Chap. XXI : « à mon bon souvenir »

- Elle ne peut être que là !

Je courais presque dans les couloirs, me dirigeant vers la sortie. Booth me suivait de près.

Arrivée de nouveau au Ross Hall, je bifurquais à droite, direction le centre médical. Le bâtiment servait également d'école de médecine.

La nuit était tombée et une chaleur moite flottait dans l'air. A l'entrée de l'hôpital, Booth me rattrapa.

- Hé attends. Tu te souviens : c'est moi l'agent du FBI. Restes derrière moi.

J'obéis. Les lieux étaient tout aussi déserts. Ils semblaient en travaux. Des bâches transparentes étaient disposées ici et là, des pots de peinture étaient stockés dans des coins. Nous avancions guettant le moindre mouvement.

Soudain, quelque chose tomba au sol sur notre gauche. Quelqu'un lança un juron.

Booth mit son doigt sur sa bouche pour me signifier de ne pas faire de bruit. Arrivés devant la salle d'où provenait le bruit, il jeta un coup d'œil rapide par la porte entrouverte. Je mourrais d'envie de faire de même.

Il chuchota : - Angela est là. Elle va bien.

Je retins un cri de soulagement.

- Elle est attachée à une chaise. Et il y a quelqu'un d'autre au fond de la pièce. Je vais y aller. Quoi qui se passe tu ne bouges pas. Tu m'entends ? Tu restes ici à couvert jusqu'à l'arrivée des renforts. Tu m'as bien compris !

Je le regardais dans les yeux. Il était redevenu le Booth que je connaissais, mon protecteur, mon mâle alpha, mon Booth.

- Promets-le moi, répéta-t-il.
- Je te le promets.

Il jeta un nouveau coup d'œil à la pièce puis s'élança. Mon cœur se serra.

- FBI, les mains en l'air.

Dos au mur, j'entendais les murmures étouffés d'Angela. Elle devait être bâillonnée et apeurée. Au moment au Booth entra, j'entendis un mouvement dans la pièce. Elle avait du réagir en le voyant faire irruption.

- Lâchez ça. Elle n'a rien fait, dit Booth.

Mon sang ne fit qu'un tour.
Angela !
Il fallait que je sache ce qui se passait à l'intérieur. Contre les consignes de Booth, je jetais donc moi aussi un œil à la scène.

Booth, de dos, braquait son arme sur une femme que je ne connaissais pas. Elle était brune, assez grande et d'allure sportive, les cheveux très courts, la mâchoire carrée. Elle se tenait derrière Angela, un scalpel sur sa gorge.
Angela tremblait de peur. Des larmes coulaient sur ses joues. Elle lançait un regard suppliant à Booth. Mais il n'avait aucune solution à proposer
.

- Agent Booth ! Tiens donc. Ravie que vous vous joigniez à nous. Vous êtes seul ? C'est étonnant… Où est le Docteur Brennan ?
- Il n'y a que vous et moi. Désolé. Lâchez ce scalpel.
- Oh allons dont Agent Booth. Nous savons vous et moi que vous et le Docteur Brennan êtes inséparables, n'est-ce pas ? Plus que de simples partenaires pas vrai ?

Booth ne releva pas l'allusion.

- Lâcher ce scalpel, répéta-t-il.
- Vous devriez même me remercier, vous savez.
- Vous remerciez ?
- Oui. Grâce à moi et à ma petite agression, vous avez enfin pu assouvir votre fantasme ultime : passez la nuit avec le Docteur Brennan. Joli spectacle je dois dire.

Oh mon Dieu. Elle nous avait observé cette nuit là.

Je vis les mâchoires de Booth se crisper à plusieurs reprises. Angela le regardait sans comprendre vraiment ce qui se passait.

- Rassurez-vous je vous ai laissé un peu d'intimité tout de même. Une première nuit c'est sacrée et je suis une grande romantique. Je voulais juste m'assurer du résultat. Du malaise qui allait suivre…
- Fermez-là !

Booth avait crié à me faire sursauter. Je me collais à nouveau contre le mur ne sachant que faire. J'étais impuissante.

- Je veux voir le Docteur Brennan, reprit-elle plus froidement.
- Il n'en est pas question.
- Alors Mademoiselle Montenegro va mourir.

Alors qu'Angela se remettait à sanglotait, je ne réfléchis pas et sortis de ma cachette.

- Je suis là. Laissez la partir.
- Bones ! cria Booth d'un air réprobateur.
- Ah, Docteur Brennan, enfin.

Elle sourit de nouveau
.

- Lâchez là.

Après un temps : - Vous ne me reconnaissez pas n'est-ce pas ?

Elle avait posé sa question connaissant déjà la réponse, presque ironique
.

- Non, répondis-je. Je devrais ?
- Disons que je suis vous.
- Quoi ???

Je ne comprenais rien de ce qu'elle disait.

- Je suis vous en quelque sorte puisque vous m'avez pris ma vie, Docteur Brennan.

Je regardais Booth, aussi étonné que moi.

- J'étais bien partie pourtant. La meilleure jusqu'à mon diplôme au lycée. J'étais l'élève modèle, représentante des élèves auprès de l'administration, rédactrice en chef du journal. Et puis, vint l'université et vous.

Elle fit une pose. Mes yeux ne se détachaient pas de la lame du scalpel sur la peau de mon amie.

- Vous avez pris ma place, vous m'avez volé ma vie, répéta-t-elle.
- Je ne comprends pas. Je n'ai rien fait.
- Mais c'est ça le pire. Vous n'avez rien fait. Vous n'avez eu qu'à être vous, ni à passer des nuits blanches sur vos cours pour réussir vos examens, ni à travailler comme serveuse pour payer vos études. Vous étiez parfaite, l'élève préférée des professeurs, douée en tout, toujours première, toujours devant moi…

Une image me revint à l'esprit : celle d'une jeune fille au physique ingrat, portant des lunettes, toujours derrière moi. Elle avait beaucoup changé, mais c'était elle.

- Kelly Merriett !
- Oh!!! C'est presque un miracle que vous vous souveniez de mon nom ! J'en suis honorée.

La rage perçait dans sa voix. Le scalpel était toujours sur le cou d'Angela.

- Oui Kelly Merriett. La pauvre Kelly Merriett. Toujours deuxième derrière la grande Temperance Brennan. 7 années passées dans ton ombre, 7 années à me démener pour te battre, 7 années à t'épier, te suivre partout, à essayer de comprendre pourquoi tu étais meilleure que moi. J'en ai fait une dépression tu sais ? Mais j'ai été soignée. Les docteurs ont dit que j'étais guérie, libérée de mon obsession : TOI !

Elle parlait de plus en plus fort. Ses gestes étaient devenus brusques. Booth la suivait du regard la tenant toujours en joue. Je regardais Angela un instant, morte de peur. Il fallait que je fasse quelque chose.

J'avançais d'un pas : - Kelly, je suis désolée. Je ne me suis pas rendue compte de ce que je faisais tu sais.

J'essayais de gagner sa confiance, d'endormir sa méfiance pour laisser Booth agir.

- Oh c'est vrai ? Tu es désolée ? fit-elle, calmement.
- Oui vraiment. J'avançais encore. Et je ne comprends pas l'attitude des professeurs. Tu étais beaucoup plus méritante que moi.

Un pas encore.

- Tu sais, je pense que je pourrai te faire entrer au Jeffersonian. On pourrait travailler ensemble, pourquoi pas. Les deux meilleures anthropologues du pays ! La meilleure équipe !

J'essayais de paraître enjouée à cette idée. Mais mes piètres talents de comédienne ne la trompèrent pas.

- Arrêtes de te foutre de moi Brennan et recules ! cracha-t-elle.
- Tout le monde se calme d'accord, tenta Booth qui assistait à la scène, cherchant une opportunité de nous en sortir.
- Tu sais Brennan, je n'ai jamais fini mes études, je ne suis pas anthropologue, je suis médecin.

Conclusion à laquelle j'étais parvenue avec tous les indices : le curare, le dissection des corps, le produit désinfectant.

- Et comme je suis médecin, je sais exactement où se trouvent la carotide et les veines jugulaires de Mademoiselle Montenegro. Tu vois Brennan, c'est juste là.

Elle fit glisser le scalpel sur le côté droit du cou d'Angela qui se crispa. Ses sanglots redoublèrent.

- Si je lui tranche la gorge là, elle mourra en moins de 2 minutes.

Booth et moi étions figés de peur qu'elle ne passe à l'acte.

- Mais si je la coupe là, posant sa lame sur le thorax d'Angela, y faisant perlé une goutte de sang, ça prendra beaucoup plus de temps car il n'y a pas de veine principale à cet endroit.

Elle traça un sillon dans la chair d'Angela.

- NON !!! criai-je.

J'étais prête à tout pour arrêter ça.

- Qu'est-ce que tu veux de moi ?
- Que tu admettes que je suis meilleure que toi !
- Ok, je l'admets Kelly : tu es meilleure que moi.

Du sang s'échappait de l'entaille située juste au dessus de la poitrine d'Angela et glissait jusque dans son décolleté.

- Écoutes, laisses partir Angela. Elle ne t'a rien fait.

Je cherchais mes mots. Trouve une idée Brennan!!!

- Laisses la partir et prends moi à sa place !
- Bones NON !!! cria Booth.
- Ne te mêles pas de ça Booth. C'est entre Kelly et moi que ça se passe, d'accord.
- Il n'en ai pas question !
- Booth!!! Fais moi confiance.

Mes yeux cherchaient à lui faire comprendre que c'était la seule solution pour sortir de là. J'avais besoin qu'il m'appuie, qu'il me fasse confiance et surtout qu'il oublie un instant de me protéger. Ou tout du moins, qu'il se résigne à me laisser agir. C'était la seule solution.

Non sans avoir lutter intérieurement contre l'idée qu'il m'arrive quelque chose, Booth capitula.

Je m'avançais vers Kelly, les mains en avant démontrant que je n'étais pas armée.

- Tu me gardes mais tu la libères avant, Kelly. On est d'accord ?

Elle n'hésita pas.

- Marché conclu.

Arrivée à sa hauteur, je me retournais face à Booth. Son regard était remplir de peur. Il ne pouvait rien faire.

Derrière moi, Kelly plaça son scalpel sur ma gorge. Booth, la tenant en joue, ne savait plus quoi faire.

- Ça va aller Booth. Libères Angela. Dépêches-toi.