Chap. XVI : « La pluie pour témoin »

J'essayais toute la journée de noyer mes pensées dans la paperasse. C'eut au moins le mérite de tuer le temps. J'essayais aussi de ne pas penser à la nuit dernière, mais j'y parvenais difficilement. Mon corps avait comme enregistré les caresses de Booth. Il me suffisait de fermer les yeux pour sentir ses mains sur moi. Je les ressentais par moment, surprise d'y prendre malgré moi du plaisir. Mais mon cerveau me raisonnait. Mon esprit était en lutte constante avec mes sensations, voire mes sentiments…

Notre duo allait-t-il survivre à cette nuit ? La réponse que l'on donnerait à cette question me faisait peur. Et je m'en voulais d'avoir mis en péril mon travail, mon amitié pour Booth et surtout l'équilibre que j'y avais trouvé.Et je lui en voulais à lui aussi. Après tout, je n'avais pas passé ma nuit toute seule !!! Booth était autant fautif que moi. Notre « discussion » s'annonçait corsée.

Vers 19h, Booth m'appela. J'hésitais à décrocher pendant quelques instants en voyant son nom clignoter sur l'écran de mon portable. Mais je décrochais tout de même.

- Brennan.

- C'est moi.

- Je ne crois pas que ça soit le bon moment pour parler de ce qui s'est passé Booth. Et puis, je préfèrerais en parler de vive voix.

- Moi aussi, mais ce n'est pas pour cela que je t'appelle.

Obnubilée par cette nuit avec lui, je n'avais pas imaginé qu'il puisse m'appeler pour autre chose.

- Bones, il a remis ça…

- C'est pas vrai !

- Un campeur a retrouvé un corps dans Greenbelt Park. Tu veux que je vienne te chercher ?

- Non je t'y rejoins. Je pars tout de suite.

- Bien.

Voyage séparé. J'avais gagné un peu de temps…

En arrivant, je me garais à côté du S.U.V de Booth, à l'extérieur d'un périmètre délimité par le ruban jaune de la police. Un éclair zébra le ciel. Je ne m'en étais pas aperçue, mais il était à présent très bas et menaçant, annonçant l'orage. L'atmosphère s'était chargée en humidité. Descendue de voiture, j'allais m'adresser à un policier en faction.

- Bonjour. Docteur Temperance Brennan. On m'a appelé pour le corps.

- Je ne peux pas vous laisser passer Docteur Brennan, votre nom n'est pas sur la liste.

- C'est bon Bobby. Elle est avec moi, fit Booth en soulevant le ruban pour que j'y passe dessous.

- Merci, fis-je, toujours gênée en sa présence.

- Thomas Granis partait camper lorsqu'il est tombé sur le corps. Bones, il n'a pas fait dans la dentelle cette fois.

- Ce qui veut dire ?

- Il a crucifié la victime sur un tronc d'arbre…

A l'expression de son visage, je compris qu'il fallait que je me prépare psychologiquement à quelque chose de terrible. Je ne fus pas déçue.

Après avoir suivi un petit sentier pendant près de 20 minutes, nous avons débouché sur une clairière. A sa lisière, des agents s'affairaient, prenant photos et échantillons. Le corps était à un stade de décomposition déjà avancée.

- Mâle, afro américain, moins de 30 ans. Il est là depuis peu de temps. Moins de 10 heures.

- 10 heures seulement, Bones. Tu es sûre ? Parce qu'il est déjà dans un sale état …

- Les insectes ont commencé leur travail. Hodgins pourra nous en dire plus.

Je continuais d'observer le corps, m'accroupissant et me relevant selon les zones d'examen. L'atmosphère était devenue pesante, et ce n'était pas seulement du à la tension installée entre moi et Booth. Le temps changeait rapidement. Au loin, le tonnerre gronda.

- Il faut se dépêcher. Il ne va pas tarder à pleuvoir, me dit Booth.

- On peut commencer à emballer le corps. N'oubliez pas le pieu qui maintien son cou. Et ça aussi.

Je tendais à un agent du labo du FBI un tibia. Il avait été scotché à la main de la victime, comme s'il s'en était servi de massue. Une nouvelle lettre y était accrochée.

- Booth…

Je cherchais son regard, m'attendant au pire.

- Qu'est-ce qu'elle dit ?

Je lus à haute voie.

« ET UN DE PLUS DOCTEUR BRENNAN !

VOUS AURIEZ PU EVITER CELA. VOUS ETES VRAIMENT MEDIOCRE.

MON CADEAU DU JOUR EST PLUS GROS QUE D'HABITUDE… VOUS ARRIVEREZ PEUT-ETRE A EN TIRER QUELQUE CHOSE…

LAISSEZ TOMBER L'ANTHROPOLOGIE. VOUS FERIEZ MIEUX D'ENFILER DES PERLES…

A BIENTÔT.

2° »

- Des perles ? De quoi il parle ? me demanda Booth.

- Des indices… les os… les trous… il faut certainement y faire passer un fil, les assembler pour faire le squelette en entier…

Je m'en doutais mais je ne savais toujours pas ce que ça voulait dire. Ni le lien avec moi.

- Tu veux dire comme pour Gormogon?

- Oui, le même principe, mais la signification est différente cette fois. Mais je ne sais pas encore le sens de tout ça…

Je fus interrompue par un nouveau coup de tonnerre. Instantanément, la pluie s'abattit sur nous. Nous étions seuls sur le site, le corps ayant été enlevé.

- Suis-moi, me dit Booth.

Et il se mit à courir.

Je le suivais sans savoir où j'allais, essayant de protéger ma tête de toute cette eau en la couvrant avec ma veste. Puis je vis apparaître la cabane. Booth s'y engouffra et je le rejoignis, le bousculant.

En fait, c'était un minuscule local, quatre planches de bois et un toit, qui devait servir aux gardes forestiers pour l'observation de la faune. L'endroit était si petit que nous ne pouvions pas nous assoir.

Nous étions donc là, debouts, trempés jusqu'aux os, en face l'un de l'autre. Nos corps se touchaient presque.

- C'est un orage d'été, violent mais rarement long, me fit Booth. On va attendre que ça passe ici.

J'étais littéralement trempée. Ma chemise collait à ma peau, ma veste était à essorer et mes cheveux me dégoulinaient dans le dos. Je levais la tête et regardais alors mon partenaire.

Les gouttes perlaient au bout de ses cheveux. Il était essoufflé d'avoir couru, tout comme moi. Sa veste kaki frappée des lettres F.B.I, celle qui portait son nom et qu'il mettait pour aller sur le terrain, lui moulait les épaules. Son t-shirt lui collait également à la peau et suggérait ses formes parfaites.

Me revinrent à l'esprit nos ébats de la nuit, son corps, ses caresses, comme autant de flash-backs sensoriels. Mon corps se rappela à moi.

Sans savoir pourquoi, sans savoir comment, je posais ma main sur son torse, irrémédiablement attiré par lui. Mon regard ne pouvait se décrocher de ses pectoraux puissants. Booth ne bougea pas.

Ma main commença à se balader, l'effleurant. Je ne me reconnaissais pas dans ses gestes mais c'était plus fort que moi. J'étais comme attirée par un aimant, par lui. Et cette perte de contrôle me faisait presque peur.

Je relevai la tête pour voir son visage. Il paraissait à la fois aussi excité que moi et totalement perdu. Ne pouvant plus y tenir, je l'embrassais goulûment, mes mains gagnant ses cheveux. Ses lèvres appelaient les miennes. Je l'embrassais comme si ma vie en dépendait, comme si c'était la première et dernière fois.

Le contact de sa peau m'électrisait, m'était devenu vital en une nuit. M'en détacher me paraissait impossible.

Mais très vite, Booth se dégagea.

- Non, arrêtes. On ne peut pas faire ça, pas sans avoir parler, me dit-il alors que je tentais de m'accrocher à lui.

- Il sera temps de parler demain, lâchai-je, l'attirant à moi.

Je l'embrassais à nouveau avec toute la fougue qui me brûlait. Je le plaquais contre le mur derrière lui. Mes mains tentaient de lui retirer sa veste. J'avais besoin de lui, de sa bouche, de sa peau, de son souffle. Pendant un instant je sentis qu'il était prêt à céder lui aussi, mais il se reprit à nouveau.

- Non, pas ici, pas maintenant.

Ses mains posées de chaque côtés de mon visage, il me repoussa doucement.

- Pas comme ça. Je ne veux pas que ça se passe comme ça, tu comprends. C'est tellement plus que ça.

Mon cerveau reprit alors le dessus. Mais qu'est ce qui m'arrive ?! Encadrant toujours mon visage, je posais mes mains sur les siennes.

- Tu as raison. Il faut que l'on parle. Au plus vite, pensai-je. Je ne tiendrai pas longtemps comme ça.

- Il faut qu'on parle de tout ça au calme, sinon ça va nous rendre fous.

Il posa son front sur le mien. Je me retirais de son étreinte, presque déçue. Il dut le ressentir, encore une fois.

- Hé ! Ne crois pas que je n'en ai pas envie. J'en ai envie, au moins autant que toi. Si ce n'est plus.

Il sourit et me prit dans ses bras. Une étreinte sage mais pleine de promesses.

Dehors, la pluie commençait déjà à se calmer et ne tombait plus que par intermittence.

- On va pouvoir y aller, me souffla-t-il.

J'acquiesçais. Après encore quelques minutes passées l'un contre l'autre, nous regagnâmes nos véhicules.