sweets met les pieds dans le plat »

Nous avions convenu que Booth me dépose en voiture à l'institut avant de filer au Edgar Hoover Building. Nous étions auparavant passés chez lui pour qu'il se change et revête l'un des ses immuables costumes noirs. J'évitais de le regarder, laissant mes yeux se perdre dans le paysage qui défilait par la fenêtre passager. Mais mes pensées revenaient inlassablement vers notre nuit, me rendant mal à l'aise. Le trajet se fit dans le silence, avec la radio en bruit de fond.

- Good morning D.C ! Il est 8h30. Le rappel des informations, George Harris.

- Bonjour à tous. Sanglante affaire que traite actuellement le FBI. Trois corps atrocement mutilés ont été retrouvés ces derniers jours…

- J'en étais sur, pesta Booth en frappant le volant. L'info a filtré.

- De telles horreurs, les gens parlent pour exorciser. C'est normal.

- Ouais, bin maintenant il va falloir faire gaffe à tout ce que l'on dit.

Son téléphone sonna.

- Booth... Bien Cam, on est en chemin. S'adressant à moi : Changement de programme Bones, je viens avec toi à l'institut. Les fouines ont du nouveau.


Après avoir déposé mes affaires dans mon bureau, je débarquais accompagnée de Booth sur la plateforme où toute l'équipe nous attendait.

- Alors, quels éléments nouveaux ?

- Angela a identifié la troisième victime : Richard Zoomer, 21 ans, meilleur apprenti boucher de la ville. Il avait reçu le premier prix lors d'un concours régional, détailla Cam.

- Encore une pointure dans son domaine, fit remarquer Hodgins.

Les regards se tournèrent vers lui. Il poursuivit : - J'ai trouvé sur le crochet le même produit désinfectant que celui relevé sur les pieds de la chaise du premier corps.

- Encore et toujours le milieu médical, dis-je énervée. On tourne en rond !

Angela me regarda d'un air soucieux. Difficile de cacher quelque chose à sa meilleure amie.

- Je n'ai pas trouvé de marque sur les os, Docteur Brennan. Aucune anomalie. Et j'ai vérifié les vertèbres de la deuxième victime, Déborah Morgan. Aucune marque de hache ou de scie, ajouta Clark. La tête a été retirée après la mort de façon très délicate par quelqu'un qui connaît le corps humain.

- Je confirme votre thèse, Docteur Eddison. Les chairs du cou ont été entaillées sans hésitation avec un instrument très tranchant. Un scalpel probablement.

Les informations que venaient de nous livrer Clark et Cam se recoupaient. Si le puzzle de cette affaire n'était pas encore complet, les morceaux commençaient tout de même à s'imbriquer.

- Je vais dire à mes agents de rechercher des cas cliniques chez les médecins et les chirurgiens de la région. Des antécédents psychiatriques. Si un fou furieux se balade avec un scalpel, on va le trouver.

Je me crispais en entendant la voix de Booth. Angela s'en aperçut.

Depuis que nous étions arrivés, nous évitions de nous regarder, restant à distance. Regards joueurs, jeux de mots douteux et sourires malicieux avaient disparu. Et cela n'avait pas échappé à Angela.

C'est le moment que choisit Sweets pour faire son entrée.

- Docteur Brennan. Comment vous sentez vous ?

Son air affolé surpris toute l'équipe.

- Si vous avez besoin de parler de ce qui s'est passé hier soir je suis là, à votre disposition.

- Ce qui s'est passé ? demanda Angela, soudain inquiète.

- J'ai juste eu une nuit agitée, fis-je en croisant le regard de Booth.

- Une nuit agitée ? Oui, se faire agresser chez soi par un meurtrier s'apparente à passer une nuit agitée, renchérit Sweets.

- Quoi ? Sweetie ? Mais c'est pas vrai ?

- Ça va Angela. Tout va bien, je suis là. Il m'a juste fait… très peur.

- Il t'a blessé ? tenta Hodgins.

La sensation du couteau sur ma peau me revint à l'esprit. Booth le sentit et fit un pas vers moi.

- Non, il m'a juste… non il ne m'a pas blessé.

- J'ai dressé le profil psychologique de notre malade, qui ne l'est pas du tout d'ailleurs. Cet individu éprouve un réel sentiment d'injustice par rapport à vous, Docteur Brennan. Je pense qu'il est jaloux de votre réussite professionnelle, de vos connaissances. Il faut chercher quelqu'un qui exerce un métier important mais qui n'est pas son propre patron. Son ambition le dévore. Il rêve de gloire et de reconnaissance. Il ne ressent ni peur, ni remord. Et il ira jusqu'au bout de son plan, jusqu'au but qu'il s'est fixé…

- Me tuer, c'est ça ? fis-je énervée.

- Bones.

Me retournant vers Booth, très énervée : - Quoi ? Ce n'est pas moi qui le dit, mais le psy du FBI ! Au moins c'est clair. Il en a après moi, me veut morte et bien très bien. Il n'a qu'à venir et me tuer ! Mais qu'il arrête de semer les cadavres en chemin !

- C'est sa façon de vous faire culpabiliser, rajouta Sweets. A chaque vie enlevée, il accroît son pouvoir sur vous.

- C'est réussi…

Mes nerfs lâchaient. Les meurtres, les tueurs, les squelettes, les enquêtes, les questions, les sentiments… Mon esprit s'embrouillait et ne suivait plus. Les larmes, à la fois de rage et de désespoir piquèrent mes yeux. Avant qu'elles ne passent la barrière de mes cils, je quittai précipitamment la plateforme, me réfugiant dans mon bureau.

- Bones ! lança Booth dans mon dos.

- Non, je vais y aller, lui dit Angela le retenant par le bras.


Angela frappa à la porte de mon bureau 5 minutes plus tard. Elle m'avait laissé le temps de verser quelques larmes à l'abri des regards. Elle savait que j'avais besoin de temps pour moi.

- Hé Sweetie, je peux ?

Je lui souris du mieux que je pus.

- Qu'est-ce qui se passe ? me demanda-t-elle en s'asseyant en face de moi sur le canapé.

- Tout m'échappe Ange. Cette enquête, je ne comprends pas ce que j'ai fait pour qu'il s'acharne sur moi et sur les victimes.

- Écoutes moi, Sweetie. Malgré ce qu'a dit Sweets, c'est un malade, c'est tout. Ne cherches pas une raison cohérente à tout cela.

Elle avait raison, mais je savais qu'elle ne s'arrêterait pas là. Ma meilleure amie avait perçu le malaise présent entre moi et Booth. « Son sixième sens » comme elle dit. Elle savait qu'il s'était passé quelque chose de grave. Assez en tout cas pour ne pas en parler sur le ton de la plaisanterie.

- Tu es sûre qu'il n'y a rien d'autre dont tu veux me parler ?

Comment pouvait-elle faire ça ? Savoir que je n'allais pas bien rien qu'en m'observant.

- Ça a un rapport avec Booth ? risqua-t-elle.

- Non… enfin, je l'ai appelé après l'agression. Il est immédiatement venu, m'a réconforté et est resté cette nuit.

- C'est tout Booth ça, le chevalier en armure…

- Ange..

- Pardon… Et vous vous êtes disputés ?

Devais-je lui parler de ma nuit avec Booth ? Je lui avais fait promettre le matin même de n'en parler à personne et je m'apprêtais à rompre ce serment. Mais comment faire comprendre la situation à Angela sans tout dévoiler ?

- Non, nous ne nous sommes pas disputés... Disons que… quelque chose a changé.

- Rien de grave rassure moi ?

- Pas de grave, d'important…

Me voyant perdue mais comprenant que je n'en dirai pas plus, Angela se résigna. Une fois de plus, elle sut trouver les mots.

- Écoutes, Brennan. Quoi qu'il se soit passé entre toi et lui, ça va aller. Booth et toi, vous êtes le jour et la nuit, opposés mais indissociables. Alors parlez vous ! S'il y a un problème, discutez-en. Vous surmonterez ça, j'en suis sûre.

Facile à dire Angie, vraiment facile à dire…