CHAPITRE 3 : Confessions
« Iruka… Eh, Iruka…
-Huuuuum… ?
-Pourquoi tu es resté, tout à l'heure ?
-Hein… ? »
Un soupire s'éleva dans la chambre surchauffé. Iruka, qui s'était assoupi sur sa chaise, releva la tête, complètement endormi. A côté de lui, Kakashi avait réussi à se remettre assis, le front encore perlé de sueur et toujours très pâle. Le dauphin se frotta les yeux et émergea enfin de son sommeil. Tournant la tête vers son ainé, il s'inquiéta :
« Comment te sens-tu ?
-Hein ? Pas trop mal ca va…
-Menteur, va ! Lâcha Iruka, pas prit par le mensonge.
-Non non, je vais bien je t'assure… »
Iruka leva les yeux au ciel et lui donna le verre en le priant de boire un peu. Son ainé refusa d'un geste de tête et à la place, il plongea son regard dans celui de l'Umino et redemanda :
« Pourquoi es-tu resté, tout à l'heure ?
-Tu… Tu me l'as demandé.
-Oui, mais tu aurais pu partir.
-Pourquoi ? Je ne voyais aucun inconvénient à rester, et puis, je m'inquiétais… »
Le rouge aux joues, Iruka baissa la tête. Un silence s'installa quelques minutes, brisé à nouveau par le Juunin.
« Pourquoi la tristesse hante-t-elle tes yeux ?
-Je… Non c'est faux.
-Menteur. »
Iruka posa son regard sur ses mains, avant de croiser à nouveau le regard transperçant de son ainé. Celui-ci semblait inquiet, lui aussi.
*Et si je lui disais tout ? Peut être cela m'aidera-t-il, après tout…*
« Depuis que Naruto est parti, j'ai compris que je ne lui avais pas apporté toute la joie qu'il aurait du avoir, enfant. Je regrette d'avoir pu penser, une seule fois, qu'il avait tué mes parents. Après tout, ce n'est que le démon en lui et j'ai compris, un peu tard, que le démon n'était pas Naruto. Naruto n'était pas kyubi. »
Un ange passa. Kakashi ne détournait plus les yeux de cet homme au cœur si énorme qu'il en souffrait. Il aurait voulu le réconforter, trouver les bons mots, mais il n'avait jamais su faire cela. Il préféra garder le silence de peur de dire quelque chose de travers.
« Et toi, Kakashi ?
-Moi quoi ?
-Pourquoi l'alcool ? Pourquoi tant de souffrance dans ton cœur ? »
*Devrais-je le dire ? Iruka l'a bien fait après tout…*
« J'ai échoué à aider Sasuke. Par mon manque d'exemple pour qu'il ne reste pas enfermé dans sa douleur, un enfant du village à déserté, en blessant deux de ses amis. Puis, je n'ai pas été capable d'aidé correctement mes deux autres élèves. J'ai échoué sur toute la ligne. »
Iruka fit un geste vers l'homme mais s'arrêta et ramena sa main vers lui. Que dire ? Que faire ? Il se sentit gauche et resta silencieux. Fermant à demi les yeux, Kakashi posa une main tremblante sur ses yeux. Son visage devint un peu plus pâle tandis qu'il toussait. Inquiet, Iruka le fit se recoucher, releva sa tête avec un autre coussin et lui dit :
« Je vais t'emmener à l'hôpital…
-Non…
-Il faut que tu…
-Non, ca va ! Si demain je suis toujours aussi malade on ira, pour l'instant ça va aller. »
De nouveau secouer par une quinte de toux, il ferma les yeux. Iruka, se pencha et, comme il l'avait fait précédemment, et posa ses lèvres sur le front de son senpai pour évaluer si la fièvre augmentait. Kakashi tressaillit mais se laissa faire. Prenant des cachets, Iruka les tendit au malade qui les prit sans faire de problème. Ce ne fut qu'à cet instant que la Chuunin découvrit quelque chose.
En effet, pour prendre les médicaments, avec un peu d'eau, Kakashi dut enlever son masque. La partie de son visage qui se cachait dessous était… parfaite. Sa bouche, finement ciselée était pale et ses lèvres pleines. Son visage était fin, bien dessiné… Une seule question se posa dans l'esprit d'Iruka.
*Adonis ou Phébus ?*
« Pourquoi me regardes-tu comme ça ? Demanda Kakashi, à mi-voix
-Je… je… ne t'avais jamais vu sans masque… »
Une fois de plus, le rouge mordit les joues du jeune homme. Baissant les yeux pour cacher sa gêne, il fut surpris lorsqu'une main l'obligea à relever la tête. Kakashi lui adresse un sourire, avant de se pousser et de faire une place dans le grand lit. Le dauphin ne comprit pas :
« C'est ton lit après tout, viens je te fais de la place… Lâcha Kakashi.
-Je… C'est bon… Je vais dormir dans le fauteuil.
-Ne rêve même pas… Si tu fais ca, demain tu auras le dos en compote…
-Non, non j'ai… Aaah ! »
Kakashi l'avait attrapé par le bras et attiré vers lui, sur le lit. Rouge brique, Iruka finit par accepter et se coucha au côté de son colocataire. Levant les yeux vers le plafond, il respira doucement. Puis, lentement, il sombra dans le sommeil, apaisé par le souffle de son ainé, endormi.
***
Iruka mourait de froid. Dans un semi sommeil, son corps entier semblait prit dans un glaçon. Il tremblait et même les couvertures, sur son corps, ne lui apportait plus de chaleur. Un instant il se demanda si la fenêtre n'était pas ouverte mais ne trouva pas la force de vérifier. Alors qu'il commençait à claquer des dents, une source de chaleur se rapprocha de lui. Sans chercher à comprendre ce que s'était, Iruka se colla contre. Lentement, son corps se réchauffa, il sombra à nouveau dans le sommeil.
***
« Iruka, réveille-toi. Chuchota une voix à son oreille. »
Le Dauphin, habitué à ne pas contrarier les autres, ouvrit lentement les yeux. Sa source de chaleur était toujours là, contre lui. Frottant ses yeux, pour ramener une vue moins floue. Une main se posa sur sa tête et ébouriffa ses cheveux. Ouvrant à nouveau les yeux, il chercha quel était son radiateur et fit un bond incroyable en arrière en comprenant ce que c'était. Malheureusement pour lui, le lit n'était pas très grand, et il se retrouva au sol.
« Aïïïe !
-Bah, qu'est ce qui te prends ? »
La tête de Kakashi apparut au dessus du vide, un sourire invisible jouait sous son masque d'une manière magnifique. Des rides-sourires plissaient son œil et dans sa prunelle une étincelle de joie s'était allumée.
*Tout compte fait, je vote pour Adonis…* Choisit Iruka en le détaillant. Puis, prenant compte de ce qu'il venait de dire * Aaaaaaaah qu'est ce que je pense moi ?!!!!!*
« Iruka ? Iruka !
-Hein ? Quoi ? Qu'est ce que tu as ?
-Ton cerveau, à un problème de court-circuit je crois. A quoi pensais-tu ? »
*Comme si j'allais te le dire, Baka !*
« A rien de bien important.
-Allez, ne mens pas !
-Je ne mens pas !
-Tu pensais à moi ?
-Non ! Cria presque Iruka, le rouge aux joues. »
*Bien sur que si, Koso*
Finissant par se remettre debout, Iruka chancela sur ses pieds. Sous ses yeux surpris, la chambre se mit à tourner. Lorsque le noir envahit sa vision, il se raccrocha à la table de nuit. Alors que ses jambes menaçaient de lâcher, deux bras l'attirèrent en avant. Il s'effondra sur le lit.
***
« C'est bon, ce n'est qu'un petit malaise…
-Ce n'est pas bon du tout. Reste là ! »
Iruka tentait, vainement, de convaincre son colocataire que sa santé n'avait rien. Légèrement fiévreux, il avait du faire une baisse de tension et, en plus, il n'avait pas mangé depuis la veille, midi. Kakashi lui jeta un regard impérieux, qui le força à rester au lit en grommelant. Le Juunin sortit de la pièce, rapidement. Le dauphin ramena ses jambes à son torse et y déposa sa tête.
*Il s'en fait vraiment trop*
Lorsque la porte se rouvrit, Kakashi jeta un regard inquiet à son cadet. S'approchant de lui, il lui fit avaler un cachet contre la fièvre et lui demanda s'il voulait quelque chose à manger. Iruka ne se laissa pas faire. Se levant, il déclara qu'il savait se faire à manger, tout seul. Iruka se dirigea vers la sorti. Son ainé le suivit, de peur de le voir à nouveau tomber.
« Kakashi, ne me suit pas, je ne suis pas un enfant !
-Non, mais tu es malade. »
Iruka lâcha un grand soupire et entra dans la cuisine. Attrapant une casserole et un paquet de riz rond, il se mit en tête de faire du riz au lait. Alors qu'il se redressa, un peu vivement, la casserole lui échappa des mains et il chancela. L'Adonis, près à ça, le rattrapa. Et, tandis que ses mains voletaient sur le corps du malade, il l'aida à s'asseoir sur une chaise. Prenant les choses en mains, il décida de faire le riz.
***
« C'est amusant… Lâcha Iruka, à mi-voix.
-Quoi ? Demanda Kakashi, concentré sur sa préparation, en cours de cuisson.
-La façon dont tu as changé, depuis avant hier… »
Un silence s'installa. Kakashi remua lentement la préparation tandis qu'Iruka le regardait. Cet homme si étrange et renfermé, quelques jours avant, était en train de lui préparer quelque chose à manger. Un sourire naquit sur les lèvres du dauphin. Kakashi se retourna au même instant, et le regarda, suspicieux.
*Pourquoi ses yeux brillent-ils ainsi ? Qu'ai-je fais pour le faire sourire ?*
« Quoi ? Lança Kakashi, presque agressif.
-Quoi quoi ?
-Pourquoi tu souris bêtement ?
-Ca te dérange ? Demanda Iruka, soudain gêné. »
Kakashi ne répondit rien mais détourna les yeux. Sur le feu, son lait se mit à déborder. Lâchant « kosu » énervé, il réduisit le feu et remua à nouveau sa mixture.
***
Après avoir mangé leur riz-au-lait, les deux ninjas s'installèrent sur le sofa, dans la pénombre et s'endormirent à nouveau. Tous les deux était encore légèrement malade. Iruka, que les malaises s'enchainant avaient fatigué, s'était assoupie le premier. Kakashi, toussant encore légèrement, avait contemplé le noir avant de sombrer, à son tour.
***
« Dis, Iruka…
-Quoi ?
-Pourquoi tu regardes les étoiles comme ça ? »
Ils s'étaient installés sur le banc, collé au mur de leur maison dans le jardin. Etroitement enroulés, chacun, dans une grosse couverture polaire, un chocolat chaud à la main, ils s'étaient perdus dans le silence. L'Adonis regarda son cadet, qui contemplait les étoiles.
« Parce que je les trouve magnifiques.
-Je les hais. Murmura Kakashi.
-Pourquoi ?
-Parce qu'elles sont hypocrites. Lorsqu'on les regarde, on les trouve magnifique, on les envie, on voudrait les décroché mais ce n'est qu'un rêve. Et, après tout, un rêve ne fait que briser un homme. »
*Ses mots semblent plein de détresse, c'est étrange…*Pensa Iruka avant de dire :
« Je ne suis pas d'accord. Lorsque je regarde une étoile, je sais qu'il y a quelqu'un que j'aime derrière qui me sourit et ca m'encourage à continuer. »
Tournant les yeux vers l'Adonis, Iruka croisa son regard. Son senpai le détaillait, perplexe et presque avec révérence. Iruka détourna immédiatement les yeux, le rouge mordant à nouveau ses joues. Restant silencieux un long moment, ni l'un ni l'autre, ne reposa ses yeux sur son colocataire. Iruka finit par se reprendre. Se forçant à rester calme et à chasser le rouge qui mordait trop souvent ses joues à son gout, il tendit le doigt vers une étoile, précisément :
« Sirius.
-Elle a hanté ma vie, cette étoile. Répondit Kakashi.
-Elle a guidé la mienne. »
Se tournant l'un vers l'autre, un fin sourire naquit sur leurs lèvres. Dans un accord mutique, ils choisirent de garder cette étoile comme représentation de l'autre. Comme le souvenir de ce qui allait, bientôt se passer. Sirius, demeure des Anges, représentait, à partir de cet instant, le passé, le présent et le futur à venir de deux hommes que la nature avait fait si différents, et pourtant bien trop semblables...
***
Dans le village de Konoha, Tsunade marchait lentement. Sur son dos pesait une nouvelle responsabilité. Dans ses bras, une petite chose tentait vainement de se réchauffer. La tête appuyée contre son épaule, elle ne faisait aucun bruit, malgré ses yeux terrifiés grands ouverts. Tsunade s'arrêta devant son ancienne demeure. Celle qui portait en son sein l'esprit de son frère et de son fiancé. Elle s'empêcha de pleurer.
Avançant de quelques pas, encore, elle s'arrêta au niveau d'un trou dans la haie. Un demi-sourire se posa lorsqu'elle vit les deux hommes assis l'un à côté de l'autre en pleine discussion. L'enfant tourna la tête vers eux. Et, comme si elle savait déjà, tendit une main en leur direction. Tsunade posa un baiser sur sa tempe puis se remit en route. Levant les yeux vers les étoiles, elle leur adressa quelques paroles silencieuses.
*Merci de les avoir mis sur ma route. Excusez moi de ce que je vais devoir leur demander… *
***
Dans le ciel étoilé, cachées dans leur demeure secrète, les trois Parques se regardent. Un sourire commun sur leur visage témoigne de leur joie. C'est vrai, être « faiseuse de destin » ce n'est guère amusant, à force. Mais aujourd'hui, elles ont désobéi aux Ordres. Elles se sont amusées, un peu.
Derrière Elles, sur le métier à tisser les fils de la Vie, deux fils se sont entremêlés, créant un nœud qui ne pourra être défait que si l'un des deux fils est coupé. Et, à côté de ce nœud, un autre fil à prit la direction pour rejoindre la boucle…
