Chap. XVII : « Des questions, des sentiments et une révélation »

Rentrée chez moi, je m'étais douchée, j'avais mis mes affaires au linge sale et j'avais grignoté des restes. L'épisode de l'après-midi se rejouait sans cesse dans ma tête.

Embrasser Booth avait été plus fort que moi. Presque instinctif. Non je ne croyais pas en l'instinct. C'était plutôt animal comme réaction. Mon envie avait dépassé ma raison et l'avait emporté sur tout le reste. Mais je savais que je ne pouvais pas agir de la sorte. Et je me demandais comment résister à cette envie d'être avec lui.

Arrêter toute relation physique avec Booth me semblait impossible, insurmontable. Nous étions comme connectés. J'avais besoin de lui et j'avais admis cela.

Alors quelle tournure donner à cette « relation » ? Purement sexuelle ? Booth disait que le sexe impliquait toujours un certain engagement. Et puis ce n'était pas que du sexe. Ça avait été beaucoup plus… Mais je ne savais dire quoi, mettre des mots sur tout ça. Et puis nous étions amis. Et partenaires. Comment gérer une relation purement sexuelle ?

Ne trouvant pas de solution, j'envisageais de me coucher lorsqu'on frappa à la porte. En ouvrant, je découvris mon partenaire. Son regard n'avait rien de chaleureux. Il était plutôt concentré, presque dur. Il ne souriait pas non plus. Je sus immédiatement que l'heure de notre discussion avait sonné.

J'ouvris assez la porte pour le laisser passer. Sans une parole, il entra dans mon appartement. Je le sentais tendu.

- Il faut que l'on parle.

Son ton était décidé mais mal assuré. Il était préoccupé.

- Oui. Tu veux t'asseoir ?

- Non je préfère rester debout. Enchaînant rapidement : Écoutes Bones, j'aimerai te dire deux trois choses sans que tu ne m'interrompes, sinon je vais prendre le fil.

En posant l'une de mes fesses sur un tabouret de bar : - Vas-y, je t'écoute.

J'étais fébrile et je redoutais ce que Booth allait me dire. Ma respiration en était presque coupée.

- D'abord, il faut que tu saches que cette nuit, je n'ai pas voulu profiter de la situation. Rien n'était planifié. C'est venu comme ça. Tu étais si fragile, si… et je n'ai pas su me contrôler.

- Je n'ai pas trop résisté non plus Booth. C'était même le contraire. Je veux dire, tu n'as pas à prendre toute les responsabilités. On a fait ça … à deux.

- Laisses-moi finir s'il te plait.

Je voyais qu'il faisait des efforts pour parler. Il avait du répéter cette scène dans sa tête toute la journée, articulant ses arguments et imaginant mes possibles réactions.

- Il s'est passé ce qu'il s'est passé Bones. Je n'ai pas su me maîtriser. D'accord. Il marqua un temps. Mais je ne regrette rien.

Il m'avait dit ça en me regardant droit dans les yeux, y cherchant une réaction.

- Oui c'était soudain, c'était imprévu et totalement fou. Mais je ne reviendrai en arrière pour rien au monde. C'était la plus belle nuit de ma vie, Bones. C'était fort et si…

- Incroyable, Booth… c'était... incroyable... je n'avais jamais ressenti ça avant... jamais... avec personne.

Booth parut légèrement soulagé que je reconnaisse, même du bout des lèvres, avoir pris autant de plaisir que lui. Comment pouvait-il en douter ? Sur le coup, je trouvais que j'avais été plutôt expressive !

La tension qu'il avait accumulé au niveau de sa nuque et de ses épaules se relâcha un peu. Il s'avança vers moi.

- Oui, c'était incroyable Bones. Ce n'était pas que physique, c'était bien plus que cela.

Je me crispais légèrement à mon tour. Parler de la phase purement sexuelle ne me posait aucun problème, contrairement à Booth. Mais pour le reste…

Je savais que ce que j'avais ressenti était plus fort qu'une simple libération d'hormones. Mais ne sachant comment définir ce sentiment, ou ne voulant me l'avouer, j'étais perdue.

Voyant mon visage se fermer, Booth demanda :

- Bones, c'était plus que du simple sexe pour toi aussi, non ?

J'hésitais à répondre.

Nier tout sentiment était une option à oublier. Je n'avais pu masquer mon trouble, ni la nuit dernière ni pendant la journée. Faire passer nos ébats pour du simple sexe aurait été presque insultant pour lui et pour les sentiments que nous nous portions.

Hésitante : - Je ne peux pas nier avoir ressenti certaines choses…

Impatient : - Et ??

Agacée, me levant : - Booth, j'en sais rien ! C'est nouveau pour moi, c'est déroutant. Je veux dire, on est partenaires tous les deux et amis. Et je ne sais pas quoi penser de tout ça.

- Attends, tu veux dire que tu as ressenti quelque chose et que tu ne sais pas quoi ?

- Non. C'est encore confus dans mon esprit...

Dépité : - Tu es pas croyable.

Il marqua un temps, faisant quelques pas.

- Et donc, si je comprends bien, tu ne sais pas ce que tu veux ?

Il avait dit ça sur un ton sec, presque cassant.

- Comment ça « ce que je veux » ? On devait en parler pour décider de ce que l'on allait faire !

- Oui et c'est ce qu'on fait. On en parle. Mais tu ne sais pas ce que tu veux.

- Oh excuses-moi. Mais c'est bien toi qui dis que je suis une inadaptée sociale, non ? Et bien pour les sentiments c'est pas mieux !

La discussion avait pris la forme d'une dispute. Il m'en voulait d'être perdue. Je lui en voulais de ne pas comprendre.

- Et on fait quoi en attendant que tu te décides ? demanda Booth, sarcastique.

- J'en sais rien. Et puis « que je décide ». T'es gentil, mais toi, tu sais ce que tu veux ?

Je lui avais craché ma question à la figure, dépassée par la situation. Il reprit calmement en s'approchant de moi.

- Oui, moi je sais ce que je veux.

Je le regardais, piquée au vif, attendant sa réponse.

- C'est toi que je veux. Pas une nuit, pas pour le sexe, pas en cachette. Je te veux toi. Temperance Brennan. Je te veux toute nue, sans diplôme, ni best-seller, ni dossier, ni ossement. Je te veux comme je t'ai eu cette nuit, vraie, sans barrière, sans faux-semblants, sans artifice. Et je te veux pour t'aimer, Temperance. Parce que je t'aime.

Booth avait parlé d'une traite, sans se précipiter, pesant chaque mot qu'il prononçait. Il s'était approché de moi en même temps. J'étais figée. J'avais l'impression que mon cœur s'était à la fois emballé et arrêté. J'avais du mal à respirer. Les larmes étaient montées jusqu'à mes yeux mais elles refusaient de couler.

Booth m'aimait.

Et me le disait.

J'étais sous le choc.

Il m'aimait.

J'étais perdue dans un océan de questions. Je ne savais pas quoi répondre. Merci ? Depuis quand ? Comment ? Pourquoi ?

- Je t'aime, répéta-t-il. Et il m'embrassa.

J'aurais pu me perdre à cet instant. Lâcher prise. Tout abandonner. Pour lui.

Mais je ne fis rien.

Lorsque ses lèvres quittèrent les miennes, je restais prostrée, incapable de dire un mot.

Ses mâchoires se serrèrent. Booth n'attendit pas plus, résigné.

- Bon. Voilà c'est dit... Mais apparement, tu ...

Il ne finit pas sa phrase, blessé par mon silence.

- Bonne nuit Brennan.

Et après avoir largué cette bombe de sentiments dans mon salon, Booth partit. Je ne pus le retenir, comme encrée au sol. Pétrifiée. Ce fut seulement quand j'entendis la porte claquer que mes larmes se mirent à couler.

Booth m'aimait.

Il me l'avait dit.

Et j'avais été incapable de lui répondre quoi que ce soit.