N/a : Je m'excuse pour le retard, le « si possible » précisé dans mon précédent postage, s'est avéré nécessaire. Je crois que j'hésitais à publier ce chapitre en l'état. Il ne me plaît absolument pas. Bonne lecture quand même… et Bonne année !


Chapitre 3 : Un désir de créer de nouveaux souvenirs

Le dîner fut succulent. Bien qu'Hermione ne fut pas un cordon bleu. Les tomates farcies l'étaient mais beaucoup trop en sel, elles avaient d'ailleurs complément noircies au dessus. Le riz était tellement cuit qu'il formait dans les assiettes un aspect très intéressant s'apparentant à une sorte de purée. Seule la mousse au chocolat avait un goût exquis mis à part l'apparence quelque peu repoussante. Si Remus remarqua tous ces détails d'un œil détaché, il n'en considéra pas moins le repas comme étant délicieux. Peut-être parce que le passer avec Hermione en tête en à tête avait le pouvoir de lui faire oublier son sens pourtant développé du goût.

Après avoir lavé tous les deux la vaisselle, Remus l'avait invitée à venir visiter le reste de sa maison. Il avait bien remarqué l'hésitation de la jeune femme puis le léger rougissement sur le visage de cette dernière avant qu'elle n'acquiesce pour monter à l'étage. Il s'en était senti secrètement ravi et il savait pourquoi. Hermione le considérait comme un homme et non comme une personne asexuée comme il l'avait craint. Et quand un homme invitait une jeune femme dans ses appartements un soir après un charmant repas, la jeune femme en question devait logiquement savoir que cela n'était pas correct.

Remus lui fit d'abord visiter la petite salle de bain. Le robinet fuyait toujours quelques gouttes ici et là et Remus soupçonnait qu'une goule aquatique avait élue domicile dans sa tuyauterie.

- Et tu as essayé la Mandragore trempée dans du lait de chèvre ? s'enquit Hermione avec intérêt.

- hum-hum, même dans du lait d'ânesse et ça n'a donné aucun résultat non plus.

- Ohoh, un mystère que le grand professeur Lupin se doit de résoudre sous le toit de sa maison, fit Hermione en croisant les bras en fronçant les sourcils.

Devant son air fort sérieux, Remus s'esclaffa.

- Je n'attendais que la main secourable de ma chère assistante.

Hermione lui renvoya un regard malicieux.

- Et qu'accueilles-tu d'autres sous ton toit ? Un epouvantard sous le lit ?

- Hum, tu veux vérifier ? rétorqua Remus s'apercevant trop tard de sa maladresse.

Il espéra aussitôt qu'elle n'ait pas pris sa remarque comme une invitation déguisée. Il se fit la réflexion que peut-être sa remarque était un acte manqué et qu'il souhaitait en effet inviter Hermione dans sa chambre et plus précisément sur son lit…

Il referma la porte de la salle de bain brusquement et se détourna pour continuer la visite. Son cœur pulsait avec force le sang dans ses veines et le regard troublé d'Hermione ne l'aida pas à se calmer. Il ouvrit la porte de sa chambre avec la même brutalité qu'il avait mise à fermer la porte de la salle de bain.

- Je n'ai pas eu le temps de la meubler convenablement, fit-il pour combler le silence inconfortable qui s'était installé entre Hermione et lui.

Hermione haussa les épaules.

- C'est compréhensible. Ce n'est qu'une pièce pour dormir, ce n'est pas une pièce à vivre.

La remarque d'Hermione calma Remus et l'aida à évacuer la tension qu'il l'avait habitée depuis qu'il avait invité Hermione à visiter l'étage.

- Tu as tout à fait raison, répliqua-t-il. Je me suis plus consacré à l'aménagement du salon.

Il finit sa phrase en se dirigeant vers le petit salon. Celui-ci bien que d'une superficie raisonnable offrait à ses occupants un sentiment de confort et de tranquillité. Un piano de bar prenait une bonne place près de l'unique et grande fenêtre. Un vieux gramophone avec son pavillon de cuivre occupait une petite table à côté du piano. La cheminée basse et large s'ouvrait sur un fauteuil, un guéridon et un canapé. Enfin un secrétaire et une bibliothèque raisonnable occupaient la place opposée au piano et à la fenêtre.

- Oh, tu joues du piano ? s'extasia Hermione les yeux brillants devant l'instrument.

- Pas du tout, rétorqua Remus amusé devant la mine étonnée d'Hermione. Je l'ai enchanté pour qu'il reproduise les sons des instruments à corde du gramophone pour m'accompagner au saxophone.

Hermione écarquilla les yeux et un sourire s'épanouit sur son visage au plus grand plaisir de Remus.

- Tu nous avais caché ce talent ! s'exclama Hermione.

Remus leva les mains en signe d'apaisement.

- Je suis loin d'être bon. J'aime simplement la sonorité du saxo et j'ai voulu apprendre à en jouer.

- Et quel type de musique préféres-tu ? questionna Hermione avec intérêt en avançant vers le piano.

- Le jazz plus que tout autre musique.

Hermione découvrit derrière le gramophone, posé en équilibre contre le mur, l'étui du saxophone.

- Je n'écoute pas trop ce genre de musique mais j'aimerais apprendre à la connaître.

Elle releva la tête vers Remus dans un sourire qui aurait pu s'apparenter à un sourire d'excuse. Remus sentit une vague de chaleur lui parcourir le cœur. Il répondit à son sourire en acquiesçant.

- Je t'apprendrais à la connaître, veux-tu ?

Hermione accentua son sourire.

- Merci !

- Et toi, écoutes-tu une musique en particulier ?

Hermione se mit à rire.

- Si je te le dis, tu me promets de ne pas rire ?

- Pourquoi me moquerais-je de tes goûts musicaux ?

- Parce qu'ils sont très très classiques.

- Oh. Fit Remus avec une lueur de compréhension. Alors Mozart ou Beethoven ?

- Strauss et Wagner, répliqua Hermione avec vivacité.

- Hum, en effet, ce n'est pas commun. Connais-tu Daldegarde ?

Hermione secoua la tête négativement.

- C'est un compositeur classique…sorcier.

- Ah oui ? fit Hermione en se rapprochant de Remus. A quelle époque a-t-il vécu ? Qu'a-t-il composé ?

Remus la frôla en s'avançant vers son gramophone. Il ressentit l'excitation d'Hermione et en fut enchanté.

- Il me semble que j'ai un disque de lui quelque part.

Il farfouilla dans les placards sous son tourne-disque et en sortit quelques instants plus tard une pochette cartonnée qu'il tendit à Hermione.

- Tiens, emporte le chez toi pour l'écouter, tu me diras ce que tu en penses.

- Merci mais je…je n'ai pas de gramophone chez moi, murmura Hermione l'air contrit.

- Qu'à cela ne tienne, nous allons l'écouter maintenant. Si tu veux bien, évidemment ?

Il dévisagea Hermione pour savoir si cette dernière était d'accord pour rester un plus longtemps en sa compagnie ce soir. Hermione répondit aussitôt par l'affirmatif.

Ils écoutèrent ainsi pendant une bonne heure le disque de musique classique, commentant de temps en temps certains passages. Restant silencieux le reste du temps, ils étaient plongés dans leurs pensées respectives. Hermione s'était assise dans le canapé près de Remus. Celui-ci avait les paupières mi-closes et le coude sur l'accoudoir, il avait posé son menton dans le creux de sa main en proie à une profonde réflexion. Il cherchait à analyser par tous les moyens ces sensations qu'il n'avait cessées d'éprouver depuis qu'Hermione était venue le retrouver la veille. Il remarqua du coin de l'œil que la jeune femme avait défait ses chaussures et replié ses jambes sous elle. Se mettant plus à l'aise dans le canapé, Hermione semblait enfin se détendre. Remus s'en sentit soulagé ; il avait également perçu la tension d'Hermione depuis la montée à son étage. Elle scrutait maintenant avec attention les titres des livres posés sur la petite bibliothèque.

Le lycanthrope fit venir d'un coup de baguette quelques ouvrages qu'il déposa sur le guéridon.

- Ces livres sont ceux qui m'ont fait aimé la DCFM, commenta-t-il.

Le regard d'Hermione pétilla aussitôt. Elle attrapa un des grimoires et commença sa lecture…

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La musique s'était tue depuis quelques minutes mais Hermione ne sembla pas s'en apercevoir. Remus se leva pour aller changer le disque ; il en prit un parmi ceux qui avaient la pochette la plus usée à force d'avoir été sorti de leur étui.

Remus caressa du pouce le coin corné du carton. Cette musique n'avait pour lui que des bons souvenirs, du temps où les Maraudeurs étaient encore quatre. Du temps où les espoirs et les rêves se mêlaient dans la force de leur ambition et de leur jeunesse. Il revit dans une vision fugace James enlacé Lily pour l'entraîner dans une danse sensuelle. Il se souvint également de Peter qui fronçait les sourcils pour essayer de comprendre les poèmes de blues inscrits sur les pochettes. Quant à Sirius, il ne pouvait se remémorer son ami Animagus que vêtu d'une de ses cravates moldu qu'il affectionnait tant, lâchement nouée sur sa chemise entrouverte, tout en faisant semblant de jouer l'air jazzy du gramophone sur un piano. Sirius n'avait jamais su jouer du piano mais il avait été un excellent comédien dans le rôle d'un pianiste alcoolique et désabusé par ses histoires sentimentales catastrophiques.

Remus esquissa un sourire en coin. Quels fou-rires ils avaient eu sur cet air de musique ! Il plaça le vinyle sur la platine et repartit s'asseoir dès que les premières notes d'une contre-basse et d'une trompette retentir. Remus soupira d'aise en s'enfonçant dans son fauteuil ; il posa les pieds sur la table basse devant lui et il fit apparaître une tasse de chocolat dans son autre main. Il allait proposer la même chose à Hermione en tournant la tête vers elle quand il faillit lâcher sa tasse de surprise. La jeune femme s'était endormie, la tête posée sur son bras et son bras posé sur l'accoudoir du canapé.

Remus put la détailler à loisir. Il la trouvait belle. Elle n'était pas d'une beauté classique mais l'ovale de son visage et ses sourcils foncés sur sa peau blanche l'apparentaient à ces nymphes grecques. Remus aimait sa vivacité d'esprit et son sens de la répartie mais jamais il n'avait pris le soin d'apprécier le physique d'Hermione à sa juste valeur. Il se rappela confusément une photo que lui avait montrée Harry. Prise sur le trio au moment du bal de Noël lors de leur quatrième année, la photo avait révélé une jeune fille complètement métamorphosée au regard de l'année précédente que Remus avait passé en sa compagnie. Il avait alors demandé à Harry l'identité de la jeune fille entourée par Ron et lui. Le jeune Potter lui avait ricané au nez en disant qu'il se faisait vieux et qu'il devait mettre des lunettes. Remus avait été par la suite assez confus. Il n'avait jamais considéré Hermione autrement que comme une amie d'Harry, dévouée et intelligente. Il n'avait cessé depuis de l'observer grandir et s'épanouir pour la voir devenir cette charmante jeune femme.

La tasse vide fit un bruit sourd quand Remus la reposa sur le guéridon. Il consulta sa montre et constata l'heure avancée. Il savait qu'Hermione n'avait personne à inquiéter par son retour tardif dans son studio à Londres mais elle devait être assez réveillée pour pouvoir transplaner jusqu'à chez elle. Remus se pencha vers le canapé en tendant le bras vers le corps endormi. Il n'avait pas le cœur à la réveiller.

- Hermione ? fit-il d'une voix basse. Hermione, réveille-toi.

Un faible gémissement lui répondit. Remus sourit en constatant le léger froncement de sourcils chez la jeune femme.

- Si tu es si fatiguée après ta première journée de travail, il faut dire à ton patron de te faire moins travailler.

- Hum…

Hermione frotta ses yeux d'une main en cachant à peine de son autre main le bâillement qui menaçait de lui décrocher la mâchoire. Elle finit par s'étirer en tendant ses bras vers le haut.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-elle d'une voix rauque de sommeil.

- Bientôt minuit.

Remus tenta de maîtriser sa voix mais sans succès. L'étirement plein de grâce de la jeune femme lui avait contracté le ventre en un point douloureux. En cet instant, il aurait donné n'importe quoi pour pouvoir la prendre dans ses bras et respirer son parfum. Hermione posa alors ses yeux sur le lycanthrope. Encore voilés de sommeil, ils ne virent pas le profond trouble de l'homme assis en face d'elle.

- Je suis désolée, j'ai dû m'assoupir sans m'en rendre compte.

Remus secoua la tête en se levant.

- Notre petite aventure de cette fin d'après-midi t'aura tout simplement fatiguée.

Hermione le regarda d'une façon curieuse puis détourna aussitôt la tête pour se rechausser. Elle se leva à son tour et prit la suite de Remus pour descendre les escaliers. Arrivés devant la porte de l'arrière boutique qui menait vers l'extérieur, ils se firent face dans un silence plein d'attente. Remus ne savait comment clore cette journée particulière.

- Merci Remus, fit alors Hermione. Pour le repas et tout le reste…

Elle lui adressa un timide sourire et franchit la porte pour transplaner. Remus resta longtemps sur le perron à fixer sans le voir le vide laissé par Hermione dans sa tête et dans sa maison. Une lueur d'allégresse ressurgit dans ses prunelles mordorées. Elle reviendrait le lendemain…

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Au cours des jours qui suivirent, Hermione et Remus prirent l'habitude de prendre le repas du midi et du soir ensemble. La jeune femme restait même après le dîner à écouter de la musique ou à discuter de choses et d'autres. Ils abordèrent rapidement, et ce naturellement au grand étonnement de Remus, des sujets qui les touchaient particulièrement. Hermione lui confia ainsi ses difficultés à s'accepter dans la communauté sorcière et le rôle qu'elle s'était donnée auprès des garçons pendant leur scolarité.

- Tu es trop dure avec toi-même Hermione, commentait Remus.

Mais Hermione souriait, invariablement de ce petit sourire contrit et plein de retenu quand elle abordait des sujets aussi intimes.

- Au fond, je pense que j'aurais fait n'importe quoi pour me faire accepter par eux, fit-elle un soir blottie à sa place désormais habituelle.

Remus la regarda alors avec tendresse. Il la comprenait au-delà des mots. Il avait réagi exactement de la même manière avec les autres Maraudeurs. Si bien qu'il avait été par moment bien trop indulgent face à certaines « farces ». Combien de fois avait-il regretté le geste de Sirius face à Rogue lors de leur cinquième année… De là, était parti un engrenage implacable qui s'était soldé par la mort de Rogue trois années plus tôt.

- Si j'avais été plus ferme dès le début, poursuivit Hermione en fixant rêveusement le bougeoir illuminant d'une douce clarté la pièce. Je n'aurais peut-être pas bercé d'illusions Ron…

Remus sentit de nouveau son ventre se contracter. A chaque fois que le prénom du jeune Weasley était cité, il sentait comme un goût d'amertume lui parcourir la bouche.

- Tu n'as jamais rien fait qui puisse laisser entendre à Ron que vous seriez plus que des amis alors ne te tracasse pas pour cela.

Hermione leva la tête vers lui.

- Remus, demanda-t-elle hésitante, comment as-tu fait pour rompre avec Tonks ?

Le sorcier se crispa légèrement. Il nota la question subtile d'Hermione. Celle-ci ne demandait pas les raisons de sa rupture comme avait pu le faire maintes fois Harry ou Molly.

- Tu voudrais rompre avec Ron avant même d'avoir entamer une relation avec lui ? biaisa-t-il en esquissant un sourire ironique.

Hermione haussa les épaules attendant la réponse de Remus.

- Je lui ai dis la vérité, tout simplement.

Hermione le fixa alors droit dans les yeux et Remus soutint l'échange. Il savait son visage impassible mais son cœur battait la chamade. Merlin il se savait perdu depuis le jour où il avait accepté Hermione comme employée.

Il crevait d'amour pour elle et il ne l'avait que trop bien compris.

Seulement, il ne pourrait rien dire. Il ne devait rien dire. Il allait mourir et envisager une quelconque relation, un quelconque avenir à deux ne serait que folie. Une déclaration d'amour à Hermione serait ridicule, égoïste voir pathétique.

- Remus, murmura Hermione en rougissant. Je…je meurs d'envie de savoir pourquoi tu n'as pas voulu poursuivre ta relation avec Tonks. Est-ce que je peux t'en demander la raison ?

Remus inspira brièvement. Ils ne se quittaient pas des yeux et garder ainsi le contact visuel entre d'eux conférait à leur échange verbal une importance que Remus était loin de désirer.

- Pourquoi veux-tu savoir ? demanda-t-il d'une voix rauque.

Hermione baissa alors le regard comme si elle voulait lui cacher le fond de ses pensées et Remus en fut intrigué.

- Parce que… parce que j'aurais aimé te voir heureux avec quelqu'un. Parce que maintenant que tu es là, que la guerre est finie, tu parais comme résigné et je…

Hermione s'arrêta dans sa phrase en un hoquet étranglé. Les mains crispées sur ses genoux, ses cheveux dissimulant l'expression de son visage, elle paraissait incapable de poursuivre. Ses épaules tremblotèrent comme si elle était en proie à un effort physique insoutenable.

- Hermione ? fit Remus doucement. Si j'ai choisi de rompre avec Tonks c'est parce que je n'étais pas heureux tout simplement.

- Mais là non plus, tu ne l'es pas !! éclata soudain Hermione en relevant la tête. Ses yeux étaient brillants et Remus fut à la fois troublé et contrarié par son émoi.

- Hermione, répéta-t-il en venant s'accroupir près d'elle.

Il tendit la main vers sa joue pour essayer de l'apaiser. Il savait son geste dérisoire mais en cet instant Remus était bien incapable de trouver les mots adéquats pour la réconforter. Elle ferma aussitôt les yeux en venant presser sa tête contre sa main rêche.

Remus sentit comme une brûlure le parcourir du creux de sa paume jusqu'à son ventre.

- Je suis…touché que tu t'intéresses à mon bonheur mais crois-moi la situation que j'ai choisie me convient parfaitement dans l'état actuel des choses.

- Que veux-tu dire ? demanda aussitôt Hermione en ouvrant les paupières.

Elle semblait s'être un peu calmée et dardait maintenant son regard chocolat sur Remus. Celui-ci retira sa main assez rapidement et détourna la tête pour se relever. Il n'avait pas voulu dire cela ; cela lui avait échappé. Et pourtant l'attitude d'Hermione le laissait ému au-delà du raisonnable. Aussi pour couper court à toute tentative de sa part de connaître les sentiments de la jeune femme à son égard, il répondit à Hermione par la vérité.

- Je ne peux prétendre qu'à un bonheur solitaire, Hermione. Telle est ma nature de loup-garou.

Hermione, la bouche légèrement entrouverte, le scrutait intensément.

- Les loup-garous ne sont pas forcés de vivre seuls, tenta-t-elle de raisonner. Bien sûr les nuits de pleine lune, il faut prendre des précautions mais rien n'empêche à des loup-garous de vivre en couple.

Remus lui jeta un coup d'œil circonspect voir amusé si la situation avait été différente.

- Il serait bien égoïste que des personnes comme moi veulent construire une vie de couple.

- Mais pourquoi ? fit Hermione déboussolée. Je…je ne comprends-

- Hermione, fit Remus d'une voix infiniment douce. J'ai 43 ans et les quelques années qu'il me reste à vivre sont comptées.

Hermione resta figée mais Remus remarqua parfaitement ses poings serrés.

- Et c'est pour cela que tu t'imposes de vivre ainsi ?!

La colère perçait dans chacun de ses mots. Elle se leva agacée et en proie à une forte exaspération. Remus la regardait évoluer dans l'espace restreint de son salon. Il fronçait les sourcils se demandant s'il ne devait pas clore cette discussion qu'il estimait trop dangereuse pour garder son self-control. Déjà que ce dernier était mis à rude épreuve depuis quelques jours, ce n'était pas pour qu'il flanche maintenant.

- Tonks était-elle au courant du peu de temps qu'il te reste à vivre ? demanda Hermione autoritairement.

Remus se sentit fondre. Il adorait la voir ainsi. Cet aspect de son caractère l'avait toujours profondément amusé. Mais il comprit en faisant légèrement la grimace ce qu'avaient dû endurer Harry et Ron sous ses directives.

- Non, répondit-il posément.

Hermione parut un instant décontenancée par son attitude et par sa réponse. Puis elle se renfrogna en lui jetant des regards incendiaires.

- Je vois. Tu as choisi à sa place en somme.

Remus plissa les yeux, le visage soudain plus dur.

- Comment cela ?

- C'est prétentieux et orgueilleux de penser à la place de celle qui t'aime ! Tonks avait parfaitement le droit de partager pour un temps sa vie avec toi !

Remus sentit une vague de froid le frapper en plein visage. Se voir critiquer ainsi n'avait rien de réjouissant et le lycanthrope éprouva aussitôt le besoin de se justifier aux yeux d'Hermione.

- Je n'étais pas heureux avec elle parce que je ne l'aimais pas, Hermione.

Sur le coup, la jeune femme écarquilla les yeux.

- Quoi ?!

- J'ai essayé pourtant mais je n'ai pas pu…

L'amour n'est pas un sentiment que l'on contrôle, pensa Remus pour lui-même, il va et il vient sans logique apparente pour notre raison. Je n'ai pas choisi d'aimer Hermione mais j'ai un gros faible pour elle et c'est ainsi…

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- Remus ? fit la voix lointaine d'Hermione.

Celui-ci lança vers elle un regard lourd de sens mais Hermione ne sembla pas le comprendre.

- Tu as raison, dit-il sourdement en s'avançant vers elle. Je devrais profiter du temps qu'il me reste pour être heureux.

Hermione inspira bruyamment.

- Bien parlé ! lança-t-elle soulagée en évitant de le regarder.

- Le problème c'est que je suis déjà amoureux de quelqu'un mais je ne veux surtout pas perdre l'entente cordiale qui s'est établie entre elle et moi…

Remus ne pouvait pas croire qu'il venait de dire ça. Avec l'intelligence et la perspicacité d'Hermione autant dire qu'il venait de signer son arrêt cardiaque et par la même occasion son arrêt de mort.

Hermione releva lentement la tête vers lui cherchant dans son regard le mensonge voir la blague de mauvais goût.

- Oh. Et qui est-ce, si je ne suis pas trop indiscrète ? questionna-t-elle en prenant l'air le plus détaché possible.

Mais Remus, à qui rien n'échappait, ne manqua pas de remarquer l'étrange trouble qui s'était emparé d'Hermione. Les genoux de cette dernière tremblaient.

- Hermione ? Tu vas bien ? demanda-t-il pour éviter de répondre.

Elle secoua la tête comme pour échapper à la question elle aussi.

- Très…très bien, si ce n'est que tu es une vraie tête de mule, Remus Lupin !

Un éclair de contrariété avait traversé l'iris de ses yeux suite à la dérobade de Remus. Celui-ci bien que la situation était des plus embarrassantes pour lui, ne put s'empêcher d'esquisser un sourire moqueur.

- Le loup est facétieux ce soir, répliqua-t-il en s'éloignant un peu plus d'elle.

Mais Hermione ne l'entendit pas de cette oreille. Semblant prendre son courage à deux mains par la brève inspiration qui s'échappa de ses lèvres, elle fit un pas vers lui, le regard mauvais.

- Remus, tu te défiles !

Le lycanthrope haussa un sourcil de manière provocante. Le jeu l'amusait mais pour rien au monde il ne répondrait à sa question. Il tenait beaucoup trop à elle, à sa présence dans sa boutique pour perdre la relation de confiance qu'il avait établie entre elle et lui.

- Remus ! s'exclama Hermione. Si tu veux que je t'aide à être heureux, il va falloir me dire pour qui tu as le béguin !

Remus resta muet comme une tombe.

- Très bien, est-ce que c'est Dolly Flitwick ?

Devant l'air impassible du lycanthrope, elle poursuivit la liste des personnes qu'elle avait en tête. Elle piochait évidemment dans la liste des personnes qui avaient soutenu l'Ordre du Phénix pendant la guerre et avec qui, les membres de l'Ordre gardaient de fréquents contacts. Excepté Remus, mais ça Hermione ne le savait pas.

- Clarisse Lovegood ?

-…

- Melinda Weasley ?

Devant le peu de coopération de Remus, Hermione grommela en baissant les yeux en proie à une profonde réflexion.

- Je ne vois pas qui d'autres à part celles-là. Rahhh, Remus ! Aide-moi un peu !

Mais Remus l'aida d'une manière beaucoup trop inattendue pour la jeune femme. Il venait d'un mouvement rapide l'enserrer dans ses bras. Renversant la tête de la jeune femme pour qu'il puisse planter son regard dans le sien stupéfait, il prit ses lèvres durement…

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- Remus ? Remus ! fit la voix lointaine d'Hermione.

Le sorcier redressa brusquement la tête. Hermione se tenait à une distance respectable de sa personne. Il comprit alors que ses pensées l'avaient mené bien trop loin en présence de la jeune femme. Se sentant infiniment gêné, il tressaillit en plongeant son regard dans le sien.

Une émotion furtive passa sur le visage d'Hermione et Remus sans qu'il comprenne pourquoi se sentit obligé de rompre ce curieux échange.

- Il se fait tard, Hermione.

La jeune femme fit la moue puis ses yeux se firent soudain plus profonds et elle détourna la tête comme si elle était vaincue.

- Bien. Fit-elle étrangement. Dans ce cas, passe une bonne nuit, Remus.

- Bonne nuit Hermione.

Quand Hermione transplana ce soir là, Remus était loin de se douter qu'il ne verrait plus la jeune femme le lendemain et les jours suivants.

Par un simple mot qu'il reçut le lendemain matin en prenant son café, elle lui annonça qu'elle démissionnait pour des raisons personnelles. Remus ne sut jamais la véritable raison de son départ. Ce ne fut pas faute pourtant d'avoir interrogé Harry sur l'emploi du temps de sa meilleure amie. Mais celui-ci ne pouvait lui fournir de réponse à une question que Remus était déjà bien en peine de formuler. Pourquoi se sentit-il…si abandonné ?

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Les mois passèrent et Remus ne reçut des nouvelles d'Hermione que lors des vœux de bonne année ou via son cercle d'amis mais jamais plus il n'y eut de soirée en sa compagnie dans son petit salon. Jamais plus Remus n'eut à cœur d'écouter le morceau de jazz qu'Hermione avait appris à préférer.

Alors le lycanthrope aux heures sombres de son cycle infernal se ressassait sans cesse la même phrase :

- J'ai pris mes désirs pour des réalités…

Il n'espérait plus alors que la mort douce et lente vienne le quérir pour l'emmener là où les Maraudeurs pourraient de nouveau être insouciants pour l'éternité…


N/a : Prochain postage dans…bon je ne dis plus rien parce que je ne tiens pas à recevoir des mails incendiaires de lecteurs impatients, n'est-ce pas Diane ? ^_^ Je ne sais pas si ce chapitre vous a plus, j'espère pour ma part que le quatrième et dernier chapitre clôturera convenablement cette petite histoire.A bientôt…

Réponses aux reviews sans adresse email :

Marilyn : Tu as trouvé les mots : So sweet, j'adore ! Merci pour ton message !

Angi : J'ai l'impression que Remus, mise à part ses transformations douloureuses, n'a pas eu une vie de famille correcte…La période des Maraudeurs a dû être une vraie bouffée d'air pur pour lui…Merci pour tes petits mots !

Sayran : Argh, je crains que 1°) tu n'ai eu à patienter pour lire ce chapitre et que 2°) ce dernier ne soit pas à la hauteur de ce que tu attendais…mais bon je ne suis pas objective vu que je ne l'aime…Il y a des chapitres comme ça qui ne passent pas… snif. Merci pour tes supers reviews ! (je les classe dans celles qui te boostent pour poursuivre l'écriture !)

Diane : Et bien non, comme tu le vois je n'arrête pas ! Je suis désolée pour l'attente ! En espérant que la suite te plaise !